Chapitre 14

Introduction

Il y a beaucoup d’expériences qui sont éminemment humaines, que nous avons donc tous plus ou moins en commun. Certaines sont vertueuses, mais d’autres tiennent plutôt du vice. Par exemple, il est difficile de ne pas éprouver une certaine satisfaction, ne serait-ce qu’une toute petite, quand quelqu’un qui vous a fait une crasse a soudainement de gros ennuis. Mais peut-être, êtes-vous au-dessus du panier et cette attitude ne vous a jamais effleuré la peau ; eh bien, tant mieux. Abram aussi était de cette trempe-là.

À l’annonce que son neveu Lot avait été fait prisonnier parce qu’il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, il aurait pu dire : Bien fait pour lui ! Car après tout, ce petit blanc de bec n’avait pas été très régulier avec son oncle, mais le patriarche était de race noble ; il avait oublié cet incident depuis longtemps. Alors à l’annonce du malheur qui a frappé son neveu, son sang ne fait qu’un tour ; n’écoutant que son courage il déterre la hache de guerre.

Verset 14-16

Je continue à lire dans le chapitre 14 de la Genèse.

Quand Abram apprit que son parent avait été emmené captif, il arma 318 hommes bien entraînés, nés dans sa maison, et poursuivit les quatre rois jusqu’à Dan dans le nord du pays. Il divisa sa troupe et attaqua les ennemis pendant la nuit avec ses serviteurs, il les battit et les poursuivit jusqu’à Hoba au nord de Damas. Il récupéra tout le butin, il ramena aussi Lot son parent, ainsi que ses biens, les femmes et les autres prisonniers (Genèse 14.14-16).

Ce passage est très informatif, car il nous donne une idée de l’importance d’Abram ; en 2 temps 3 mouvements, il peut armer 318 hommes évidemment bien aguerris et partir en campagne pour en découdre. Le clan du patriarche devait être imposant et posséder des ressources considérables. Se défendre et se battre faisait partie des occupations normales des bergers de cette époque, car c’était littéralement la loi de la jungle qui prévalait, la raison du plus fort étant toujours la meilleure. La poursuite est engagée jusqu’au nord de Damas, ce qui n’était pas la porte à côté. On pourrait penser qu’Abram et ses alliés sont un tantinet casse-cous de s’attaquer à une confédération de quatre rois qui viennent tout juste d’en écraser 5 autres. En tout cas, par sa façon de livrer bataille il se révèle être un bon stratège.

Finalement, il taille en pièces les rois venus de Mésopotamie, récupère tout le butin et surtout les prisonniers qui étaient emmenés pour servir d’esclaves, une perspective pas très réjouissante ni à cette époque ni de nos jours où cela se pratique encore bien dans certains coins de notre planète.

Versets 17-20

Je continue le texte :

Lorsqu’Abram revint après avoir battu Kedorlaomer et les rois qui étaient avec lui, le roi de Sodome vint à sa rencontre dans la vallée de Chavé qui est la vallée royale. Melchisédek, roi de Salem, qui était prêtre du Dieu très-haut, apporta du pain et du vin. Il bénit Abram en ces termes : Que le Dieu très-haut qui a formé le ciel et la terre bénisse Abram, et béni soit le Dieu très-haut qui t’a donné la victoire sur tes ennemis ! Et Abram lui donna le dixième de tout le butin (Genèse 14.17-20).

Au retour de sa victoire, Abram rencontre un dénommé Melchisédek, roi de Salem, dont le nom veut dire roi de Justice. Quant à la ville de Salem, elle deviendra Jérusalem. Melchisédek, personnage mystérieux et authentique prêtre de l’Éternel, discerne la raison du succès d’Abram : c’est le Dieu très-haut qui l’a rendu vainqueur sur ses ennemis. En son nom, il bénit le patriarche. Melchisédek n’appartenait pas au groupe ethnique d’Abram et pourtant il était monothéiste, ce qui confirme bien qu’au commencement tous les hommes avaient adoré le Dieu unique et que c’est seulement plus tard, en particulier sous le régime du tyran Nimrod, qu’ils étaient tombés dans une idolâtrie grossière.

Melchisédek est un personnage énigmatique surgi de nulle part, qui disparaît des Écritures aussi mystérieusement qu’il était venu. Alors que la Genèse est le livre des familles de la terre et que tous les hommes importants mentionnés sont rattachés à une généalogie, ce n’est pas le cas pour ce roi étrange ; on ne sait rien de lui, c’est comme s’il n’avait ni père ni mère. Il est mentionné une autre fois dans l’Ancien Testament en passant comme étant un précurseur du Messie à venir.

Par contre, un des livres du Nouveau Testament s’attarde longuement sur lui le comparant au Christ sous plusieurs aspects et en particulier dans son rôle de Grand-Prêtre. Melchisédek est une figure très importante dans le plan du salut de Dieu ; il est le premier à être appelé prêtre de l’Éternel et reconnu comme tel, le seul aussi qui ait cumulé l’office royal et le sacerdoce. Cette pratique était courante de la part des roitelets païens qui prenaient pour titre le nom de leur idole favorite. Par contre, quand plus tard le peuple hébreu aura un roi, des prophètes et des prêtres, le cumul des fonctions sera strictement interdit par la Loi.

 

Quand Jésus vint sur terre, il exerça tout d’abord comme prophète, celui qui apportait la parole de Dieu, puis se présenta comme le véritable roi d’Israël. Rejeté, il devint l’intermédiaire entre Dieu et l’homme, Grand-Prêtre à tout jamais au bénéfice de ceux qui lui font confiance. Un jour, il deviendra le souverain de toute la terre et alors il cumulera la prêtrise et la royauté. Melchisédek offra du pain et du vin à Abram, un don de nourriture et de boisson ordinaire. Ce geste a une double signification : d’une part, il est un gage d’amitié et d’hospitalité, et d’autre part c’est un geste sacerdotal prophétique. En effet, le soir où il fut livré, Jésus instituera la sainte cène avec du pain et du vin, symboles de son corps brisé et de son sang versé pour la rémission des péchés.

 

En donnant le dixième du butin à Melchisédek, Abram reconnaît que tous deux servent le même Dieu, Yaveh, nom traduit par Éternel dans les Bibles de langue française.

Versets 21-24

Je finis le chapitre :

Le roi de Sodome dit alors à Abram : Rends-moi les personnes et garde les biens pour toi. Abram lui répondit : Je jure à main levée vers l’Éternel, le Dieu très-haut qui a formé le ciel et la terre, que je ne prendrai rien de ce qui t’appartient, pas même un fil ou une courroie de soulier, pour que tu ne puisses pas dire : « J’ai enrichi Abram ». Je ne veux rien si ce n’est ce qu’ont mangé les jeunes gens. De plus, la part des hommes qui m’ont accompagné, Aner, Echkol et Mamré, eux, ils la prendront (Genèse 14.21-24).

Selon le Code d’Hammourabi en vigueur au Proche-Orient à cette époque, Abram avait tout à fait droit au butin et même aux personnes qu’il avait délivrées ; celles-ci étant des biens au même titre que les habits, un terrain ou l’argent. Mais Abram n’en avait pas besoin et de plus il ne voulait rien devoir à un roi païen.

 

Cette histoire guerrière est étonnante, car Abram le nomade sans propriété foncière l’emporte avec ses alliés sur une confédération de quatre rois puissants puisqu’ils avaient vaincu au moins à deux reprises les 5 rois du pays de Canaan. Cette victoire préfigure celles que remporteront Moïse puis Josué, son aide camp, lors de la conquête de la Palestine quelques siècles plus tard.

Chapitre 15

Verset 1

Nous arrivons au chapitre 15 de la Genèse que je commence à lire.

Après ces événements, l’Éternel s’adressa à Abram dans une vision : Ne crains rien, Abram, lui dit l’Éternel, je suis ton bouclier, ta récompense sera grande (Genèse 15.1).

C’est la quatrième fois que Dieu se révèle à son serviteur ; il développe la foi de cet homme et le rassure. On ne sait pas ce qui s’est passé pendant la bataille, mais peut-être que la vie du patriarche s’est trouvée en danger, alors entendre l’Éternel dire : Je suis ton bouclier a dû être drôlement réconfortant pour Abram, car il n’a aucune idée de ce qui l’attend dans ce périple organisé par Dieu.

Versets 2-5

Je continue :

Abram répondit : Éternel Dieu, que me donnerais-tu ? Je n’ai pas d’enfant, et c’est Éliézer qui héritera tous mes biens. Tu ne m’as pas donné de descendance, et c’est un serviteur attaché à mon service qui sera mon héritier. Alors l’Éternel lui parla en ces termes : Non, cet homme-là ne sera pas ton héritier : c’est celui qui naîtra de toi qui héritera de toi. Puis Dieu le fit sortir de sa tente et lui dit : Contemple le ciel et compte les étoiles, si tu en es capable. Et il ajouta : Tes descendants seront aussi nombreux qu’elles (Genèse 15.2-5).

D’anciens documents découverts au Proche-Orient attestent cette coutume pour un maître sans enfant d’adopter l’un de ses serviteurs pour en faire l’héritier et le gardien de sa fortune en attendant la naissance éventuelle d’un enfant. La réponse d’Abram à Dieu exprime un certain découragement ; la seule récompense qui pourrait le réjouir serait d’avoir un fils. Il est franc et direct disant en substance : Tu ne m’as pas donné de descendance, alors pour le reste, merci, mais j’ai tout ce qu’il me faut. Alors, l’Éternel renouvelle sa promesse d’une postérité, mais avec davantage de précisions, lui disant que son héritier sera son propre fils.

La première fois, Dieu lui avait dit que sa descendance serait aussi nombreuse que les grains de poussière de la terre et maintenant, c’est aux astres célestes qu’il la compare. Or dans le ciel d’Orient, on peut voir à l’œil nu plus de 8 000 étoiles. De toute façon, ce langage imagé n’avance pas un chiffre exact, mais une promesse. Ce que Dieu dit est qu’il ne sera pas possible de compter tous les descendants d’Abram à cause de leur nombre.

Le livre de l’Exode qui suit celui de la Genèse prouve que cette promesse s’est accomplie alors que les Israélites étaient en Égypte ; et comme je l’ai déjà mentionné, les Arabes ont eux aussi Abram pour père fondateur. Ce n’est pas tout, car le Nouveau Testament affirme que tous ceux qui ont foi au Christ sont descendants spirituels d’Abraham. Je lis le passage :

Si vous appartenez à Christ, vous êtes de la descendance d’Abraham, héritiers de la promesse (Galates 3.29).

Donc, que ce soit au niveau physique ou spirituel, Abram est effectivement devenu le père d’une multitude.

Verset 6

Je continue.

Abram fit confiance à l’Éternel et, à cause de cela, l’Éternel le déclara juste (Genèse 15.6).

C’est ici la première mention de l’unique et vitale condition pour plaire à Dieu. Par nature, l’homme n’est pas juste, alors pour qu’il le devienne il faut que Dieu lui attribue Sa propre justice en réponse à la confiance que je Lui témoigne ; ce principe est souvent mentionné dans les Écritures. Dieu veut qu’on le prenne au mot. En ce qui concerne Abram, la foi en la promesse divine était tout ce que l’Éternel attendait de lui. Ce passage de la Genèse est rapporté dans le Nouveau Testament en ces termes :

Abraham a eu confiance en Dieu, et Dieu, en portant sa foi à son crédit, l’a déclaré juste. (Romains 4.3).

Et pourtant, Abram va encore faillir à plusieurs reprises, mais ces accidents de parcours ne vont aucunement modifier le fait que le patriarche a été déclaré juste, parce que la justice qui vient de Dieu s’obtient indépendamment des accomplissements personnels, que ce soient la pratique de rites ou de bonnes œuvres. Je lis un passage du Nouveau Testament :

Et si quelqu’un n’accomplit pas d’œuvre, mais place sa confiance en Dieu qui déclare justes les coupables, Dieu le déclare juste en portant sa foi à son crédit. (Romains 4.4-5).

Le corollaire de ce principe est que quiconque tente de devenir juste par des exercices spirituels quelconques se place sous la malédiction divine ; je lis un passage :

Ceux qui comptent sur leur obéissance à la Loi tombent sous le coup de la malédiction, car il est écrit : Maudit soit l’homme qui n’obéit pas continuellement à tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi. Il est d’ailleurs évident que personne ne sera déclaré juste devant Dieu grâce à son obéissance à la Loi, puisque l’Écriture déclare : le juste vivra par la foi. (Galates 3.10-11).

Ce texte signifie qu’il n’y a que deux attitudes possibles : soit on essaie de suivre continuellement la Loi de Dieu et on se place sous une malédiction, parce que c’est un objectif impossible ; soit on s’en remet complètement à Dieu corps et âme, lui faisant entièrement confiance pour son salut et alors il nous considère comme si on était sans faute et parfaitement juste.

Versets 7-8

Je continue le texte.

Je suis l’Éternel qui t’ai fait sortir d’Our en Chaldée pour te donner ce pays en possession. Seigneur Dieu, répondit Abram, comment aurai-je la certitude que je le posséderai ? (Genèse 15.7-8).

Abram a l’esprit pratique ; il vit dans la réalité et voudrait avoir la promesse de Dieu par écrit, et c’est exactement ce qu’il va obtenir. Dieu va lui dire : d’accord, on va établir un contrat en bonne et due forme, on va le faire certifier par un notaire comme une promesse de vente en somme, et Dieu lui a fixé rendez-vous chez l’homme de loi du coin. Bien sûr, les choses ne se sont pas déroulées tout à fait ainsi parce qu’elles se faisaient différemment en ce temps-là, mais c’est la même idée.

Versets 9-11

Je continue.

Dieu lui dit : Va chercher une génisse, une chèvre et un bélier ayant chacun trois ans, une tourterelle et un jeune pigeon. Abram alla prendre ces animaux, les coupa tous en deux par le milieu, excepté les oiseaux, et pour chacun d’eux disposa les deux moitiés face à face. Des oiseaux de proie fondirent sur les bêtes mortes, mais Abram les chassa (Genèse 15.9-11).

Dans le Proche-Orient ancien, une alliance était habituellement scellée par un sacrifice avec les victimes coupées en deux moitiés. Les contractants passaient entre elles en appelant les divinités à leur faire subir le même sort que ces animaux s’ils rompaient leurs engagements. Donc, Dieu suit la procédure légale en vigueur à cette époque et qui d’ailleurs resta la même jusqu’à ce qu’Israël soit emmené en captivité à Babylone au 6e siècle avant notre ère.

On peut s’imaginer la scène : Abram vient de finir de tout préparer et pendant qu’il attend que Dieu se manifeste des vautours veulent profiter de l’aubaine ; le temps s’écoule lentement. Ses serviteurs le regardent et des voisins ou des passants viennent voir toute cette charogne et lui demandent où est passé l’autre contractant ; Abram répond qu’en temps voulu il viendra. Le jour baisse.

Verset 12

Je continue le texte :

Au moment où le soleil se couchait, une grande torpeur s’empara d’Abram et, en même temps, l’angoisse le saisit dans une profonde obscurité (Genèse 15.12).

Soudainement, Abram part au pays des songes ; juste au moment où il devait sceller une alliance avec l’Éternel, il s’endort. Ce profond sommeil dans lequel Dieu le plongea fait penser à celui qui tomba sur Adam juste avant que Dieu ne lui prenne une côte afin de créer Ève. Pourquoi l’Éternel écarte-t-il ainsi son serviteur ? Tout simplement parce que, lors de l’établissement de ce contrat, Dieu seul passera entre les victimes, ce qui signifie que l’alliance établie sera unilatérale et inconditionnelle.

L’Éternel seul s’engage à tenir sa promesse indépendamment des actions d’Abram dont le rôle est seulement de croire en Dieu et d’accepter ce contrat que l’Éternel allait signer en passant au milieu des animaux coupés en deux. Cette alliance entre Dieu et Abram est prophétique ; c’est une image qui nous projette 2000 ans plus tard et qui annonce la mort du Christ sur la croix. Là aussi sur le mont du calvaire, Dieu a fait une promesse ; je n’y étais pas et vous non plus, mais Dieu était présent seul avec lui-même et il a fait alliance avec toute personne qui le désire. Rien ne m’est demandé sinon d’accepter le contrat qui fut scellé et signé par le sang du Sauveur.

Si Dieu avait demandé quoi que ce soit à Abram, il aurait failli au vu des entourloupettes qu’il va faire. Alors, c’en aurait été fait du contrat, terminé l’alliance, et donc Dieu n’aurait pas eu non plus à honorer sa promesse. Heureusement donc que l’Éternel a mis son serviteur sur la touche.

Au début du 20e siècle à New York, une certaine Marie Mallon devint célèbre parce que sans le savoir elle était porteuse de la typhoïde, sans pourtant manifester le moindre symptôme. Excellente cuisinière, elle propagea cette maladie partout où elle exerça et bien des gens moururent. Pareillement, l’homme est tellement corrompu qu’il lui est tout simplement impossible de faire une quelconque bonne action sans la souiller. Pour Dieu, nous sommes des pestiférés qui répandons la corruption à tout ce que nous touchons.

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.