Chapitre 17

Introduction

Léon Tolstoï a écrit un célèbre et gigantesque ouvrage intitulé « Guerre et paix ». C’est la chronique de deux familles de la noblesse russe vues au travers des campagnes napoléoniennes. « Guerre et paix » décrit bien l’histoire des peuples, mais aussi des individus qui souvent, dans leur vie, sont engagés dans des querelles de tous ordres. Voilà pourquoi Salomon écrit :

Mieux vaut un plat de légumes là où règne l’amour qu’un bœuf gras assaisonné de haine (Proverbes 15.17).

Cette pensée lui tient tellement à cœur qu’il la répète un peu plus loin.

Verset 1

Je commence maintenant à lire le chapitre 17 du livre des Proverbes.

Mieux vaut n’avoir qu’un croûton de pain sec et vivre dans la tranquillité que dans une maison où l’on festoie beaucoup tout en se querellant (Proverbes 17.1).

Dans l’ancien Israël, un repas familial et parfois communal fait suite aux sacrifices de reconnaissance à l’Éternel. Ces festins, où on fait bonne chère et qui sont bien arrosés, dégénèrent souvent en bruyantes altercations, et la journée qui a commencé sur une note pieuse se termine par des cris de guerre, comme quoi la ferveur religieuse ou l’accomplissement d’un rite, n’est pas un indicateur d’une vraie spiritualité.

Les Écritures décrivent souvent des scènes de grande activité religieuse où on ne rend pas un culte au seul vrai Dieu, mais qui sont des pratiques idolâtres. Ainsi, lorsque Achab règne sur le royaume nord d’Israël, avec sa femme Jézabel, ils s’adonnent à la sorcellerie et aux enchantements. Alors, le prophète Élie vient leur rendre visite pour leur annoncer un jugement : Il ne pleuvra pas jusqu’à ce que Dieu en décide autrement et il n’est pas d’humeur à changer d’avis de si tôt. Puis Élie se retire dans le désert.

Une situation semblable s’est déjà produite sous la direction de Moïse quand l’Éternel le retire du palais de Pharaon parce qu’il y règne beaucoup d’activités idolâtres, puis Dieu le place dans le désert à garder les troupeaux de son beau-père. Comme Élie, Moïse fit l’expérience qu’il est préférable de « n’avoir qu’un croûton de pain sec et vivre dans la tranquillité » que l’abondance, assaisonnée de problèmes ; en d’autres mots, les relations harmonieuses valent beaucoup mieux que les plaisirs et les richesses.

Verset 2

Je continue le texte.

Le serviteur intelligent gouvernera le fils indigne et recevra sa part d’héritage avec les frères (Proverbes 17.2).

Il est mille fois plus préférable de confier ses affaires à un serviteur fidèle plutôt qu’à un enfant de malheur décrit plus loin dans le chapitre 19 où le maître de sagesse dit :

Qui maltraite son père et chasse sa mère est un fils qui se couvre de honte et d’opprobre (Proverbes 19.26 ; comparez Proverbes 20.20 ; 28.24).

Absalom, le fils de David, assassine son demi-frère pour venger sa sœur violée par ce dernier puis fomente un coup d’État contre son père. Avec un fils pareil, qui a besoin d’ennemis ? Heureusement pour David, à son service il a de vaillants hommes d’une fidélité absolue et qui sont prêts à donner leur vie pour lui. David ne fut pas le seul; plus près de chez nous, quand Napoléon Bonaparte est en campagne, sa garde personnelle a pour devise : « La garde meurt, mais ne se rend pas ».

Verset 3

Je continue le texte.

Le creuset épure l’argent, le four l’or : ainsi l’Éternel éprouve les cœurs (Proverbes 17.3).

Ce procédé de purification consiste à faire chauffer les minerais dans un creuset jusqu’à ce qu’il fonde. Comme les scories sont plus légères que le métal, elles remontent à la surface, ce qui permet de les ôter assez facilement. Dans le même ordre d’idée, les Écritures affirment plusieurs fois que l’Éternel éprouve les cœurs. Il fait subir à ses serviteurs l’épreuve du feu pour ainsi dire, afin d’ôter leurs scories, c’est-à-dire leurs vices et mauvaises habitudes, et ainsi purifier leur caractère afin qu’ils soient encore plus malléables à sa volonté. Dans sa première épître, l’apôtre Pierre parle de ce processus quand il écrit :

Actuellement, il faut que vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves : celles-ci servent à éprouver la valeur de votre foi. Le feu du creuset n’éprouve-t-il pas l’or qui pourtant disparaîtra un jour ? Mais beaucoup plus précieuse que l’or périssable est la foi qui a résisté à l’épreuve. Elle vous vaudra louange, gloire et honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra (1Pierre 1.6-7).

Si un homme plus que les autres a vraiment subi la roche tarpéienne, c’est bien Job et ce n’est pas pour rien qu’on a l’expression « pauvre comme Job ». Job a vécu un calvaire épouvantable qui n’en finit pas et qui est décrit dans le livre qui porte son nom. Mais si l’Éternel l’a ainsi éprouvé, c’était pour l’épurer, pour le débarrasser de son légalisme, de sa fâcheuse tendance à se considérer juste.

L’apôtre Paul aussi est affligé d’une écharde dans sa chair afin, dit-il, qu’il ne s’enfle pas d’orgueil à cause des dons et des révélations extraordinaires qu’il a reçus (2Corinthiens 12.7).

La vie relativement facile que nous menons a pour contrepartie que nous n’éprouvons pas le besoin de Dieu. C’était en tout cas le problème de la nation d’Israël. En effet, dans le Deutéronome (32.15), on lit que « devenu gros et gras, bien chargé d’embonpoint, il abandonna le Dieu qui l’a sauvé ».

Un de mes profs avait coutume de dire : « L’être humain ne change que lorsqu’il est en crise ». Le creuset de la souffrance est un moyen que Dieu utilise pour corriger le caractère de ses serviteurs.

Verset 4

Je continue le texte.

Celui qui fait le mal écoute les propos des méchants, et le menteur prête l’oreille aux mauvaises langues (Proverbes 17.4).

En français, nous avons le dicton : « Qui se ressemble, s’assemble. »

Verset 5

Je continue.

Se moquer du pauvre c’est outrager son Créateur, et celui qui se réjouit du malheur d’autrui ne restera pas impuni (Proverbes 17.5).

Dieu prend la défense des pauvres (Proverbes 14.31) et des affligés. La nation d’Edom, voisine d’Israël s’est réjouie et a profité de la destruction de Jérusalem par Babylone. Dieu lui adressa alors de sévères menaces qui au fil des siècles s’accomplirent et le royaume d’Edom a disparu (Abdias 10-15 ; Ézéchiel 35.12, 15).

Verset 6

Je continue le texte.

La couronne des vieillards, ce sont leurs petits-enfants, et la fierté des fils, ce sont leurs pères (Proverbes 17.6).

Le poète grec Homère a dit : « Les enfants sont la couronne des pères, comme les tours sont l’ornement des villes. » Une grande famille est un honneur pour le vieillard, et réciproquement, les fils d’un homme distingué bénéficient de la renommée de leur père. Cette fierté réciproque dépend bien sûr du bon climat d’entente entre les générations. Être parent n’est pas une mince affaire, car c’est à eux qu’incombe la charge d’élever leurs enfants et surtout d’en faire des adultes responsables.

Pour les grands-parents, la situation est différente car ils peuvent gâter leurs petits-enfants et quand ils ont assez joué avec eux, ils les rendent à leur mère et retournent à une occupation plus calme.

Verset 7

Je continue.

Un langage précieux ne convient pas à une brute épaisse et grossière, combien moins une lèvre mensongère à un homme de qualité (Proverbes 17.7).

Les personnes distinguées par leur naissance, leur éducation ou leur position sociale, doivent plus que le commun des mortels adopter un comportement intègre qui corresponde à leur rang. Un président qui s’envoie une minette dans un placard ou qui va chez elle en douce la nuit est une honte indescriptible.

Verset 8

Je continue de lire dans le chapitre 17.

Pour ceux qui les distribuent, le pot-de-vin agit comme une pierre précieuse ; il leur assure partout le succès (Proverbes 17.8).

Un peu plus loin et dans le même chapitre, on lit :

L’homme corrompu accepte des cadeaux sous le manteau pour tourner le droit (Proverbes 17.23).

Cette forme de corruption était une pratique répandue en Israël (Ésaïe 1.23 ; Amos 5.12), bien qu’elle soit interdite par la loi de Moïse. Dans le livre du Deutéronome, on lit :

Vous ne fausserez pas le cours de la justice, vous ne ferez pas preuve de partialité envers les personnes, et vous ne vous laisserez pas corrompre par des cadeaux, car ceux-ci aveuglent même les sages et compromettent la cause des innocents (Deutéronome 16.19).

Dans certains pays on ne peut rien accomplir sans graisser la patte des fonctionnaires, comme quoi Paul est justifié de dire dans sa première épître à Timothée (6.10) : « L’amour de l’argent est la racine de toutes sortes de maux. »

Verset 9

Je continue le texte.

Qui veut se faire aimer, pardonne les torts qu’il a subis : les rappeler éloigne son ami (Proverbes 17.9).

Au chapitre 10, le maître a déjà émit un proverbe très pratique qui dit :

La haine allume des querelles, mais l’amour couvre toutes les fautes (Proverbes 10.12).

Versets 10-11

Je continue.

Un reproche a plus d’effet sur un homme avisé que cent coups de bâton administrés à un insensé. Le méchant ne recherche que la rébellion, mais c’est un messager sans pitié qui sera envoyé contre lui (Proverbes 17.10-11).

Au 1er siècle, dans son « Histoire d’Alexandre le Grand », l’auteur latin Quinte-Curce, écrit : « Le bon cheval obéit à l’ombre de la cravache ; le mauvais n’écoute même pas l’éperon. »

Le sage tient compte des remarques même désobligeantes qui lui sont faites. Mais le stupide croit que seul son avis est le bon ce qui le rend imperméable à tout autre point de vue. Nous connaissons tous de tels individus et certains d’entre eux finissent en prison. Comme un rebelle refuse généralement de se repentir, tôt ou tard, il sera confronté à l’Ange de la mort chargé d’exécuter le jugement de Dieu.

Verset 12

Je continue le texte.

Mieux vaut tomber sur une ourse à qui l’on vient de ravir ses petits que de rencontrer un insensé pris d’un accès de folie (Proverbes 17.12).

Une maman ourse accompagnée de ses oursons est bien plus dangereuse que le mâle. Alors, si elle les sent menacés, c’est sauve-qui-peut. Cependant, au vu des fous dingues qui font la une des journaux pour avoir joué au casse-pipes avec un flingue au milieu d’une foule, il est vrai qu’on a plus de chance d’échapper à une ourse en furie qu’à un forcené en pleine crise.

Verset 13

Je continue.

Si quelqu’un rend le mal pour le bien, le malheur ne quittera plus sa demeure (Proverbes 17.13).

Pour faire une chose pareille, il faut vraiment être méchant comme une teigne. Et pourtant, c’est ce qu’a fait le roi David. Urie le Hittite est l’un de ses officiers supérieurs qui lui est dévoué corps et âme, mais David lui pique sa femme, la met enceinte puis manigance la mort au combat du mari gênant. Mais dans le second livre de Samuel, on lit le prophète de l’Éternel lui dit : « Maintenant, la violence ne quittera plus jamais ta famille… Je vais faire venir le malheur contre toi (2Samuel 12.9-11) », et c’est exactement ce qui est arrivé.

Verset 14

Je continue de lire dans le chapitre 17.

Commencer une querelle, c’est ouvrir une brèche dans une digue, c’est pourquoi : abandonne tes griefs avant que la dispute n’éclate (Proverbes 17.14).

Plus loin, au chapitre 20, on lit :

Rester loin des querelles fait honneur à l’homme, mais tout insensé s’y jette à corps perdu (Proverbes 20.3).

Une petite querelle est semblable à une fissure dans un barrage ; ça n’a l’air de rien, mais présage une catastrophe. La nuit, des rixes éclatent dans les bas-fonds et les bars et des innocents sont transformés en cadavres. Il vaut mieux ne pas se mêler d’une dispute, quitter les lieux et appeler la police.

Versets 15, 26

Je continue le texte.

L’Éternel a également en horreur celui qui acquitte le coupable et celui qui condamne l’innocent. Il n’est pas bon de faire payer au juste une amende et de frapper les princes alors qu’ils ont agi selon le droit (Proverbes 17.15, 26).

L’Éternel est un Dieu de justice ce qui est répété plusieurs fois plus loin (Proverbes 18.5 ; 24.23-25).

Verset 16

Je continue.

À quoi sert l’argent dans les mains d’un sot ? Peut-il acheter la sagesse quand il n’a pas de bon sens ? (Proverbes 17.16).

L’argent ne fait pas le bonheur et n’achète pas non plus la sagesse. Beaucoup de personnes fortunées meurent jeunes parce que se croyant tout permis, leur arrogance les conduit tout droit au cimetière.

Verset 17

Je continue.

Un ami aime en tout temps et, quand survient l’adversité, il se révèle un frère (Proverbes 17.17).

Plus loin, un proverbe dit :

Un véritable ami est plus attaché qu’un frère (Proverbes 18.24).

Jonathan, le fils héritier du roi Saül, protège et avertit David quand son père lui tend un piège pour le tuer. Il fut un ami inconditionnel alors qu’il sait que David régnera à sa place. L’une des expériences les plus douloureuses qu’on puisse faire consiste à découvrir qu’un soi-disant ami disparaît ou pire, se transforme en Judas, le jour où vous faites appel à lui. Ce sont les épreuves de la vie qui déterminent qui est votre véritable ami, sur qui vous pouvez vraiment compter.

Verset 19

Je continue.

Aimer les querelles, c’est aimer le péché ; qui surélève sa porte, cherche sa ruine (Proverbes 17.19).

L’orgueil, toujours en tête de liste des péchés capitaux, est une nouvelle fois condamné. Non seulement l’orgueil est une source de querelles, mais il provoque invariablement toutes sortes d’autres problèmes, jusqu’à la ruine financière, morale et même une mort précoce.

Verset 20

Je continue.

L’homme au cœur tortueux ne trouvera pas le bonheur, et celui qui manie une langue perfide tombera dans le malheur (Proverbes 17.20).

Le cœur tordu se manifeste par une langue fourchue . Jésus a dit :

De l’abondance du cœur la bouche parle (Matthieu 12.34).

Verset 21

Je continue.

Qui donne naissance à un fils insensé en aura du chagrin, et le père d’un sot n’aura pas de quoi se réjouir (Proverbes 17.21).

Deux mots différents sont utilisés pour « insensé » et « sot ». L’un veut dire « têtu et inintéressant », et l’autre « brute épaisse grossière et insensible ». Un peu plus loin, au chapitre 17 (25), le maître enfonce encore le clou en écrivant : « Un fils insensé fait le chagrin de son père et rend la vie amère à celle qui l’a enfanté », une déclaration qu’il a déjà faite au chapitre 10 (v.1). Ces parents qui sont minés de l’intérieur à cause de la conduite insensée de leur fils illustrent le proverbe suivant qui dit :

Verset 22

Un cœur joyeux est un excellent remède, mais l’esprit déprimé mine la santé (Proverbes 17.22).

Le mot traduit par « remède » n’apparaît qu’ici dans les Écritures. Ce proverbe est le miroir d’un autre du chapitre 15 qui dit :

Un cœur joyeux rend le visage aimable, mais quand le cœur est triste, l’esprit est abattu (Proverbes 15.13).

Plusieurs autres maximes affirment d’une manière ou d’une autre le lien étroit entre le corps et l’esprit (Proverbes 15.15, 30 ; 18.14). Du cœur, qui pour les Hébreux est le centre de l’individu, dépend le bien-être ou le mal de vivre de toute la personne tant au niveau physique que psychique. Beaucoup de gens ont le cœur continuellement triste, ce qui un jour ou l’autre a une incidence néfaste sur l’organe du cœur.

L’Église austère et cruelle du Moyen-Âge, les guerres de religion, les persécutions sanglantes, et les puritains qui font grise mine ont donné une mauvaise image de marque au christianisme. Pourtant, deux fois, dans son épître aux Philippiens, l’apôtre Paul exhorte les croyants de se réjouir; il écrit :

Vous aussi réjouissez-vous de même et réjouissez-vous avec moi. Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous (Philippiens 2.18 ; 4.4).

Verset 23

Je continue de lire dans le chapitre 17 des Proverbes.

L’homme corrompu accepte des cadeaux sous le manteau pour tourner le droit (Proverbes 17.23).

Dans l’ancien Israël, la personne malhonnête dissimule le bakchich dans les plis que forme sa tunique, afin de pouvoir le glisser discrètement au juge inique. Celui qui fait de pareils présents sait que sans eux, sa cause est perdue d’avance, et celui qui les accepte s’engage à rendre une sentence tronquée. Mais il peut aussi arriver, et pas seulement dans les pays du tiers-monde, qu’il faille donner un pot-de-vin à un magistrat corrompu afin d’obtenir justice, ce qui est quand même un comble.

Verset 24

Je continue.

L’homme avisé a les yeux fixés sur la sagesse, mais les regards de l’insensé se portent au bout du monde (Proverbes 17.24).

Matthieu (6.33) rapporte que Jésus a dit que l’homme qui a du discernement spirituel fait du royaume de Dieu et de sa justice, sa préoccupation première. Par contre les insensés n’ont d’intérêt que pour ce qui concerne ce bas monde, comme l’argent, les distractions et les vacances.

Verset 27

Je continue.

L’homme prudent limite ses paroles, et celui qui garde son sang-froid est intelligent (Proverbes 17.27).

Littéralement : « celui qui garde son esprit froid a du discernement ». Pour utiliser un terme à la mode, il reste « cool » en toute circonstance, tandis que celui qui a l’esprit surchauffé perd les pédales. Bien des proverbes adressent ce thème de la maîtrise de soi (Proverbes 14.17, 29 ; 16.32 ; 25.28 ; 29.11).

Verset 28

Je finis de lire le chapitre 17.

Le sot lui-même passe pour sage s’il sait se taire ; qui tient sa bouche close est intelligent (Proverbes 17.28).

On a déjà vu l’inverse de ce proverbe qui dit :

Celui qui parle beaucoup ne saurait éviter de pécher, mais l’homme avisé met un frein à ses lèvres (Proverbes 10.19).

Ça paraît logique, mais ça ne marche pas toujours. Un paysan de Vendée avait un jeune fils qui était simple d’esprit. Un jour, tous deux partent au marché pour vendre des pommes. Avant d’aller faire quelques emplettes, le père dit : « Fiston, ne parle à personne, sinon on saura tout de suite que tu es niais. » C’est alors qu’un homme s’approche de la carriole et demande : « Combien les pommes ? » Pas de réponse. L’homme répète sa question trois fois, mais le fils le regarde sans piper mot. Finalement, l’homme lui dit : « Mais qu’est-ce que tu as, tu es stupide ou quoi ? », puis il s’en va. Quand le père revient, il demande à l’enfant : « Alors comment ça s’est passé ? » « Eh bien je suis resté bouche cousue comme tu m’avais dit, mais on a quand même découvert que j’étais bête. » Mis à part cette anecdote, le sage sait tenir tout son corps en bride, son comportement et surtout sa langue. À ses consolateurs de malheur, le pauvre Job a dit : « Que n’avez-vous gardé le silence ? Vous auriez passé pour avoir de la sagesse (Job 13.5) ».

6 siècles après le règne de Salomon, un philosophe grec (Théophraste, 372-287 av. J-C) a exprimé cette même idée. Lors d’un festin, il a dit à un homme qui s’était emmuré dans un profond silence : « Si vous êtes savant, vous ne vous conduisez pas avec sagesse, mais si vous ne l’êtes pas, vous agissez prudemment. » « Motus et bouche cousue », avec un grand sourire est la première ligne de défense contre sa propre stupidité.