Chapitre 4

Introduction

Je retourne dans la rue pour faire un autre sondage. Cette fois-ci, je demande aux passants ce que ça veut dire qu’être mondain ? Le premier qui accepte de répondre dit : « Eh bien, pour moi, ce sont les divertissements que vous choisissez et les endroits où vous allez, en gros c’est votre style de vie ».

Un autre dit : « À mon avis, ça dépend des gens que vous fréquentez. Prenez les bobos, les bourgeois bohèmes, eh bien je crois que malgré le nom qu’ils se donnent, ils sont mondains ».

Et d’autres disent : « C’est la façon dont vous vous habillez ; ce sont les gens qui ne parlent que de partir en week-end ou en vacances ; ce sont ceux qui ne songent qu’à gagner de l’argent ; ce sont les gens qui le dimanche, au lieu d’aller à l’église vont au bistro, à la chasse ou à la pêche, etc. »

Qui a raison ? La réponse n’est pas simple, mais le quatrième chapitre de l’épître de Jacques nous donne quelques points de repère. On y trouve les mots » conflits, querelles, égoïsme, convoitise, meurtres, jalousie, haine, orgueil, péché, cœur partagé, jugement, critique », qui maculent ce chapitre comme des taches d’encre sur une feuille blanche.

Verset 1

Je commence de lire ce chapitre quatre.

D’où proviennent les conflits et les querelles entre vous ? N’est-ce pas des désirs égoïstes qui combattent sans cesse en vous ? (Jacques 4.1).

Le chapitre précédent s’est terminé en douceur par :

Ceux qui travaillent à la paix sèment dans la paix une semence qui aura pour fruit ce qui est juste (Jacques 3.18).

Ces paroles font penser à un retour de croisière sur une mer calme et tranquille. Mais maintenant une terrible tempête s’est levée ; le vent souffle en rafales et des vagues furieuses battent le navire sans relâche. Le contraste entre la fin du chapitre précédent et le début du quatrième est saisissant, car ici Jacques s’attaque de front à un comportement odieux de la part de certains de ses lecteurs, et il est tellement indigné qu’il n’emploie pas l’expression « mes frères » comme précédemment, chaque fois qu’il changeait de sujet.

Le mot pour « conflits » (Polemos) a donné « polémique » en français ; il veut dire « dispute, combat ou guerre » (Matthieu 24.6 ; Hébreux 11.34 ; Apocalypse 11.7). Il s’agit d’une hostilité qui dure dans le temps.

Le mot pour « querelles » (maché) décrit une lutte spécifique, un éclat occasionnel ou faire une scène. En tout cas, Jacques fait référence à des relations tapageuses entre différentes personnes, des conflits qui couvent et des altercations violentes qui lui ont probablement été rapportées. On sait déjà que les Juifs qui sont encore ancrés dans le système lévitique de l’Ancienne Alliance persécutent leurs compatriotes qui croient en Jésus-Christ comme le Messie. Mais ici, le problème est plutôt entre croyants authentiques ou sympathisants chrétiens. Dans ses deux épîtres aux Corinthiens, l’apôtre Paul écrit :

Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à de petits enfants en Christ. Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter ; et vous ne le pouvez pas, même à présent, parce que vous êtes encore charnels. En effet, puisqu’il y a parmi vous de la jalousie et de la discorde, n’êtes-vous pas charnels et ne marchez-vous pas d’une manière tout humaine ? (1Corinthiens 3.1-3 ; SER). Je crains de découvrir de la discorde, des jalousies, de la colère, des rivalités, des médisances, des commérages, de l’orgueil et des désordres (2Corinthiens 12.20).

Que les non-croyants se disputent, c’est compréhensible, mais que les disciples de Jésus-Christ agissent de même, c’est inadmissible. Jacques touche du doigt le vrai problème quand il demande : « N’est-ce pas des désirs égoïstes qui combattent sans cesse en vous ? » On peut presque toujours retracer un conflit entre individus au fait que chacun veut défendre son beefsteak, ses intérêts personnels, et campe sur ses positions.

Le mot pour « désirs égoïstes » (hédonôn) a donné « hédoniste » en français ; c’est chercher à satisfaire ses désirs sensuels et charnels et assouvir ses passions. Dans le Nouveau Testament, ce mot a toujours une connotation négative.

Contrairement à une idée répandue, l’humanité ne va pas aller en s’améliorant. L’apôtre Paul soulève un coin du voile sur le futur caractère de l’humanité dans sa deuxième lettre à Timothée à qui il écrit :

Les hommes seront égoïstes, avides d’argent, vantards et prétentieux. Ils parleront de Dieu d’une manière injurieuse et n’auront pas d’égards pour leurs parents. Ils seront ingrats, dépourvus de respect pour ce qui est sacré, sans cœur, sans pitié, calomniateurs, incapables de se maîtriser, cruels, ennemis du bien ; emportés par leurs passions et enflés d’orgueil, ils seront prêts à toutes les trahisons. Ils aimeront le plaisir plutôt que Dieu (2Timothée 3.2-4).

L’apôtre dit aussi comment les vrais croyants doivent se conduire et la différence est remarquable. Dans sa première épître aux Thessaloniciens, il écrit :

Dieu veut que vous meniez une vie sainte : que vous vous absteniez de toute immoralité ; que chacun de vous sache gagner une parfaite maîtrise de son corps pour vivre dans la sainteté et l’honneur, sans se laisser dominer par des passions déréglées, comme le font les païens qui ne connaissent pas Dieu (1Thessaloniciens 4.3-5).

Tout le monde sait que fumer nuit à la santé et que le sexe à gogo, surtout sans protection, conduit à des tas de problèmes et de maladies, mais beaucoup de gens ne veulent rien savoir et au lieu de réfléchir avec leur tête, ils se laissent aller à leur passion du moment et à leurs convoitises mondaines parce qu’ils en sont esclaves. Et même s’ils se sentent repris par leur conscience et éprouvent un malaise, un sentiment de culpabilité, ce n’est pas suffisant pour les empêcher de continuer leurs pratiques condamnables.

Un exemple de la toute-puissance d’une passion dépravée est illustré par la conduite des hommes de Sodome. Ayant appris que des étrangers sont en visite chez Lot, ils essaient de forcer la porte pour violer tous ceux qui se trouvent à l’intérieur de la maison, hommes et femmes, rien que ça. Mais la suite est encore plus surprenante. Les visiteurs qui sont des anges frappent d’aveuglement les hommes de Sodome afin qu’ils ne trouvent pas la porte. Eh bien, tels des zombies, les morts-vivants des films d’horreur, perdre la vue ne les fait pas renoncer à leur sinistre projet (Genèse 19.11).

Verset 2a

Je continue le texte.

Vous convoitez beaucoup de choses, mais vos désirs restent insatisfaits. Vous êtes meurtriers, vous vous consumez en jalousie, et vous ne pouvez rien obtenir. Vous bataillez et vous vous disputez (Jacques 4.2a).

La convoitise est un désir tyrannique difficile à maîtriser. Si je veux quelque chose à tout prix, j’entre alors en conflit avec n’importe qui et tout ce qui se met en travers de ma route. Une passion frustrée peut conduire au meurtre ou au suicide et on en trouve des exemples dans l’Ancien Testament. Un jour, le grand roi David voit une belle femme mariée qui s’appelle Bathshéba. Comme il est roi, il la prend et la met dans son lit. Manque de chance, elle tombe enceinte ; qu’à cela ne tienne, il s’arrange pour que son mari meurt au combat (Urie, le Hittite ; 2Samuel 11.14-17), puis épouse Bathshéba.

Le grand-père de Bathshéba s’appelle Ahitophel (2Samuel 11.3 ; 23.34). D’abord conseiller de David, il est tellement outré par cette injustice qu’il change de camp et devient conseiller d’Absalom, fils de David qui cherche à renverser son père et prendre sa place. Ahitophel a un bon plan pour qu’Absalom réussisse son coup d’État. Mais quand il voit qu’il n’est pas écouté, il est tellement frustré qu’il se suicide (2Samuel 15-17). Cela étant bien entendu, il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à verser le sang, le sien ou celui de quelqu’un d’autre, pour se rendre coupable de meurtre devant Dieu. Matthieu rapporte que Jésus a dit :

Vous avez appris qu’il a été dit à nos ancêtres : “ Tu ne commettras pas de meurtre. Si quelqu’un a commis un meurtre, il en répondra devant le tribunal. ” Eh bien, moi, je vous dis : Celui qui se met en colère contre son frère sera traduit en justice. Celui qui lui dit “ imbécile ” passera devant le tribunal, et celui qui le traite de fou est bon pour le feu de l’enfer (Matthieu 5.21-22).

Quand Jacques dit : « Vous convoitez beaucoup de choses », le verbe pour « convoitez » (epithumeô) veut simplement dire « vouloir quelque chose », mais le contexte montre qu’il s’agit d’un mauvais désir. Par exemple, les Pharisiens ont la réputation d’hommes très pieux, mais en réalité ils convoitent beaucoup de choses, et ils cherchent à maintenir leur pouvoir sur le peuple tout en jouissant de son admiration. Comme Jésus démasque leur hypocrisie, ils ripostent en le faisant mettre à mort par les Romains. D’ailleurs, le gouverneur Ponce Pilate comprend bien que c’est par pure jalousie que les Pharisiens lui ont livré Jésus (Matthieu 27.18).

Jacques dit encore : « vous vous consumez en jalousie et vous ne pouvez rien obtenir. Vous bataillez et vous vous disputez ». Le mot pour « consumez en jalousie » (Zeloô) a donné « zèle » en français. Il exprime un sentiment plus fort que « vous convoitez ». Quand quelqu’un est possédé d’un tel désir ardent sans recevoir satisfaction, tôt ou tard, il s’ensuit des querelles et des luttes. Tous les conflits, qu’ils soient personnels, professionnels, ou entre nations, sont le résultat de désirs égoïstes insatisfaits. Dans sa première épître, l’apôtre Jean les appelle « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie » (1Jean 2.16 ; LSG). En famille, en société, dans le monde des affaires, en politique, dans les rapports entre syndicats et patronat, et même dans les conférences sur la paix, les relations sont conflictuelles parce que chacun cherche à tirer la couverture à lui.

Par contraste, le croyant est appelé à vivre en marge de ces conflits d’ordre personnel car il a un Père céleste qui pourvoit à tous ses besoins.

Versets 2b-3

Je continue le texte.

Vous n’avez pas ce que vous désirez parce que vous ne demandez pas à Dieu. Ou bien, quand vous demandez, vous ne recevez pas, car vous demandez pour vous-mêmes ce qui est mal, avec de mauvais motifs : vous voulez que l’objet de vos demandes serve à votre propre plaisir (Jacques 4.2b-3 ; Autre).

Si j’ai bien compté, dans les deux phrases grecques, les pronoms « vous, vos » sont dits sept fois, ce qui montre que les Juifs auxquels Jacques s’adresse sont très centrés sur eux-mêmes. Quand le croyant a un besoin, il doit tout naturellement se tourner vers Dieu dans la prière. Mais parmi les croyants immatures juifs auxquels Jacques écrit, certains pensent qu’ils peuvent obtenir ce qu’ils veulent par leurs propres efforts, par leur habileté et leur sagesse naturelle, et même à la force du poignet si nécessaire ; ils ne veulent pas comprendre qu’ils doivent invoquer Dieu et se confier en lui pour leurs besoins.

D’autres prient bien Dieu, mais sans tenir compte de sa volonté. Motivés par des aspirations égoïstes, ils cherchent uniquement à satisfaire leurs convoitises charnelles et leurs pulsions primaires.

Verset 4

Je continue le texte.

Peuple adultère que vous êtes ! Ne savez-vous pas qu’aimer le monde, c’est haïr Dieu ? Si donc quelqu’un veut être l’ami du monde, il se fait l’ennemi de Dieu (Jacques 4.4).

Ici, le mot « adultère » est une métaphore. Jacques sous-entend que l’Église est l’Épouse de Jésus-Christ et doit donc lui demeurer fidèle. Durant toute son histoire et on peut vraiment dire « toute », la caractéristique principale du peuple choisi est son infidélité envers l’Éternel. Que ce soient les Hébreux sortis d’Égypte, les Israélites des 10 tribus du Nord ou ceux de Juda, ils ont toujours eu la très fâcheuse maladie d’abandonner Dieu et de rendre un culte aux idoles. Parce qu’ils persistent dans ce péché, les prophètes les accusent régulièrement de commettre un adultère spirituel. Par exemple, Jérémie écrit :

Elle (Juda) a bien vu que j’ai répudié Israël-l’infidèle et que je lui ai donné sa lettre de divorce à cause de tous les adultères qu’elle avait commis. Mais sa sœur, Juda-la-perfide, n’en a ressenti aucune crainte ; au contraire, elle est allée se prostituer à son tour (Jérémie 3.8 ; comparez Ézéchiel 16.32 ; Osée 1.2).

Jacques utilise le même langage que les prophètes vis-à-vis de ses lecteurs qui, je le rappelle, sont un mélange de croyants authentiques, de sympathisants chrétiens et d’Israélites orthodoxes. Seulement au lieu de se tourner vers des faux dieux, les Juifs du premier siècle embrassent les valeurs mondaines de leur époque. Mais que l’idolâtrie soit grotesque comme la dévotion à une statue de Baal, ou qu’elle soit plus subtile comme l’attachement aux valeurs de ce monde, c’est une infidélité envers Dieu et donc un adultère spirituel (Matthieu 12.39 ; 16.4 ; Marc 8.38). Cette apostasie est un comportement coupable grave. Dans le psaume 73, le psalmiste écrit :

Qui t’abandonne (l’Éternel) se perdra, et tu anéantiras tous ceux qui te sont infidèles (Psaumes 73.27).

Dans les Écritures, l’accusation d’adultère ne s’applique jamais aux païens parce que les Israélites sont le seul peuple avec qui l’Éternel a conclu une alliance et donc le seul qui peut lui être infidèle, et leur infidélité a été sans retenue. En tant que peuple de Dieu, les Israélites ont commis des actes abominables, par exemple en offrant un culte à l’idole Baal avec les prostituées sacrées, ou pire encore, en sacrifiant leurs enfants à l’idole Molok. Le mot « adultère » est donc une distinction méprisable attribuée à Israël, la femme infidèle de l’Éternel.

Au premier siècle, la plupart des Juifs, et surtout les chefs religieux, ont abandonné l’Éternel, et la Loi qu’ils ont remplacée par leurs propres traditions. Voilà pourquoi Jésus les appelle « peuple incrédule et génération méchante et adultère » (Matthieu 17.17 ; Marc 9.19 ; Luc 9.41 ; Matthieu 12.39 ; LSG ; 16.4 ; Marc 8.38).

Littéralement, Jacques dit :

Adultères, ne savez-vous pas que l’amitié pour le monde est inimitié contre Dieu ? (JER)

Le mot traduit par « amitié » (philia) n’est utilisé qu’ici dans le Nouveau Testament. Il décrit une affection vive et intense pour les attraits de ce monde. Le mot « ami » (philos) qui lui est apparenté désigne quelqu’un à qui on est très fortement attaché. C’est ce genre d’amitié dont Jésus parle quand il dit :

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (comparez Jean 15.13).

L’amitié pour le monde n’a évidemment rien à voir avec la nature ou la planète terre, mais le système de valeurs et de mœurs égocentriques des civilisations humaines, orienté vers le moi, et qui est fondamentalement opposé à Dieu.

Voilà pourquoi, dit Jacques, « si quelqu’un veut être l’ami du monde, (et c’est un choix conscient) il se fait l’ennemi de Dieu ». Or, écrit l’apôtre Paul dans sa première épître aux Corinthiens, le croyant authentique « a reçu, non l’esprit du monde, mais l’Esprit même qui vient de Dieu pour que nous comprenions tous les bienfaits que Dieu nous a accordés par grâce » (1Corinthiens 2.12). Pour cette raison, dans ses épîtres aux Romains et aux Colossiens, Paul dit :

Ne vous laissez pas modeler par le monde actuel, mais laissez-vous transformer par le renouvellement de votre pensée, pour pouvoir discerner la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait (Romains 12.2). De toute votre pensée, tendez vers les réalités d’en haut, et non vers celles qui appartiennent à la terre (Colossiens 3.2).

Versets 5-6a

Je continue le texte.

Ou pensez-vous que l’Écriture dit en vain que vers l’envie aspire l’esprit qui habite en vous, mais il donne une grâce plus grande (Jacques 4.5-6a).

En grec, cette phrase est particulièrement difficile à comprendre et donc à traduire. Que veut dire : « vers l’envie aspire l’esprit qui habite en vous ? » Comme la suite commence avec un « mais » suivi de « il donne une grâce plus grande », qui est une affirmation positive, c’est que la phrase précédente, celle qui est difficile, est une déclaration négative. « Vers l’envie aspire l’esprit qui habite en vous » veut donc sans doute dire que par nature l’homme a en lui un esprit d’envie : envie d’être et envie d’avoir : les deux formes classiques de l’orgueil humain et la racine du péché (Genèse 4.7 ; 6.5 ; 8.2 ; Proverbes 21.10 ; Jérémie 17.9). Mais heureusement pour nous : « il donne une grâce plus grande », c’est-à-dire que la grâce que Dieu nous accorde est plus grande que notre péché, ce qui rappelle les paroles de Paul dans son épître aux Romains :

Là où le péché a proliféré, la grâce a surabondé (Romains 5.20).

Verset 6b

L’interprétation que j’ai donnée semble être confirmée par la suite du texte qui est :

Voici donc ce que déclare l’Écriture : Dieu s’oppose aux orgueilleux, mais il accorde sa grâce aux humbles (Jacques 4.6b).

En effet, cette citation est construite sur le même modèle que le verset difficile, car elle reprend les deux mêmes thèmes de l’orgueil et de la grâce de Dieu.

« Dieu s’oppose aux orgueilleux, mais il accorde sa grâce aux humbles », est une citation du livre des Proverbes reprise par Jacques mais aussi par l’apôtre Pierre (Proverbes 3.34 ; 1Pierre 5.5), selon l’ancienne version grecque (la Septante). Le mot pour « s’oppose » (antitassetai) est un terme militaire qui signifie « résister, lutter contre », et qui décrit une armée parfaitement équipée pour aller combattre. C’est donc de cette même manière que Dieu est prêt à s’opposer à l’orgueil humain.

Le mot pour « orgueilleux » (huperéphanos) veut dire « paraître au-dessus » (comparez Romains 1.30 ; 2Timothée 3.2) ; il décrit quelqu’un qui se considère plus important que les autres. Dans le passage du livre des Proverbes de l’Ancien Testament qui mentionne sept choses que l’Éternel déteste, le sage place en tête « les yeux qui regardent les autres de haut » (Proverbes 6.17 ; comparez Proverbes 16.5, 18).

Par contre, « Dieu accorde sa grâce aux humbles », c’est à dire à ceux qui renoncent à posséder ou à prouver qu’ils sont meilleurs que les autres, et qui se soumettent humblement à Dieu. D’ailleurs, dans l’évangile selon Matthieu, on lit que la première des béatitudes de Jésus est :

Heureux les pauvres en esprit car le royaume des cieux est à eux (Matthieu 5.3).

Ou comme le dit si bien la Bible de Jérusalem :

Heureux ceux qui ont une âme de pauvre.

Tout comme l’orgueil est à la racine du péché, l’humilité est le commencement de la justice personnelle, et aussi la bonne attitude pour éviter ou tout au moins limiter les conflits relationnels (voir le début de ce chapitre).

Dans l’évangile selon Luc, on lit que Jésus raconte l’histoire du Pharisien et du collecteur d’impôts qui sont montés au temple pour prier. Il dit :

Le collecteur d’impôts se tenait dans un coin retiré, et n’osait même pas lever les yeux au ciel. Mais il se frappait la poitrine et murmurait : “ Ô Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! ” Je vous l’assure, c’est ce dernier et non pas l’autre qui est rentré chez lui déclaré juste par Dieu. Car celui qui s’élève sera abaissé ; celui qui s’abaisse sera élevé (Luc 18.13-14 ; comparez Matthieu 23.12).