Chapitre 15

Introduction

Quand j’étais adolescent, je me souviens être allé voir Les 10 Commandements, un film à très grand spectacle qui m’avait impressionné surtout qu’il est basé sur des faits historiques. C’est l’histoire du peuple juif qui avait été mis en esclavage en Égypte et après bien des péripéties quitte le pays sous la conduite de Moïse. Presque 5 siècles auparavant et alors que pas un seul Hébreu n’existait, l’Éternel s’adressant à Abram lui a prophétisé ces événements.

Versets 13-16

Je continue à lire dans le chapitre 15 de la Genèse.

Sache bien que tes descendants vivront en étrangers dans un pays qui ne leur appartiendra pas, on en fera des esclaves et on les opprimera pendant 400 ans. Mais je punirai la nation qui les aura réduits en esclavage et ils quitteront le pays chargés de grandes richesses. Quant à toi, tu rejoindras en paix tes ancêtres, et tu seras enterré après une heureuse vieillesse. C’est seulement à la quatrième génération que tes descendants reviendront ici car, jusqu’à présent, les Amoréens n’ont pas encore mis le comble à leurs crimes (Genèse 15.13-16).

Les Amoréens sont une branche descendant de Canaan, le petit-fils de Noé. Ils occupaient le pays qui sera plus tard la Palestine et que Dieu va donner à Abram et donc à Israël. La perte de ce pays par les Cananéens est un jugement divin contre eux ; il aura lieu à la quatrième génération après la naissance d’Isaac, le fils qui va naître à Abram.

L’Éternel accorde donc plus de 400 ans aux Amoréens pour se repentir, mais seule Rahab une prostituée a profité de la patience divine. Des fouilles archéologiques ainsi que la littérature cananéenne découverte sur la côte nord de la Syrie à Ras Shamra ont mis en évidence le caractère particulièrement odieux de certaines pratiques liées à leur religion comme la prostitution sacrée, la sorcellerie et surtout les sacrifices d’enfants.

Versets 17-18

Je continue.

Lorsque le soleil fut couché et que l’obscurité fut totale, un tourbillon de fumée et une torche de feu passèrent soudain entre les animaux partagés. Ce jour-là, l’Éternel fit alliance avec Abram et lui dit : Je promets de donner à ta descendance tout ce pays, depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate (Genèse 15.17-18).

C’est ainsi que l’Éternel s’engage de manière irréversible envers Abram et sa descendance à leur donner le pays de Canaan. Les Juifs n’ont pas reçu la Palestine en partage parce qu’ils étaient meilleurs que les autres ; pas du tout ! C’est purement un acte de bienveillance de la part de l’Éternel à l’égard d’Abram qui a cru en la promesse qui lui était faite et qui lui a valu d’être déclaré juste. Dieu l’approuva parce qu’il avait adopté une attitude de confiance et de dépendance vis-à-vis de lui. La fin de ce chapitre donne la liste de 10 nations dont les territoires passeront sous domination israélite.

Chapitre 16

Introduction

Nous voici maintenant arrivés au chapitre 16, un passage bien malheureux dans la vie du patriarche et de sa femme Saraï qui subissent une éclipse de leur foi. Les Écritures racontent comment les choses se sont passées sans essayer d’en arrondir les angles.

Versets 1-3

Je commence à lire :

Saraï, l’épouse d’Abram, ne lui avait pas donné d’enfant. Mais elle avait une esclave égyptienne nommée Agar. Elle dit à Abram : Tu vois que l’Éternel m’a empêchée d’avoir des enfants. Va donc vers ma servante : peut-être aurai-je un fils par son intermédiaire. Abram suivit le conseil de sa femme. Saraï, femme d’Abram, prit donc sa servante Agar et la donna pour femme à Abram, son mari. Il y avait alors dix ans qu’Abram séjournait au pays de Canaan (Genèse 16.1-3).

Au Proche-Orient, la stérilité d’une femme était considérée comme une disgrâce, la pire des calamités, voire une punition divine. Ce procédé qui permettait à une épouse stérile d’avoir des enfants par l’intermédiaire d’une autre femme est attesté par plusieurs documents archéologiques, notamment le Code d’Hammourabi et les tablettes de Nuzi. Aujourd’hui, on fait à peu près pareil ; au lieu d’une servante, c’est un ventre porteur rémunéré et au lieu d’une insémination naturelle, elle est artificielle ; rien de très nouveau donc sous le soleil.

Lors de ces événements, Abram est âgé de 85 ans et Saraï en a 80 ; elle a perdu patience et décide de résoudre son problème par ses propres moyens malgré la promesse de Dieu. Le problème n’est pas d’ordre moral, mais spirituel ; ils sont humains et donc faillibles. L’épreuve du temps a eu raison d’eux en faisant flancher leur foi. Les conséquences de cette décision seront fort fâcheuses et continuent encore aujourd’hui. Je ne leur jette pas la pierre, parce que c’est dur d’attendre et attendre encore et subir l’usure des années qui passent inexorablement sans que rien n’arrive. Je comprends très bien ce vieux couple qui a essayé d’aider Dieu à réaliser sa promesse.

En filigrane pourtant, leur manque de foi a quelque chose de rassurant puisque malgré leur faute, ni Dieu ni sa promesse ne vont changer à leur égard. Certes, ils devront subir les conséquences de leur acte, mais Abram restera un exemple de foi et le père des croyants tout au long des Écritures ce qui prouve que l’Éternel est un Dieu de grâce riche en bonté et en sollicitude.

Versets 4-5

Je continue le texte :

Abram s’unit à Agar et elle devint enceinte. Quand elle vit qu’elle attendait un enfant, elle se mit à mépriser sa maîtresse. Alors Saraï dit à Abram : L’outrage qui m’est fait retombe sur toi. J’ai poussé ma servante dans tes bras et depuis qu’elle s’est vue enceinte, elle me méprise. Que l’Éternel soit juge entre nous ! (Genèse 16.4-5).

Tout se déroule comme prévu et Agar tombe enceinte. Seulement, voilà : une postérité étant pour la femme orientale une couronne d’honneur, Agar se sent élevée au-dessus de sa maîtresse et la méprise. Saraï, jalouse et vexée, s’en prend alors à Abram, qui, on pourrait presque dire, n’y est pour rien dans cette affaire ou pour si peu de chose ; il ne faisait que passer, lui. En réalité, il a eu tort d’accepter la machination de sa femme. Maintenant qu’il a mis le pied dans un nid de guêpes, il récolte ce qu’il a semé, la zizanie.

Quant à ces femmes, elles ont toutes deux une attitude pourrie l’une envers l’autre et indirectement vis-à-vis de Dieu puisqu’aussi bien la fécondité que la stérilité relèvent de sa souveraineté. L’hostilité entre Saraï et Agar a été transmise à leur descendance respective ce qui est prouvé par les accrochages multiples entre Israël et le monde arabe, ennemi juré des Juifs, ainsi que le problème palestinien insoluble.

Versets 6-10

Je continue.

Abram lui répondit : Ta servante est en ton pouvoir. Agis envers elle comme bon te semblera. Alors Saraï la traita si durement que celle-ci s’enfuit. L’ange de l’Éternel la rencontra près d’une source d’eau dans le désert, Il lui demanda : Agar, servante de Saraï, d’où viens-tu et où vas-tu ? Elle répondit : Je m’enfuis de chez Saraï, ma maîtresse. L’ange de l’Éternel lui dit : Retourne auprès de ta maîtresse et humilie-toi devant elle. Et il ajouta : Je te donnerai de très nombreux descendants ; ils seront si nombreux qu’on ne pourra pas les compter (Genèse 16.6-10).

Dieu ne s’émeut pas outre mesure de la magouille d’Abram ; il faut dire qu’avec les hommes il a l’habitude. La réponse du patriarche à Saraï montre bien qu’il ne considère pas Agar comme une seconde épouse, mais une servante totalement dépendante de sa maîtresse. Éventuellement, cette pauvre femme doit s’enfuir ce qui signifie la mort pour elle et l’enfant qu’elle porte. Survient alors une figure énigmatique qu’on rencontre à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament. Ce personnage apparaît à la fois identifié à l’Éternel et distinct de lui, puisqu’il est son messager ; l’ange de l’Éternel parle pour Dieu à la première personne et Agar affirmera que Dieu lui a parlé. Ce n’est pas tout ; plus loin dans la Genèse, il est écrit et je lis :

l’ange de l’Éternel appela une seconde fois Abraham du haut du ciel et lui dit : Je le jure par moi-même, parole de l’Éternel… (Genèse 22.15-16).

Ce personnage quelque peu mystérieux est une manifestation de la deuxième personne de la trinité.

Versets 11-16

Je finis le chapitre.

Puis l’ange ajouta : Voici que tu attends un enfant : ce sera un garçon. Tu l’appelleras Ismaël, car l’Éternel t’a entendu dans ta détresse. Ton fils sera comme un âne sauvage : il s’opposera à tous et sera en butte à l’opposition de tous, mais il assurera sa place en face de tous ses semblables. Agar se demanda : ai-je réellement vu ici même le Dieu qui me voit ? Et elle appela l’Éternel qui lui avait parlé du nom de Atta-El-Roï. Agar donna le jour à un fils que son père appela Ismaël. Abram avait quatre-vingt-six ans quand Agar lui donna ce fils (Genèse 16.11-16).

Ismaël signifie Dieu entend. Toute sa vie, Agar se souviendra que l’Éternel a entendu son cri et l’a secourue. L’ange lui révéla que son fils serait un homme libre, sauvage et indomptable comme l’âne du désert ; c’est une référence à la vie indépendante et fière des Bédouins arabes descendants d’Ismaël, souvent en guerre avec les sédentaires. Agar fut très surprise de constater que Dieu la voyait et l’avait suivie dans le désert ; c’est pour cela qu’elle donna un nom à ce Dieu qui lui avait parlé l’appelant C’est toi le Dieu qui me voit.

 

Les peuples antiques avaient une idée très primitive de la divinité qu’ils ramenaient à un niveau purement humain. À mon avis, nous ne sommes guère plus avancés qu’eux dans la mesure où nous considérons Dieu dans une perspective mercantile, une sorte de papa-gâteau assis sur un nuage rose prêt à voler à mon secours. Je fais surtout appel à lui, lorsque j’ai besoin d’un coup de main ou quand je veux qu’il me sorte d’un guêpier. Le récit de ce chapitre met en relief l’échec cuisant subi par Abram et Saraï à cause de leur incrédulité. Non seulement Ismaël ne sera pas l’héritier tant désiré, mais cette initiative malheureuse aboutit à une discorde généralisée et aura des répercussions historiques comme je l’ai dit. Malgré tout, l’Éternel se montre bienveillant envers cet enfant auquel il promet une nombreuse descendance.

 

Tout au long de sa vie, l’Éternel va soumettre Abram à une série de 7 épreuves qu’il passe avec succès ou qu’il échoue. La première consista à quitter sa patrie. Bon an mal an, il a obéi et arrive au pays de Canaan sa destination finale. Ensuite vient la famine, mais là Abram perd les pédales et s’enfuit en Égypte d’où il a sans doute ramené Agar. La troisième épreuve, ce furent les difficultés rencontrées avec son neveu Lot ; là, il se montre magnanime et généreux en acceptant les miettes du gâteau tout en faisant confiance à Dieu. La quatrième est l’offre du roi de Sodome de le faire encore plus riche qu’il ne l’est.

Mais comme il avait reçu la visite de Melchisédek, il a réalisé que Dieu était avec lui lors de sa confrontation avec la confédération des rois venus de l’est ; alors, il ne se laisse pas tenter par ce qui brille et l’éphémère et s’en remet à Dieu pour ce qui est des richesses. En cinquième lieu, c’est la patience du couple qui est mise à rude épreuve ; alors là c’est un cuisant échec. La naissance d’Ismaël va bien compliquer leur vie, celle de leur héritier promis lorsqu’il viendra et de ses descendants. Abram ne sait pas que deux autres épreuves supplémentaires l’attendent encore.

Chapitre 17

Introduction

Nous arrivons au chapitre 17 de la Genèse qui est un moment fort, la charnière de la vie d’Abram. Dieu va renouveler son alliance avec le patriarche, changer son nom et lui confirmer sa promesse d’un pays et d’un fils qui naîtra de Saraï, sa femme légitime. Le mot alliance est très important ici puisqu’il va être mentionné 13 fois en 27 versets.

Versets 1-2

Je commence à lire :

Quand Abram eut 99 ans, l’Éternel lui apparut et lui dit : Je suis l’Éternel tout-puissant. Conduis ta vie sous mon regard et comporte-toi de manière irréprochable ! Je conclurai une alliance avec toi et je multiplierai ta descendance à l’extrême (Genèse 17.1-2).

Treize ans ont passé depuis la naissance d’Ismaël et Dieu apparaît à Abram. À chaque alliance, correspond un nom divin. À Noé, Dieu s’était révélé sous le nom d’Élohim, le créateur des cieux et de la terre. À Abram, il se révèle sous le nom de El Shaddaï, le Tout-Puissant, capable de faire naître un enfant dans des conditions humainement impossibles. En effet, le patriarche a 99 ans et Saraï 89 ans ; ils ont dépassé l’âge de concevoir.

Versets 3-4

Je continue.

Abram se prosterna, la face contre terre, et Dieu continua de lui parler en disant : Voici quelle est mon alliance avec toi : Tu deviendras l’ancêtre d’une multitude de peuples (Genèse 17.3-4).

Abram a la bonne réaction et tombe face contre terre dans une attitude d’adoration. C’est vrai qu’Abram a eu des centaines de millions de descendants tant israélites qu’arabes que par l’intermédiaire d’autres fils.

Versets 5-6

Je continue.

Désormais ton nom ne sera plus Abram, mais Abraham, car je ferai de toi le père d’une multitude de peuples. Je multiplierai à l’extrême le nombre de tes descendants et je te donnerai d’être à l’origine de diverses nations ; des rois même seront issus de toi (Genèse 17.5-6).

Dans les Écritures, le changement de nom accompagne l’attribution d’une fonction particulière. Abram voulait dire Père éminent ; son nouveau nom Abraham a une consonne supplémentaire et signifie : Père d’une multitude. Cette promesse d’une nombreuse descendance est également faite à Saraï puis renouvelée à Jacob le petit-fils d’Abraham. Quelle foi n’a-t-il pas fallu au patriarche pour accepter son nouveau nom ! Imaginez l’arrivée d’une caravane en route pour l’Égypte. À cette époque, il n’y avait ni auberge ni restauration rapide ni services d’accueil ; sans l’hospitalité, personne n’aurait pu se déplacer.

Abraham aussi ouvrait tout grand son oasis et sa tente aux voyageurs de passage. Les nomades se présentent et bien sûr Abraham doit dire qu’il s’appelle Père d’une multitude, le nom que Dieu lui a donné. Combien d’enfants as-tu donc mon ami, demandent-ils. Un seul pour l’instant répond le patriarche, mais Dieu qui a créé le ciel et la terre m’a promis une grande postérité. Froncements de sourcils ! Porter un nom pareil et n’avoir qu’un enfant, Ishmaël, et d’une servante en plus, ce devait être quelque peu humiliant pour Abraham, surtout au Proche-Orient où la véritable fortune d’un homme se compte en nombre de fils.

Verset 7

Je continue le texte.

Je maintiendrai éternellement mon alliance avec toi, puis avec ta descendance après toi, de génération en génération. En vertu de cette alliance, je serai ton Dieu et celui de ta descendance après toi (Genèse 17.7).

Pour la première fois cette alliance est qualifiée de perpétuelle, car l’Éternel sera non seulement son Dieu, mais aussi celui de ses descendants et ceci pour toujours. Cet aspect central de l’alliance : Je serai ton Dieu et celui de ta descendance est souvent répété dans l’Ancien Testament.

Verset 8

Je continue.

Je te donnerai ainsi qu’à ta descendance, ce pays de Canaan où tu vis maintenant en étranger et en nomade. Il sera votre propriété pour l’éternité. Et je serai le Dieu de ta descendance (Genèse 17.8).

C’est Dieu qui garantit la pérennité de cette alliance ; ce pays n’est pas donné à Israël provisoirement, mais pour toujours. Cela ne veut pas dire que les Israélites ne risquent jamais de le perdre, car effectivement ils en ont déjà été chassés à plusieurs reprises. Ils furent en captivité en Égypte, puis à Babylone, puis ce fut la diaspora en l’an 70 de notre ère après qu’ils furent massacrés par les Romains à cause du rejet de leur Messie, Jésus-Christ.

Certes, ils ont commencé à retourner en Israël lors de la création de l’État hébreu en 1948, mais c’est à la fin des temps que ce pays leur appartiendra dans sa totalité, car Dieu l’a promis à Abraham. En cours de route, les Juifs y habiteront en pointillé, en fonction de leur obéissance à Dieu, mais éventuellement la promesse que l’Éternel a faite s’accomplira.

Et aujourd’hui, elle tient toujours bien que les Juifs aient rejeté leur Messie et soient devenus pour la plupart d’entre eux des citoyens entièrement sécularisés et une nation païenne. Le comportement des hommes n’affecte en rien le cours des choses décidé par Dieu ; il est souverain dans son univers et fait comme ça lui plaît, et qui peut s’opposer à lui ?