Chapitre 2

Introduction

Depuis fort longtemps, les états démocratiques tentent de combattre le paupérisme et parfois engagent même de gros moyens mais pour de bien maigres résultats. Souvent c’est parce que l’argent se perd en route mais qu’on se rassure, il n’est pas perdu pour tout le monde. Dieu aussi se soucie des pauvres et la Loi de Moïse a prévu dans ses cartons un système génial qui évite aux Israélites de tomber dans le cycle infernal du paupérisme. Deux fois par siècle, pour la fête du Jubilé, tout le monde retourne à la case départ pour ainsi dire. Les propriétés, qui ont dû être vendues à cause d’un revers de fortune, ne sont jamais perdues de manière définitive par la famille qui les ont reçues en héritage au moment du partage du pays. L’acheteur d’un bien n’acquiert en réalité que le nombre de récoltes qui reste jusqu’à la prochaine année de jubilé, le prix d’achat étant déterminé en conséquence. A l’occasion de cette fête, la nation proclame une année de liberté pour toutes les personnes qui devenues pauvres ont dû se vendre, ou plutôt exactement se louer. Elles récupèrent par la même occasion les propriétés qu’elles ont perdues. Les trompettes des prêtres retentissent d’un bout à l’autre du pays sur le sol de la Palestine et donnent le signal du rétablissement de toutes choses et de tout Israélite à leur état initial. Toutes les hypothèques sont levées, et tous recouvrent leurs droits de fils et fille d’Israël. D’une certaine façon, on remet les pendules à l’heure de Dieu. Cette institution du Jubilé avait pour but d’empêcher la formation d’une pauvreté endémique et l’asservissement d’une classe de la population à une autre comme cela existe, qu’on veuille ou pas le reconnaître, partout aujourd’hui sur notre planète.

Tout le monde a entendu parler de la lutte des classes, vieille théorie marxiste. On connaît aussi les classiques : des enfants forcés à travailler dans les sweat-shops, l’esclavage sexuel, les passeurs de réfugiés et les autres. Mais il existe aussi d’autres formes d’asservissement économique moins évidentes, et tout aussi cruelles ; ainsi ces entreprises spécialisées intermédiaires et parfaitement légales qui trouvent des démunis dans un coin du tiers-monde qui sont prêts à aller travailler dans une usine installée dans un autre pays. Le futur ouvrier doit acheter le droit d’être employé et ce n’est pas donné, puisque cela correspond en gros à une année de salaire. Comme on lui avance l’argent, il doit bien sûr rembourser à la fois la somme empruntée et les intérêts. Voilà un bel exemple d’exploitation des miséreux par notre système capitaliste à la noix.

La fête du jubilé évite le malheur économique; elle repose comme l’année sabbatique, sur le grand principe que j’ai déjà cité et où Dieu dit : « Le pays m’appartient et vous êtes chez moi des étrangers et des immigrés » (Lévitique 25.23). Il s’en suit que les Israélites sont sur les terres de l’Éternel comme des locataires en fermage. Toute la législation de Moïse proclame le droit de propriété que l’Éternel possède à la fois sur la terre qu’il a donnée à Israël et sur les membres de son peuple. Cette idée de la fête du Jubilé est fantastique. Le rétablissement périodique du peuple dans son état initial au niveau des propriétés et des personnes est un chef-d’œuvre de liberté, égalité et fraternité. Tous les 50 ans, toutes les misères économiques sont effacées et chaque famille d’Israël retrouve son héritage. Si notre bas monde avait appliqué ces directives, il n’y aurait jamais eu de révolutions paysannes ni de doctrine communiste pour essayer par la force de rendre les gens égaux. Ce Jubilé avait aussi un caractère prophétique. L’apôtre Pierre dans le Nouveau Testament parle du « jour où l’univers entier sera restauré, comme Dieu l’a annoncé depuis des siècles par la bouche de ses saints prophètes » (Actes 3.20-21). Ce temps futur de restauration de toutes choses verra la dette de l’humanité acquittée à tout jamais, et toute personne humaine affranchie pour n’avoir plus d’autre maître que Dieu lui-même. Alors, la justice, la sainteté et l’amour du prochain, le bien-être et le repos régneront sur la terre entière. Voilà l’idéal qu’anticipe l’année de jubilé. En attendant, l’affranchissement et le repos de l’âme auquel je suis convié se trouvent en la personne du Christ, comme il l’a lui-même déclaré. Je le cite :

Venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids d’un lourd fardeau, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vous-mêmes. Oui, mon joug est facile à porter et la charge que je vous impose est légère. Vous connaîtrez la vérité, et la vérité fera de vous des hommes libres (Matthieu 11.28-30 ; Jean 8.32).

La rédemption du monde opérée par l’Éternel en la personne de Jésus-Christ est l’histoire de l’amour de Dieu pour sa créature. Elle est illustrée par le récit qui nous occupe dans le livre de Ruth. Dès son arrivée à Bethléhem, Noémi a mis un champ de son mari en vente parce qu’elle est très pauvre. Cependant, au prochain Jubilé, elle retrouvera l’héritage ancestral de la famille de son mari. Le texte ne précise pas quand aura lieu cette fête, mais comme je l’ai déjà dit, plus elle est éloignée et plus le prix de vente de ce champ est élevé. C’est alors que Booz entre sur scène. En tant que parent du défunt, il peut acheter cette propriété. Ce droit est garanti par la Loi de Moïse. Je lis le passage :

Une terre ne devra jamais être vendue à titre définitif car le pays m’appartient et vous êtes chez moi des étrangers et des immigrés. Dans tout le pays que vous aurez en possession, vous garantirez le droit de rachat des terres. Si ton compatriote devient pauvre et doit vendre une partie de son patrimoine foncier, un proche parent qui a le droit de rachat pourra racheter ce que son parent aura vendu (Lévitique 25.23-25).

Ce n’est pas tout, car Dieu se préoccupe aussi du sort des veuves et de la nécessité d’assurer une descendance. Quand Noémi a dit à Ruth : « Cet homme est notre proche parent, l’un de ceux qui ont envers nous le droit de rachat », ces paroles marquent un tournant dans l’histoire car cette remarque signifie non seulement que Booz a le droit de racheter les terres du mari de Noémi, mais aussi le droit, en fait plutôt le devoir d’épouser Ruth, la veuve du fils défunt d’Élimélek, si celle-ci lui en fait la demande.

Cependant, il y a dans le village de Bethléhem quelqu’un qui est un parent qui est encore plus proche des deux veuves que Booz; c’est donc lui qui est en tête de liste. Selon la coutume, celui qui acquiert le champ que Noémi a mis en vente, doit aussi épouser Ruth. Les deux vont ensemble. Il en est ainsi même si l’acheteur est déjà marié, car la polygamie, sans être encouragée, est néanmoins permise et admise. C’est sûr qu’en notre 21e siècle, ces transactions et tractations nous surprennent. Mais à y réfléchir, c’est un moyen efficace d’assurer la survie des veuves et d’éviter la fragmentation des familles. Aujourd’hui dans notre monde moderne, nous avons le phénomène des familles en déconfiture et recomposées. La législation de Moïse et la loi du lévirat permettaient d’éviter cette plaie.

Versets 21-23

Je continue maintenant à lire jusqu’à la fin du chapitre 2, le rapport que fait Ruth à sa belle-mère Noémi de sa première journée de travail dans les champs et de son entretien avec Booz.

Alors Ruth la Moabite reprit : — Il m’a même dit : “ Reste avec mes serviteurs jusqu’à ce qu’ils aient fini toute ma moisson ! ” Noémi lui répondit : — C’est bien, ma fille, continue d’aller avec ses servantes, ainsi tu ne risqueras pas de te faire maltraiter dans un autre champ. Ruth resta donc avec les servantes de Booz pour glaner jusqu’à la fin de la moisson des orges, puis de celle des blés. Et elle habitait avec sa belle-mère (Ruth 2.21-23).

Ruth a encore d’autres bonnes nouvelles. Booz l’a invitée à participer à toute la moisson de l’orge, et aussi à celle des blés, qui dure jusqu’au début du mois de juin. Ainsi, la survie de ces deux veuves est maintenant assurée, tout au moins dans l’avenir immédiat. Les ténèbres qui entouraient Noémi à son arrivée à Bethléhem se sont presque entièrement dissipées. Tout se passe en effet, comme si Ruth avait été embauchée avec contrat pour la durée des récoltes. Elle fait désormais partie des servantes, sauf qu’elle travaille pour son compte et celui de Noémi. Donc chaque jour, au saut du lit, Ruth sait exactement où aller et quoi faire, et en plus, elle a l’assurance qu’elle sera bien traitée car elle bénéficie de la protection de Booz. En effet, à cause du niveau de moralité plutôt bas de cette époque, une femme comme Ruth, jeune et plantureuse, sans mari et étrangère de surcroît, risquait de se faire violer à chaque coin de rue et de champ. Donc à court terme, jusqu’à la fin des moissons ça va plutôt bien. Oui, mais que va-t-il arriver à ces deux veuves par la suite, quelle sera leur situation, disons dans un an ?

Chapitre 3

Verset 1

Nous arrivons maintenant au chapitre 3 du livre de Ruth que je commence à lire.

Noémi, la belle-mère de Ruth, lui dit un jour : — Ma fille, je ne veux pas négliger de te chercher une situation qui te rende heureuse (Ruth 3.1).

Noémi n’est plus déprimée car elle a bon espoir pour l’avenir. Durant les semaines écoulées qui furent consacrées à la moisson de l’orge et du blé, elle a eu le temps de mûrir un plan et elle pense que le moment est venu de le mettre à exécution. Noémi est une femme persévérante et a résolu de procurer à sa belle-fille la sécurité d’un foyer au moyen d’un bon mariage. On peut être sûr que Ruth aussi aimerait bien se marier, mais étant étrangère elle sait que ses chances sont minimes et donc elle n’y pense pas. De plus, son énergie est réservée à s’occuper de sa belle-mère.

À cette époque, la coutume veut que les parents arrangent les épousailles de leurs enfants avec ou sans leur accord. Il faut dire que le mariage est alors avant tout une transaction d’affaires et les sentiments n’entrent pas en ligne de compte. Le livre de la Genèse raconte comment cela s’est passé pour Isaac. Je lis des extraits du texte :

Abraham dit à son serviteur, le plus ancien de sa maison, l’intendant de tous ses biens : Mets, je te prie, ta main sous ma cuisse ; et je te ferai jurer par l’Eternel, le Dieu du ciel et le Dieu de la terre, de ne pas prendre pour mon fils une femme parmi les filles des Cananéens au milieu desquels j’habite, mais d’aller dans mon pays et dans ma patrie prendre une femme pour mon fils Isaac. Le serviteur prit dix chameaux parmi les chameaux de son seigneur, et il partit, ayant à sa disposition tous les biens de son seigneur. Et le serviteur sortit des objets d’argent, des objets d’or, et des vêtements, qu’il donna à Rebecca ; il fit aussi de riches présents à son frère et à sa mère. Rebecca se leva, avec ses servantes ; elles montèrent sur les chameaux, et suivirent l’homme. Et le serviteur emmena Rebecca, et partit (Genèse 24.2-4,10,53,61).

Le serviteur d’Abraham a demandé au père et au frère de Rebecca la permission d’embarquer la fille et il ne semble pas qu’elle ait eu son mot à dire dans cette affaire, sinon pour le moment du départ (Genèse 24.54-60). Je suppose quand même que si elle avait fait des pieds et des mains pour s’opposer à ce mariage, elle aurait eu gain de cause, mais à cette époque, une telle esclandre était impensable. Pour ce qui est de la cérémonie et de la noce, ce fut vite vu. Isaac a emmené Rebecca dans une tente et le tour était joué.

Versets 2-3

Je continue le texte dans lequel Noémi explique à Ruth son plan d’action.

Tu sais que Booz, avec les servantes duquel tu as travaillé, est notre parent. Ce soir il doit vanner l’orge amassée dans l’aire. Lave-toi donc et parfume-toi, puis mets tes plus beaux habits et rends-toi à l’aire où il bat son orge. Mais ne fais pas connaître ta présence avant qu’il ait fini de manger et de boire (Ruth 3.2-3).

L’orge était foulée par un animal de somme pendant la journée sur une aire circulaire au sommet d’une colline exposée aux vents. Le soir, quand la brise se levait, les hommes vannaient. À l’aide de fourches, ils jetaient en l’air des pelletées de grains mélangées à la paille et à la balle ; le vent emportait ces dernières, tandis que les grains, plus lourds, retombaient sur l’aire. Ensuite, on le vendait ou on l’engrangeait. Lorsqu’on vannait ainsi les céréales, et que la récolte était bonne, les habitants du village faisaient aussi la fête. Tout le monde se réjouissait parce qu’il y aurait suffisamment à manger jusqu’à la prochaine moisson. Les différentes familles de Bethléhem utilisent à tour de rôle une aire commune. Or, Noémi a ses source et connaît le jour où Booz va se rendre à l’aire. Elle sait aussi qu’après avoir fini de superviser le travail de ses serviteurs, il sera de bonne humeur après le traditionnel festin de la fin des moissons, puis dormira sur place afin de  protéger sa récolte d’éventuels rôdeurs. Alors, Noémi conçoit un plan subtil qu’elle met à exécution. Ruth doit se rendre le plus présentable possible car il s’agit non seulement d’une demande en mariage légale, mais aussi d’une opération de séduction. Lavée, ointe d’huiles aromatiques, Ruth doit mettre ses meilleurs habits, ou plus vraisemblablement une grande cape qui la protégera de la fraîcheur de la nuit et lui permettra de garder l’incognito jusqu’au moment opportun. La séduction est importante, car même si à cette époque la pression sociale est particulièrement forte, Booz a quand même le droit de refuser de remplir le devoir du lévirat, surtout qu’il peut toujours se dire qu’il a déjà été suffisamment bienveillant à l’égard de Ruth et de sa belle-mère; la famille ça va bien un moment mais il ne faut quand même pas pousser.

Noémi met les dernières touches à son plan. Comme en principe les femmes ne sont pas présentes sur l’aire pendant la nuit, Ruth devra se cacher jusqu’au moment propice. Si Noémi avait encore été en âge de concevoir, c’est elle qui se serait rendue à l’aire de vannage et qui aurait demandé Booz en mariage. Mais le temps ayant fait son œuvre, elle envoie sa belle-fille à sa place.

Versets 4-5

Je continue.

Quand il se couchera pour dormir, note bien l’endroit où il s’installe, approche-toi, écarte la couverture pour lui découvrir les pieds et puis, couche-toi là. Il te dira alors ce que tu devras faire. Ruth lui répondit : — Je ferai tout ce que tu me dis (Ruth 3.4-5).

Étant d’une culture non israélite, Ruth ne comprend peut-être qu’à moitié tout ce protocole dans lequel sa belle-mère l’instruit. Mais elle a toujours la même idée fixe en tête; elle est venue au pays d’Israël afin de venir en aide à sa belle-mère ce qui signifie qu’elle lui obéira sans discuter. Les ordres de Noémi sont très précis et le texte insiste sur le fait que Ruth se conforme à tout ce que sa belle-mère lui demande. Une fois que Booz qui aura bien mangé et bien bu sera endormi, Ruth doit aller se coucher à ses pieds et ôter la couverture de ses pieds afin que la fraîcheur de la nuit le réveille pour qu’il la remarque et qu’elle puisse lui présenter sa requête en tête à tête. Cette petite cérémonie suit très certainement une coutume acceptée et n’a aucun contenu sexuel. C’était la façon de demander la protection d’un homme par le mariage en suivant les clauses spécifiées par un texte de la Loi de Moïse. Ici en substance, Ruth demande à Booz de la prendre pour épouse selon la loi du lévirat. C’est en priorité à l’un des frères du défunt qu’incombe ce devoir, mais dans le cas de Ruth, les deux fils de Noémi étant décédés, cette responsabilité passe aux cousins ou oncles du défunt. Mais il semble que Noémi sait déjà que le cousin le plus proche n’est pas intéressé et c’est ce qui explique pourquoi elle le court-circuite et porte ses visées sur Booz. En effet, la Loi n’interdit pas de demander à un autre parent plus éloigné d’accomplir le devoir de lévirat, au cas où les plus proches refusent; c’est ce que Ruth s’apprête à faire.

Versets 6-7

Je continue.

Elle (Ruth) descendit dans l’aire et suivit toutes les instructions de sa belle-mère. Booz mangea et but et il fut très content, puis il alla se coucher au bord du tas d’orge. Alors Ruth s’approcha tout doucement, elle écarta la couverture pour découvrir ses pieds et se coucha là (Ruth 3.6-7).

L’auteur a certainement vu souvent des fermiers protéger leurs récoltes de cette manière. Jusque-là, tout se passe comme prévu. Le texte ne nous dit pas où se trouve Ruth, mais elle a dû se cacher en attendant que Booz ait fini de faire la fiesta et aille se coucher. Enfin, « il alla se coucher à l’extrémité d’un tas de gerbes », dit littéralement le texte. Il est tellement abasourdi par le sommeil qu’il s’endort comme un nouveau-né et ne se rend compte de rien; il ignore que la jolie Ruth s’est étendue là à ses pieds. Décidément, le plan de Noémi comporte tous les éléments nécessaires à un bon film sentimental avec suspense.

Versets 8-9

Je continue.

Au milieu de la nuit, Booz eut un frisson, il se pencha en avant et s’aperçut qu’une femme était couchée à ses pieds. — Qui es-tu ? lui demanda-t-il. — Je suis Ruth, ta servante. Veuille me prendre sous ta protection en étendant sur moi le pan de ton manteau car, en tant que proche parent, tu as le droit de rachat (Ruth 3.8-9).

Quelque chose réveille Booz. L’air frais du matin l’a refroidi vu qu’une partie de sa couverture a été retirée de ses pieds et est utilisée par Ruth. Il ouvre les yeux et voit une forme allongée à ses pieds. Son premier souci est d’identifier la personne. Il demande donc : « Qui est là » ? Ruth n’est peut-être pas très à l’aise mais elle suit les conseils de sa belle-mère à la lettre et fait à Booz une demande en mariage en bonne et due forme en suivant le protocole légal en usage en Israël. En ce temps-là, au moment de la célébration d’une union matrimoniale, le mari étendait un pan de son manteau au-dessus de sa fiancée pour symboliser sa protection.

Cette histoire de pan de manteau et tout ce protocole peut nous sembler quelque peu ringard en ce 21e siècle à nous qui prétendons être modernes. Mais selon les us et coutumes de l’époque, une telle démarche était tout ce qu’il y avait de plus raisonnable et socialement accepté de la part d’une veuve démunie. Elle ne fait que réclamer ce que la Loi de Moïse lui accorde dans sa situation. Un peu plus tôt dans l’histoire, Booz a prononcé une bénédiction sur Ruth; littéralement il lui a dit :

Que l’Éternel te récompense pour ce que tu as fait et que le Dieu d’Israël, sous l’aile duquel tu es venue te réfugier, t’accorde une pleine récompense ! (Ruth 2.12).

Eh bien Ruth le prend au mot et vient chercher cette récompense. En hébreu, c’est le même mot qui désigne l’aile de l’oiseau et le pan d’un manteau. Ruth a déjà cherché un abri auprès de l’Éternel comme un oisillon sous les ailes de sa mère. Maintenant, elle fait de même auprès de Booz, demandant sa protection sous le pan de son manteau. Ce grand propriétaire terrien apparaît donc comme l’instrument voulu de Dieu pour assurer la survie et le bonheur de ces deux veuves. L’Éternel est miséricordieux envers tous ceux qui se confient en lui. Le Psalmiste écrit :

L’Eternel prend soin de ceux qui le révèrent, comptant sur son amour. L’Eternel prend plaisir en ceux qui le révèrent, en ceux qui comptent sur son amour (Psaume 33.18; 147.11).