Chapitre 2

Versets 9-10

Quand quelqu’un comparaît devant un tribunal pour répondre aux accusations qui sont portées contre lui, le procureur de la République explique aux jurés les raisons pour lesquelles il doit être envoyé en prison. C’est exactement ce que fait le prophète Amos qui énumère les fautes accumulées par le royaume d’Israël Nord. La culpabilité de la nation est grande et aucune circonstance ne plaide en sa faveur. Au contraire ! Au lieu d’être reconnaissants à l’Éternel pour tous ses bienfaits, les Israélites se sont détournés de lui et font ce qui est mal avec une désinvolture déconcertante au point où Dieu est choqué par la conduite de son peuple.

Je continue de lire dans le chapitre deux du livre d’Amos.

Pourtant, moi j’ai détruit devant eux les Amoréens qui sont aussi grands que des cèdres et forts comme des chênes, et j’ai détruit leurs fruits et tranché leurs racines. Pourtant, moi je vous ai fait sortir d’Égypte et je vous ai conduits pendant quarante ans au désert pour que vous possédiez le pays des Amoréens (Amos 2.9-10).

Au lieu d’annoncer la sentence tout de suite après l’accusation comme il l’a fait avec les sept nations précédentes, Amos ouvre une parenthèse dans laquelle il fait ressortir l’ingratitude des Israélites et la gravité de leurs péchés, en leur rappelant tout ce que l’Éternel a fait pour eux ; il les a délivrés de l’esclavage égyptien, il a pourvu à leurs besoins pendant 40 ans dans le désert et c’est encore lui qui a chassé les Cananéens de Palestine afin de la leur donner. Dans le livre de Josué, on lit :

Je vous ai fait pénétrer dans le pays des Amoréens établis à l’est du Jourdain. Ils vous ont combattus, mais je vous ai donné la victoire sur eux, et vous avez pris possession de leur pays, car je les ai détruits devant vous (Josué 24.8).

Ce peuple comprenait des personnes de taille impressionnante. Un texte du livre du Deutéronome (3.11) dit que le lit du roi Og fait plus de quatre mètres de long et près de deux mètres de large. Impressionnant !

Verset 11

Je continue le texte.

J’ai choisi certains de vos fils pour être des prophètes et certains de vos jeunes gens pour m’être consacrés par vœu. N’en est-il pas ainsi, Israélites ? l’Éternel le demande (Amos 2.11).

Une fois Israël installé en Terre promise, Dieu parle à son peuple par les prophètes, qui depuis Samuel ont été nombreux en Israël. Puis Amos mentionne ceux qui se consacrent à l’Éternel pour un temps limité, ou bien pour la vie comme les juges Samson et Samuel. Ces gens font un vœu très particulier qui est expliqué dans le livre des Nombres ; je lis le passage :

Lorsqu’un homme ou une femme se séparera des autres en faisant vœu de naziréat, pour se consacrer à l’Éternel, il s’abstiendra de vin et de liqueur forte ; il ne boira ni vinaigre fait avec du vin, ni vinaigre fait avec une liqueur forte ; il ne boira d’aucun breuvage tiré des raisins et il ne mangera ni raisins frais ni raisins secs (Nombres 6.2-3 ; LSG).

Ceux qui font vœu de naziréat sont les modèles du troupeau pour ainsi dire. Par leur exemple de vie, Dieu rappelle à tous les Israélites qu’ils forment un peuple à part qui doit être zélé pour lui et les bonnes œuvres.

Verset 12

Je continue le texte.

Mais à ces hommes consacrés, vous avez fait boire du vin et aux prophètes, vous avez ordonné : “ Ne prophétisez pas ” (Amos 2.12).

Les Israélites, le peuple choisi, intimident ou menacent ceux qui sont au service de l’Éternel. Ils ont dépassé les limites. Leurs fautes sont impardonnables et Dieu va les châtier comme ils le méritent.

Versets 13-16

Je finis de lire le chapitre deux du livre d’Amos.

Je vais vous écraser sur place comme un chariot chargé de gerbes écrase tout (Autre). Alors les plus agiles mêmes ne trouveront pas de refuge, et les plus vigoureux ne pourront rassembler leurs forces. Le plus vaillant guerrier ne pourra pas sauver sa vie. Celui qui manie l’arc ne résistera pas. L’homme le plus agile ne s’échappera pas, même le meilleur cavalier ne pourra pas sauver sa vie. En ce jour-là, le plus vaillant des braves fuira, tout nu, l’Éternel le déclare (Amos 2.13-16).

Dieu se compare à un chariot qui écrase tout sur son passage tellement il est lourdement chargé. La destruction qu’il va produire est proportionnelle à la bonté rejetée qu’il a eue pour son peuple. L’amour de Dieu méprisé devient une vengeance juste et sainte ; sa miséricorde sans bornes cède la place à une fureur sans nom.

Le vocabulaire et les expressions utilisés par Amos font penser à ce qui se passe quand les gens sont surpris par un tremblement de terre. Il est question d’écrasement, d’un événement où la force et l’agilité ne servent à rien et où aucune échappatoire n’est possible dans aucune direction ; même les plus braves s’enfuient tout nus, ce qui veut dire que n’ayant pas eu le temps de s’habiller, ils sont sortis en toute hâte de leur maison en train de s’écrouler à cause du tremblement de terre. On comprend donc pourquoi au début du livre, Amos dit qu’il a reçu sa vision deux ans avant le tremblement de terre.

Il est intéressant de remarquer que le prophète ne parle que de ceux qui sont « agiles », des « plus vigoureux », du « plus vaillant guerrier », du « tireur à l’arc », du « meilleur cavalier » et du « plus vaillant des braves ». Alors, on peut se demander ce qui est arrivé à l’Israélite moyen, au faible et au pleutre, au timide et au léthargique, au malade et à l’infirme ? Il va de soi qu’ils ont péri les premiers.

Dans la liste de personnes qui tombent sous le jugement de Dieu, Amos ne mentionne explicitement que ceux qui sont assimilés à des surhommes pour souligner que personne n’échappe au châtiment. Les meules du moulin du jugement de Dieu mettent du temps pour se mettre en mouvement, mais elles broient en une poudre extrêmement fine.

Beaucoup de gens vicieux continuent dans la voie du mal parce qu’ils s’imaginent pouvoir échapper d’une manière ou d’une autre à la juste rétribution de leurs actes malveillants. Le prophète Ésaïe écrit :

C’est pourquoi, écoutez ce que dit l’Éternel, vous, les moqueurs, vous, les chefs de ce peuple, qui régnez à Jérusalem. Voici ce que vous dites : Nous avons fait alliance avec la mort et, avec le séjour des morts, nous avons fait un pacte : quand le flot débordant déferlera, il ne viendra pas jusqu’à nous, car nous nous sommes fait du mensonge un abri, et la duplicité sera notre refuge (Ésaïe 28.14-15).

L’impie n’a élaboré aucun plan pour échapper au jugement, il s’est simplement créé un monde imaginaire dans lequel il nourrit une sorte de croyance dans le vide en se disant que s’il y a un dieu et si un jour il y a un jugement il trouvera bien un moyen d’y échapper. Mais ce genre de raisonnement a autant de sens que d’essayer de passer à travers les gouttes d’eau un jour d’orage. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé, mais à moins d’avoir un parapluie, vous prendrez une bonne saucée. Parlant du salut en Jésus-Christ, l’auteur de l’Épître aux Hébreux écrit :

Comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut ? (Hébreux 2.3 ; SER).

Le tremblement de terre qui eut lieu deux ans après la vision du prophète est ce qu’on appelle « une catastrophe naturelle », mais en réalité c’est Dieu qui dans sa colère contre son peuple secoua la Terre promise. Aussi grave que fût cette tragédie, ce n’est qu’un avant-goût, un prélude au grand châtiment final et définitif d’Israël Nord qui eut lieu en 722 avant Jésus-Christ, date de la prise de la capitale Samarie par les Assyriens. Les Israélites furent alors soit massacrés soit emmenés en captivité et disparurent à tout jamais. Cependant, juste avant cette tragédie, beaucoup d’Israélites du nord se réfugièrent dans le royaume de Juda, chez leurs frères du sud, ce qui fait que les douze tribus originelles sont toujours représentées. Environ un siècle et demi plus tard, Juda est jugé par Dieu et envahi à son tour mais par les Babyloniens. Selon un scénario bien rodé, ils détruisent Jérusalem et emmènent ses habitants en exil. Mais 70 ans plus tard, Cyrus, empereur des Perses et nouveau grand patron du Moyen-Orient, autorise le peuple d’Israël à retourner dans son pays et à rebâtir les murailles de Jérusalem. Ces colons juifs ne sont pas très nombreux, environ cinquante milles, mais parmi eux sont des représentants de toutes les tribus d’Israël.

Amos a commencé son ministère en prononçant une série d’oracles très courts sur six nations païennes et sur les deux royaumes israélites. Comme un cyclone qui touche toute une région, le jugement divin tourbillonne, balayant tous les peuples des alentours pour finalement arrêter son « œil » sur Israël Nord où il s’attarde. Avec tact, Amos prophétise d’abord le jugement de Juda, sa propre patrie, avant d’annoncer celui du royaume des X tribus vers lequel il est envoyé. Il faut aussi savoir que les huit peuples mentionnés sont coupables de très nombreuses transgressions mais Amos n’en choisit qu’une ou deux. D’autres prophètes donnent des listes longues et détaillées des vices que Dieu reproche à ces peuples.

Ici, les nations païennes seront jugées pour des fautes transgressant des lois communément admises par tous les peuples : la cruauté (Syrie), le commerce d’esclaves (Philistins), la trahison d’un allié (Phéniciens), l’entretien d’une haine perpétuelle (Édomites ; Ammonites), et enfin la violation de sépulture et un acte de sacrilège envers la dépouille d’un roi défunt (Moabites). Le royaume de Juda quant à lui sera puni pour ses transgressions de la loi de Moïse et pour son idolâtrie. Par sa dévotion aux idoles, il se met au même rang que les nations païennes ; son sort sera donc le même que le leur : la mise à sac du pays.

Enfin, dans un premier oracle contre le royaume d’Israël Nord, Amos dénonce premièrement les crimes sociaux qui s’y commettent et qui sont des atteintes contre l’Éternel lui-même. Deuxièmement, le prophète lui reproche de refuser la révélation divine proclamée par les prophètes, et troisièmement l’outrage envers les hommes consacrés ayant fait vœu de naziréat. Ces fautes vaudront à Israël Nord un châtiment auquel n’échapperont que ceux qui se sont réfugiés en Juda.

Chapitre 3

Versets 1-2

Nous arrivons au chapitre trois où commence la seconde partie du livre qui contient plusieurs oracles d’Amos sur Israël Nord. Elle comprend trois sections qui débutent par : « Écoutez cette parole » (« Amos 4.1 ; 5.1). Le prophète s’adresse spécifiquement aux X tribus du Nord pour leur rappeler que l’Éternel les a choisies bien avant le schisme des 12 tribus en deux royaumes, à une époque où les tribus ne formaient qu’un seul peuple qui incluait les Israélites de Juda. Je commence de lire le chapitre 3.

Écoutez bien cette parole que l’Éternel prononce sur vous, Israélites, sur toute la famille que j’ai fait sortir de l’Égypte : Je vous ai choisis, et vous seuls, de toutes les familles de la terre, aussi vous châtierai-je pour tous vos crimes (Amos 3.1-2).

Le verbe pour « choisis » (Yâda) a généralement le sens de « connaître » dans le sens d’une relation intime. Par le prophète Osée, l’Éternel dit à son peuple :

Je t’ai connu dans le désert, dans une terre aride (Osée 13.5).

C’est aussi le sens des paroles de l’apôtre Paul quand il dit :

Le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent (2Timothée 2.19).

Dans les traités antiques, le mot « choisis » exprime l’alliance de deux nations entre elles.

Amos va reprocher à Israël son ingratitude sur un ton qui ne tolère aucune réplique.

« La sortie d’Égypte » est fréquemment mentionnée dans les Écritures parce qu’elle représente la preuve ultime de la faveur de Dieu envers le peuple qu’il a choisi de bénir. Israël sera châtié par Dieu avec plus de sévérité qu’aucune autre nation parce qu’il a failli à ses responsabilités en tant que peuple élu, peuple choisi.

Après le déluge qui extermina hommes et animaux, l’humanité rejette Dieu une fois encore et lui lance un défi en construisant la Tour de Babel. Alors l’Éternel les disperse en confondant leurs langages puis décide de choisir Abraham dans la ville d’Our, quelque part en Irak. Il lui demande de quitter sa patrie pour un autre pays qu’il lui révélera et qu’il donnera à ses descendants en temps voulu car il lui promet aussi qu’il fera de lui une grande nation.

Le temps passe et Abraham engendre Isaac qui donne naissance à Jacob, l’ancêtre des douze tribus d’Israël. Ce peuple atterrit en Égypte où il est esclave pendant plusieurs siècles, mais il en sort et dans le désert, l’Éternel lui donne la Loi. Israël est la seule nation à laquelle l’Éternel a décidé d’accorder des bienfaits particuliers ; il s’ensuit que les Juifs ne sont pas comparables à un autre peuple. Dans le livre du Deutéronome et le second livre des Chroniques, on lit :

Mais vous, l’Éternel est allé vous chercher, il vous a arrachés à cette fournaise de fer qu’était l’Égypte pour faire de vous son peuple, celui qui lui appartient, comme vous l’êtes à présent (Deutéronome 4.20). Vous êtes, en effet, un peuple saint pour l’Éternel votre Dieu, et l’Éternel vous a choisis parmi tous les peuples répandus sur la surface de la terre pour que vous lui apparteniez comme un peuple précieux (Deutéronome 14.2 ; comparez 2Samuel 7.23 ; 1Chroniques 17.21).

Dieu désire que par l’intermédiaire des Israélites sa Parole atteigne le monde entier. Mais c’est un fiasco complet. Or, le privilège de l’élection implique une plus grande responsabilité ; l’élu est d’autant plus responsable qu’il agit en connaissance de cause. Contrairement aux nations païennes que le prophète Amos a citées, Israël a blessé l’amour de Dieu en rejetant la lumière et la connaissance qui lui ont été accordées. Voilà pourquoi vient maintenant la minute de vérité quand Dieu leur dit : « aussi vous châtierai-je pour tous vos crimes ».

Sous le régime de la Nouvelle Alliance, privilèges et responsabilités vont également de pair. L’amour de Dieu est un concept largement accepté et peu de gens contestent le fait que Dieu a prouvé son amour envers les hommes quand Jésus est mort sur la croix pour porter leurs péchés. Mais quand cet amour-sacrifice est rejeté, la seule alternative qui reste est le châtiment. La justice de Dieu sera beaucoup plus intransigeante envers ceux qui connaissent l’histoire de Jésus-Christ qu’envers ceux qui ignorent jusqu’à son existence. Luc rapporte que Jésus a dit :

Le serviteur qui sait ce que son maître veut de lui, mais qui n’aura rien préparé ou qui n’aura pas agi selon la volonté de son maître, sera sévèrement puni. Mais celui qui n’aura pas su ce que son maître voulait, et qui aura commis des actes méritant une punition, celui-là subira un châtiment peu rigoureux. Si quelqu’un a beaucoup reçu, on exigera beaucoup de lui ; et plus on vous aura confié, plus on demandera de vous (Luc 12.47-48).

Il vaut cent fois mieux être un indigène aux fins fonds de la jungle amazonienne, et qui se courbe bien bas devant une statue de bois, qu’un protestant de tradition huguenote qui possède la Parole de Dieu chez lui mais qui n’a jamais pris position pour Jésus.

Dans l’Église aussi, privilèges et responsabilités vont de pair et ceux qui assument une position d’autorité seront évalués en fonction de la façon dont ils auront rempli leur ministère. Dans son épître, Jacques écrit :

Mes frères, ne soyez pas nombreux à enseigner ; vous le savez : nous qui enseignons, nous serons jugés plus sévèrement (Jacques 3.1).

Verset 3

Je continue le texte d’Amos.

Deux hommes marchent-ils ensemble sans s’être mis d’accord ? (Amos 3.3).

À partir d’ici, le prophète introduit dans son discours sept questions de rhétorique (versets 3-6) afin de montrer qu’il n’y a pas d’effet sans cause, ou qu’une cause produit son effet. Il veut enseigner par-là que certains événements ne sont pas fortuits mais la conséquence logique d’une action préalable. Ainsi, deux personnes ne peuvent marcher main dans la main que si elles se sont rencontrées et mises d’accord pour faire route ensemble.

En fait, par cet interlude, Amos justifie son droit de prophétiser et l’obligation qui est la sienne d’annoncer le jugement imminent d’Israël Nord. Dans cette mini parabole et dans l’esprit de la vision prophétique, les deux hommes mentionnés sont des symboles qui représentent le châtiment de l’Éternel, et le message d’Amos ; lui-même étant en parfaite harmonie avec l’Esprit de Dieu qui l’accompagne et confirme ses paroles.

Par ailleurs, la question : « deux hommes marchent-ils ensemble sans s’être mis d’accord » se prête très bien à une interprétation littérale. Si je veux marcher avec Dieu, je suis obligé de m’accorder avec lui. Que ce soit dans le passé le présent ou l’avenir, ou dans l’éternité future, l’Éternel accomplit ce qu’il a résolu d’avance selon le conseil de sa seule volonté, et il est évident que rien ni aucun être vivant ne peut contrecarrer ses plans.

Dans ce même ordre d’idée, le prophète Ézéchiel décrit une scène qui peut prêter à sourire, mais elle n’est pas drôle du tout parce qu’elle précède le châtiment du royaume de Juda qui fut détruit par les Babyloniens. Cette scène est l’Éternel, qui revêtu de gloire se déplace triomphalement dans son chariot.

Ce qu’il me faut retenir est que si je ne veux pas me faire écraser par le chariot de Dieu, j’ai intérêt à m’entendre avec mon Créateur pour qu’il me laisse monter dans son chariot. Or, et comme je le dis assez souvent, sur la croix Dieu a conclu une alliance avec vous et moi où il stipule qu’il nous accepte tels que nous sommes si nous venons à lui par l’intermédiaire de son Fils Jésus-Christ. Dieu a rempli et signé ce contrat et tout ce qu’il nous demande est d’y apposer notre signature.