Chapitre 6

Introduction

« La guerre est une chose terrible ».

C’est ce que m’ont dit ceux de ma famille qui l’ont vécue. On espère que chaque guerre sera la dernière et c’est vrai jusqu’à ce que la suivante éclate. Depuis la nuit des temps, les hommes aspirent à la paix sur terre mais se font la guerre, parce que écrit le prophète Ésaïe :

Mais, a dit l’Éternel, il n’y a pas de paix pour les méchants ! (Ésaïe 48.22 ; comparez Ésaïe 57.21).

Selon les Écritures, le monde va inexorablement non pas vers la paix et l’unité, mais vers une ultime guerre cataclysmique appelée « campagne d’Armageddon » (Apocalypse 16.14-16). Jusqu’à ce temps de grande détresse, notre monde continuera comme il est, avec quelques hauts et beaucoup de bas, des massacres et des épurations ethniques et religieuses. A la fin des temps, au début de la Tribulation, le monde connaîtra deux à trois ans de paix incertaine, quelque chose comme une absence de conflits. Mais les tensions qui n’ont jamais cessé entre certaines régions du monde finissent par l’emporter et la situation mondiale se détériore rapidement ; des conflits éclatent tandis que la criminalité grimpe en flèche.

À ce climat de guerre ouverte ou latente, s’ajoutent alors des catastrophes naturelles sans précédent, des tremblements de terre avec tsunamis, des famines et des épidémies. Une crise économique et financière étouffe tous les systèmes de production et précipite le monde dans le chaos. Ces calamités, aussi terribles soient-elles, ne marquent pourtant que le début du déchaînement de la colère de Dieu sur une humanité rebelle. Les prophètes de l’Ancien Testament parlent de ce temps de jugement à venir. Jérémie écrit :

Malheur ! Quel jour terrible ! Il n’y en a pas d’autre semblable à celui-là ! C’est un temps de détresse pour les descendants de Jacob, mais ils en seront délivrés (Jérémie 30.7).

Quant à Ésaïe, il décrit le jugement de la fin des temps de la façon suivante :

L’Éternel est en colère contre l’ensemble des nations, il est furieux contre toutes leurs troupes, il les voue à lui-même : il les livre au massacre. Leurs victimes seront abandonnées, l’odeur de leurs cadavres se répandra, leur sang ruissellera sur les montagnes (Ésaïe 34.2-3).

Dans les chapitres quatre et cinq du livre de l’Apocalypse, nous avons eu le privilège d’accompagner Jean dans les coulisses de la Création et de l’histoire humaine. Nous avons vu les préparatifs pour le châtiment que le Seigneur va exécuter contre les impies.

Dans le chapitre quatre, on voit le trône de Dieu et la Trinité. On assiste à un concert de louanges adressé à Dieu de la part de diverses créatures. Le Père ou le Fils, ou le Père et le Fils sont adorés en tant que Créateur.

Dans le chapitre cinq, Jésus-Christ le Fils est adoré parce qu’il est le Rédempteur de la création et des hommes. Il reçoit de Dieu le Père un rouleau scellé de sept sceaux qui contient le titre de propriété de la terre ainsi que les détails sur la manière dont le Seigneur va reprendre possession de ce qui lui revient de droit.

À partir du chapitre six, le décor change. Mais avant de le voir en détail, il serait utile de comparer les sept sceaux qui vont être ouverts avec la prophétie de Daniel, parce que celle-ci concerne la fin des temps. Quand l’ange Gabriel vient voir Daniel, c’est pour lui faire une révélation extraordinaire. Il lui dit :

L’oint (Celui qui a été choisi) conclura une alliance ferme avec un grand nombre pendant une septaine et, à la moitié de la septaine, il fera cesser le sacrifice et l’offrande. Dans le temple sera établie l’abominable profanation, et cela durera jusqu’à ce que l’entière destruction qui a été décrétée s’abatte sur le dévastateur (Daniel 9.27).

Comme aucun fait historique ne correspond aux événements décrits suite à l’ouverture des sceaux du chapitre six du livre de l’Apocalypse, c’est que leur accomplissement est futur, et la septaine mentionnée par l’ange ne peut que parler de la période finale des sept ans de jugements, jugements qui aboutissent à la seconde venue de Jésus-Christ sur terre.

Il faut d’abord rappeler qu’à partir du chapitre six, tous les événements que Jean voit se dérouler devant lui sont prophétiques, qu’ils n’ont pas encore eu lieu et sont à venir. En effet, la révélation aux sept églises est présentée comme « ce qui est ». Puis « après cela » (Apocalypse 4.1), c’est à dire, après les lettres aux églises, vient la vision des chapitres 4 et 5. Cette vision est « ce qui va arriver ensuite » (Apocalypse 1.19), selon les paroles mêmes du Seigneur à Jean. Puisqu’au début du chapitre 5 il est question d’un livre scellé, c’est que les sceaux n’ont pas encore été brisés et donc c’est qu’ils le seront plus tard.

Toujours avant de commencer la lecture du chapitre six, il est encore utile de rappeler où se trouvent les croyants de la Nouvelle alliance, ceux qui au travers les siècles appartiennent à Jésus-Christ et font partie de son Église. Dans la lettre aux chrétiens de Thyatire, l’Enlèvement de l’Église est encore à venir car Jésus dit :

Tenez fermement ce que vous avez jusqu’à ce que je vienne (Apocalypse 2.25).

Ces paroles qui concernent la venue de Jésus sont ambiguës. Selon le contexte, elles font d’abord référence au jugement des apostats, mais en second lieu, elles semblent aussi faire allusion au retour de Jésus dans les airs quand il viendra chercher son Église.

Dans la lettre aux croyants de Philadelphie, l’Enlèvement de l’Église est précisé car Jésus dit :

Je te garderai à l’heure de l’épreuve qui va venir sur le monde entier pour éprouver tous les habitants de la terre. Je viens bientôt, tiens ferme ce que tu as pour que personne ne te ravisse le prix de la victoire (Apocalypse 3.10-11).

À partir du chapitre quatre de l’Apocalypse, il n’est plus fait d’allusion aux églises, c’est comme si elles avaient disparu ou n’existaient plus. En fait et comme je l’ai dit, les croyants ont effectivement tous quitté ce monde pour rejoindre Jésus dans les cieux où ils sont représentés par les « 24 vieillards » ou anciens. L’Enlèvement de l’Église tel qu’il nous est présenté par l’apôtre Paul dans sa première épître aux Thessaloniciens (4.13-18 ; 1Corinthiens 15.51-58) a eu lieu avant que Jean assiste à l’ouverture du premier sceau qui enclenche et déclenche les sept années de Tribulation.

Maintenant, il faut aussi rappeler que si les croyants sont délivrés de ce châtiment universel, ce n’est pas parce qu’ils sont sages comme des images, gentils et adorables comme des enfants de chœur. Absolument pas car ce sont des pécheurs coupables devant Dieu comme le reste des hommes, mais ils sont sauvés par la grâce de Dieu. Par contre, tous ceux qui rejettent Jésus-Christ subiront l’épreuve du feu de la Tribulation.

L’ouverture des sept sceaux, qui commence à partir du chapitre six, correspond bien à la chronologie des événements de la Tribulation que Jésus a donnée dans son discours sur la fin des temps que nous rapporte l’évangile selon Matthieu (chap. 24–25).

Chaque fois que l’un des sept sceaux est brisé, un jugement divin frappe le monde. Le premier sceau n’est pas un fléau mais une courte période de fausse paix. Jésus en parle aussi quand il met en garde ses disciples contre les faux christs trompeurs qui prétendront être le Christ (Matthieu 24.4-5 ; Apocalypse 6.1-2).

Le deuxième sceau décrit une guerre mondiale que Jésus a prédite (Matthieu 24.6-7 ; Apocalypse 6.3-4).

Le troisième sceau parle d’une famine (Matthieu 24.7 ; Apocalypse 6.5-6) et dans son discours Jésus y ajoute des tremblements de terre, ce qui représente diverses catastrophes naturelles.

Le quatrième sceau fait apparaître la mort qu’entraînent toutes les catastrophes (Matthieu 24.7-9 ; Apocalypse 6.7-8).

Le cinquième sceau montre des martyrs, ce dont Jésus a également parlé (Matthieu 24.9-10, 16-22 ; Apocalypse 6.9-11).

Pendant l’ouverture du sixième sceau, le soleil et la lune s’obscurcissent et les étoiles tombent du ciel, exactement comme Jésus l’a annoncé (Matthieu 24.29 ; Apocalypse 6.12-14)

Le septième sceau n’est pas la fin de la Tribulation car il enclenche les sept jugements des trompettes (Apocalypse 8.1-11.19), et la septième trompette (Apocalypse 11.15) déclenche les sept coupes de la colère de Dieu (Apocalypse 16.1-21). Tous ces jugements cataclysmiques et toute la dévastation qu’ils produisent conduisent à la seconde venue de Jésus-Christ sur terre, qui vient pour établir son royaume et régner comme Maître absolu (Matthieu 24.32–25.13 ; Apocalypse 6.15-17).

Dans le discours de Jésus que nous rapporte Matthieu, le Seigneur compare les jugements de la Tribulation aux douleurs de l’enfantement (Matthieu 24.8), une métaphore que l’apôtre Paul reprend pour décrire cette même période (1Thessaloniciens 5.3). Chez une femme sur le point d’accoucher, ces douleurs augmentent en fréquence et en intensité. Pareillement, les jugements et leurs dévastations s’intensifieront avec l’ouverture des sceaux, l’apparition des trompettes et des coupes, et il en sera ainsi jusqu’au retour du Seigneur Jésus dans la gloire.

Les quatre premiers sceaux couvrent la période que Jésus a nommée « les premières douleurs de l’enfantement » . Hormis le premier sceau qui est une fausse paix, les trois sceaux suivants sont terribles, et pourtant, ces jugements ne sont que les préliminaires et un avant-goût des trois sceaux suivants, à l’ouverture desquels Dieu donne libre cours à sa colère.

Pendant la Tribulation, plusieurs facteurs vont jouer, qui expliquent l’intensité et la férocité des événements et des jugements.

Premièrement, le Saint-Esprit ne restreint plus le mal, ce qui fait que la méchanceté de l’homme va pouvoir se manifester pleinement, et les forces démoniaques se déchaîner, au sens moral et littéral. Le Saint-Esprit sera présent sur terre comme il l’a toujours été depuis le premier jour de la création mais son rôle sera différent de ce qu’il est à présent. Lorsque à la Pentecôte, l’église prend naissance, le Saint-Esprit commence à remplir une nouvelle fonction ; il établit sa demeure dans l’esprit du croyant et le dirige dans sa vie ; il unit chaque croyant au corps du Christ qui est son Église et il unit les croyants entre eux.

Deuxièmement, pendant la Tribulation, l’Église en tant que « lumière du monde et sel de la terre » (Matthieu 5.13-14) aura disparu. Or, sa présence est un frein au mal. Cependant, le témoignage des croyants enlevés sera remplacé par celui de 144 000 Juifs croyants (Apocalypse 7.4) et par deux personnages descendus du ciel (Apocalypse 11.3).

Troisièmement, sachant que ses jours sont comptés avant d’être enfermé, Satan va se démener pour contrecarrer autant qu’il le peut les projets de Jésus-Christ. En même temps, Dieu va rallonger sa laisse et le laisser faire beaucoup de mal, ce qui sera une autre forme de jugement divin contre ce monde.

Quatrièmement, Dieu va ajouter ses propres jugements aux dévastations causées par le diable et l’Antichrist.

Alors que les chapitres quatre et cinq nous permettent de voir avec Jean ce qui se passe dans le royaume de Dieu et les préparatifs pour la Tribulation, à partir du chapitre six, les caméras, pour ainsi dire, sont braquées sur terre. Le centre des opérations est sur le trône du troisième ciel mais c’est ici-bas qu’ont lieu les jugements de Dieu destinés à mâter une humanité rebelle. Dans le psaume 2, le psalmiste écrit :

Avec un sceptre de fer, tu les soumettras ; comme des vases d’argile, tu les briseras (Psaumes 2.9).

Les âmes sensibles vont peut-être froncer les sourcils, mais si quelqu’un a une meilleure idée pour réprimer la révolte permanente de l’homme contre son Créateur, qu’il se fasse connaître. En effet, si Jésus revenait aujourd’hui de la même manière qu’il est venu il y a deux mille ans, serait-il mieux accepté par le monde qu’il l’a été par les Juifs ? Qui va lui céder son fauteuil de président, de premier ministre, ou de dictateur ? Qu’il se lève ! … Personne, c’est bien ce que je pensais.

Verset 1

Je commence maintenant de lire le chapitre six du livre de l’Apocalypse.

Puis je vis l’Agneau ouvrir le premier des sept sceaux et j’entendis l’un des quatre êtres vivants dire d’une voix de tonnerre : – Viens ! (Apocalypse 6.1).

Après avoir reçu de son Père le titre de propriété de la terre (Apocalypse 5.7), l’Agneau et Seigneur Jésus brise le premier sceau. À chaque ouverture, une partie du rouleau est exposée, mais au lieu d’être lu, ce qui est écrit est exécuté sur-le-champ. Dès que ce sceau est brisé, Jean entend une voix fracassante qui dit : « Viens ! » On aurait cru un coup de tonnerre mais c’est l’un des quatre êtres vivants qui a parlé. Ce chérubin semble assumer le rôle d’un général d’armée.

Verset 2

En réponse à cet ordre, Jean dit :

Et je vis venir un cheval blanc. Son cavalier était armé d’un arc. Une couronne lui fut donnée, et il partit en vainqueur et pour vaincre (Apocalypse 6.2).

Les quatre premiers sceaux provoquent l’apparition de quatre chevaux montés. C’est ce qu’on a coutume d’appeler « les quatre cavaliers de l’Apocalypse ». Dans les Écritures, les chevaux sont associés à la majesté, à la guerre, à la conquête et ils sont un signe de triomphe. Après une victoire militaire, le général romain chevauche un cheval blanc et ses captifs enchaînés suivent derrière lui.

Plus loin dans la vision, Jean voit venir un cheval blanc et dit :

Son cavalier s’appelle “ Fidèle et Véritable ”. Il juge avec équité, il combat pour la justice (Apocalypse 19.11).

Comme il s’agit alors de Jésus-Christ, on pourrait penser qu’ici, à l’ouverture du premier sceau, c’est déjà le Seigneur. Mais c’est peu probable parce que comme c’est Jésus qui ouvre le rouleau scellé et qu’il est au ciel, il ne va pas en même temps chevaucher un cheval blanc sur terre. Je sais bien que le Seigneur peut être à plusieurs endroits à la fois mais ça ne colle pas vraiment avec le contexte de la vision de Jean.

Par ailleurs, ici, le cavalier porte une couronne reçue en récompense (stephanos), alors que plus loin dans le livre (Apocalypse 19.12), Jésus qui est « le cavalier Fidèle et Véritable » porte plusieurs diadèmes royaux (diadêmas). D’autre part, ici, ce cavalier est armé d’un arc alors que Jésus porte une épée (Apocalypse 19.15). En troisième lieu, Jésus revient sur terre en vainqueur à la fin de la Tribulation et non pas au début.

Alors qui est-ce cavalier sur un cheval blanc ? La plupart des commentateurs pensent qu’il s’agit de l’Antichrist. Cette idée est séduisante et c’est presque la bonne réponse mais pas tout à fait. En effet, les trois autres cavaliers qui suivent le cheval blanc ne sont pas des individus mais des tragédies humaines : respectivement la guerre, la famine et la mort (Apocalypse 6.3-8). Il est donc préférable de voir dans le premier cavalier quelque chose d’impersonnel qui précède la guerre déclenchée par le second cavalier. Ce cheval blanc est un état de paix, mais une paix précaire et trompeuse, un sentiment de fausse sécurité, car en réalité c’est une guerre froide.

Ce cavalier qui monte un cheval blanc a un arc mais apparemment pas de flèches, et il porte une couronne qu’il a reçue, non pas suite à une victoire militaire mais pour ses succès politiques. Cet homme est l’Antichrist qui a réussi à imposer la paix par la ruse, de vaines promesses, des mensonges, l’intimidation et des menaces (comparez Jérémie 14.13-14 ; 2Thessaloniciens 2.9-11). Il promet un âge d’or marqué par la paix et la prospérité et il est arrivé à convaincre le monde qu’il pouvait tenir son pari. Alors, par gratitude on l’honore et on l’élève au rang de chef suprême, et bien sûr il reçoit le prix Nobel de la paix. Parce que le monde aspire désespérément à la paix à n’importe quel prix, il sera la proie de l’Antichrist, le dictateur à la solde de Satan.

La Tribulation commence donc par un temps de paix qui précède les destructions massives qui vont suivre. Autant les accolades des grands de ce monde, que la paix, seront de courte durée et céderont vite la place à la guerre, la famine, les catastrophes naturelles, les épidémies et à la mort.

Selon le prophète Daniel, l’Antichrist trompera plus particulièrement l’état d’Israël avec lequel il signera « une alliance ferme » de sept ans (Daniel 9.27). Cet accord de paix et de protection militaire durera moins de trois ans et demi car, écrit Daniel :

À la moitié de la septaine (des sept ans), il fera cesser le sacrifice et l’offrande. Dans le temple sera établie l’abominable profanation, et cela durera jusqu’à ce que l’entière destruction qui a été décrétée s’abatte sur le dévastateur (Daniel 9.27).

La paix trompeuse que l’Antichrist a établie prend fin subitement quand il profane le temple de Jérusalem, qui de toute évidence a donc été reconstruit. Cet homme trahit Israël et persécute alors les Juifs (Matthieu 24.4-10). Dans sa première épître aux Thessaloniciens, l’apôtre Paul écrit :

Lorsque les gens diront : “ Maintenant règne la paix ! Maintenant nous sommes en sécurité ! ”, alors précisément, la ruine fondra subitement sur eux, comme les douleurs saisissent la femme enceinte, et aucun n’échappera (1Thessaloniciens 5.3).

Il n’y aura jamais de paix durable pour notre pauvre monde avant que le Prince de la paix établisse son royaume de mille ans (Apocalypse 20.1-6).

L’apôtre Jean voit aussi qu’à ce premier cavalier, « une couronne lui fut donnée ». Le temps passif du verbe est important car il rappelle que même quand le mal se déchaîne, les événements tragiques sont sous le contrôle du Dieu souverain qui est et qui reste le véritable chef d’orchestre car c’est toujours lui dans les coulisses qui tire les fidèles.