Chapitre 1

Introduction

Dans les Essais, Montaigne, célèbre auteur du 16e siècle, écrit : « Je réponds habituellement à ceux qui me demandent raison de mes voyages, que je sais bien ce que je fuis mais non pas ce que je cherche » .

C’est bien dit, et ça me fait penser à une maxime du livre des Proverbes qui dit :

L’homme qui erre loin de son pays est comme un oiseau errant loin de son nid (Proverbes 27.8).

Pareil à cet oiseau, Montaigne est quelque peu perdu. L’apôtre Paul par contre entreprend des voyages périlleux pour une raison noble, pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, et c’est au cours de sa seconde tournée missionnaire qu’il passe par la ville de Philippes. Lors de son premier périple, il est accompagné de Barnabas et ensemble ils sont allés en Galatie où ils ont fondé plusieurs églises malgré des persécutions intenses. Plus tard, quand vient le moment de repartir afin de rendre visite à ces jeunes croyants, Paul veut prendre Barnabas avec lui, mais ce dernier insiste pour que Jean-Marc, son neveu, se joigne aussi à eux. C’est vrai qu’il les avait accompagnés lors du premier voyage missionnaire, mais dès qu’ils ont accosté en Asie Mineure (Actes 13.13), la Turquie actuelle, Jean-Marc fait volte-face et retourne chez lui à Jérusalem sans que la raison de ce revirement nous soit donné. En tout cas, cet abandon déplaît profondément à l’apôtre qui ne veut donc pas le prendre avec lui une seconde fois. Mais Barnabas insiste et leur position respective est si tranchée qu’ils se séparent (Actes 15.37-39).

Paul choisit alors un dénommé Silas pour l’accompagner et ils partent. Il semble que l’apôtre, aidé de son jeune compagnon, a résolu d’agrandir le cercle du premier voyage missionnaire et d’aller au-delà de la Galatie. Après y avoir visité les églises fondées lors de sa première tournée, Paul décide de se rendre dans la province romaine d’Asie qui a pour capitale Éphèse, un port situé au sud-ouest de la Turquie sur la mer Égée. Mais dans le livre des Actes, Luc dit que le Saint-Esprit les empêche de réaliser ce projet. Ils continuent donc leur route en direction du nord-ouest, puis Paul décide d’aller dans la province de Bithynie tout au nord de l’Asie Mineure, mais là encore, Dieu leur barre la route (Actes 16.6-7).

Comme ils viennent de l’est et ne peuvent aller ni au sud ni au nord, ils sont contraints de continuer vers l’ouest, et c’est ainsi qu’ils arrivent jusqu’au port de Troas, aujourd’hui Troy, sur la mer Égée et qui est situé au sud du détroit des Dardanelles. Paul et Silas sont maintenant au bout de leur voyage car étant à l’extrême ouest de l’Asie Mineure, ils ne peuvent pas aller plus loin à moins de prendre un bateau. Ne sachant plus où aller, ils attendent que Dieu se manifeste et leur dise ce qu’ils doivent faire, et c’est ce qui arrive. L’apôtre a une vision pendant la nuit dans laquelle il voit un homme de la province de Macédoine, c’est-à-dire du sud de la Grèce, qui se tient devant lui et qui le supplie en disant :

Viens en Macédoine et secours-nous ! (Actes 16.9).

Maintenant que l’horizon est dégagé, les deux compagnons peuvent continuer leur voyage, ce qui fait qu’ils s’embarquent sur un navire en partance pour le continent européen. Après une courte traversée, ils arrivent à Philippes. Cette ville avait été reconstruite environ 400 ans auparavant par Philippe, le père d’Alexandre le Grand, qui lui conserva son nom d’origine. Philippe est une colonie romaine depuis l’affrontement sanglant qui en l’an 42 av. J-C, voit la victoire de Marc Antoine et Octave sur Brutus et Cassius, les assassins de Jules César. Après la bataille, quelques soldats romains reçoivent l’ordre de s’y installer. Mais les deux alliés victorieux se font la guerre et Octave est vainqueur sur Marc Antoine, ce qui lui permet de devenir l’empereur César Auguste sous le régime duquel Jésus est né.

En l’an 30 av. J-C, après la mort de Marc Antoine, Octave ordonne à un grand nombre des partisans de son rival, de quitter l’Italie pour s’installer à Philippes, ce qui permet à cette ville de prendre son essor.  A cette époque, une « colonie » romaine en Grèce ou n’importe où à l’étranger, ressemble à une Rome en miniature. On y parle le latin ; la loi romaine contrôle l’administration locale et les impôts ; de nombreux aspects de la vie publique se déroulent exactement comme dans la métropole et les hauts fonctionnaires ont les mêmes titres qu’à Rome.

Aujourd’hui, cette ville n’est qu’un petit village, mais au Ier siècle de notre ère, on peut non seulement décrire Philippes comme une colonie romaine et un centre culturel important, mais aussi comme « la première ville de Macédoine ». (Actes 16:12), bien qu’en réalité, Thessalonique soit la capitale de la province. Voilà pourquoi, les paroles de Paul dans les chapitres 1 et 3 de son épître : « vivez comme des citoyens et nous sommes citoyens des cieux » (Philippiens 1.27 ; 3.20) trouvent une résonnance toute particulière chez les croyants de Philippes.  Dès son arrivée dans la ville, l’apôtre commence à prêcher. Je lis le passage :

Le jour du sabbat, nous nous sommes rendus hors de l’enceinte de la cité, au bord d’une rivière où nous supposions que les Juifs se réunissaient d’habitude pour la prière. Quelques femmes étaient rassemblées là. Nous nous sommes assis avec elles et nous leur avons parlé. Il y avait parmi elles une marchande d’étoffes de pourpre, nommée Lydie, originaire de la ville de Thyatire et qui adorait Dieu. Elle écoutait, et le Seigneur ouvrit son cœur, de sorte qu’elle fut attentive à ce que disait Paul. Elle fut baptisée avec sa famille, puis elle nous pressa d’aller loger chez elle (Actes 16.13-15).

Lydie est donc la première personne européenne qui se convertit au christianisme, mais elle n’est pas originaire de Philippes. Cependant, quand elle passe dans cette ville pour ses affaires, elle ne manque jamais de se joindre à la petite réunion de prières que tiennent les Juifs au bord de l’eau. Leur dévotion et la sincérité de leur foi ont motivé Dieu a diriger Paul jusqu’ici au bord de cette rivière.

Au premier siècle, tout le monde prie un ou plusieurs dieux. Comme il y en a des milliers, nul ne prête attention à ce petit groupe de Juifs pieux. Pourtant, c’est de cette façon que la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ est parvenue en Europe.

Peu après le passage de Paul et Silas, une église est établie à Philippes, et deux personnes sont mentionnées spécifiquement comme en faisant partie : Lydie, bien sûr, mais aussi le geôlier. En effet, quand Paul annonce la Bonne Nouvelle dans une ville, il ne descend pas dans le meilleur hôtel, et comme sa prédication soulève immanquablement la foule contre lui, une de ses étapes incontournables est la prison. Et bien sûr, c’est ce qui arrive à Philippes. Mais Dieu intervient et au milieu de la nuit un tremblement de terre fat que toutes les cellules s’ouvrent d’elles-mêmes. Je résume la suite :

Le gardien se précipita dans le cachot et tremblant de peur, se jeta aux pieds de Paul et de Silas et leur demanda : — Que dois-je faire pour être sauvé ? — Crois au Seigneur Jésus, lui répondirent-ils, et tu seras sauvé, toi et les tiens. Et ils lui annoncèrent la Parole de Dieu, à lui et à tous ceux qui vivaient dans sa maison. À l’heure même le gardien lava leurs blessures. Il fut baptisé aussitôt après, lui et tous les siens. Puis il fit monter Paul et Silas dans sa maison, leur offrit un repas, et se réjouit, avec toute sa famille, d’avoir cru en Dieu (Actes 16.29-34)

Tout au long du ministère de l’apôtre, l’église de Philippes entretient des liens étroits avec lui. Quand on lit cette épître, on est frappé par la profondeur de la relation qui unit Paul à ces croyants. Ils lui sont particulièrement chers et lui les considère comme de véritables collaborateurs de son ministère d’apôtre envers les païens. À plusieurs reprises (Philippiens 4.15-16 ; comparez 2Corinthiens 11.9), les Philippiens viennent financièrement en aide à Paul, ce qui fait que c’est d’abord et surtout pour les remercier de leurs dons généreux qu’il rédige cette épître (Philippiens 4:10,14-18). Il n’écrit donc pas pour corriger une erreur de doctrine comme pour l’église des Galates, ni pour redresser leur conduite comme c’est le cas pour les Corinthiens.

En fait, cette épître aux Philippiens est la seule parmi celles écrites par Paul, dans laquelle ne figure aucune censure. Cependant, l’apôtre profite de cette missive pour leur faire connaître sa situation et les assurer que son emprisonnement n’entrave pas la progression de l’Évangile (Philippiens 1:12-26). Il leur fait part aussi de son projet de leur envoyer Timothée, et par la suite, de venir lui-même (Philippiens 2:19-24). Par la même occasion, Paul explique aux Philippiens pourquoi il leur renvoie Épaphrodite qui apparemment devait rester avec l’apôtre pour le servir (Philippiens 2:25-30). Ce n’est pas tout. Paul profite aussi de cette lettre pour remédier à certains problèmes qui existent dans l’église. En effet, certains croyants sont en rivalité à cause de leurs ambitions personnelles, et deux femmes, Évodie et Syntyche, sont même à couteaux tirés (Philippiens 2.3-4 ; 4.2). Paul les exhorte simplement à régler leur différend. Par ailleurs, il avertit aussi les Philippiens contre les faux frères juifs qui enseignent l’absolue nécessité d’obéir à toutes les exigences de la Loi de Moïse pour être sauvé (Philippiens 3.1-3). Ce syncrétisme religieux est le gros problème de l’église des Galates. Enfin, Paul les met aussi en garde contre certains hypocrites qui prétendent être croyants tout en menant une vie dépravée (Philippiens 3.18-19). Enfin, cette lettre fournit à l’apôtre une occasion en or de les encourager à souffrir courageusement, à vivre dans un même esprit et à confier entièrement leur vie au Seigneur, en toutes choses et en toutes circonstances (Philippiens 1:27-30; 2:12-18; 3:17-21; 4:4-9).

Souvent, Paul utilise la rhétorique pour convaincre ses lecteurs de la justesse de son enseignement théologique, mais tout au long de l’épître aux Philippiens, l’apôtre adopte un ton personnel et chaleureux. Par exemple, il leur confie qu’un croyant doit toujours se réjouir en Jésus-Christ. Il insiste même puisqu’il utilise le mot « joie » à quatre reprises et le verbe « se réjouir » huit fois.

Aucune lettre montre mieux que celle aux Philippiens l’ambition spirituelle de l’apôtre, c’est-à-dire la plénitude de sa consécration à Jésus-Christ ; son désir unique étant de le connaître et de le faire connaître (Philippiens 3:7-14). de plus, « sa ferme attente et son espérance » (Philippiens 1:20), est qu’en toutes circonstances, Christ soit glorifié en lui. Nous découvrons aussi dans cette épître (Philippiens 4:11,13) que quelles que soient ses conditions d’existence, ses privations et ses difficultés, l’apôtre éprouve un sentiment de pleine satisfaction et de contentement.

Bien qu’il soit animé d’une grande fougue pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Paul ne se considère pas comme une sorte de « one man show » ou de cow-boy solitaire. Sa solidarité avec les Philippiens contraste avec l’individualisme des personnes ou des églises de notre époque, du moins de certaines pour ne rien exagérer. L’apôtre leur écrit qu’ils doivent vivre comme « étant unis par un même esprit » et qu’ensemble, eux et lui sont entrés dans un échange réciproque de « dons matériels et de dons spirituels » (Philippiens 1.27 ; 4.15).

Avec les épîtres aux Éphésiens, aux Colossiens et à Philémon, celle que Paul adresse aux Philippiens fait partie des lettres dites de captivité, parce que l’apôtre les a écrites alors qu’il est détenu en résidence surveillée. D’ailleurs, il a probablement rédigé l’épître aux Philippiens vers la fin de son séjour à Rome, en l’an 63 ou 64.

Les croyants de Philippes avaient perdu Paul de vue depuis son arrestation à Jérusalem. Mais quand ils apprennent que leur bien-aimé apôtre est captif à Rome, ils décident de lui envoyer Épaphrodite, sans doute un de leurs pasteurs, qui parcourt 1 300 km pour lui rendre visite. Cet homme réconforte Paul en lui témoignant l’affection que lui portent les Philippiens. De plus, il lui apporte une contribution financière par laquelle ses amis veulent rendre son emprisonnement un peu plus confortable (Philippiens 4.18). C’est déjà la quatrième fois qu’ils font un don d’argent à l’apôtre. Cependant, peu de temps après la joie de ces retrouvailles, et alors que Paul est toujours prisonnier à Rome, Épaphrodite tombe gravement malade au point où il s’en faut peu qu’il ne meure (Philippiens 2.27). Heureusement et grâce à Dieu, Épaphrodite se remet de son mal et après sa convalescence repart, apportant avec lui la lettre de Paul aux Philippiens.

Alors que dans l’épître que l’apôtre écrit aux Éphésiens, nous sommes spirituellement et mystiquement assis dans les lieux célestes, dans celle aux Philippiens, nous sommes résolument sur la croûte terrestre. Cette épître est très pratique, et son contenu agréable à lire donne même chaud au cœur.

Verset 1

Je commence maintenant à lire l’épître aux Philippiens.

Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, saluent tous ceux qui, par leur union à Jésus-Christ, appartiennent à Dieu, et qui vivent à Philippes, ainsi que les dirigeants de l’Église et les diacres (Philippiens 1.1).

Le véritable nom de l’apôtre est hébreu ; il s’appelle Saul de la ville de Tarse. Mais comme son ministère est avant tout dévoué aux non-Juifs (Galates 2.7-8), il utilise le nom païen Paul.

Ici, comme dans d’autres épîtres, l’apôtre associe Timothée à cette lettre, mais ça ne veut pas dire que ce dernier en soit un coauteur, d’ailleurs il n’est mentionné qu’à la troisième personne. Il semble assez évident que ce jeune homme se soit converti au christianisme par le ministère de Paul lors de son premier voyage en Asie Mineure. En effet, l’apôtre l’appelle « son enfant ou son fils » (1Timothée 1.2) à plusieurs reprises dans ses écrits. Lors de sa deuxième tournée missionnaire, Paul l’a revu à Lystre où les responsables de l’église locale ont dit le plus grand bien de lui, ce qui fait que l’apôtre décide de l’emmener avec lui (Actes 16.1-3). C’est ainsi que Timothée commence sa longue collaboration avec Paul et qu’il participe à l’évangélisation de la ville de Philippes. En conséquence, il est fort bien connu des membres de cette église. Timothée se révèle un compagnon fidèle et loyal, une aide inestimable pour l’apôtre, son bras droit et son aide de camp en quelque sorte.

Paul commence cette lettre en se qualifiant, ainsi que Timothée, de « serviteurs de Jésus-Christ ». En réalité, c’est le mot « doulos » qui veut dire « esclave » qu’il emploie. Or dans la plupart de ses épîtres, Paul se présente d’abord comme apôtre. Quand il écrit aux Galates, il commence de manière très abrupte en disant : « Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par un homme, mais par Jésus-Christ et par Dieu le Père »  Il fait de même quand il écrit aux Corinthiens parce qu’il doit défendre son apostolat qui est fortement mis en brèche par certains membres de l’église. Ici, par contre, comme son autorité est incontestée dans l’église de Philippes, il assume avec Timothée sa position légitime en prenant simplement le titre de serviteur, qui pour eux a une connotation tout à fait positive.

Paul salue tous les « saints en Jésus-Christ ». Le mot « saint »a aujourd’hui une signification différente de ce qu’elle était à l’époque du Nouveau Testament. « Saint » voulait simplement dire « mis à part ou choisi par Dieu », sans aucune connotation morale ou spirituelle. Ce n’est pas par ma bonne conduite que je suis saint, mais bien plutôt par ma position vis-à-vis de Dieu ; ai-je oui ou non été mis à part pour lui ?

Selon le Nouveau Testament, l’humanité est divisée en deux camps : les « saints », c’est-à-dire ceux qui ont vraiment mis leur confiance exclusivement en Jésus-Christ, et les autres. Dans l’Ancien Testament, même les casseroles, les plats et les couverts qui servent au culte de l’Éternel sont appelés « saints » parce qu’ils lui sont consacrés. Il est probable qu’après avoir été transbahuté dans le désert et maintes fois utilisés, ces ustensiles devaient être passablement bosselés, rayés et usés, mais ils demeuraient quand même « saints ».

Certains croyants, moi inclus, sont loin d’être des saints au sens où on l’entend aujourd’hui, mais ce sont tout de même des « saints » vis-à-vis de Dieu parce que la vie éternelle ne s’obtient pas par un certificat de bonne conduite, mais uniquement par la foi en Jésus-Christ, sans rite et sans oeuvre.

Paul précise aussi qu’ils sont « unis à Jésus-Christ ou en Christ », qui est la raison pour laquelle ils sont sauvés. En même temps, ils ont été baptisés ou immergés dans le corps du Christ, qui est l’Église universelle. Au premier abord, tous ces concepts ne sont pas évidents à comprendre parce que ces opérations ont lieu dans le domaine spirituel où nous n’avons aucune prise puisque nos sens ne fonctionnent que dans le monde matériel de l’espace-temps.

Paul s’adresse à des personnes qui sont unies au Christ et habitent la ville de Philippes. Peu importe, si un croyant se trouve à Paris, à Londres ou à New York ; ce qui compte, c’est le fait qu’il est en Christ.

Si on demande à un professeur de théologie ce que veut dire « être sauvé », sa réponse sera longue, fastidieuse et complexe. Il parlera de propitiation, de réconciliation, de rédemption, et autres notions qui sont très bibliques et que les auteurs des Textes Sacrés expliquent, mais aucun de ces concepts ne couvre toutes les dimensions du salut. C’est la petite préposition « en » Christ qui répond le mieux à la définition du salut parce qu’elle désigne un état permanent dans le temps et l’éternité, et inaltérable dans sa qualité. Lorsque quelqu’un fait entièrement confiance à Jésus pour son salut, le Saint-Esprit vient faire sa demeure en lui et le place en Christ.

Dans cette épître, Paul s’adresse à tous les membres de l’église, y compris ses dirigeants. Le mot grec pour « dirigeants » est « episcopos », qui a donné en français « épiscopat », mot qui de nos jours désigne la fonction d’évêque ou l’ensemble de ceux qui portent ce titre. À l’époque du Nouveau Testament, chaque église est dirigée par un collège de « episcopos » ou « anciens » dans le sens de sages ayant l’expérience de la vie chrétienne. Ils sont aussi appelé « évêques, pasteurs, ou surveillants », des désignations  différentes pour la  même fonction. Il en est ainsi jusqu’à la mort de l’apôtre Jean, à la fin du 1er siècle.

Pour conclure ce premier verset, l’apôtre mentionne les diacres. Cet office a été créé pour s’occuper des besoins matériels de l’Église, et en particulier pour les soins des veuves et des orphelins (Actes 6.1-3). Dans notre contexte d’aujourd’hui où les chefs regardent les employés de haut, ce rôle de diacre semble bien humble. Et pourtant, les diacres doivent remplir les mêmes qualifications spirituelles et morales que les évêques (1Timothée 3.2-4). En effet, dans sa première épître à Timothée, Paul écrit :

Les diacres doivent inspirer le respect : qu’ils soient des hommes de parole, sans penchant pour la boisson ni pour le gain malhonnête. Ils doivent garder avec une bonne conscience la vérité révélée de la foi. Que les diacres soient des maris fidèles ; qu’ils assument bien leurs responsabilités à l’égard de leurs enfants et de leur famille (1Timothée 3.8, 12).

L’épître aux Philippiens est la seule où dirigeants et diacres sont cités dans l’introduction. Il est intéressant de noter que Paul les cite après l’ensemble des fidèles et ne les mentionne plus du tout dans le reste de la lettre. Pourquoi donc ? Parce qu’ils ne sont pas importants. Comme l’apôtre Paul, ce sont des esclaves au service de Jésus-Christ et de son Église, tout simplement.