Introduction

Chaque fois qu’une nation est en voie de changer de dirigeant, que ce soit de président ou de roi, une période d’incertitude politique et même économique s’installe; il y a du flottement dans l’air tandis que tout le monde retient son souffle, en attendant que le prochain homme fort soit porté au pouvoir, que ce soit par le biais des urnes, des armes ou d’une succession héréditaire. En Israël, la dynastie de David est bien en place, mais il a plusieurs fils dont l’un particulièrement ambitieux, ce qui complique l’échiquier. Il s’en suit que la course à la succession au trône semble encore ouverte. Assez curieusement, à l’extérieur des murs d’enceinte de Jérusalem, des processions concurrentes proclament deux rois différents, Adoniya et Salomon, comme prochain souverain. Évidemment ça fait désordre car il y en a un de trop.

Versets 38-40

Je continue à lire dans le premier chapitre du premier livre des Rois.

Alors le prêtre Tsadoq descendit à la source de Guihôn avec le prophète Nathan, avec Benayahou, fils de Yehoyada, et avec les Kérétiens et les Pélétiens commandant de la garde royale, accompagnant Salomon qu’ils avaient fait monter sur la mule du roi David. Le prêtre Tsadoq prit la fiole d’huile dans la tente du coffre de l’alliance et conféra l’onction à Salomon. On sonna du cor et tout le peuple s’écria : — Vive le roi Salomon ! Une foule immense remonta derrière lui, les gens jouaient de la flûte et exultaient de joie, au point que la terre tremblait au bruit de leurs acclamations (1Rois 1.38-40).

Saül et David avaient tous deux été oints rois par le prophète Samuel parce que pour chacun d’eux, ce fut une nouvelle initiative divine. Mais dans le cas de Salomon, comme il succède à son père, il n’est pas sacré roi par le prophète, mais par le grand-prêtre Tsadok dans le cadre des institutions déjà établies, et c’est d’ailleurs pour cette raison que Tsadok est nommé le premier. Ensuite sont mentionnés Nathan le prophète, puis Benayahou le représentant de l’armée.

La sonnerie du cor signale qu’un grand événement vient d’arriver et la flûte est l’instrument des réjouissances. La terre qui tremble est une figure de style qui décrit l’enthousiasme de la foule avec une emphase orientale et qui montre que Salomon est aimé par le peuple.

Les Kéréthiens et les Pélétiens sont respectivement originaires de Crète et de la Philistie. Le recours à ces mercenaires étrangers permet d’éviter un complot d’assassinat contre le roi. La source de Guihôn est probablement «  la source de Marie » dans la vallée du Cédron.

Versets 41-48

Je continue en compressant.

Adoniya et ses convives entendirent tout ce bruit au moment où ils achevaient leur festin. Et lorsque Joab entendit le son du cor, il demanda : — Que signifie ce vacarme dans la ville ? Il n’avait pas fini de parler que Jonathan, fils du prêtre Abiatar, survint. Adoniya lui dit : — Viens, car tu es un homme de valeur et tu viens certainement apporter de bonnes nouvelles. Jonathan répondit à Adoniya : — Au contraire, notre seigneur le roi David a établi Salomon comme roi. Tout le monde est remonté en poussant des cris de joie et l’excitation s’est répandue dans toute la ville ; c’est là le bruit que vous avez entendu. Salomon s’est même assis sur le trône royal, et les ministres du roi sont venus féliciter notre seigneur le roi David en disant : “ Que ton Dieu rende le nom de Salomon encore plus célèbre que le tien, et son règne encore plus glorieux ! ” Alors le roi s’est prosterné sur sa couche et il a déclaré : “ Béni soit l’Éternel, le Dieu d’Israël qui m’a donné l’un de mes fils comme successeur sur mon trône et m’a permis de le voir aujourd’hui de mes yeux ! ” (1Rois 1.41-48).

Le banquet terminé, les convives d’Adoniya sont sur le point de se mettre en route pour entrer triomphalement dans Jérusalem quand ils entendent des bruits de la fête liée à l’intronisation de Salomon qui est à peine à un km de distance. Si Adoniya n’avait pas fomenté ce complot, Salomon ne serait monté sur le trône qu’après la mort de son père. Israël est en train de vivre la fondation d’une dynastie.

Chapitre 2

Versets 1-2

Nous arrivons au chapitre 2 que je commence à lire.

David approchait de sa fin. Il fit ses dernières recommandations à son fils Salomon en ces termes : — Voici que je vais bientôt prendre le chemin que suit tout homme. Montre-toi courageux et conduis-toi en homme ! (1Rois 2.1-2).

David sait qu’il est au soir de sa vie et va devoir suivre le chemin qu’emprunte tout homme. Dans la vie chaque homme fait son chemin, mais tous ces chemins aboutissent au même endroit : la mort. C’est en effet la fin inéluctable de toute vie et un sujet de conversation qu’on évite parce que c’est un mystère qui dérange. Cependant, aussi bien l’Ancien que le Nouveau Testament précise que la raison pour laquelle nous mourrons tous est la faute de nos premiers parents Adam et Ève qui ont désobéi à Dieu. Ce sont eux qui ont introduit le péché en ce bas-monde et cette faute originelle m’a été transmise; elle est dans nos gènes pour ainsi dire et c’est ce qui engendre les maladies, les catastrophes, la vieillesse et la mort. Mais bien qu’il sache qu’il doit mourir, David a une pleine confiance en la miséricorde divine. C’est lui qui a écrit :

Si je devais traverser la vallée où règnent les ténèbres de la mort, je ne craindrais aucun mal, car tu es auprès de moi (Psaumes 23.4).

David demeure serein parce qu’il sait que l’Éternel est à ses côtés pour l’assister dans la traversée de cette vallée qui va le conduire dans l’au-delà. Mais avant de quitter cette terre, David fait part de ses dernières volontés à Salomon et commence par lui dire : « conduis-toi en homme ! » Cette exhortation n’est pas superflue parce que son fils a été choyé, élevé dans du coton et il n’a rien d’un homme de guerre.

Ceux qui aux Etats-Unis dans les années 60 ont lancé le slogan « faites l’amour, pas la guerre ! » ont peut-être pris Salomon comme modèle, parce qu’au fil des années il a surpassé tous les monarques en se constituant un harem impressionnant de 1 000 femmes.

Verset 3

Je continue le texte.

Suis fidèlement les ordres de l’Éternel ton Dieu, en marchant dans les chemins qu’il a prescrits et en obéissant à ses lois, ses commandements, ses articles de droit et ses ordonnances, tels qu’ils sont consignés dans la Loi de Moïse. Alors tu auras du succès dans tout ce que tu entreprendras et partout où tu iras (1Rois 2.3).

La recommandation de David de « se conduire en homme » signifie aussi pratiquer ce qui est juste et droit devant l’Éternel et s’opposer au mal. Salomon devra obéir à toutes les obligations de l’alliance. Ces recommandations ressemblent beaucoup à celles que donnèrent en leur temps Moïse, Josué et Samuel. Une question se pose quand même : Après avoir commis un adultère et un meurtre, David a-il la stature morale nécessaire pour donner de tels conseils à son fils ? La réponse est oui parce que d’une part, le roi s’est amèrement repenti et a été durement châtié pour ses actes vils, et d’autre part, il ne s’est plus rendu coupable de péché moral; d’après ce qu’on sait, il a mené une vie droite et consacrée à l’Éternel sauf quand il a dénombré Israël.

Verset 4

Je continue le texte.

Et ainsi l’Éternel accomplira la promesse qu’il m’a faite en me disant : “ Si tes descendants veillent sur leur conduite pour vivre fidèlement selon ma volonté de tout leur cœur et de tout leur être, il y aura toujours l’un d’entre eux sur le trône d’Israël. ” (1Rois 2.4).

L’Éternel a promis à David une dynastie qui perdurerait éternellement, mais cette promesse comprend une menace de sanction contre les monarques qui seront infidèles à Dieu. La présence perpétuelle d’un roi sur le trône de David dépend donc de son obéissance à l’Éternel. Comme Salomon deviendra infidèle, son successeur perdra les X tribus du Nord, la plus grande partie du royaume d’Israël. L’Éternel conservera aux descendants de David la tribu de Juda avec Benjamin et Siméon, mais finalement, l’exil et la perte de l’indépendance politique des deux royaumes Israélites sanctionneront les fautes accumulées par ce peuple et ses rois. Cependant, la promesse de l’Éternel à David demeure et devient le gage qu’à l’avenir, au-delà de l’exil, le royaume sera restauré.

Voyons maintenant ce que Salomon reçoit en héritage de son père.

  1. Le royaume qui après avoir été pendant quelques années entre les mains de Saül de la tribu de Benjamin, est passé à David de la tribu de Juda. Ce royaume est éternel, ce qui est particulièrement important quand on commence à lire le Nouveau Testament. En effet, au début des évangiles de Matthieu et de Luc, on lit :

Voici la généalogie de Jésus-Christ, de la descendance de David et d’Abraham. L’ange dit à Marie : N’aie pas peur, car Dieu t’a accordé sa faveur. Voici : bientôt tu seras enceinte et tu mettras au monde un fils ; tu le nommeras Jésus. Il sera grand. Il sera appelé “ Fils du Très-Haut ”, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son ancêtre. Il régnera éternellement sur le peuple issu de Jacob, et son règne n’aura pas de fin (Matthieu 1.1; Luc 1.31-32).

Seul un descendant de David peut régner de droit divin sur Israël et un jour sur le monde.

  1. Salomon reçoit Jérusalem comme capitale du royaume. David a établi cette ville comme centre religieux et politique d’Israël. Lors de la guerre des 6 jours en juin 1967, après que les Juifs aient capturé Jérusalem-Est, qui était alors sous contrôle jordanien, ils ont déclaré que toute la ville leur appartenait de droit parce que c’est un héritage de leur ancêtre David.
  2. David a mis fin aux formes extérieures et visibles de l’idolâtrie dans tout le pays d’Israël et a fermement établi le culte de l’Éternel. Ce fut une contribution essentielle de son règne.
  3. David a unifié les 12 tribus en une nation. Il donne à son fils tous les territoires qu’il a conquis par son épée, plus les revenus réguliers sous forme d’impôts imposés aux nations ou villes-états qu’il a soumises. Israël est alors la première puissance militaire de la région. David a étendu les frontières d’Israël de l’Égypte au sud, jusqu’au fleuve Euphrate au nord et à l’est. Il a consolidé son pouvoir ce qui va permettre à Salomon de vivre en paix, et aussi bien sûr lui donner le temps de constituer son harem, car on peut facilement imaginer qu’un millier de femmes, ça occupe. Cependant, Salomon n’emportera pas tous ces acquis au paradis, comme on dit ; certaines de ses épouses seront pour lui piège religieux car elles inciteront le roi et avec lui les Israélites à se tourner vers des faux dieux. Ces pratiques idolâtres provoqueront la colère de l’Éternel, son jugement contre la nation et sa division en deux monarchies israélites. David aussi avait épousé des femmes étrangères pour des raisons purement politiques, discutables certes, mais qui n’ont pas entraîné de corruption idolâtre. David s’était constitué un harem relativement petit, mais suffisant pour lui causer des problèmes familiaux particulièrement graves ; en l’occurrence, le viol-inceste d’une de ses filles, le meurtre fratricide de l’un de ses fils et deux coups d’État, dont l’un a tout d’abord réussi, mais a finalement coûté la vie à son fils aîné Absalom, l’instigateur du complot. Les harems étaient la coutume de l’époque et servaient à projeter la puissance du roi. L’Éternel n’approuve pas cette pratique mais la tolère. Bien sûr, le maître du harem doit aussi assumer les conséquences négatives de posséder plusieurs épouses et concubines. Tous les personnages bibliques qui ont eu plus d’une femme à la fois ont eu des ennuis domestiques ; ça n’a jamais raté.
  4. David a aussi laissé en héritage à son fils Salomon beaucoup de musique et de poésie, et il est resté dans la mémoire de son peuple comme le chantre doux d’Israël. On lui doit au moins 73 psaumes.
  5. David a eu l’idée et le désir de bâtir un temple à la gloire de l’Éternel, et qui devait exalter la vie religieuse de la nation. C’est Salomon qui le construira à Jérusalem.

Versets 5-9

Je continue maintenant à lire dans le chapitre 2 le testament de David à son fils Salomon tout en compressant le texte.

Par ailleurs, tu sais tout ce que m’a fait Joab fils de Tserouya et ce qu’il a fait à deux chefs des armées d’Israël, à Abner fils de Ner et à Amasa fils de Yéter. Il les a assassinés en pleine paix comme s’il s’agissait d’un fait de guerre, il a pris sur lui la pleine responsabilité de ce meurtre. Tu agiras envers lui avec sagesse et tu ne le laisseras pas mourir tranquillement de vieillesse. Mais n’oublie pas de traiter avec bonté les fils de Barzillaï le Galaadite. Compte-les parmi ceux qui mangent à la table royale, car ils m’ont secouru avec bonté lorsque je fuyais devant ton frère Absalom. Tu as aussi dans ton entourage Chimeï fils de Guéra, un Benjaminite du village de Bahourim. Il a prononcé contre moi de terribles malédictions. Mais lorsqu’il est venu à ma rencontre vers le Jourdain à mon retour, je lui ai juré au nom de l’Éternel que je ne le ferais pas mourir par l’épée. Maintenant, ne le considère pas comme innocent ; tu es un homme avisé et tu sauras comment tu dois le traiter : tu veilleras à ce qu’il soit mis à mort malgré son grand âge (1Rois 2.5-9).

Dans ses dernières volontés, on a l’impression que David est cruel et qu’il veut se venger de ceux qui lui ont fait du mal, mais en réalité, il manifeste le souci que justice soit faite. Joab fut un excellent chef d’armée et il resta loyal à David tant qu’il conservait sa place mais il a bravé l’autorité du roi plusieurs fois (2 Samuel 19.13; 20.4). Juste avant la proclamation de Salomon comme roi, il a rejoint une coalition menée par Adonija qui tenta de prendre le pouvoir mais ce coup d’État a foiré. Avant cela il a commis au moins deux meurtres de sang froid (2 Samuel 3.27; 20.8-10), et même trois si on y ajoute l’exécution sommaire d’Absalom, le fils aîné de David, pourtant rendu hors d’état de nuire sur le champ de bataille. Il faut donc faire justice. Cependant ce n’était pas chose facile que de frapper un aussi illustre coupable que le général en chef des armées d’Israël ; David a reculé devant cette tâche, tant à cause du respect que Joab inspire que par égard pour les services qu’il lui a rendus.

Quant à Chimeï, c’est une vraie teigne. En maudissant le roi (2 Samuel 16.4 ss), il a commis une faute digne de la peine capitale selon la loi de Moïse (Exode 22.28). Ces deux hommes, Joab et Chiméï, l’un ouvertement coupable de meurtre et d’insubordination, et l’autre de lèse-majesté, sont des accusations contre David qui a laissé ces crimes impunis. Or, selon la loi de Dieu, ils doivent être exécutés. La nation d’Israël étant une théocratie, la responsabilité du crime laissé impuni retombe sur le peuple entier et sur son chef (Nombres 35:33; Deutéronome 21:8, 9; 2 Samuel 21:1) ;Avant de mourir, David demande donc à son fils de réparer ces désordres mais il le fait avec mesure. Il enjoint seulement à Salomon d’avoir l’œil sur ces deux hommes. S’ils abusent de leur impunité, ce qu’ils ne manqueront certainement pas de faire, alors il faudra leur appliquer la loi dans toute sa sévérité. On sait que Salomon placera Chimeï en résidence surveillée et il ne sera exécuté qu’après avoir manqué à sa parole donnée au roi.

Par ailleurs, un bienfait n’est jamais perdu. David demande à Salomon de rendre la pareille aux fils de Barzillaï car avec leur père, ils sont venus à son aide alors qu’il fuyait pour sa vie devant Absalom.

Verset 10

Je continue.

David rejoignit ses ancêtres décédés et il fut enterré dans la cité de David. Il avait régné quarante ans sur Israël (1010-971): sept ans à Hébron et trente-trois ans à Jérusalem (1Rois 2.10).

C’est par ces deux courtes phrases que s’achève la vie de celui dont on peut dire qu’il est le plus grand personnage de l’Ancien Testament à cause des promesses que l’Éternel lui a faites. La mort de David est empreinte de beaucoup de tristesse; il a certes commis de terribles fautes, mais au fond de son âme c’était un homme selon le cœur de Dieu. L’Éternel l’avait choisi pour lui accorder d’immenses privilèges, mais il l’a également jugé sévèrement pour ses fautes, car comme on dit : « qui aime bien châtie bien ». David est remarquable sous bien des aspects : guerrier redoutable et courageux, poète et musicien, génie militaire, administrateur habile, fin diplomate, et surtout, comme je l’ai dit, un véritable homme de Dieu. Il connut des succès sans précédents, mais aussi des échecs personnels suivis de douleurs familiales plus amères que le fiel. Il fut à la fois immensément aimé et haï durant toute sa vie. Lorsque le fils adultérin qu’il avait conçu avec Bath-Chéba mourut, il avait dit ces paroles lourdes de sens :

Maintenant qu’il est mort, pourquoi jeûnerais-je ? Est-ce que je peux le faire revenir à la vie ? C’est moi qui irai le rejoindre, mais lui ne reviendra pas vers moi (2Samuel 12.23).

Maintenant donc, David est allé rejoindre son premier fils. En effet, les Écritures ne considèrent jamais la mort comme une fin absolue, mais seulement le passage dans l’état éternel. Le texte précise qu’il est allé rejoindre ses ancêtres dans le repos en attendant la résurrection des bienheureux. Ces derniers sont les croyants que Dieu a déclarés justes, non pas parce qu’ils le sont puisque nul ne l’est, mais parce que par la foi, ils ont accès à la miséricorde divine et au pardon de leurs fautes. Aujourd’hui est encore un jour de grâce, ce qui fait que ce privilège est pour toute personne qui place sa confiance en Jésus-Christ.