Chapitre 19

Introduction

Lorsque dans une discussion quelqu’un propose une idée qui me froisse, je peux réagir de plusieurs façons différentes. Je peux écouter ou réagir contre ce que j’ai entendu et alors en général, le ton monte très vite. C’est particulièrement vrai dans les domaines politique ou religieux parce que ces sujets touchent des points très sensibles. C’est l’expérience de tous ceux qui annoncent l’Évangile et c’était le pain quotidien, en quelque sorte de l’apôtre Paul. Il avait pour habitude d’aller d’abord prêcher la Bonne Nouvelle dans les synagogues. On l’écoutait une fois et parfois davantage mais tôt ou tard, ces réunions finissaient toujours de la même manière; Paul se faisait jeter. Je continue à lire dans le chapitre 19 du livre des Actes.

Verset 9

Mais un certain nombre de Juifs s’endurcissaient et refusaient de se laisser convaincre : en pleine assemblée, ils tinrent des propos méprisants au sujet de la voie du Seigneur. Alors Paul se sépara d’eux et prit à part les disciples qu’il continua d’enseigner tous les jours dans l’école d’un nommé Tyrannus (Actes 19.9).

Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Au bout d’un temps se met en place le modèle maintenant classique et bien rôdé de l’opposition des Juifs. Alors, Paul sépare ses brebis des boucs, pour ainsi dire; il se détourne de son peuple et se tourne vers les non-Juifs. Selon la tradition, il enseignait pendant 4 heures tous les jours ceux qui avaient accepté la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et le reste du temps il fabriquait des tentes pour subvenir à ses besoins. Luc nous précise que les cours de l’apôtre ont lieu à l’école de Tyrannus ; peu importe, me direz-vous ? Certes, cependant, comme Luc est un historien pointilleux, il a le souci de l’exactitude et des détails. En tout cas, le propriétaire des lieux a un nom intéressant. Il me fait penser à un dinosaure de la classe des Tyranosaurus, ceux qui sont supposés être les plus féroces. Il n’empêche que ce brave homme met ses locaux à la disposition de Paul, soit gratuitement, soit parce qu’il les loue aux rabbins itinérants comme cela se faisait bien.

À cette époque, les gens commençaient à travailler au lever du soleil jusqu’à 11 heures du matin, après quoi ils déjeunaient et faisaient la sieste. Ils reprenaient ensuite leur travail jusqu’au coucher du soleil.

Verset 10

Je continue.

Cela dura deux ans, si bien que tous les habitants de la province d’Asie, tant Juifs que Grecs, entendirent la Parole du Seigneur (Actes 19.10).

De cette école de Tyrannus sortent des hommes formés à l’évangélisation qui vont essaimer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ partout dans l’Empire, jusqu’à Rome, mais surtout dans la province d’Asie, c’est-à-dire la côte ouest de la Turquie d’aujourd’hui. De plus, comme Éphèse est un très grand centre d’échanges commerciaux et qu’elle abrite le célèbre temple de la déesse Diane, beaucoup de gens circulent en ville et ont l’occasion d’entendre l’apôtre même s’ils vont le voir pour être guéri d’une maladie. Dieu béni son ministère d’une façon extraordinaire et c’est pendant son séjour à Éphèse que sont fondées les Églises de Colosses, de Laodicée, d’Hiérapolis et celles mentionnées dans le livre de l’Apocalypse. Environ 40 ans plus tard, l’écrivain latin Pline le jeune est nommé légat impérial en Bythinie, la région à l’est d’Istanbul. Dans une lettre qu’il écrit à l’empereur Trojan, il dit que dans toute sa province, le christianisme a vidé les temples païens.

Versets 11-12

Je continue.

Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul. On allait jusqu’à prendre des mouchoirs ou du linge qu’il avait touchés pour les appliquer aux malades. Ceux-ci guérissaient et les mauvais esprits s’enfuyaient (Actes 19.11-12).

Ces miracles établissent un parallèle avec ceux de l’apôtre Pierre. Quand Paul n’enseigne pas, il travaille et comme il fait chaud, il utilise des linges de corps comme chiffons pour s’essuyer le front. Bien entendu, ils sont sales, pleins de poussière et de transpiration. Mais les gens malades viennent les chercher et à leur contact sont guéris, quelque soit leur maladie. Ça paraît trop extraordinaire, mais moi j’y crois parce que Luc le dit. Cependant, il faut garder à l’esprit que ces bouts de tissus n’ont aucune puissance magique en eux-mêmes. Ils guérissent afin de confirmer, d’une part, l’autorité de Paul comme envoyé de Dieu, et d’autre part la véracité de ses paroles. Cette sorte de miracles est tout à fait exceptionnelle et ne peut se comparer à la vénération des reliques.

Versets 13-14

Je continue.

Quelques Juifs, qui allaient de lieu en lieu pour chasser les démons, voulurent alors invoquer, eux aussi, le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui étaient sous l’emprise d’esprits mauvais. — Par le nom de ce Jésus que Paul annonce, disaient-ils, je vous ordonne de sortir. Ceux qui agissaient ainsi étaient les sept fils d’un certain Scéva, un chef des prêtres juifs (Actes 19.13-14).

D’après l’historien Josèphe (Antiquités, VIII, 2, 5) des exorcistes juifs parcouraient le pays prétendant chasser les démons et guérir les malades au moyen d’incantations magiques. Lors d’une altercation avec les chefs religieux juifs, Jésus a reconnu l’existence de ces guérisseurs ambulants (Matthieu 12:27 ; Luc 9:49) mais rien n’est dit sur leurs méthodes ou leur succès. Ceux dont il est ici question, voyant que Paul guérit au nom de Jésus, s’imaginent que c’est une formule magique qu’ils peuvent utiliser eux-mêmes pour délivrer ceux qui sont possédés d’esprit malins. On a trouvé un papyrus grec sur lequel est écrit : « Je t’adjure par le Dieu des Hébreux, Jésus… »

Versets 15-16

Je continue le texte.

Mais l’esprit mauvais leur répondit : — Jésus ? Je le connais. Paul, je sais qui c’est. Mais vous, qui êtes-vous ? Là-dessus, l’homme qui avait en lui le mauvais esprit se jeta sur eux, les maîtrisa et les malmena avec une telle violence qu’ils s’enfuirent de la maison, les vêtements en lambeaux, et couverts de blessures (Actes 19.15-16).

Luc montre avec ironie le renversement de situation : alors que les exorcistes cherchent habituellement à connaître le nom du démon avant de l’expulser, ici, c’est le contraire. Le mauvais esprit reconnaît la puissance de Jésus et de Paul mais demande avec mépris aux exorcistes qui ils prétendent être, puis il leur file une raclée magistrale.

Versets 17-18

Je continue.

Cet incident fut connu de tous les habitants d’Éphèse. Juifs et Grecs furent tous saisis de crainte, et le nom du Seigneur Jésus fut l’objet d’un grand respect. Beaucoup de ceux qui étaient devenus croyants venaient avouer et déclarer publiquement les pratiques auxquelles ils s’étaient livrés (Actes 19.17-18).

Cet événement engendre la crainte de la populace et tourne à la gloire du nom de Jésus. À cette époque, l’atmosphère religieuse d’Éphèse est très syncrétiste et les pratiques magiques répandues, y compris chez les Juifs. Mais tous ceux qui acceptent le Seigneur confessent leurs pratiques magiques, les rejettent publiquement et détruisent leurs objets et livres de magie.

Versets 19-20

Je continue.

Et beaucoup de ceux qui avaient exercé la magie apportèrent leurs livres de sorcellerie, les mirent en tas et les firent brûler aux yeux de tous. Leur valeur fut estimée à cinquante mille pièces d’argent. C’est ainsi que la Parole du Seigneur se répandait de plus en plus, grâce à la puissance du Seigneur (Actes 19.19-20).

Avec ce sixième compte-rendu, Luc termine une autre section de son livre. L’exercice des arts occultes et de la magie était très répandu. Ceux qui trempent dans l’occultisme essaient de percer les secrets de la nature, de l’avenir et du monde invisible et d’exercer un pouvoir sur la maladie, des personnes ou des animaux au moyen de formules et de rites qui font intervenir des démons. Éphèse était un haut-lieu de la sorcellerie et il existait beaucoup de livres de magie ; ceux en particulier qu’on appelait les « écrits éphésiens » étaient très recherchés. La plupart des nouveaux convertis qui possèdent des ouvrages occultes sont repris dans leur conscience et les apportent pour les brûler en présence des autres chrétiens. Ces manuels d’arts magiques avaient une réelle valeur marchande déjà parce que c’étaient des manuscrits. Étant donné qu’un ouvrier gagnait une pièce par jour, ici c’est 50 000 journées de dur labeur qui partent en fumée. Ce fut une grande victoire de l’Évangile sur le paganisme.

Verset 21

Je continue.

Après ces événements, Paul, poussé par l’Esprit, décida de se rendre à Jérusalem en passant par la Macédoine et l’Achaïe. — Après avoir été là-bas, dit-il, il faudra que je me rende aussi à Rome (Actes 19.21).

Ce verset donne le ton pour la suite du livre. Paul regarde maintenant en direction de Rome qu’il a dans sa ligne de mire. Il ira effectivement dans la ville impériale mais bien plus tard et pas du tout comme il l’envisageait. Le mouvement du livre des Actes va de Jérusalem à Rome en passant par l’Asie Mineure et la Grèce. L’apôtre commence à s’agiter parce que le Saint-Esprit lui fait savoir que l’heure est venue pour lui de quitter Éphèse. Dans un premier temps, il veut retourner à Jérusalem pour y porter la collecte qu’il a rassemblé en faveur des frères pauvres de la Judée (1 Corinthiens 16:1-4 ; Romains 15:25-28). Mais il veut d’abord visiter les églises de Macédoine et de l’Achaïe, les deux provinces qui constituent la Grèce proprement dite, pour encourager les croyants des Églises qu’il a implantées à Philippes, Thessalonique et surtout à Corinthe.

Versets 22-24

Je continue.

Il envoya deux de ses collaborateurs, Timothée et Éraste, en Macédoine, et resta lui-même encore quelque temps dans la province d’Asie. À cette époque, la voie du Seigneur fut l’occasion de troubles sérieux à Éphèse. Un bijoutier, nommé Démétrius, fabriquait de petits temples d’Artémis en argent et procurait aux artisans de sa corporation des gains considérables (Actes 19.22-24).

Timothée, qu’on a vu pour la dernière fois à Corinthe, entre de nouveau sur scène. Il fut un étroit collaborateur de Paul. L’apôtre l’envoie donc en éclaireur pour préparer sa venue et achever la collecte en faveur des pauvres. En attendant, le temps se gâte à Éphèse à cause du fameux temple de Diane, l’une des sept merveilles du monde antique. Il est immense, construit en marbre blanc et comporte 127 colonnes d’une splendeur et d’une richesse incomparables. Il contient une statue de la Diane des Éphésiens, aussi appelée Artémis, une déesse de la fertilité hideuse aux seins multiples et appelée « la mère de tous ». On disait qu’elle était tombée du ciel. C’était probablement une météorite à la forme bizarre qui avait été sculptée. Il existait une autre Diane, celle des Grecs et qui était par contre très belle.

A partir d’ici, Luc nous décrit la scène la plus pittoresque de tout le livre. Le temple d’Éphèse était visité par des milliers de pèlerins ce qui avait engendré une industrie florissante de fabrication d’amulettes en bois, argent, ou même en or. Des fouilles archéologiques ont permis de retrouver quelques-uns de ces temples miniatures en terre cuite contenant une représentation de la déesse flanquée de lions de chaque côté. Après la fin officielle du paganisme au 4e siècle après J-C, une bonne partie des matériaux de cette merveille du monde antique a été transportée à Constantinople pour la construction de l’église Sainte-Sophie. C’est Lavoisier inspiré qui a dit : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

Versets 25-27

Je continue.

Un jour, Démétrius les convoqua tous, ainsi que les ouvriers qui vivaient de la même industrie. Il leur dit : — Mes amis ! Vous savez bien que nous devons notre prospérité à l’exercice de notre métier. Or, vous voyez ce qui se passe, ou vous en entendez parler : non seulement à Éphèse, mais dans presque toute la province d’Asie, ce Paul a remué de grandes foules. Il les a persuadées que les divinités fabriquées par des hommes ne sont pas de vrais dieux. Ce n’est pas seulement notre corporation qui risque d’être discréditée, mais le temple de la grande déesse Artémis lui-même pourrait y perdre toute sa renommée. Toute l’Asie et le monde entier adore cette déesse et il n’en faudrait pas beaucoup pour qu’elle soit discréditée (Actes 19.25-27).

En théorie, le paganisme fait une distinction entre les divinités et leurs images, mais dans la pratique, il les confond. C’est pareil dans le christianisme où on admet le culte des images. La Diane des Éphésiens était adorée partout. Or l’enseignement de Paul se répand comme une traînée de poudre et vide les temples et les foules d’adorateurs païens se réduisent peu à peu à une peau de chagrin. Alors, Démétrius, inquiet, lance un SOS à ses confrères en évoquant d’abord la chute de leur chiffre d’affaires; c’est ça qui l’empêche réellement de dormir la nuit. En second lieu, loin derrière, il y a aussi le discrédit religieux de la déesse.

Depuis le début du livre des Actes, Luc a montré plusieurs fois comment l’appât du gain est un obstacle pour ceux qui voudraient accepter la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Il a d’abord parlé de Judas, puis du couple Ananias et Saphira et enfin de Simon le magicien. Ici nous est compté le deuxième incident dans lequel des païens s’opposent au ministère de Paul pour une histoire de gros sous ; le premier était l’histoire de l’esclave animée d’un esprit de python qui procurait à ses maîtres une grande source de gains par ses pouvoirs divinatoires. Il est souvent question de fric; on ne peut jamais en sortir, c’est comme de la glu, ça colle partout et ça corrompt les bonnes mœurs. D’ailleurs à ce sujet, Jésus a dit :

Nul ne peut être en même temps au service de deux maîtres, car ou bien il détestera l’un et aimera l’autre, ou bien il sera dévoué au premier et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir en même temps Dieu et l’Argent (Matthieu 6.24).

C’est comme pour beaucoup d’autres choses dans la vie, il faut choisir.

Versets 28-29

Je continue le texte.

À ces mots, les auditeurs devinrent furieux et se mirent à scander : — Grande est l’Artémis d’Éphèse ! Bientôt, toute la ville fut en effervescence. On s’empara de Gaïus et d’Aristarque, deux Macédoniens qui accompagnaient Paul dans son voyage, et l’on se précipita en foule au théâtre (Actes 19.28-29).

Les orfèvres enragés contre Paul suscitent une émeute. Rien ne peut soulever plus rapidement une populace que de croire que ses affaires et sa religion sont menacées. Ils se précipitent tous ensemble au théâtre de la ville dont les vestiges en ont révélé la grandeur. Il contenait près de 26 000 places assises sur des gradins qui servaient aux jeux, aux représentations théâtrales, mais aussi aux assemblées publiques.

Versets 30-31

Je continue.

Paul voulait se présenter devant le peuple, mais les disciples l’en empêchèrent. Et même quelques Asiarques, qui le tenaient en amitié, lui firent parvenir un message pour lui recommander de ne pas se rendre au théâtre (Actes 19.30-31).

Paul est prêt à défendre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ même au prix de sa vie, mais il en est empêché aussi bien par les frères que par les Asiarques, c’est à dire les hauts fonctionnaires de la province d’Asie. Ils étaient dix et choisis chaque année dans les villes principales pour présider aux jeux et fêtes. Leur président habitait toujours Éphèse. Apparemment, il a entendu Paul et l’apprécie beaucoup. L’apôtre compte des amis jusque dans la haute société.

Versets 32-34

Je continue.

Cependant, l’assemblée se tenait dans la plus grande confusion. Les gens hurlaient, mais personne ne criait la même chose, et la plupart ne savaient pas pourquoi ils étaient venus. Des gens de la foule expliquèrent l’affaire à un certain Alexandre, que les Juifs avaient poussé en avant. Alexandre fit signe de la main qu’il voulait s’adresser au peuple pour prendre la défense de ses coreligionnaires. Mais dès qu’on eut appris qu’il était Juif, tous se remirent à crier en chœur pendant près de deux heures : — Grande est l’Artémis d’Éphèse ! (Actes 19.32-34).

Luc a un bon sens de l’humour. Ces gens ne savent pas trop pourquoi ils se sont rassemblés sinon pour exercer leurs voix en hurlant à tue-tête. Alexandre est le porte-parole de la communauté juive; il s’avance pour démentir que les Juifs n’ont rien à voir avec la baisse du commerce de l’idole Diane. Il veut se dissocier de Paul et des chrétiens et ainsi éviter de subir le même traitement qu’eux. Il faut savoir en effet, que malgré la protection de Rome, les Juifs ont eu à souffrir de pogroms dans certaines villes de l’Empire comme Alexandrie et Antioche de Syrie.

Versets 35-41

Je finis le chapitre 19.

À la fin, le secrétaire de la ville parvint à calmer le peuple : — Éphésiens, dit-il, quel homme au monde ignore que notre cité d’Éphèse est la gardienne du temple de la grande Artémis et de sa statue tombée du ciel ? C’est là un fait incontestable. Il faut donc vous calmer et ne rien faire d’irréfléchi. Vous avez amené ici ces hommes, mais ils n’ont commis aucun sacrilège dans le temple, ils n’ont dit aucun mal de notre déesse. Si donc Démétrius et les artisans de sa corporation ont des griefs contre quelqu’un, ils n’ont qu’à porter plainte en bonne et due forme ! Il y a des jours d’audience et des magistrats pour cela. Et si vous avez encore d’autres réclamations à formuler, on les examinera lors de l’assemblée légale. Mais nous risquons de nous faire accuser de révolte pour ce qui s’est passé aujourd’hui, car nous ne pourrions donner aucune raison pour expliquer cette manifestation. Là-dessus, il ordonna à l’assemblée de se disperser (Actes 19.35-41).

Finalement, l’administrateur principal de la ville, Monsieur le maire dirons-nous, prend les choses en main, car l’heure devient grave. Son discours est d’une habileté remarquable. Il partage les sentiments passionnés de la foule puis lui fait comprendre que les accusés ne sont pas des criminels. Elle n’a pas à se soucier de Paul étant donné qu’il n’a rien dit de mal sur Diane dont la statue est tombée du ciel. Ensuite, il exonère Gaïus et Aristarque, les deux amis de l’apôtre, que la foule a pris en otage et qui se trouvent sans doute au beau milieu du stade à attendre presque l’arrivée des lions. Troisièmement, l’administrateur souligne qu’il existe des méthodes légales pour porter plainte. En effet, la foule massée au théâtre n’est pas une assemblée réglementaire et aurait bien du mal à expliquer à l’autorité impériale la raison de cet attroupement, ce qui serait préjudiciable politiquement car Éphèse se gouverne elle-même. C’est une ville dite libre qui jouit d’une autonomie considérable tant qu’elle n’est pas perçue comme une menace pour l’Empire. Au pire, ce rassemblement pourrait être perçu comme un début de révolte, ce qui susciterait une charge des légions romaines qui s’en donneraient à cœur joie de taper dans le tas.

L’apôtre Paul n’est pas un renégat ; il annonce la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à l’intérieur des limites des institutions politiques existantes bien qu’elles soient franchement fascistes. Il aligne ses priorités sur celles de son divin maître. Il se désintéresse du système en place ; son véritable souci est de préparer ses auditeurs à entrer dans le royaume céleste, celui où Dieu règne en toute justice.