Chapitre 12

Introduction

Parmi les douleurs d’ordre moral, subir une injustice donne lieu à une situation qui est vraiment difficile à vivre. Qu’on se fasse taper sur les doigts pour un acte répréhensible, ça se comprend, d’ailleurs même les enfants l’acceptent sans trop de difficulté. Mais être réprimandé ou même puni pour une bonne action est quasi insupportable. C’est pourtant bien ce qui est arrivé à Marie la sœur de Lazare que Jésus à ressuscité. Elle a versé un nard de très grand prix sur la tête et les pieds du Seigneur ce qui lui a valu de se faire fusiller par Judas bien sûr, mais aussi par d’autres apôtres que le texte ne nomme pas.

Versets 7-8

Je continue à lire dans le chapitre 12 de l’évangile selon Jean.

Mais Jésus intervint : — Laisse-la faire ! C’est pour le jour de mon enterrement qu’elle a réservé ce parfum. Des pauvres, vous en aurez toujours autour de vous ! Tandis que moi, vous ne m’aurez pas toujours avec vous (Jean 12.7-8).

L’onction d’huile odoriférante était habituellement un signe de joie, mais dans le cas présent, elle annonce la sépulture de Jésus. Étant donné que sa vie fut conforme à la parole de Dieu, il savait qu’en tant que serviteur de l’Éternel, habitué à la douleur, il devait souffrir et être enseveli. C’est la raison pour laquelle il approuve le geste d’amour et de dévotion de Marie. Cette femme est admirable car elle a su faire les bons choix au bon moment.

Il y aura toujours des pauvres sur le pas de la porte, mais le Seigneur, lui, n’est ici présent devant Marie que pour quelques heures et nous sommes à quelques jours de sa mort. Et ce repas est le dernier auquel Marie assistera en sa compagnie; c’est donc maintenant ou jamais. Elle a su prendre la bonne décision en saisissant l’opportunité de montrer toute sa dévotion en embaumant d’avance le Maître en vue de son ensevelissement. Quel contraste entre Marie et les disciples qui sont désespérément lents à comprendre et qui semblent toujours traîner derrière avec au moins un train de retard !

Versets 9-11

Je continue le texte.

Entre-temps, on apprit que Jésus était à Béthanie. Les gens s’y rendirent en foule, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir Lazare qu’il avait ressuscité d’entre les morts. Alors les chefs des prêtres décidèrent aussi de faire mourir Lazare. Car, à cause de lui, beaucoup se détournaient d’eux pour croire en Jésus (Jean 12. 9-11).

Le miracle de la résurrection de Lazare a plus que considérablement envenimé la situation entre Jésus et les chefs religieux car ces derniers voient leur pouvoir sur le peuple s’effriter aussi vite que la neige fond au soleil. Alors ils décident d’un commun accord qu’il faut se débarrasser de lui. En effet, Jésus est devenu tellement populaire qu’il ne peut plus aller où que ce soit en Judée et surtout dans les environs de Jérusalem sans qu’une foule accoure à lui.

De tous les coins de Palestine et même de pays étrangers, les Juifs venaient en masse pour célébrer la fête de Pâque. Certains, essentiellement motivés par la curiosité, cherchent à voir Jésus et Lazare. A eux deux ils sont devenus l’attraction locale et pour un peu, on se croirait au zoo. On arrive de partout pour dévisager le ressuscité qui est encore plus populaire que la femme à barbe des cirques. Mais avec tout ce brouhaha, le pauvre Lazare n’a vraiment pas de chance. Déjà, il est tombé malade et mort il n’y a pas si longtemps, c’est vrai qu’il est revenu à la vie, mais ses réjouissances sont de courte durée, car voilà que la faune religieuse fomente un mauvais coup, un complot pour lui faire la peau car il est devenu un témoin gênant de la puissance divine du Sauveur. Les chefs du peuple ont décidé qu’il doit mourir une seconde fois et sans tarder. Décidément, c’est la guigne pour lui. Mais d’autre part, ces religieux illustrent parfaitement que des personnes incrédules et endurcis par la haine de la vérité, sont incapables d’accepter les preuves les plus éclatantes de la puissance de Dieu (comparez Luc 16.31). Ceux qui sont venus voir Lazare en chair et en os ont été impressionnés, certes, mais la vie a repris son cours et ils ont vite oublié. Aujourd’hui, même si on retrouvait l’arche de Noé, très peu de gens changeraient d’avis concernant la véracité des Écritures.

Versets 12-13

Je continue le texte.

Le lendemain, une foule immense était à Jérusalem pour la fête. On apprit que Jésus était en chemin vers la ville. Alors les gens arrachèrent des rameaux aux palmiers et sortirent à sa rencontre en criant : — Hosanna ! Béni soit celui qui devait venir de la part du Seigneur ! Vive le roi d’Israël ! (Jean 12.12-13).

Un enthousiasme sans pareil éclate au sujet de Jésus. Des milliers de pèlerins venus de Galilée, du nord du pays, pour célébrer la Pâque, ont vu ses prodiges et bien qu’il ait refusé le rôle de Messie politique, les gens pensent que le moment est peut-être venu de l’accueillir à nouveau comme tel. En effet, Jérusalem est la ville du grand roi et Jésus y vient. En agitant leurs branches de palmier, symbole de victoire, les gens crient « Hosanna ! » qui signifie : « Accorde le salut ! » Citant un psaume de l’Ancien Testament (118), ils lui attribuent des titres messianiques, et cette fois-ci, et il est important de le noter, Jésus accepte les hommages de la foule car son heure est venue, non seulement l’heure de mourir mais d’annoncer officiellement qu’il est le roi légitime au trône d’Israël. Il est intéressant de remarquer que dans Jean le ministère de Jésus se termine par un acte royal alors que l’évangile selon Matthieu débute de cette manière. Je cite le passage :

Jésus était né à Bethléem en Judée, [..]. Or, des mages venant de l’Orient arrivèrent à Jérusalem. Ils demandaient : — Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile, et nous sommes venus lui rendre hommage (Matthieu 2.1-2).

Versets 14-15

Je continue le chapitre 12 de l’évangile selon Jean.

Jésus trouva un ânon et s’assit dessus, selon cette parole de l’Écriture : Sois sans crainte, communauté de Sion, car ton roi vient, monté sur un ânon (Jean 12.14-15).

L’entrée de Jésus dans Jérusalem sur un ânon est un signe de paix. Il n’est pas arrivé sur un char ou un cheval de guerre et il ne portait ni arme ni couronne de vainqueur. Il accomplit une prophétie de l’Ancien Testament que je cite :

Tressaille d’allégresse, ô communauté de Sion ! Pousse des cris de joie, ô communauté de Jérusalem ! Car ton roi vient vers toi, il est juste et victorieux, humilié, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse (Zacharie 9.9).

Jésus est certes victorieux puisqu’il va triompher de Satan et de la mort, mais il est aussi humble, doux et paisible. Par cette attitude, il temporise les attentes de la foule. Tout en affirmant sa royauté, il vient d’abord comme le Sauveur des hommes, pour apporter la paix. Il se présente bien comme roi mais ne se mêlera plus à eux pour les enseigner ou pour accomplir des prodiges. Son ministère est terminé. Maintenant, il lui faut accomplir le plus dur, devenir l’Agneau sacrificiel qui enlève mon péché.

Versets 16-18

Je continue.

Sur le moment, ses disciples ne comprirent pas ce qui se passait, mais quand Jésus fut entré dans sa gloire, ils se souvinrent que ces choses avaient été écrites à son sujet et qu’elles lui étaient arrivées. Tous ceux qui étaient avec Jésus lorsqu’il avait appelé Lazare à sortir du tombeau et l’avait ressuscité d’entre les morts, témoignaient de ce qu’ils avaient vu. D’ailleurs, si les foules venaient si nombreuses au-devant de lui, c’était aussi parce qu’elles avaient entendu parler du signe miraculeux qu’il avait accompli (Jean 12.16-18).

Il va sans dire que les disciples sont encore dans le cirage; ils ne comprennent pas les acclamations de la foule et perdent pied chaque fois que quelque chose de nouveau arrive ou que Jésus leur donne un nouvel enseignement. La foule continue à grossir car la nouvelle de la résurrection de Lazare a embrasé les esprits. C’est un jour de grandes réjouissances populaires, mais les Juifs n’ont guère de discernement spirituel. Ils sont seulement attirés par l’extraordinaire, le jamais vu, ce qui frappe l’imagination et fait rêver, tout comme nos contemporains d’ailleurs.

Verset 19

Je continue.

Alors les pharisiens se dirent les uns aux autres : — Vous le voyez : vous n’arriverez à rien, tout le monde le suit ! (Jean 12.19).

Quel contraste entre la foule pleine d’enthousiasme pour le Sauveur et les pharisiens ennemis de la vérité ! Ces hommes sont uniquement préoccupés par leurs intérêts et leur domination du peuple. D’après un autre évangile, ils complotaient dur dur. Je lis le passage :

Les chefs des prêtres et les spécialistes de la Loi cherchaient un moyen de s’emparer de Jésus par ruse et de le faire mourir. Car ils se disaient : — Il ne faut pas agir pendant la fête, pour ne pas provoquer d’émeute parmi le peuple (Marc 14.1-2).

C’est la mort dans l’âme que la faune religieuse constate la popularité de Jésus. Leur inquiétude est grandissante, car parmi la foule qui suit Jésus, il y a aussi des chefs du peuple ce que Jean mentionne un peu plus loin.

Versets 20-22

Je continue.

Parmi ceux qui étaient venus à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête, il y avait aussi quelques personnes grecques. Elles allèrent trouver Philippe qui était de Bethsaïda en Galilée et lui firent cette demande : — Nous aimerions voir Jésus. Philippe alla le dire à André, puis tous deux allèrent ensemble le dire à Jésus (Jean 12.20-22).

La mention de ces Grecs est significative car ils étaient considérés comme les errants du vieux monde et les chercheurs de vérité. Ce sont des sympathisants ou prosélytes parvenus à la connaissance du vrai Dieu, et qui sont venus à Jérusalem afin de participer à la Pâque. Leur présence symbolise le monde païen venant adorer Dieu en la personne du Christ. Philippe de même que son ami André portaient tous deux des noms grecs, et ils étaient réservés mais abordables; c’est probablement pour ces raisons que les Grecs sont venus les trouver. Par ailleurs, il est possible que Jésus se soit rendu une dernière fois au temple, or, comme les non-Juifs ne peuvent entrer que dans la partie réservée aux païens, s’ils veulent voir et entendre Jésus, ils sont obligés de prendre rendez-vous en quelque sorte. Jean ne nous dit pas pourquoi les Grecs veulent voir Jésus, parce que pour lui, leur présence, qui illustre l’universalité du salut, est beaucoup plus importante que ce qu’ils veulent obtenir du Seigneur. Cela dit, il est possible que ces Grecs soient venus demander à Jésus de venir enseigner dans leur ville. Mais cela ne peut pas se faire parce que ce n’est pas dans le plan du Père. En effet, l’heure de Jésus est venue, cette heure de ténèbres pour laquelle il est spécialement descendu sur terre.

Versets 23-24

Je continue.

Celui-ci leur répondit : — L’heure est venue où le Fils de l’homme va entrer dans sa gloire. Vraiment, je vous l’assure : si le grain de blé que l’on a jeté en terre ne meurt pas, il reste un grain unique. Mais s’il meurt, il porte du fruit en abondance (Jean 12.23-24).

Pour expliquer la nécessité de sa mort, Jésus commence avec la formule solennelle : « Vraiment, je vous l’assure », qui annonce une déclaration à laquelle ceux qui l’écoutent doivent prêter la plus grande attention. Ces paroles du Seigneur ont dû surprendre ceux qui l’écoutaient et les Grecs en particulier car ceux-ci semblent croire que Jésus est le Messie promis, ce qui dans leur esprit ne correspond pas à quelqu’un sur le point de mourir.

Pour l’immense majorité des gens, disons pour tout le monde à quelques exceptions près, l’agonie et la mort sont synonymes d’humiliation et une tragédie personnelle. Cependant, pour le Seigneur c’est pire puisqu’il a été crucifié, ce qui correspond à la plus abominable des exécutions, bien pire que la guillotine, la chaise électrique ou la chambre à gaz. Mais pour Jésus, cette mort infâme par laquelle il fut littéralement maudit est le moyen, d’une part de me délivrer du châtiment que méritent mes fautes, et d’autre part, d’entrer dans la gloire en tant que Roi des rois et Seigneur des seigneurs. L’apôtre Paul et un autre auteur du Nouveau Testament expriment ces deux vérités de la façon suivante :

Le Christ nous a libérés de la malédiction que la Loi faisait peser sur nous en prenant la malédiction sur lui, à notre place. Il est, en effet, écrit : Maudit est quiconque est pendu au gibet. Parce qu’il avait en vue la joie qui lui était réservée, Jésus a enduré la mort sur la croix, en méprisant la honte attachée à un tel supplice, et désormais il siège à la droite du trône de Dieu (Galates 3.13 ; Hébreux 12.2).

Ainsi, la gloire de Jésus-Christ est double ; d’une part, elle émane du fait qu’il est Dieu de toute éternité, et d’autre part il l’a gagnée, méritée en offrant volontairement sa vie pour expier les péchés du monde, obéissant ainsi à son Père. En effet, le Fils de l’homme, le représentant de l’humanité, va être glorifié, d’abord par ses souffrances et sa mort qui permetteront la rédemption des hommes, puis par sa résurrection, sa victoire sur la mort et son retour dans la gloire éternelle, d’où il agira par le Saint Esprit pour attirer les pécheurs à lui.

L’image de la graine qui doit mourir afin de fructifier et donner une récolte est fréquente dans les Écritures. Par opposition à tous les rêves d’un Messie glorieux qui pouvaient occuper l’esprit des Grecs et des disciples, Jésus affirme solennellement la nécessité absolue de sa mort pour le salut du monde. Pour produire du fruit, il faut que le grain de céréale soit enfoui dans la terre et y meure afin que la vie naisse de sa mort. C’est la condition pour que le grain porte beaucoup de fruit. En effet, s’il est gardé en quelque endroit, il se conserve mais reste seul. Jésus applique cette image à lui-même en affirmant que sa mort permettra à sa vie de porter du fruit. Si Jésus n’était pas mort, il serait resté de lui quelques grandes vérités religieuses et morales, mais il n’y aurait pas ces multitudes qui sont nées à une vie nouvelle.  On peut étudier et connaître le Jésus historique sur le bout des doigts, mais ce qui compte vraiment c’est de comprendre la signification de sa mort et de sa résurrection ; sans cela il n’est rien d’autre qu’un grand personnage comme Jules César ou Confucius.

Versets 25-26

Je continue.

Celui qui aime sa propre vie la perdra, mais celui qui haït sa vie en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut être à mon service, qu’il me suive. Là où je serai, mon serviteur y sera aussi. Si quelqu’un est à mon service, le Père lui fera honneur (Jean 12.25-26).

L’analogie du grain de blé illustre un principe général paradoxal, à savoir que la mort est le chemin qui mène à la vie. L’opposition aimer — haïr, dans ce contexte, établit un ordre de priorité très clair. « Aimer sa propre vie », c’est l’égocentrisme, c’est vivre pour soi ici sur terre et satisfaire son petit moi en faisant les 400 coups et tout ce que je veux, et en suivant mes petites ambitions pour profiter des plaisirs de ce bas monde, c’est acquérir richesses et statut, et sexe à gogo. L’apôtre Jean appelle ces poursuites vaines, et la soif de posséder et d’être « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie (1Jean 2.16). »

Jésus enseigne maintenant en priorité ses disciples, les exhortant donc à faire peu de cas d’eux-mêmes, à renoncer à leurs petits intérêts personnels pour se consacrer à l’avancement du royaume de Dieu et de sa justice. Pour être serviteur de Jésus, il faut suivre son exemple et agir comme lui, ce qui veut dire que les disciples connaîtront eux aussi la souffrance. Selon la tradition, les premiers disciples et tous les apôtres, à l’exception de Jean, sont morts martyrs. Les paroles de Jésus sont donc à la fois une prophétie et une promesse. Ses vrais disciples le suivront dans l’humiliation, et ensuite dans l’honneur et la gloire.

Verset 27

Je continue.

À présent, je suis troublé. Que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c’est précisément pour l’affronter que je suis venu jusqu’à cette heure ! (Jean 12.27).

Jean ne raconte pas l’agonie de Jésus dans le jardin de Gethsémané, juste avant d’être arrêté à la veille de son exécution, mais il mentionne son angoisse. Jésus a devant lui un moment très douloureux à passer; il est partagé entre l’horreur de la mort qui l’attend et l’ardeur de son obéissance au Père. Il mène une lutte terrible entre sa nature humaine et l’amour divin qui se dévoue jusqu’à la mort. Cependant, son désir d’accomplir sa mission en obéissant au Père est bien supérieur à l’appréhension atroce qu’il peut ressentir. C’est donc de plein gré qu’il ira jusqu’au bout. En dévoilant ses émotions devant ses disciples, le Seigneur les instruit sur ce qu’il en coûte de s’engager à faire la volonté du Père. Mourir crucifié est particulièrement cruel; on ne fait guère mieux.

Pourtant, ce n’est pas cela que Jésus redoute le plus. Ce qui l’horrifie profondément, c’est qu’il va être fait péché, c’est-à-dire que le poids de toutes les fautes de tous les hommes de tous les temps sera placé sur ses épaules, pour ainsi dire, et qu’il devra les expier par ses souffrances. Des prophéties de l’Ancien Testament annonçaient la raison de ce supplice et ce qu’il accomplirait. J’en cite une :

Il a plu à l’Éternel de le briser par la souffrance… Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, Il verra une postérité et prolongera ses jours ; Et l’œuvre de l’Éternel prospérera entre ses mains. Et parce que beaucoup de gens le connaîtront, mon serviteur, le Juste, les déclarera justes et se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi je lui donnerai beaucoup (d’hommes) en partage ; … parce qu’il s’est livré lui-même à la mort, Et qu’il a été mis au nombre des malfaiteurs, parce qu’il a porté le péché de beaucoup, et qu’il a intercédé pour les coupables (Ésaïe 53.10-12).

Pour accéder à la gloire royale de devenir le Sauveur du monde, Jésus doit d’abord passer par la croix et une humiliation sans pareille. C’est pourquoi il est tenté de demander à être délivré de ce châtiment terrible qui l’attend ; mais en disant : « c’est précisément pour l’affronter que je suis venu », il refuse complètement cette alternative. Il n’empêche qu’en tant qu’homme, il connut à plusieurs reprises une angoisse indescriptible. Mais Jésus accepte la croix afin d’offrir sa vie en sacrifice suprême. Par son exemple, il montre le chemin à ses disciples; il illustre pour eux l’enseignement qu’il vient de leur donner et qu’ils devront mettre en pratique : « Celui qui aime sa propre vie la perdra, mais celui qui haït sa vie en ce monde la gardera pour la vie éternelle. » L’avenir prouvera que les apôtres ont bien compris la leçon puisque, comme je l’ai déjà dit, tous sauf un, finissent martyrs.

Ceux qui veulent vraiment suivre Jésus peuvent se trouver un jour dans la situation où ils devront y laisser leur vie. Ceci est particulièrement vrai pour les membres de certaines religions qui désirent devenir chrétiens. Ils n’ont aucune difficulté à comprendre ce que signifie : « haïr sa vie », car pour eux, accepter de suivre Jésus équivaut à la persécution et quelques fois à un arrêt de mort. Je me rends bien compte que ce sont des paroles bien dures que je dis, mais ce sont là les exigences sévères du Seigneur pour ceux qui veulent devenir ses disciples.

Verset 28

Je continue le texte.

Alors une voix se fit entendre, venant du ciel : — J’ai déjà manifesté ma gloire et je la manifesterai à nouveau (Jean 12.28).

En disant : « Père, manifeste ta gloire », Jésus exprime sa soumission à sa volonté. La voix du ciel et les paroles qu’elle prononce, sont la réponse de Dieu à la prière de Jésus. C’est la troisième fois que cette voix rend un témoignage solennel au Fils bien-aimé en se manifestant au début, au milieu et à la fin du ministère de Jésus. La première fois c’était pour son baptême (Matthieu 3:17), la seconde fois au moment de la transfiguration (Matthieu 17.5), et la troisième fois est ici.

Dieu a manifesté sa gloire par l’apparition de son fils sur terre, par sa parfaite obéissance, par ses oeuvres puissantes et par la sainteté de sa vie. Dieu sera à nouveau glorifié par la mort de Jésus qui affirmera ainsi sa sainteté et sa justice, par sa résurrection qui est la victoire sur la mort et le péché, par son exaltation à la droite de la majesté divine, par l’œuvre du Saint Esprit sur terre, et enfin par la présence des rachetés dans les cieux pour l’éternité.

Le Fils s’offre en sacrifice à son Père et le Père accepte solennellement ce sacrifice volontaire qui est le plus haut degré d’obéissance et d’amour. Ainsi sera conclu l’alliance de la grâce.