Chapitre 9

Introduction

Certains hommes disposent vraiment de réels pouvoirs qui peuvent être politiques, économiques, financiers ou militaires. On dit d’eux qu’ils font la pluie et le beau temps. C’est une façon de parler bien sûr parce que personne n’est capable de contrôler les éléments surtout quand ils se déchaînent, personne, sauf Jésus. Il a amplement démontré sa puissance sur les forces de la nature, sur les maladies et surtout qu’il a l’autorité de pardonner les fautes, une prérogative strictement divine.

Verset 9

Je continue à lire dans le chapitre 9 de Matthieu.

Jésus s’en alla. En passant, il vit un homme installé au poste de péage. Son nom était Matthieu. Il lui dit : — Suis-moi ! Matthieu se leva et le suivit (Matthieu 9.9).

Avec modestie, Matthieu rapporte brièvement comment il est entré au service du Maître. Comme d’autres, il est en plein travail quand Jésus l’appelle à le suivre. Matthieu était peut-être un sympathisant de Jean-Baptiste et l’un entraînant l’autre, il devint disciple du Christ. Les choix de Jésus sont surprenants. Alors qu’il vient de freiner l’ardeur de deux interprètes de la Loi qui voulaient le suivre, il appelle à sa suite un collecteur d’impôts dont le rôle était de recueillir les taxes pour les Romains. Ces percepteurs s’appelaient des publicains. Ils étaient méprisés du peuple à cause de leur collaboration avec l’occupant et des taxes exorbitantes qu’ils exigeaient. Ils avaient le droit de demander ce qu’ils voulaient pour compenser leur travail. Par conséquent, ils étaient fort riches sur le dos de leurs concitoyens qui les haïssaient.

Verset 10

Je continue.

Un jour, Jésus était à table chez Matthieu. Or, beaucoup de collecteurs d’impôts et de pécheurs notoires étaient venus et avaient pris place à table avec lui et ses disciples (Matthieu 9.10).

Luc précise que lorsque Matthieu donna ce grand festin dans sa maison, il invita tous ses amis et autres rejets de la société comme les excommuniés de la Synagogue probablement pour qu’ils fassent connaissance de Jésus.

Verset 11

Je continue.

En voyant cela, les pharisiens interpellèrent ses disciples : — Comment votre maître peut-il s’attabler de la sorte avec des collecteurs d’impôts et des pécheurs notoires ? (Matthieu 9.11).

Comme Jésus accepta de partager un repas avec des gens qui n’étaient pas, dirions-nous, les crèmes de la société ou rituellement impurs, les religieux voient cela d’un très mauvais œil. Faisant le guet dans l’ombre et surveillant de l’extérieur ce qui se passait à l’intérieur, ils accrochèrent des disciples qui sortaient ou entraient pour se plaindre de la conduite du Christ. Les Juifs qui se voulaient justes ne dînaient pas avec des païens. Pour les pharisiens, les repas étaient un moment de communion important de la vie sociale et religieuse, et ils les prenaient dans de strictes conditions de pureté cérémonielle. Ils n’auraient jamais, au grand jamais, osé mettre le pied dans un tel lieu, un repaire de maudits à leurs yeux.

Versets 12-13

Je continue.

Mais Jésus, qui les avait entendus, leur dit : — Les bien portants n’ont pas besoin de médecin ; ce sont les malades qui en ont besoin. Allez donc apprendre quel est le sens de cette parole : Je désire que vous fassiez preuve d’amour envers les autres plutôt que vous m’offriez des sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs (Matthieu 9.12-13).

Jésus fait allusion à un passage de l’Ancien Testament qui dit :

Car je prends plaisir à l’amour bien plus qu’aux sacrifices, à la connaissance de Dieu bien plus qu’aux holocaustes (Osée 6.6).

En d’autres mots, la pureté rituelle importe bien moins que la bonté envers autrui. Ce sont les Écritures dont les Pharisiens se disaient être les défenseurs qui les condamnent. Ces gens croyaient vraiment qu’ils pouvaient gagner des points avec Dieu par leur religiosité, selon des règles qu’ils avaient eux-mêmes établies. Moi je trouve ça fou. Les légalistes de toute obédience ne peuvent pas comprendre le concept de la grâce que Dieu accorde gratuitement à ceux qui sont sans mérite, mais reconnaissent leur culpabilité envers Lui. Jésus n’a rien à offrir à celui qui se croit juste, mais il est plein de miséricorde vis-à-vis de celui qui cherche en lui un secours. Le disciple du Christ est appelé d’une part à se garder de toute corruption morale, et d’autre part à venir en aide à tous ceux qui sont dans le besoin et qu’il croise sur sa route.

Verset 14

Je continue :

Alors les disciples de Jean vinrent trouver Jésus et lui demandèrent : — Comment se fait-il que tes disciples ne jeûnent pas, alors que nous, comme les pharisiens, nous le faisons souvent ? (Matthieu 9.14).

Jean-Baptiste était un vestige de l’Ancien Testament, un prophète qui fit le trait d’union entre l’ancienne et la nouvelle alliance, entre la Loi et la venue de Jésus qui a instauré le temps de la grâce. Les disciples de Jean-Baptiste sympathisaient avec les Pharisiens et comme eux jeûnaient deux fois par semaine. Ne comprenant pas pourquoi Jésus n’imposait pas un style de vie spartiate à ses disciples et n’arrivant pas à le situer, ils se tenaient encore à l’écart de lui. Le Christ s’est bien abstenu d’aliments pendant 40 jours dans le désert et a enseigné que le jeûne devait se faire en secret. Mais il n’en a pas fait une loi et ne l’a pas élevé à un niveau de mérite religieux. Sa façon de vivre était très différente de Jean-Baptiste son précurseur.

Verset 15

Je continue :

Jésus leur répondit : — Comment les invités d’une noce pourraient-ils être tristes tant que le marié est avec eux ? Le temps viendra où celui-ci leur sera enlevé. Alors ils jeûneront (Matthieu 9.15).

Jésus parle presque toujours en langage imagé. Il explique qu’un changement important est en train de s’opérer maintenant que Lui, le roi est présent. Il est donc normal que la venue de cette nouvelle ère soit une cause de célébration. Cette référence au mariage sera développée dans les Épîtres du Nouveau Testament. Jésus est l’époux et Son Église, qui se bâtira autour de ses disciples, est son épouse. Il se compare à un marié dans le sens qu’il aime la mariée et pourvoit à ses besoins. Pour la première fois, Jésus parle ici de sa mort, mais en termes voilés. Il sera enlevé, crucifié et alors ses disciples jeûneront en signe de grande détresse.

Versets 16-17

Je continue.

Personne ne rapièce un vieux vêtement avec un morceau d’étoffe neuve, car la pièce rapportée arracherait une partie du vieux manteau et la déchirure serait pire qu’avant. De même, on ne verse pas dans de vieilles outres du moût qui fermente, sinon le vin nouveau les fait éclater, il se répand et les outres sont perdues. Non, on met le vin nouveau dans des outres neuves. Ainsi le vin et les outres se conservent (Matthieu 9.16-17).

À cette époque, les outres étaient faites de peau de chèvres qui se dilataient sous l’effet de la fermentation du vin. Cette double parabole décrit la nouveauté de la situation créée par la venue du Messie. Il vient offrir le royaume de Dieu sur terre représenté par ce qui est neuf, que ce soit l’étoffe ou l’outre. Or il ne faut pas le mélanger avec ce qui est vieux, la Loi et les traditions religieuses, dont le jeûne, pratiquées de longue date par les Juifs de l’Ancien Testament. Jésus explique qu’il n’est pas venu peaufiner un système en y ajoutant de nouvelles idées, mais pour établir une nouvelle alliance qui doit remplacer celle de Moïse. Dans son Évangile, Jean exprime cette idée de la façon suivante :

Nous avons tous été comblés de ses richesses. Il a déversé sur nous une grâce après l’autre. En effet, si la Loi nous a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ (Jean 1.16-17).

En termes d’arboriculture, Jésus n’est pas venu pour faire une greffe, mais pour planter un nouvel arbre. Comme il l’a déjà dit, un de ses objectifs est d’accomplir la Loi dans sa totalité et surtout dans son esprit comme il l’a exposé dans le Sermon sur la Montagne. Dans l’Ancien Testament, tous ceux qui étaient agréables à l’Éternel avaient foi en lui. En réponse, Dieu leur a fait grâce de leurs fautes. Mais à côté de cela, ces hommes pieux prouvaient leur foi en obéissant à la Loi. À l’époque du Christ, tout cela avait bien changé. C’était l’interprétation des préceptes de Moïse par la caste religieuse qui faisait loi. Pharisiens et scribes aimaient couper les cheveux en quatre ce qui donnera le Talmud, un système d’ordonnances humaines grâce auxquelles le Juif acquiert des points avec Dieu par ses efforts et ses mérites. Jésus ne veut pas d’un amalgame entre la grâce qu’il exerce en faveur de ceux qui croient en Lui et les pratiques rituelles qui avaient dégénéré. Toute tentative de réconcilier ces deux dynamiques est vouée à l’échec.

Versets 18-19

Je continue avec les 8e puis 9e miracles décrits par Matthieu :

Pendant que Jésus leur disait cela, un responsable juif arriva, se prosterna devant lui et lui dit : — Ma fille vient de mourir : mais viens lui imposer les mains, et elle revivra. Jésus se leva et le suivit avec ses disciples (Matthieu 9.18-19).

Le récit de Matthieu est abrégé comparé à celui de Marc et Luc qui racontent que ce chef s’appelait Jaïrus et qu’il vint voir Jésus alors que sa fille était mourante, mais vivante. Mais en chemin, ils furent retardés par la foule. Entre temps, des serviteurs de ce responsable juif vinrent lui annoncer le décès de la petite fille de 12 ans.

Versets 20-21

Je continue :

À ce moment, une femme qui souffrait d’hémorragies depuis douze ans, s’approcha de lui par derrière et toucha la frange de son vêtement. Elle se disait : « Si seulement j’arrive à toucher son vêtement, je serai guérie » (Matthieu 9.20-21).

Comme tout Juif pieux, Jésus portait une frange à son vêtement dont le but était de rappeler les commandements de Dieu. Or les gens donnaient à ce bout de tissu une révérence superstitieuse. Cette femme avait décidé qu’elle se fraierait un chemin coûte que coûte jusqu’à Jésus, à travers la foule un peu comme quand on fait la queue au restau U ou au téléski. Elle voulait toucher la frange de cet homme extraordinaire dans l’espoir d’être soulagée de son mal. Alors, à force de détermination, elle y est arrivée. Cette pauvre femme souffrait sans doute d’une hémorragie de la matrice.

Luc, médecin de profession, dit que son cas était désespéré. De plus, cette maladie la rendait rituellement impure ce qui avait des conséquences à la fois sur sa santé et sur sa vie sociale et religieuse. C’est ainsi qu’en principe elle n’aurait pas dû traverser la foule. Dans son Évangile, Marc dit qu’elle s’était ruinée en cherchant en vain une guérison.

À cette époque, l’accès à des soins compétents était réservé aux membres les plus fortunés de la société. Par contre, beaucoup de charlatans tiraient profit de la souffrance et de la crédulité des malades. Selon Luc, Jésus était pressé de tous côtés par la foule. Mais rien n’aurait pu dissuader cette femme de son objectif. Elle avait une foi qui se traduisait en action, mais à pas feutrés, car à cause de son état d’impureté rituelle elle ne voulait pas se faire remarquer.

Verset 22

Je continue.

Jésus se retourna et, quand il l’aperçut, il lui dit : — Prends courage, ma fille : parce que tu as eu foi en moi, tu es guérie. À l’instant même, la femme fut guérie (Matthieu 9.22).

Les choses ne se sont pas tout à fait passées comme elle l’espérait. Elle s’était dit, dès que j’aurai touché la frange de son vêtement je disparaîtrai, ni vue ni connue. La première partie du plan a marché comme sur des roulettes, mais pas la deuxième. Jésus ne voulait pas que cette femme attribue sa guérison à de la superstition, mais à sa foi en Lui. Selon un autre Évangile, elle s’est sue guérie à l’instant même où Jésus l’apostrophait et que tous les regards se portaient sur elle. Ce fut un moment intense, une joie inexprimable d’être guérie mêlée à une gêne colossale. Par ses paroles : Prends courage, Jésus prend en compte les craintes de la femme et la gravité de sa situation.

Versets 23-24

Je continue avec le 10e miracle.

Lorsque Jésus arriva à la maison du responsable juif, il vit des joueurs de flûtes et toute une foule agitée. Alors il leur dit : — Retirez-vous, la fillette n’est pas morte, elle est seulement endormie. Mais les gens se moquaient de lui (Matthieu 9.23-24).

La défunte, fille d’un homme important, avait été la cause d’un grand rassemblement venu pour la pleurer et qui comptait des pleureuses professionnelles. Sachant ce qu’il allait faire, Jésus qualifie cette mort de sommeil. Il fera de même avant de rendre la vie à Lazare. Pareillement, les auteurs du Nouveau Testament utilisent le verbe dormir pour parler de la mort d’un croyant. Cette foule ambulante se moque de Jésus, car tous savent fort bien que cette petite est bien morte et que c’est fini. Ils ne croyaient évidemment pas en la possibilité qu’elle soit ressuscitée par ce prophète de Galilée.

Versets 25-26

Je continue :

Lorsqu’il eut fait mettre tout le monde dehors, il entra dans la chambre, prit la main de la jeune fille, et elle se leva. La nouvelle de ce qui s’était passé fit le tour de toute la contrée (Matthieu 9.25-26).

La renommée de Jésus ne cesse de grandir. Luc nous donne davantage de précisions sur ce miracle. Je lis :

Une fois arrivé à la maison, il ne permit à personne d’entrer avec lui, sauf à Pierre, Jean et Jacques, ainsi qu’au père et à la mère de l’enfant. Alors Jésus prit la main de la fillette et dit d’une voix forte : Mon enfant, lève-toi ! Elle revint à la vie et se mit aussitôt debout ; alors Jésus ordonna de lui donner à manger. Les parents de la jeune fille étaient stupéfaits (Luc 8.51, 54-56).

Verset 27

Je continue le texte.

Lorsque Jésus partit de là, deux aveugles le suivirent en criant : — Fils de David, aie pitié de nous ! (Matthieu 9.27).

Ces deux hommes sont remarquables. Malgré leur cécité, ils voyaient plus clairement que les autorités religieuses. En appelant Jésus, Fils de David, ils déclarent qu’il est le Messie. Or la guérison des aveugles avait été prophétisée pour les temps messianiques. Sans avoir vu aucun miracle, ils étaient persuadés que cet homme avait le pouvoir de leur rendre la vue. Comme les amis du paralytique et la femme qui avait une perte de sang, ces aveugles sont persévérants. Ils ont suivi Jésus jusque dans sa maison en se laissant guider par le bruit de la foule et en demandant leur chemin. Leur foi, comme celle des malades précédents, se traduit en action.

Versets 28-29

Je continue :

Lorsqu’il fut arrivé à la maison, les aveugles s’approchèrent de lui. Il leur dit : — Croyez-vous que j’ai le pouvoir de faire ce que vous me demandez — Oui, Seigneur, lui répondirent-ils. Alors il leur toucha les yeux en disant : — Qu’il vous soit fait selon votre foi ! (Matthieu 9.28-29).

En leur posant cette question, Jésus veut renforcer leur foi naissante en Lui. Ce sera pour eux une ancre, un souvenir qui les accompagnera pour le restant de leur vie. Jésus ne touche pas pour guérir, mais pour manifester sa compassion.

Versets 30-31

Je continue :

Et aussitôt, leurs yeux s’ouvrirent. Jésus ajouta d’un ton sévère : — Attention, veillez à ce que personne n’apprenne ce qui vous est arrivé. Mais une fois dehors, ils se mirent à raconter dans toute la région ce que Jésus avait fait (Matthieu 9.30-31).

Les aveugles voient clair instantanément. Jésus est le Médecin infaillible. Les maladies du corps, les douleurs du cœur, et les péchés de l’âme disparaissent sur son ordre. Le cycle précédent se répète. Jésus leur interdit de répandre la nouvelle, mais dans leur joie ils sont incapables de tenir leur langue en bride. Le Seigneur pourrait mettre comme condition à la guérison que les malades s’engagent à ne pas l’ébruiter, mais il est venu pour montrer de la compassion sans y mettre de préalables. La bonté divine émane de tout son être et il fait grâce sans autre condition que la foi de celui qui vient chercher son secours.

Versets 32-33

Je continue.

Mais alors que les deux hommes sortaient, on amena à Jésus un homme qui était sous l’emprise d’un démon qui le rendait muet. Jésus chassa le démon et le muet se mit à parler. La foule était émerveillée et disait : — Jamais on n’a rien vu de pareil en Israël ! (Matthieu 9.32-33).

Cette situation est plus complexe, car il y a à la fois un symptôme physique et une possession. Ces influences démoniaques avaient des manifestations fort variées selon le cas et en fonction du type de démon qui habitait la personne. Les Écritures font bien la distinction entre les maladies d’origine biologique et celles qui ont un mauvais esprit à leur source. D’autre part, comme tous les démons ne sont pas les mêmes, ils provoquent différentes sortes de souffrances. Cette fois encore, sans aucune simagrée et par sa parole, Jésus guérit cet homme devant une foule épatée. Tout semble pour le mieux, rien ne peut plus arrêter l’ascension de Jésus, sous peu il sera accepté comme celui qui devait venir, le Roi d’Israël. Mais c’est sans compter sur les puissances des ténèbres qui préparent leur réplique. Les religieux vont déclencher une attaque.