Chapitre 4

Introduction

Parmi les expériences désagréables de ce bas monde, il y a celle d’être tiré brusquement d’un profond sommeil ou d’un bon rêve. Enfant, notre fille cadette entrait souvent comme ça toute seule dans une sorte de transe hypnotique. Plongée dans ses pensées, elle était ailleurs, partie très loin. On lui disait alors : Hou hou ! Suzie, reviens sur terre. Elle nous regardait alors en faisant la moue parce qu’elle n’aimait pas beaucoup qu’on la sorte de ses rêveries. C’est un peu ce qui arrive au prophète Zacharie.

Verset 1

Je commence maintenant de lire le chapitre 4 de ses prophéties.

L’ange qui me parlait revint et me réveilla comme un homme qu’on tirerait de son sommeil (Zacharie 4.1).

L’ange-interprète chargé d’expliquer les visions à Zacharie revient auprès de lui après s’être absenté pour aller à la rencontre d’un ange de rang supérieur à lui-même (Zacharie 2.7). Mais l’ange trouve le prophète tout ébahi et dans un état second, à cause de la vision qu’il vient de recevoir qu’il a non seulement contemplée, mais à laquelle il a également participé (Zacharie 3.5). Le prophète Daniel a vécu une expérience similaire. Il raconte :

Je demeurai donc seul à contempler cette apparition grandiose. J’en perdis mes forces, je devins tout pâle et mes traits se décomposèrent ; je me sentais défaillir. J’entendis le personnage prononcer des paroles et, en entendant sa voix, je m’évanouis et je tombai la face contre terre (Daniel 10.8-9 ; comparez Daniel 8.18).

Voyant Zacharie qui regarde loin dans le vide avec des yeux vitreux, l’ange le secoue pour le sortir de sa torpeur et diriger son attention vers la cinquième vision qu’il va maintenant recevoir.

Versets 2-3

Je continue le texte.

Il (l’ange) me demanda : – Que vois-tu ? Je répondis : – Je vois un chandelier tout en or muni, à la partie supérieure, d’un réservoir. Il est surmonté de sept lampes et il y a sept conduits pour les lampes. Deux oliviers surplombent ce chandelier, l’un à la droite du réservoir, et l’autre à sa gauche (Zacharie 4.2-3).

Le mot hébreu traduit par « chandelier » (menorath) est le même que celui qui désigne le chandelier d’or qui se trouve dans le Lieu saint du Temple et qui est absolument magnifique. Dans le livre de l’Exode on lit comment il a été façonné ; je lis le texte :

Tu feras un chandelier en or pur, travaillé au marteau. Tu le feras d’une seule pièce avec son pied, ses calices, ses boutons et ses fleurs. Six branches en sortiront latéralement, trois d’un côté et trois de l’autre. Tu fabriqueras aussi sept lampes que tu fixeras en haut du chandelier, de manière à éclairer l’espace devant lui (Exode 25.31-32, 37).

Le Temple de Salomon comprend dix chandeliers (1Rois 7.49) et comme ils sont faits d’or pur, au moment de la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, ils sont évidemment emmenés à Babylone, ainsi que tous les autres bibelots d’or et d’argent sur lesquels les Chaldéens peuvent mettre les mains (Jérémie 52.19).

Selon la Loi, il est nécessaire que parmi le mobilier du Lieu saint figure un chandelier, et le premier livre apocryphe des Maccabées rapporte qu’il y en a bien un dans le Temple érigé par Zorobabel (1Maccabées 1.21 ; 4.49-50). Que ce soit ce dernier chandelier ou ceux qui se trouvent dans le Temple de Salomon, ils comportent tous des lampes qui sont alignées et séparées les unes des autres, et chacune doit avoir sa mèche entretenue, et être remplie d’huile une à une par le prêtre de service dans le sanctuaire.

Cependant, ce que voit Zacharie est très différent des chandeliers du Temple. Pour commencer, il est mystique, il n’est pas réel. Ensuite, il s’approvisionne automatiquement à partir d’un réservoir sans l’intervention d’une main d’homme. En hébreu, le mot pour « réservoir » (gullah) signifie « une fontaine, une source d’eau (Josué 15.19) ou un bol (Ecclésiaste 12.6 : vase, coupe, globe) ».

Non seulement ce chandelier fonctionne tout seul, mais selon les informations qu’on peut glaner du texte, il semble que les sept lampes ne soient pas alignées mais forment un arc de cercle, tandis que le réservoir qui les alimente est au centre et au-dessus du chandelier. Pour ces raisons, l’appellation « chandelier » ne convient pas vraiment ; ce que voit Zacharie est plutôt un candélabre, un mot qui exprime mieux que chandelier, la disposition et le système de remplissage automatique des lampes au moyen des sept tuyaux qui partent du réservoir central, lui-même étant approvisionné par l’huile provenant des deux branches d’olivier, issues des deux arbres à droite et à gauche du candélabre (Zacharie 4.11-12).

Un dessin sous les yeux serait plus causant que mes explications fumeuses. On peut se demander ce que dans la vision de Zacharie, ce candélabre peut bien représenter. Un élément de réponse nous est donné dans le livre de l’Apocalypse dans lequel l’apôtre Jean raconte une vision qu’il a reçue. Il écrit :

Voici ce que je vis : il y avait sept chandeliers d’or et, au milieu des chandeliers, quelqu’un qui ressemblait à un homme. Il portait une longue tunique, et une ceinture d’or lui entourait la poitrine. Dans sa main droite, il tenait sept étoiles (Apocalypse 1.12-13, 16).

L’homme au milieu des chandeliers est Jésus-Christ, et il explique à Jean la signification de ce qu’il a vu ; il lui dit que « les sept étoiles sont les anges des sept Églises et les sept chandeliers les sept Églises » (Apocalypse 1.20). Comme dans le livre de l’Apocalypse, « le chandelier » représente le peuple de Dieu, dans la vision de Zacharie, « le candélabre » symbolise les colons juifs revenus d’exil. Quant à la lumière projetée par les lampes, c’est le rayonnement des Israélites, c’est-à-dire leur témoignage auprès des autres nations par le culte qu’ils rendent à l’Éternel le Dieu unique et vrai.

Maintenant, il reste encore les « deux oliviers » à définir. Plus loin, l’ange dit à Zacharie :

Ce sont les deux hommes qui ont reçu l’onction et qui se tiennent au service du Seigneur de toute la terre (Zacharie 4.14).

Littéralement, l’ange dit que ce sont « les fils de l’onction ou fils de l’huile », une expression qui désigne les deux charges de la théocratie israélite, c’est-à-dire la royauté et le sacerdoce. Au moment de cette prophétie, ces fonctions sont assumées, premièrement par Zorobabel le dirigeant civil et l’héritier légitime au trône de David, et deuxièmement par Josué le grand-prêtre alors en exercice.

Tout comme les deux oliviers alimentent en huile le candélabre, ces deux hommes ont reçu l’onction qui représente le Saint-Esprit, par lequel ils sont rendus capables d’accomplir leur tâche au sein du peuple. Le premier dirige les travaux de reconstruction du Temple et le second dirige le culte à l’Éternel. De la sorte, tous les Israélites sont au bénéfice du don de l’Esprit.

Aujourd’hui, c’est l’Église du Christ qui est le peuple de Dieu et le rôle du Saint-Esprit en son sein est similaire à celui qu’il avait sous l’Ancienne Alliance, qui est de rendre les croyants capables de servir Dieu.

Quand Jésus se prépare à quitter ce monde, il dit à ses disciples apeurés qu’il leur enverra le Saint-Esprit et il ajoute :

Quand l’Esprit de vérité sera venu, il vous conduira dans la vérité tout entière, car il ne parlera pas de lui-même, mais tout ce qu’il aura entendu, il le dira, et il vous annoncera les choses à venir. Il manifestera ma gloire, car il puisera dans ce qui est à moi et vous l’annoncera (Jean 16.13-14).

Dans l’Église, le Saint-Esprit ne se manifeste pas pour lui-même ; il ne cherche pas à occuper le devant de la scène mais œuvre dans les coulisses. Son rôle est avant tout de mettre en avant Jésus-Christ dans la vie des croyants et dans leur témoignage, de manière à ce que le monde voie la beauté et la gloire du Fils de Dieu.

Versets 4-5

Je continue la prophétie de Zacharie.

Reprenant la parole, je questionnai l’ange qui s’entretenait avec moi : – Que signifient ces choses, mon Seigneur ? Il me dit : – Ne sais-tu pas ce que cela représente ? – Non, mon Seigneur, lui répondis-je (Zacharie 4.4-5).

Zacharie demande à son ange-interprète ce que représente cette vision puisqu’il est là pour ça. Le prophète connaît le chandelier classique à sept branches car c’est l’un des emblèmes d’Israël et il fait partie du mobilier indispensable du sanctuaire du Temple de Jérusalem qui est aussi le Lieu saint. Par contre, ce candélabre ne lui est pas familier et puis il n’a jamais vu un système d’alimentation pareil qui fonctionne tout seul directement à partir de deux branches d’olivier, desquelles, sans intervention humaine, l’huile se sépare d’elle-même des olives et s’écoule dans le réservoir qui approvisionne les lampes.

Le problème de Zacharie est que cet ange ne semble pas très coopératif puisqu’au lieu de répondre à la question posée, il donne l’impression d’être surpris par la lenteur de compréhension du prophète. En réalité, par sa question, l’ange cherche seulement à susciter chez Zacharie la plus grande attention pour l’explication qui va suivre.

Verset 6

Je continue.

Il reprit et me dit : – Voici le message que l’Éternel adresse à Zorobabel : “ Cette œuvre, vous l’accomplirez ni par votre bravoure ni par la force, mais par mon Esprit, le Seigneur des armées célestes le déclare ” (Zacharie 4.6).

Ici commence l’oracle explicatif de la vision (Zacharie 4.6-10). Zacharie l’imbrique dans le récit de ce qu’il a vu pour bien indiquer que la vision et l’explication forment un tout et qu’il faut comprendre l’un par l’autre. Ici Zacharie joue son rôle de prophète, c’est-à-dire qu’il est un simple intermédiaire par lequel Dieu veut encourager Zorobabel.

Le message véhiculé par la vision est le suivant : c’est par l’œuvre de l’Esprit de Dieu, représenté par l’huile qui coule des deux oliviers, que Josué, Zorobabel et le peuple réussiront dans ce qu’ils ont entrepris. Dieu garantit à Zorobabel que, malgré sa propre faiblesse et celle de la nation, le travail récemment repris de reconstruction du temple, ainsi que tout ce qui s’y rattachera dans l’avenir, arrivera à bonne fin. Le prophète Aggée a déjà donné la même parole d’encouragement aux colons juifs quand il leur a dit :

Selon l’engagement que j’ai pris envers vous quand vous avez quitté l’Égypte, mon Esprit est présent au milieu de vous tous ; vous n’avez rien à craindre (Aggée 2.5).

Après l’exil, Israël est un petit territoire négligeable dans l’immense Empire perse. La nation n’a aucune force et ne dispose pas d’une armée. Mais qu’à cela ne tienne, c’est Dieu qui va faire et c’est bien ce que la vision exprime. Tout comme les lampes du candélabre sont approvisionnées en huile sans intervention humaine car directement par les deux oliviers, l’Esprit de Dieu fera en sorte que le projet en cours aboutisse. Le sanctuaire à l’Éternel sera érigé en temps voulu sans que plus rien ni personne ne puisse y faire obstruction comme ce fut le cas précédemment (Esdras 4.4-6).

Zorobabel est l’instrument par lequel l’Éternel accomplit sa volonté. Prince de la tribu de Juda et prétendant au trône de David (1Chroniques 3.17-19), c’est lui qui a conduit les Israélites de Babylonie en Palestine (en 538 ; Aggée 1.1 ; Esdras 2.2 ; 3.2) et qui devient gouverneur de la petite colonie juive rentrée en Terre promise. L’oracle qui suit lui est adressé personnellement, le grand-prêtre Josué ayant déjà fait l’objet d’un oracle qui nous a été donné dans le chapitre précédent.

Verset 7 a

Je continue le texte.

Et qu’es-tu, toi, grande montagne ? Devant Zorobabel, tu seras transformée en plaine (Zacharie 4.7 a).

La « grande montagne » est à la fois une réalité et une image symbolique qui dénote l’ensemble des difficultés qui entravent la reconstruction du Temple. Le prophète Ésaïe écrit :

Toute vallée sera élevée, toute montagne abaissée ainsi que toutes les collines. Les lieux accidentés se changeront en plaine, les rochers escarpés deviendront des vallées (Ésaïe 40.4). Et toutes mes montagnes, je les transformerai en chemins praticables, je remblaierai mes routes (Ésaïe 49.11 ; comparez Luc 3.5).

Et dans le Nouveau Testament, on trouve plusieurs exemples où une montagne, une colline sert à illustrer une difficulté à surmonter. Jésus dit à ses disciples :

En vérité je vous le dis, si vous avez de la foi et si vous ne doutez pas, […] quand vous diriez à cette montagne : Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, cela se ferait (Matthieu 21.21 ; SER).

Et dans sa première épître aux Corinthiens, l’apôtre Paul écrit :

Supposons même que j’aie, dans toute sa plénitude, la foi qui peut transporter les montagnes (1Corinthiens 13.2).

Au sens littéral, la montagne de la vision de Zacharie est probablement l’immense tas de décombres qui occupe l’emplacement du Temple et que les Juifs sont en train de déblayer afin de pouvoir rebâtir le sanctuaire sur ses anciennes fondations. Avec « patience et longueur de temps » (Le lion et le rat de Jean de La Fontaine), il sera possible d’accomplir ce travail.

Par contre, ce qui est moins évident pour Zorobabel est qu’il voit devant lui une œuvre de reconstruction qui l’intimide, et lui paraît même impossible à réaliser. Il se sent peut-être un peu comme l’alpiniste qui voit sur son chemin un immense pic qui lui barre la route. Voilà pourquoi l’ange dit à Zacharie que par la puissance de l’Esprit divin agissant en Zorobabel, cette montagne deviendra aussi facile à franchir qu’une plaine.

Verset 7 b

Je continue le texte.

Zorobabel extraira de la montagne la pierre de faîte au milieu des acclamations : “ Grâce, grâce à elle ! ” (Zacharie 4.7 b ; auteur).

Il s’agit bien sûr de la pierre de faîte qui figure sur le fronton du temple. Il en a déjà été question dans la vision précédente et elle est dès maintenant l’objet de l’intérêt de Dieu, parce que bien que la reconstruction du Temple en soit encore à ses débuts, pour l’Éternel c’est comme si elle était déjà terminée.

L’expression « Grâce, grâce à elle » est un cri du peuple rassemblé. Les Israélites se rendent bien compte qu’après toutes les catastrophes qu’ils ont connues, cet édifice ne durera qu’aussi longtemps que la faveur divine reposera sur eux.

Zorobabel reçoit donc de la bouche de Zacharie, qui est le porte-parole de Dieu, l’assurance qu’il aura la joie de donner la dernière touche au sanctuaire de l’Éternel, en hissant cette pierre de faîte à la place qui lui est réservée. Cette cérémonie qui marquera le succès de ce long projet se fera sous les acclamations de tout le peuple réuni pour ce grand jour. Une telle ambiance festive avait déjà marqué le moment où les colons juifs ont posé les fondements du Temple. Je lis le passage :

Lorsque les maçons posèrent les fondations du Temple de l’Éternel, on mit en place les prêtres revêtus de leurs habits de cérémonie, avec les trompettes en mains, et les lévites descendants d’Asaph avec les cymbales, afin de louer l’Éternel, selon les prescriptions de David, roi d’Israël. Ils entonnèrent des hymnes de louange et des cantiques de remerciement pour célébrer l’Éternel en chantant à tour de rôle : Oui, il est bon, et son amour pour Israël dure à toujours. Tout le peuple fit aussi retentir de grandes acclamations pour louer l’Éternel, parce qu’on posait les fondations de son Temple (Esdras 3.10-11).

Versets 8-9

Je continue de lire dans le chapitre quatre de Zacharie.

L’Éternel m’adressa encore la parole en ces termes : – Zorobabel a posé de ses mains les fondations de ce Temple et il en achèvera lui-même la reconstruction. Alors vous saurez que le Seigneur des armées célestes m’a envoyé vers vous (Zacharie 4.8-9).

C’est encore par l’intermédiaire de l’ange-interprète que l’Éternel donne ce message à Zacharie. Dieu lui déclare directement et de vive voix pour ainsi dire, ce qui a déjà été communiqué à Zorobabel par les symboles précédents, en l’occurrence qu’il achèvera la construction du temple qu’il a commencée. C’est comme si Dieu lui disait : « Quand tu as posé les fondations du Temple, j’étais avec toi. Eh bien, c’est aussi toi qui le couvriras d’un toit car je suis avec toi ». Quand Zorobabel verra s’accomplir ce qui lui semblait impossible, il comprendra que la promesse qui lui avait été faite venait vraiment de l’Éternel.

Selon l’histoire, les fondations du Temple sont posées en l’an 536 par Zorobabel (Esdras 3.8-11 ; 5.16), mais comme la construction est arrêtée par l’opposition des gens du pays et en particulier par les Samaritains (Esdras 4.1-5, 24), la pierre de faîte n’est posée que vingt ans plus tard, mais c’est Zorobabel qui termine ce qu’il avait commencé (mars 516 ; Esdras 6.14-16). D’une certaine façon, cet homme, qui est de la lignée du roi David, est une illustration des paroles de l’apôtre Paul qui écrit aux Philippiens :

J’en suis fermement persuadé : celui qui a commencé en vous son œuvre bonne la poursuivra jusqu’à son achèvement au jour de Jésus-Christ (Philippiens 1.6).

En ce bas monde, les croyants ont de maintes raisons de se décourager, mais il doivent se rappeler les paroles du chant chrétien qui sont : « Avec Dieu nous ferons des exploits, car c’est lui seul qui écrase l’ennemi. Chantons et crions la victoire : Christ est roi ! Christ est roi ! »