Chapitre 17

Introduction

Une des maximes de La Rochefoucauld dit ceci : Si vous voulez vous faire des ennemis, surpassez vos amis ; mais si vous voulez vous faire des alliés, laissez vos amis vous surpasser. Voilà qui est bien dit ! Néanmoins, les accords que les hommes passent entre eux sont fort aléatoires, car mouvants au gré des intérêts changeants des uns et des autres. Il n’en est évidemment pas ainsi de l’Éternel lorsqu’il conclut une alliance avec un homme. À Abraham, Dieu promet sans condition qu’il hériterait d’un pays et que sa lignée serait aussi nombreuse que les étoiles du ciel. Cependant pour jouir pleinement de toutes les bénédictions divines, le patriarche et ses descendants devront eux aussi s’engager.

Versets 9-14

Je continue à lire dans le chapitre 17 de la Genèse.

Puis Dieu ajouta : De ton côté, tu observeras les clauses de mon alliance, toi et ta descendance, de génération en génération. Voici quelle est mon alliance avec vous et avec ta descendance, quels en sont les termes que vous devrez respecter : Tous ceux qui sont de sexe masculin parmi vous seront circoncis. Vous porterez cette marque dans votre chair, et cela sera le signe de l’alliance entre moi et vous. De génération en génération, tout garçon devra être circoncis à l’âge de huit jours. Cela s’applique aussi à tout garçon né dans ta maison, et aux étrangers qui auront été achetés comme esclaves, et qui ne sont pas de ta descendance. Tous sans exception seront circoncis, qu’ils soient nés dans ta maison ou acquis à prix d’argent ; ainsi, le signe de mon alliance sera gravé dans votre chair. C’est là une alliance à perpétuité. Celui qui n’aura pas été circoncis sera retranché de son peuple parce qu’il n’aura pas respecté les clauses de mon alliance (Genèse 17.9-14).

L’alliance avec Abraham a deux parties : une promesse immuable où Dieu s’engage et un contrat qui dépend de l’obéissance d’Abraham et plus tard de ses descendants. Chaque Hébreu jouira des bénédictions temporelles du contrat que Dieu a conclu avec Abraham dans la mesure où il en respectera les clauses. Le signe de l’alliance avec Noé était l’arc-en-ciel, tandis que la circoncision de la chair est la partie contractuelle de l’alliance avec Abraham.

Cette pratique est une preuve d’obéissance et un signe d’appartenance à l’Éternel de l’individu et de sa famille. Ce rite est mentionné ici pour la première fois dans les Textes Sacrés, mais c’était déjà une coutume dans l’Égypte antique pour des raisons hygiéniques. À Canaan, où habite le patriarche, elle ne se faisait pas. Aujourd’hui, les Juifs et les Arabes qui descendent tous d’Abraham pratiquent la circoncision ; les premiers, dès l’âge de 8 jours, et les seconds à 13 ans, ce qui constitue aussi un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte.

La circoncision engageait la responsabilité de l’Israélite dans sa foi en la parole de Dieu et son acceptation des conditions qui lui étaient imposées. Elle exprimait une sorte de serment dont les termes seraient : Si je ne suis pas fidèle dans la foi et l’obéissance envers l’Éternel, comme je coupe ce prépuce que l’épée de Dieu me coupe et me rejette loin de lui moi et ma descendance. La circoncision n’était pas un moyen d’entrer dans l’alliance, mais un témoignage comme quoi le Juif était au bénéfice de celle-ci.

Les chrétiens n’ont pas à la pratiquer parce qu’ils ont fait alliance avec Dieu par la personne du Christ qui est mort en croix et ressuscité. Aller à l’Église, faire des bonnes œuvres ou passer par le baptême sont des devoirs religieux importants et tout à fait honorables ; mais ils ne sont absolument pas un moyen d’entrer dans une alliance avec Dieu ; ce style de vie ne doit être qu’un témoignage comme quoi on est en relation avec lui grâce à une foi personnelle en Jésus-Christ. Il faut faire attention à bien mettre le chariot après les bœufs et non l’inverse ; le pire étant lorsque les bœufs sont dans le chariot, quand le système religieux dicte toute ma conduite.

Versets 15-17

Je continue le texte.

Dieu dit encore à Abraham : Pour ce qui concerne ta femme Saraï, tu ne l’appelleras plus Saraï, désormais son nom est Sara. Je la bénirai et je t’accorderai par elle un fils ; je la bénirai et elle deviendra la mère de plusieurs nations ; des rois de plusieurs peuples sortiront d’elle. Alors Abraham se prosterna de nouveau la face contre terre, et il se mit à rire en se disant intérieurement : Eh quoi ! Un homme centenaire peut-il encore avoir un enfant ? Et Sara, une femme de 90 ans, peut-elle donner naissance à un enfant ? (Genèse 17.15-17).

Le nom de la femme d’Abraham était ma princesse, il devient princesse tout court. Jusqu’à présent, elle était une princesse pour son entourage, désormais son nom devient un titre de noblesse universel, car elle aussi est bénéficiaire de la promesse et sera mère de peuples et de races royaux. Abraham se prosterne parce que sur le coup il est interloqué, ayant du mal à vraiment y croire à cette promesse divine. Pourtant, selon le Nouveau Testament il a vraiment cru et est devenu le croyant par excellence, l’archétype de celui qui a la foi. Je lis le passage du Nouveau Testament :

Abraham mit sa confiance en celui qui donne la vie aux morts et appelle à l’existence ce qui n’existe pas. Alors que tout lui interdisait d’espérer, il a espéré et il a cru. Il considéra son corps, qui était comme mort et celui de Sara, qui ne pouvait plus donner la vie, et sa foi ne faiblit pas. Au contraire : loin de mettre en doute la promesse et de refuser de croire, il trouva sa force dans la foi, en reconnaissant la grandeur de Dieu et en étant absolument persuadé que Dieu est capable d’accomplir ce qu’il a promis. C’est pourquoi Dieu l’a déclaré juste, en portant sa foi à son crédit (Romains 4.17-22).

Versets 18-21

Je continue le texte.

Et Abraham dit à Dieu : Tout ce que je demande c’est qu’Ismaël vive et que tu prennes soin de lui. Dieu reprit : Mais non ! C’est Sara, ta femme, qui te donnera un fils. Tu l’appelleras Isaac ce qui veut dire : « il a ri » et j’établirai mon alliance avec lui pour l’éternité, et avec sa descendance après lui. En ce qui concerne Ismaël, j’ai aussi entendu ta prière en sa faveur. Oui, je le bénirai. Je lui donnerai aussi de très nombreux descendants : je le multiplierai à l’extrême. Douze princes seront issus de lui et je ferai de lui l’ancêtre d’une grande nation. Mais j’établirai mon alliance avec Isaac, le fils que Sara te donnera l’année prochaine à cette époque (Genèse 17.18-21).

Abraham pense à son fils Ismaël et il a un pincement de cœur ; pourquoi ne pas faire de ce vaillant jeune homme de presque 14 ans le fils de la promesse ? Abraham aime ce garçon et de plus il se sent culpabilisé d’être entré dans la combine de Sara. Maintenant, il veut assumer son rôle de père et désire que Dieu bénisse Ismaël. Dieu le promet, mais pour ce qui est de l’alliance proprement dite, elle se fera avec Isaac, le fils à naître.

Versets 22-27

Je finis le chapitre 17 :

Après avoir achevé de parler avec Abraham, Dieu s’éleva au-dessus de lui. Ce même jour, Abraham circoncit Ismaël son fils, ainsi que tous les gens nés dans sa maison et tous les esclaves qu’il avait achetés. Tous les gens de sexe masculin qui appartenaient à la maison d’Abraham furent circoncis comme Dieu le lui avait ordonné. Abraham avait 99 ans quand il fut circoncis et Ismaël son fils en avait treize. Abraham et son fils Ismaël furent circoncis le même jour, en même temps que tous les hommes de sa maison nés chez lui et les étrangers acquis à prix d’argent (Genèse 17.22-27).

Après avoir répété sa promesse à Abraham, Dieu le quitte, car il n’est pas d’humeur à argumenter avec lui ; il a décidé une marche à suivre et il en sera ainsi, point final. Abraham a compris et s’empresse d’obéir aux ordres donnés par Dieu. Ce chapitre est entièrement consacré à l’alliance conclue avec le patriarche ; celle-ci sera éternelle puisqu’elle perdurera de génération en génération et inclut la promesse d’un fils héritier avec une descendance innombrable.

Les changements de nom du patriarche et de sa femme ainsi que cette marque dans la chair qu’est la circoncision révèlent la transformation radicale que Dieu veut opérer dans ses rapports avec l’humanité.

Chapitre 18

Versets 1-4

Nous voici au chapitre 18 que je commence à lire :

L’Éternel apparut à Abraham près des chênes de Mamré. Abraham était assis à l’entrée de sa tente. C’était l’heure de la forte chaleur. Il regarda et aperçut soudain trois hommes qui se tenaient à quelque distance de lui. Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de sa tente et se prosterna jusqu’à terre. Mes seigneurs, leur dit-il, faites-moi la faveur de ne pas passer près de chez votre serviteur sans vous arrêter ! Permettez-moi d’aller chercher un peu d’eau pour que vous vous laviez les pieds, puis vous vous reposerez là sous cet arbre (Genèse 18.1-4).

Cela fait moins d’un an que Dieu a eu une longue conversation avec Abraham concernant la naissance promise d’Isaac. Il était resté silencieux pendant 13 ans, mais maintenant ses manifestations se multiplient et cette fois-ci il ne s’agit pas d’une vision, mais d’une visite à domicile. Les trois personnages s’arrêtent à une certaine distance de la tente ce qui correspondait à une demande d’hospitalité. Abraham les salue et appelle des serviteurs qui s’empressent de venir leur laver les pieds. À cette époque, on n’enlevait pas son chapeau, mais ses sandales.

À mon avis, ce serait une bonne chose si on avait coutume d’ôter nos chaussures quand on entre chez soi ou chez les autres parce que sous nos godasses on ramène de la saleté en tout genre, dont des pesticides et polluants industriels, puis on sème tout ça partout dans nos maisons.

 

Abraham ne sait pas encore qu’il a devant lui l’Éternel flanqué de deux anges ; il voit en ces visiteurs de simples hommes et accomplit les règles de l’hospitalité des nomades. Il leur offre l’ombre de son arbre ce qui est fort agréable en début d’après-midi sous un soleil de plomb. Ça me fait penser au regretté Georges Brassens qui chantait : Auprès de mon arbre, je vivais heureux, j’aurais jamais dû le quitter des yeux.

Versets 5-8

Je continue le texte :

Je vous apporterai un morceau de pain et vous reprendrez des forces avant de poursuivre votre chemin puisque vous êtes passés si près de chez votre serviteur. Ils répondirent : Très bien, fais comme tu as dit ! Abraham se dépêcha d’entrer dans sa tente et de dire à Sara : Pétris vite trois mesures de fleur de farine, et fais-en des galettes. Puis il courut au troupeau et choisit un veau gras à la chair bien tendre, il l’amena à un serviteur qui se hâta de l’apprêter. Il prit du fromage et du lait avec la viande qu’il avait fait apprêter, et les apporta aux trois hommes. Abraham se tint auprès d’eux pendant qu’ils mangeaient sous l’arbre (Genèse 18.5-8).

Abraham fait preuve d’une courtoisie et d’une hospitalité tout orientales ; offrir un morceau de pain était une manière délicate d’inviter à un repas complet. Alors, Abraham se dépêche de faire préparer les galettes, le rôti de veau et les steaks, le beurre et le lait, aliments ordinaires des bédouins du désert. Tout en veillant à l’excellence et à l’abondance des mets, il se tient à leur côté pour les servir.

Versets 9-12

Je continue :

Après cela, ils lui demandèrent : Où est Sara, ta femme ? Elle est là dans la tente, leur répondit-il. Puis l’Éternel lui dit : l’an prochain, à la même époque, je ne manquerai pas de revenir chez toi, et ta femme Sara aura un fils. Derrière lui, à l’entrée de la tente, Sara entendit ces paroles. Or, Abraham et Sara étaient tous deux très âgés et Sara avait depuis longtemps dépassé l’âge d’avoir des enfants. Alors, Sara rit en elle-même en se disant : Maintenant, vieille comme je suis, aurais-je encore du plaisir ? Mon mari aussi est un vieillard (Genèse 18.9-12).

Selon les convenances orientales, la femme restait à l’intérieur lorsque des hôtes masculins étaient présents. Cependant, il semble bien que Sara tendait l’oreille pour savoir ce que disaient ces visiteurs. Elle entendit quelque chose de surprenant qui l’amusa et elle pouffa de rire, comme on le ferait à l’écoute d’une bonne blague. La promesse de Dieu avait de quoi surprendre et elle ne voulait pas se donner de faux espoirs ; c’était trop beau pour être vrai.

Versets 13-15

Je continue.

Alors, l’Éternel dit à Abraham : Pourquoi donc Sara a-t-elle ri en se disant : Peut-il être vrai que j’aurai un enfant, âgée comme je suis ? Y a-t-il quoi que ce soit de trop extraordinaire pour l’Éternel ? L’an prochain, à l’époque où je repasserai chez toi, Sara aura un fils. Saisie de crainte, Sara mentit : Je n’ai pas ri, dit-elle. Si ! Tu as bel et bien ri, répliqua l’Éternel (Genèse 18.13-15).

Abraham se rend maintenant compte qu’au moins un de ses hôtes n’est pas une personne ordinaire, car il savait ce que Sara pensait. L’Éternel ne veut pas passer l’éponge sur ce doute dans son cœur, car il désire qu’elle aussi fasse preuve de la même foi qu’Abraham.

Versets 16-19

Je continue.

Puis ces hommes se remirent en route en prenant la direction de Sodome. Abraham les accompagna pour prendre congé d’eux. L’Éternel se dit alors : Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ? Il deviendra l’ancêtre d’une grande et puissante nation et une source de bénédiction pour tous les peuples de la terre. Car je l’ai choisi pour qu’il prescrive à ses descendants et à tous les siens après lui de faire la volonté de l’Éternel, en faisant ce qui est juste et droit ; ainsi, j’accomplirai les promesses que je lui ai faites (Genèse 18.16-19).

Abraham raccompagne ses hôtes pendant quelques minutes alors qu’ils font route vers l’est en direction des plateaux qui surplombent toute la verte vallée dans laquelle s’étendent Sodome et Gomorrhe. L’Éternel nous fait alors part de ses pensées, pour ainsi dire, car en fait il est bien évident que Dieu n’étant pas un homme, il n’a pas besoin de réfléchir entre plusieurs options. Par contre, il veut que nous ayons une relation avec lui, c’est pour cela qu’il se met à notre niveau.

Moi je trouve ce passage très réconfortant parce qu’il révèle que le Dieu de cet immense univers est tout proche ; il traite Abraham comme un ami à qui il va révéler ses projets. Il faut dire aussi que le patriarche est son ambassadeur sur terre, son représentant, celui qui parle pour lui, donc un prophète. À ce titre, Dieu veut donc l’informer de ses intentions. Je cite un passage de l’Ancien Testament :

Le Seigneur, l’Éternel, n’accomplit rien sans avoir d’abord révélé ses plans à ses serviteurs les prophètes (Amos 3.7).

Dieu a choisi Abraham pour qu’il devienne un personnage très influent dans l’histoire du monde c’est pourquoi il désire que le patriarche comprenne et participe à ce qu’il fait sur terre ; il veut qu’il sache que ce qui est sur le point d’arriver est un jugement sur un peuple extrêmement dégénéré.

Versets 20-25

Je continue le texte.

Alors l’Éternel dit à Abraham : De graves accusations contre Sodome et Gomorrhe sont montées jusqu’à moi : leur perversité est énorme. Je veux y descendre pour voir si leur conduite est vraiment conforme à ce que j’entends dire. Et si ce n’est pas le cas, je le saurai. Là-dessus, ces hommes partirent en direction de Sodome, tandis qu’Abraham continuait à se tenir en présence de l’Éternel (Genèse 18.20-22).

Il est évident que ces accusations n’ont pas été portées par quelqu’un qui serait monté aux cieux pour informer l’Éternel de ce qui se passait sur terre. Dieu se met simplement à la portée d’Abraham en s’exprimant dans un langage humain. Ces accusations entrent dans l’ordre moral établi par Dieu ; que tout crime commis ici-bas crie vers le ciel jusqu’à ce qu’il soit vengé. Ainsi, après que Caïn ait égorgé son frère Abel, Dieu lui a dit :

j’entends la voix du sang de ton frère crier vengeance depuis la terre jusqu’à moi (Genèse 3.10).

L’Éternel dit qu’il veut descendre pour faire une enquête afin de s’assurer que ce qu’il a entendu des crimes perpétrés dans ces villes est bien exact. Devant Abraham, son ami et serviteur, il veut éviter toute apparence de partialité et de précipitation dans ses jugements et pour cela il est prêt à se soumettre aux règles de procédure humaine. Autrement, Abraham aurait pu conclure que Dieu agissait en dictateur vindicatif sans égard pour ceux qui ne sont pas coupables. Or l’Éternel ne châtie pas à l’aveuglette et injustement, mais toujours avec droiture en connaissance de cause et pour de bonnes raisons.