Chapitre 15

Introduction

La mauvaise conscience est le pire et le plus implacable des ennemis qu’un homme peut avoir. Il n’existe aucun endroit où l’on puisse trouver un refuge pour s’en protéger. Elle vous assaille sans cesse, jour et nuit. Le grand roi David a commis un adultère qu’il a essayé de masquer par un meurtre en bonne et due forme. Mais il ne s’en tire pas à bon compte du tout ; il n’emportera pas ses crimes au paradis comme on dit. L’Éternel le punit sévèrement.

Depuis qu’il a commis cet acte odieux, les désastres se succèdent dans la famille royale. Le dernier en date est un coup d’État monté par son fils Absalom. Devant la nouvelle de cette révolte, David perd tous ses moyens et s’enfuit de Jérusalem comme un malpropre ; c’est la méchanceté de ses actions passées qui le poursuit. Tant qu’il avait une attitude droite, rien ni personne ne l’effrayait, mais maintenant il sait très bien que ce qui lui arrive est un juste jugement de Dieu contre lui. D’ailleurs, c’est exactement ce que dit un passage du livre des Proverbes que je cite :

Les méchants prennent la fuite sans que personne ne les poursuive. Le juste est confiant comme un jeune lion (Proverbes 28.1).

Versets 13-16

Je continue la lecture dans le chapitre 15 du second livre de Samuel en compressant tout au long.

On vint annoncer à David que les Israélites prenaient parti pour Absalom. Alors David dit à tous ses ministres qui étaient avec lui à Jérusalem : — Allons, fuyons au plus vite, sans quoi personne n’échappera à Absalom. Hâtez-vous de partir, sinon il nous prendra de vitesse et nous rattrapera ; il nous précipitera alors dans le malheur et massacrera toute la population de la ville. Le roi partit à pied, suivi de tous ses proches. Il ne laissa que dix épouses de second rang pour garder le palais (2Samuel 15.13-16).

David justifie sa fuite en disant qu’il n’est pas sûr des rapports de force et qu’il ne veut pas faire courir le risque d’une guerre civile à la population de Jérusalem. Il n’empêche qu’il est surprenant de voir un guerrier aussi aguerri que lui s’enfuir comme un lapin, si ce n’est que c’est sa mauvaise conscience qui est son principal ennemi.

Versets 18-22

Je continue plus loin.

Tous ses fonctionnaires marchaient à ses côtés, ainsi que sa garde personnelle, tandis que les six cents Gathiens, qui l’avaient suivi depuis Gath, précédaient le roi. Le roi demanda à Ittaï, le chef des Gathiens : — Pourquoi veux-tu venir, toi aussi avec nous ? Rebrousse chemin et reste avec le nouveau roi ! Après tout, tu es un étranger ici et tu es en exil loin de ta patrie. Tu n’es à mon service que depuis peu de temps, alors pourquoi t’entraînerais-je aujourd’hui dans une aventure ? Moi-même je m’en vais sans savoir où. Retourne plutôt et emmène tes compagnons avec toi ! Que l’Éternel te témoigne sa grande bonté ! Mais Ittaï répondit au roi : — Aussi vrai que l’Éternel est vivant et que mon seigneur le roi est vivant, ton serviteur restera avec mon seigneur le roi partout où il ira, soit pour mourir, soit pour vivre. David lui répondit : — C’est bon ! Va donc et passe devant ! Ittaï de Gath passa devant avec tous ses hommes et tous les membres de leurs familles (2Samuel 15.18-22).

Gath était l’une des principales villes des Philistins ; c’est là que David s’était réfugié lorsqu’il était poursuivi par le roi Saül. Ces mercenaires gathiens s’étaient joints à David lors de son séjour parmi eux. Bien qu’ennemis héréditaires des Israélites, ces combattants s’étaient attachés à la personne du roi et lui demeuraient fidèles. À cette époque, les alliances étaient en mouvance continuelle.

Versets 23-28

Je continue.

À mesure que la troupe passait, toute la population du pays se lamentait à grands cris. Le roi franchit la vallée du Cédron avec toute sa suite et s’avança sur la route qui mène au désert. Tsadoq vint aussi avec tous les lévites qui portaient le coffre de l’alliance de Dieu. Mais le roi dit à Tsadoq : — Ramène le coffre de Dieu dans la ville. Si l’Éternel m’est favorable, il me fera revenir et me permettra de revoir le coffre ainsi que le sanctuaire. N’es-tu pas un prophète ? Retourne tranquillement dans la ville. Quant à moi, j’attendrai aux défilés du désert jusqu’à ce que je reçoive un message de votre part qui me donne des nouvelles (2Samuel 15.23-28).

Le grand-prêtre Tsadoq était prophète dans le sens qu’il pouvait consulter l’Éternel en utilisant l’ourim et le toummim, les deux objets servant à connaître la volonté divine. La fuite de David passe par la vallée entre Jérusalem et le mont des Oliviers. Il va en direction de l’est avec l’intention de traverser le Jourdain. Malgré son désarroi, il est soucieux de la gloire de l’Éternel ; il ne veut pas faire courir de risque au coffre de Dieu, estimant que sa place est dans la capitale pour y manifester la présence et la royauté de l’Éternel au milieu de son peuple ; et cela, quel que soit le roi.

Les paroles de David sont un signe supplémentaire de l’authenticité de sa repentance. Il accepte la volonté divine sans se rebeller, mais cela ne l’empêche pas de faire preuve d’intelligence tactique face à la révolte d’Absalom.

Versets 30-31

Je continue plus loin jusqu’à la fin du chapitre.

Cependant David gravissait pieds nus et la tête voilée la montée des Oliviers, il s’avançait en pleurant. Tous ceux qui l’accompagnaient s’étaient aussi voilé la tête et montaient en pleurant. On vint rapporter à David qu’Ahitophel s’était joint aux conspirateurs autour d’Absalom. David s’écria : — Ô Éternel, rends les conseils d’Ahitophel inefficaces ! (2Samuel 15.30-31).

La tête voilée et les pieds nus étaient un signe de profonde tristesse ou de deuil. Tout son monde s’écroule autour de David. Ahitophel son principal conseiller se retourne contre lui, ce qui est un véritable coup de poignard porté en plein cœur du roi. Cette trahison préfigure celle de Judas envers le Christ qui surviendra quelque 1 000 ans plus tard.

Versets 32-37

Je continue en compressant.

Lorsque David eut atteint le sommet de la colline où l’on adore Dieu, Houchaï l’Arkien, son conseiller personnel, vint à sa rencontre, son vêtement déchiré et la tête couverte de poussière. David lui dit : — Si tu me suis, tu me seras à charge. Mais si, au contraire, tu retournes à la ville et si tu dis à Absalom : “ Je suis ton serviteur, ô roi ! J’ai été jusqu’ici au service de ton père, mais maintenant c’est toi que je veux servir ”, tu pourras contrecarrer en ma faveur les conseils d’Ahitophel. De plus, tu auras l’appui des prêtres Tsadoq et Abiatar. Tu leur rapporteras tout ce que tu apprendras au palais royal. Houchaï, l’ami de David, retourna donc en ville au moment où Absalom faisait son entrée à Jérusalem (2Samuel 15.32-37).

Houchaï l’Arkien était issu d’une famille non-juive. Son apparition soudaine semble être un exaucement à la prière de David qui demanda à l’Éternel de déjouer les conseils du traître Ahitophel. Houchaï est la preuve vivante que Dieu n’a pas abandonné David, mais qu’il le châtie comme il le mérite. La suite du récit va démontrer combien la décision du roi était pertinente, et combien la présence de Houchaï sera déterminante pour contrecarrer les plans d’Ahitophel.

Chapitre 16

Versets 1-4

Nous voici arrivés au chapitre 16 qui poursuit le récit des péripéties mouvementées de la fuite de David. Je commence à lire en compressant tout au long.

Quand David eut un peu dépassé le sommet de la colline, Tsiba, l’intendant de Mephibocheth, vint à sa rencontre avec deux ânes bâtés portant deux cents pains, cent paquets de raisins secs, cent autres de fruits d’été et une outre de vin. Le roi lui demanda : — Mais où est donc le fils de ton maître ? Tsiba répondit : — Il est resté à Jérusalem, car il s’est dit : “ Maintenant le peuple d’Israël me restituera la royauté de mon père. ” Le roi déclara alors à Tsiba : — Dans ce cas, je te donne tout ce qui appartient à Mephibocheth (2Samuel 16.1-4).

Les choses se compliquent. D’une part, Absalom consolide son pouvoir à Jérusalem et sur tout Israël, et d’autre part, aux dires de Tsiba, qui est l’intendant de Mephibocheth, son maître a trahi David. Or, comme il est l’héritier de la dynastie de Saül, il profiterait de la faiblesse du roi pour revendiquer lui aussi la couronne. Mais la suite montrera que ce n’est pas vrai ; c’est l’intendant Tsiba qui essaie de tirer son épingle du jeu et de soustraire les biens de son maître à son profit. Décidément, il n’y a guère de différence entre la racaille d’hier et celle d’aujourd’hui.

Versets 5-14

Je continue.

Alors que David s’approchait de Bahourim, un homme sortit de ce village. Il appartenait au même groupe familial que Saül et s’appelait Chimeï ; Il s’avançait en prononçant des malédictions contre David et lançait des pierres sur lui et tous ses hauts fonctionnaires, malgré la foule et les soldats qui entouraient le roi à sa droite et à sa gauche. Chimeï criait en le maudissant. Alors Abichaï, dit au roi : — Pourquoi laisse-t-on ce chien crevé insulter mon seigneur le roi ? Permets-moi d’aller lui couper la tête ! Puis David déclara à Abichaï et à tous ses fonctionnaires : — Si mon propre fils que j’ai engendré cherche à me faire mourir, à plus forte raison ce Benjaminite agira-t-il ainsi ! Laissez-le tranquille et qu’il maudisse, car l’Éternel le lui a dit. David et ses gens poursuivirent leur route, Finalement, le roi et toute sa suite arrivèrent exténués au Jourdain. Là, ils purent prendre quelque repos (2Samuel 16.5-14).

Tout au long de sa fuite, David doit faire face à la haine et à la trahison. Ce Chimeï qui maudit le roi n’est pas très malin ; s’il avait eu à faire à quelqu’un d’autre de moins noble, il n’aurait pas eu le temps de jeter deux pierres que déjà il serait mort. La noblesse de David apparaît encore une fois dans toute sa grandeur ; au lieu de se venger lui-même, il attend que l’Éternel lui fasse justice.

Versets 15-23

Je continue jusqu’à la fin du chapitre.

Entre-temps, Absalom et toute la troupe des hommes d’Israël étaient entrés dans Jérusalem ; Ahitophel était avec lui. Lorsque Houchaï l’Arkien, l’ami de David, arriva auprès d’Absalom, il s’écria : — Vive le roi, vive le roi ! Absalom lui dit : — C’est là toute l’affection que tu as pour ton ami ? Pourquoi n’es-tu pas allé avec lui ? Houchaï lui répondit : — Non, je me rallie à celui qui a été choisi par l’Éternel, par ce peuple et par tous les soldats d’Israël, et je veux rester de son côté. D’ailleurs, qui est-ce que je vais servir ? N’est-ce pas son fils ? Comme j’ai été le serviteur de ton père, ainsi je serai le tien. Alors Absalom dit à Ahitophel : — Tenez conseil ensemble. Que dois-je faire ? Ahitophel lui répondit : — Va vers les épouses de second rang de ton père qu’il a laissées pour garder le palais, couche avec elles, et tout Israël saura que tu as outragé ton père. Ainsi le courage de tous tes partisans en sera affermi. On dressa donc une tente sur le toit en terrasse du palais, et Absalom y alla coucher avec les épouses de second rang de son père sous les yeux de tout Israël. En ce temps-là, les conseils d’Ahitophel avaient autant d’autorité, pour David comme pour Absalom, qu’une parole de Dieu lui-même (2Samuel 16.15-23).

Cette histoire saugrenue est quelque peu choquante pour nous en Occident au 21e siècle. C’est pourtant ainsi que s’accomplit la prédiction de Nathan le prophète quand il avait dit à David de la part de l’Éternel :

Voici ce que déclare l’Éternel : “ Je vais faire venir le malheur contre toi, du sein même de ta famille, je prendrai sous tes yeux tes propres femmes pour les donner à un autre, qui s’unira à elles au grand jour. Toi, tu as agi en cachette ; mais moi j’exécuterai cela sous les yeux de tout Israël, au grand jour ” (2Samuel 12.11-12).

Contrairement aux apparences, cet acte n’est pas une scène digne d’un film porno, mais revêt une signification politique. Absalom déclare ainsi devant tous que tout ce qui appartenait à son père David est désormais à lui. Mais ce petit blanc-bec ne se rend pas compte qu’il s’est engagé dans un conflit dangereux, dans une voie de non-retour et qu’il va payer son acte de rébellion très cher.

Certes, le jugement de l’Éternel est tombé sur David qui d’ailleurs ne se plaint pas. Au fond de lui, il reconnaît qu’il le mérite. Cependant, la bonté de Dieu à son égard et toutes les promesses qu’il lui a faites restent d’actualité. Bien que David ait commis une faute grave suivie d’un crime, David avait l’âme noble. Il est comme un chef-d’œuvre de maître, mais avec une grosse tache. À y réfléchir, c’est aussi le cas des meilleurs d’entre nous.

Chapitre 17

Versets 1-4

Nous voici arrivés au chapitre 17 qui continue le récit des malheurs du roi David. Son fils Absalom est à la tête d’une révolte grandissante et couronnée de succès. Cependant, l’Éternel n’a pas donné son dernier mot. En fait, les promesses qu’il a faites à David restent toujours d’actualité. Je commence à lire en compressant tout au long.

Peu après, Ahitophel fit à Absalom la proposition suivante : — Permets-moi de lever douze mille hommes et je me lancerai cette nuit même à la poursuite de David. Je fondrai sur lui pendant qu’il est exténué et à bout de forces, je provoquerai la panique chez lui, tous ceux qui sont avec lui s’enfuiront ; comme le roi sera isolé, je le tuerai et je rallierai tous ses hommes à toi. Cette proposition parut juste à Absalom et à tous les responsables d’Israël (2Samuel 17.1-4).

David devait être passablement découragé de savoir que les responsables du peuple s’étaient joints aussi rapidement à la rébellion d’Absalom, et que son fils était prêt à le tuer sans hésitation. Ahitophel est un homme rusé comme le diable. Il veut agir vite et profiter de la position désespérée de David et de ses hommes, évitant ainsi une longue guerre fratricide mobilisant tout Israël. D’un point de vue tactique, c’était un très bon conseil.

Versets 5-12

Je continue.

Cependant Absalom ordonna : — Appelle encore Houchaï l’Arkien pour que nous sachions ce qu’il en pense. Houchaï répondit : — Pour une fois, le conseil d’Ahitophel n’est pas bon. Tu connais bien ton père, poursuivit-il, ses hommes sont de vaillants soldats et ils sont furieux comme une ourse à qui on aurait pris ses petits en pleine campagne. Et puis, n’oublie pas que ton père est un homme qui a l’expérience de la guerre, il ne passera pas la nuit avec ses troupes. À l’heure qu’il est, il doit être caché dans une grotte ou dans quelque autre endroit retiré. Il suffirait que, dès le début, quelques-uns de tes soldats tombent sous leurs coups pour qu’aussitôt le bruit s’en répande et que l’on dise : “ Il y a eu un carnage parmi les partisans d’Absalom ! ” C’est pourquoi je propose autre chose : Que tout Israël soit mobilisé autour de toi ; tu auras une armée aussi nombreuse que les grains de sable des plages, tu te mettras à leur tête et tu iras personnellement au combat. Nous traquerons David en quelque lieu qu’il se cache et nous tomberons sur lui comme la rosée tombe sur le sol ; ni lui ni aucun de ses compagnons ne nous échappera (2Samuel 17.5-12).

Houchaï étant demeuré fidèle à David, il va donner un faux bon conseil. Il sait très bien, tout comme Ahitophel, que le roi et ses hommes sont dans une situation militaire catastrophique. Ils sont physiquement exténués et moralement découragés, donc incapables d’offrir une véritable résistance à leurs ennemis. Ces deux conseillers savent que David a désespérément besoin de temps pour organiser sa défense, et c’est exactement ce que son ami Houchaï cherche à lui donner. Sa stratégie va permettre à son maître de se préparer au combat.

Il table sur l’incertitude d’Absalom et sur sa vanité ; il met en avant la bravoure légendaire de son père, son expérience à la guerre, son succès lorsqu’il était poursuivi par le roi Saül. De plus, il prétend que David et ses hommes sont fous de rage et désirent en découdre, ce qui va forcément se traduire par de lourdes pertes dans les rangs des partisans d’Absalom. Il lui conseille donc de rassembler d’abord une grande armée avant de poursuivre les fuyards.

La vanité, la suffisance, ce n’est pas seulement un vilain défaut, mais aussi une grande faiblesse de caractère qui se prête bien à la manipulation. D’ailleurs, toutes ces tares qu’on appelle les péchés capitaux sont en réalité des failles dans la structure psychique et spirituelle de l’individu qui tôt ou tard lui causeront beaucoup de problèmes. Par contraste, les vertus sont comme des tours fortes. Elles servent non seulement de refuge, mais fournissent aussi une position avantageuse certaine dans le combat de la vie.