Chapitre 8

Verset 14

De nos jours, on voit toutes sortes de mots ou d’expressions écrits sur les murs et d’une manière générale, ce n’est guère édifiant. Pourtant quand j’ai emprunté l’autoroute du soleil pour descendre sur la Côte d’Azur, j’ai vu écrit sur un pont ou une pancarte : « Dieu est amour », une phrase tirée de la première épître de l’apôtre Jean. Bon d’accord, je ne sais pas trop ce qu’en pensent les automobilistes, surtout que c’est une demi-vérité car ce même Dieu a aussi en haine ceux qui pratiquent le mal.

Dans la plupart des domaines de la vie, une personne équilibrée ne peut pas aimer quelque chose sans haïr son contraire ou ce qui s’y oppose. Si j’aime la vérité, je haïrais le mensonge ; si j’aime mon enfant, je haïrai le chien qui cherche à le mordre. Pareillement, Dieu déteste le mensonge, la convoitise et tous les autres péchés, et quand il décide de punir, c’est sans ménagement que le couperet de son jugement tombe.

Je continue maintenant de lire dans le chapitre huit du livre de Zacharie.

Car voici ce que dit le Seigneur des armées célestes : Lorsque vos pères ont excité ma colère, j’ai décidé de vous faire du mal, dit le Seigneur des armées célestes, et je ne suis pas revenu sur ma décision (Zacharie 8.14).

L’Éternel a mis ses menaces à exécution dans leur totalité. Dans le second livre des Chroniques, on lit :

Mais les Israélites méprisaient les envoyés de Dieu, ils faisaient fi de ses paroles et tournaient ses prophètes en ridicule, jusqu’à ce que la colère de l’Éternel contre son peuple eut atteint le point de non-retour (2Chroniques 36.16).

Et au début de son livre, Zacharie confirme ces faits douloureux quand il écrit :

Or mes paroles et mes lois que j’avais ordonné à mes serviteurs les prophètes de leur transmettre, n’ont-elles pas atteint vos pères ? Alors […] ils ont reconnu : “ Oui, le Seigneur des armées célestes nous a traités comme il avait résolu de le faire, comme le méritaient notre conduite et nos actes ” (Zacharie 1.6 ; comparez Jérémie 4.28 ; Zacharie 7.11-14).

La volonté de Dieu est pour nous complexe et mystérieuse. Que sa volonté exécute un jugement ou dispense une bénédiction, elle est au service des objectifs que l’Éternel s’est fixés de toute éternité ainsi que de toutes ses promesses, et rien ni personne ne peut détourner Dieu des résolutions qu’il a prises. Par exemple, il dit à Moïse qu’il l’a personnellement choisi et qu’il jouit de sa faveur comme ça, sans raison particulière (Exode 33.17), puis l’Éternel conclut en disant :

Je ferai grâce à qui je veux faire grâce, j’aurai pitié de qui je veux avoir pitié (Exode 33.19).

Point final, fin de la discussion. L’apôtre Paul rappelle ces paroles de Dieu à Moïse et ajoute :

Cela ne dépend donc ni de la volonté de l’homme, ni de ses efforts, mais de Dieu qui fait grâce (Romains 9.16).

Au premier abord, il semble donc bien que les dés sont jetés d’avance, voire même pipés, et que le fatalisme de l’islam fait également partie du christianisme. Pourtant et selon les Écritures, ce n’est pas le cas parce que il n’est pas rare que dans ses rapports avec l’homme, Dieu change d’avis. Je vais donner quelques exemples.

Quand l’Éternel vient voir Abraham pour lui annoncer qu’il a l’intention de détruire Sodome, Gomorrhe et les autres villes de la plaine de Siddim, le vieux patriarche engage la conversation avec lui, et semble-t-il réussit à le faire plier puisque Dieu veut bien revenir sur sa décision s’il se trouve seulement dix justes dans Sodome (Genèse 18.20-33).

Le deuxième exemple concerne Ninive, capitale de l’empire assyrien. À un moment donné, l’Éternel décide de rayer cette ville de la carte. Mais il envoie Jonas pour avertir les Ninivites en les menaçant. Le Texte dit :

Lorsque Dieu constata comment les Ninivites réagissaient et abandonnaient leur mauvaise conduite, il renonça à faire venir sur eux le malheur dont il les avait menacés : il s’en abstint (Jonas 3.10).

Le troisième exemple concerne à nouveau Moïse. Alors que ce brave homme se trouve sur le mont Sinaï pour recevoir les tables de la Loi, le temps passe et dans la plaine le peuple impatient façonne une idole. Alors et parlant du peuple, l’Éternel dit à Moïse :

Ils se sont bien vite détournés de la voie que je leur avais indiquée. Ils se sont fabriqué un veau de métal fondu, ils se sont prosternés devant lui et lui ont offert des sacrifices en disant : “ Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait sortir d’Égypte ! ” Et maintenant, laisse-moi faire : ma colère s’enflammera contre eux et je les exterminerai. Mais je ferai de toi une grande nation (Exode 32.8, 10).

Moïse ne s’attendait pas à cette fâcheuse tournure des événements, pourtant, il ne se laisse pas démonter et se lance dans un plaidoyer remarquable, alignant plusieurs arguments pour montrer au Seigneur du ciel et de la terre qu’il a intérêt à ne pas mettre sa menace à exécution, et il réussit puisque dans le livre de l’Exode, on lit :

Alors l’Éternel renonça à faire venir sur son peuple le malheur dont il l’avait menacé (Exode 32.14).

Plus tard a lieu un autre incident encore plus grave. Après avoir entendu le rapport des douze espions qui ont exploré le pays de Canaan, le peuple hébreu décide comme un seul homme de se rebeller contre Dieu en refusant d’en faire la conquête. Et pour bien montrer sa mauvaise humeur, toute l’assemblée décide en plus de lapider Moïse, rien que ça, et avec lui les deux espions qui veulent obéir à la volonté de Dieu et faire la conquête de la Palestine. Comme on aurait pu s’y attendre, l’Éternel se fâche et dit à Moïse :

Combien de temps ce peuple me méprisera-t-il encore ? Quand cessera-t-il de me refuser sa confiance, alors que j’ai produit au milieu d’eux tant de manifestations extraordinaires ? Je vais le frapper de la peste pour l’exterminer, puis je formerai, à partir de toi, un peuple plus nombreux et plus puissant que lui ! (Nombres 14.11-12).

Cette fois encore, Moïse se lance dans un long discours où il lui faut jouer serré pour que le peuple soit épargné. Puis Moïse conclut en disant :

Pardonne, je te prie, la faute de ce peuple, en vertu de ton immense amour, tout comme tu n’as cessé de pardonner à ce peuple depuis qu’il est sorti d’Égypte. L’Éternel répondit : – Je lui pardonne comme tu l’as demandé. Néanmoins, […] aucun de ces hommes qui ont vu ma gloire et les manifestations extraordinaires que j’ai produites en Égypte et dans le désert, qui ont, déjà dix fois, voulu me forcer la main et qui ne m’ont pas obéi, aucun de ces hommes ne verra le pays que j’ai promis par serment à leurs ancêtres ! Aucun de ceux qui m’ont méprisé n’y entrera ! (Nombres 14.19-23).

Finalement, c’est la génération suivante composée des moins de vingt ans, qui pénètre en Terre promise, mais on a eu chaud. Ces exemples montrent bien qu’il est possible de faire changer Dieu d’avis. Eh bien non, pas vraiment, parce que les quatre incidents que j’ai rapportés : la repentance des habitants de Ninive ainsi que les plaidoyers d’Abraham et de Moïse étaient prévus de toute éternité dans le plan de Dieu. Comment est-ce possible ? Si Dieu est le Tout-Puissant, où est le problème ? Un peu plus tôt dans sa prophétie, Zacharie rapporte les paroles suivantes de l’Éternel :

Si ce qui reste de ce peuple pense que c’est trop extraordinaire pour ces jours-là, dois-je, moi aussi, l’estimer impossible ? (Zacharie 8.6).

Et dans les évangiles selon Marc et Luc, on lit que Jésus dit à ses disciples :

Tout est possible à Dieu (Marc 10.27). Rien n’est impossible à Dieu (Luc 1.37). Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu (Luc 18.27).

Les quatre incidents tirés des pages l’Ancien Testament enseignent que le fatalisme n’est pas un concept biblique. Dieu est suffisamment grand pour que ce qui peut nous paraître comme des sautes d’humeur ou un changement d’avis de sa part, soient inclus dans sa volonté ou plutôt dans ses décrets. Oui, mais alors on peut se demander si oui ou non Dieu tiendra ses promesses. Pas vraiment parce que comme l’écrit l’apôtre Paul dans sa lettre à Tite, l’Éternel est « le Dieu qui ne ment pas » (Tite 1.2) ce qui veut dire qu’on peut lui faire entièrement confiance. Même le grand Moïse s’est peut-être posé des questions concernant les promesses de Dieu, mais il y répond lui-même quand il écrit :

Dieu n’est pas homme pour mentir, ni humain pour se repentir. A-t-il jamais parlé sans qu’il tienne parole ? Et n’accomplit-il pas ce qu’il a déclaré ? (Nombres 23.19).

Il est évident que si Dieu est vraiment le Tout-Puissant, il sait tout, il n’est jamais pris au dépourvu par qui que ce soit, et pour lui les événements fortuits n’existent pas car il a tout prévu d’avance de longue date, avant même qu’il ne crée l’univers. La possibilité de devenir l’ancêtre fondateur d’un nouveau peuple de Dieu et donc de remplacer Abraham et ses descendants, était une offre réelle de Dieu à Moïse, mais il savait aussi que son fidèle serviteur n’étant pas mégalomaniaque pour un sou, cette perspective ne l’intéresserait pas le moins du monde.

Cela ne veut pas dire que, comme Jésus dans le désert, Moïse n’a pas été tenté, au moins une fraction de seconde, de devenir le numéro un à la place d’Abraham, mais dans sa grandeur d’âme, il a écarté cette idée encore plus vite qu’elle ne lui est venue à l’esprit.

Verset 15

Je continue le texte de Zacharie.

À présent, je reviens sur ma décision et vais faire du bien à Jérusalem et au peuple de Juda. Soyez donc sans crainte ! (Zacharie 8.15).

Le prophète Aggée a déjà dit à peu près la même chose ; je le cite :

Selon l’engagement que j’ai pris envers vous quand vous avez quitté l’Égypte, mon Esprit est présent au milieu de vous tous ; vous n’avez rien à craindre (Aggée 2.5).

Tout comme Dieu a mis ses menaces à exécution, il tiendra ses promesses. En d’autres mots, le châtiment dont Dieu a frappé les deux royaumes israélites et qui est conforme à sa parole, est la garantie qu’il tiendra sa parole et donc ses promesses de bénédiction. Le prophète Jérémie écrit :

Comme j’ai veillé sur eux pour les déraciner et pour les renverser, pour les ruiner et les détruire et pour leur faire du mal, je veillerai sur eux pour construire et pour planter, l’Éternel le déclare (Jérémie 31.28).

Verset 16

Oui, mais Zacharie précise que les Israélites doivent remplir des conditions de vie morale s’ils veulent recevoir la bénédiction divine. Il écrit :

Voici ce que vous devez faire : Que chacun dise la vérité à son prochain ; rendez une justice conforme à la vérité dans vos tribunaux, une justice qui engendre la paix (Zacharie 8.16).

« Dans vos tribunaux » est littéralement « dans vos portes » parce que c’est sur le square à l’entrée des villes que les gens vont plaider leur cause et que les juges prennent place pour rendre la justice (Deutéronome 16.18 ; 21.19).

À côté de l’idolâtrie, la seconde raison pour laquelle les Israélites du royaume du Nord puis ceux de Juda ont été massacrés et perdu leur pays, est leurs fautes d’ordre moral envers leurs compatriotes. Les grands du royaume, les princes, les prêtres, les juges et les hommes d’affaires courent tous après l’argent et ils sont prêts à tout pour l’obtenir. Ils se transforment en loups le soir et en requins le matin. Le prophète Amos écrit :

Vous haïssez celui qui défend le droit en justice, vous détestez celui qui parle avec sincérité (Amos 5.10).

C’est pas mieux aujourd’hui en France car ceux qui nous gouvernent, à commencer par les plus hauts échelons de l’État, parlent un nouveau langage, la langue de bois, qui dit oui qui dit non en même temps. Avec un tel exemple, il ne faut pas s’étonner si le mensonge imprègne toutes les couches de la société. Ce n’est pas uniquement un problème moral, parce que des gros bouquins sont écrits qui montrent que le mensonge engendre un manque de confiance entre les personnes, ce qui a des répercussions très négatives sur le commerce et l’économie en général. Dire la vérité est essentiel dans toutes les relations humaines et pas seulement dans le domaine moral. L’apôtre Paul cite Zacharie quand il écrit aux Éphésiens :

Débarrassés du mensonge, que chacun de vous dise la vérité à son prochain. Ne sommes-nous pas membres les uns des autres ? (Éphésiens 4.25).

Verset 17

Je continue le texte de Zacharie.

Ne tramez pas du mal l’un contre l’autre dans votre cœur (comparez Zacharie 7.10) et ayez en horreur les faux serments. Car toutes ces choses, je les déteste, l’Éternel le déclare (Zacharie 8.17).

« Les faux serments », c’est à dire prendre le nom de Dieu en vain, fait partie des 10 commandements (Exode 20.7) qui nous ont été donnés afin que nous sachions ce que l’Éternel a en horreur. Le gros péché des colons juifs n’est pas l’idolâtrie mais la tromperie. En Babylonie et pour survivre, les exilés se sont lancés dans les affaires et le commerce, ce qui fait qu’ils ont appris et connaissent toutes les ficelles du parfait arnaqueur (comparez Zacharie 5.2-4).

Verset 18

Nous arrivons maintenant à une nouvelle section de l’interlude historique, comme je l’ai appelé. Il s’agit du quatrième oracle de l’Éternel, et comme les trois précédents il est introduit par :

Le Seigneur des armées célestes m’adressa la parole en disant (Zacharie 8.18).

À partir d’ici, l’Éternel répond directement à la question que les délégués de la ville de Béthel sont venus poser aux prêtres et aux prophètes Aggée et Zacharie.

Verset 19

Je continue.

Voici ce que dit le Seigneur des armées célestes : Les jeûnes du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois seront changés pour le peuple de Juda en jours de réjouissance, en jours d’allégresse et de joyeuses fêtes. Mais soyez épris de vérité et de paix (Zacharie 8.19).

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, ces jeûnes qui sont accompagnés de lamentations, commémorent les épisodes douloureux liés à l’invasion babylonienne et qui sont : premièrement, la première brèche dans la muraille de Jérusalem au quatrième mois (Jérémie 52.6-7 ; en 586), deuxièmement, la destruction du Temple de Salomon au cinquième mois (2Rois 25.8-9), troisièmement, l’assassinat du gouverneur Guedalia au septième mois (2Rois 25.25 ; Jérémie 41.1-3), et quatrièmement, le début du siège de Jérusalem par les armées chaldéennes au dixième mois (2Rois 25.1 ; en 588). Aujourd’hui encore, certains Juifs prennent le deuil quatre jours par an en souvenir de ces tragédies.

D’après la réponse que donne l’Éternel aux envoyés de Béthel, il n’approuve pas mais n’interdit pas non plus les jours de jeûnes et de lamentations. Ces jours sont en fait l’accomplissement d’une menace que Dieu a proférée quand le prophète Amos dit :

Je changerai vos fêtes en jours de deuil et tous vos chants en amères lamentations. J’imposerai un habit de toile de sac à tous les habitants, et leur ferai raser la tête. J’infligerai à ce pays une douleur aussi profonde que lorsqu’on perd un fils unique ; ce qui adviendra par la suite ne sera que jour de malheur (Amos 8.10).

Cependant, au vu des promesses de restauration et de gloire du peuple élu, ces solennités de deuil n’ont plus lieu d’être car elles seront remplacées par des jours de fêtes, des solennités joyeuses, mais à une condition : qui est : « soyez épris de vérité et de paix » (Zacharie 8.16 ; 7.9).

Jérôme qui a traduit les Textes sacrés en latin (la Vulgate) ajoute trois autres raisons pour lesquelles les Juifs jeûnent et se lamentent : le quatrième mois commémore la destruction par Moïse des deux premières tables de la Loi. Le cinquième mois rappelle le retour des douze espions envoyés pour explorer le pays de Canaan, et surtout le châtiment qui a suivi et consisté en quarante années de pérégrinations dans le désert ; cette marche imposée aux Hébreux par l’Éternel ayant pour but de faire disparaître entièrement la première génération sortie d’Égypte. Troisièmement, le jeûne du dixième mois est en souvenir du jour où le prophète Ézéchiel et les exilés de Babylonie apprennent que le Temple a totalement été détruit.

Verset 20

Je continue le texte de Zacharie.

Voici ce que dit le Seigneur des armées célestes : Des peuples et les habitants de villes nombreuses vont encore venir (Zacharie 8.20).

À partir d’ici, commence le développement de la promesse faite plus tôt aux Israélites et qui est :

Je vous sauverai, et vous serez bénis et vous deviendrez une source de bénédiction (Zacharie 8.13).

On a ici le mouvement inverse de celui de l’exil. Ce ne sont pas les Israélites qui sont emmenés de force dans les nations païennes, mais le contraire : des peuples païens voyant les Juifs tout quitter pour retourner dans leur pays, choisissent de les suivre et de se rendre avec eux à Jérusalem pour implorer et pour adorer l’Éternel. Dans le psaume 126, appelé « Cantique pour la route vers la demeure de l’Éternel », on lit :

Quand l’Éternel a ramené les captifs de Sion, nous avons cru rêver. Alors nous ne cessions de rire et de pousser des cris de joie. Alors on se disait chez les autres nations : “ Oui, l’Éternel a fait pour eux de grandes choses ! ” Oui, l’Éternel a fait pour nous de grandes choses : nous sommes dans la joie (Psaumes 126.1-3).

Zacharie a déjà fait allusion plusieurs fois à la conversion future des peuples païens (Zacharie 2.15 ; 6.15). En cela, il suit les traces des prophètes Ésaïe (2.2-4) et Michée (4.1-5). Il représente la conversion de toutes les nations à l’Éternel avec l’image d’un pèlerinage à Jérusalem. Zacharie va d’ailleurs peindre avec dextérité et enthousiasme le tableau de ces événements futurs inouïs qui combleront de gloire Israël pardonné et purifié.