Chapitre 21

Introduction

Nous n’avons choisi ni la date ni le lieu de notre naissance, ni notre langue maternelle ni une quantité d’autres choses. En fait, même ce que je crois avoir décidé dans ma vie m’a presque toujours été dicté par les circonstances. Et puis le jour viendra où je mourrai et je ne peux pas l’éviter, seulement subir. Il en a été ainsi de tous les hommes à l’exception d’un seul. Jésus va résolument à Jérusalem au milieu du repaire de ses ennemis jurés pour se présenter comme Messie, le roi successeur au trône de David. Il s’y rend avec courage et héroïsme puisqu’il sait que cette action va lui coûter la vie.

Il est notable que c’est lui qui prend toutes les décisions, qui précipite les choses et contrôle la situation, et qui va obliger la classe religieuse malveillante à réagir. Comme durant tout son ministère, il décide la course des événements. C’est lui le patron, le Seigneur des cieux et de la terre en chair et en os.

Nous arrivons au chapitre 21 de Matthieu, un passage riche d’événements. L’entrée dans Jérusalem est la seule fois où Jésus cherche délibérément les acclamations de la foule.

Versets 1-5

Je commence à lire.

En approchant de Jérusalem, ils arrivèrent près du village de Bethphagé, sur le mont des Oliviers. Jésus envoya deux de ses disciples en leur disant : — Allez dans le village qui se trouve là devant vous. Dès que vous y serez, vous trouverez une ânesse attachée et, près d’elle, son petit. Détachez-les et amenez-les-moi. Si quelqu’un vous fait une observation, vous n’aurez qu’à lui dire : « Le Seigneur en a besoin », et on vous les laissera prendre immédiatement. Tout cela arriva pour que se réalise la prédiction du prophète : Dites à la communauté de Sion : Voici ton Roi qui vient à toi ; humble, il vient monté sur une ânesse, sur un ânon, le petit d’une bête de somme (Matthieu 21.1-5).

C’est ici la seule fois où Jésus se nomme lui-même Le Seigneur. La manière dont se déroulent les événements montre que tout avait été organisé d’avance, que l’ordonnateur de l’univers avait décrété que les choses se passeraient ainsi. Le Dieu souverain maîtrise tout ; cette ânesse, qui est présente au bon endroit au bon moment, symbolise la paix. Jésus monté sur elle se présente comme le roi-Messie alors qu’un cheval aurait voulu dire qu’il était un roi conquérant. Il ne vient pas pour prendre le pouvoir, mais pour offrir le royaume de Dieu. Matthieu rappelle que s’accomplit une prédiction partielle émise par un prophète de l’Ancien Testament. En effet, il y manque deux éléments importants. Je cite le passage entier :

Tressaille d’allégresse, ô communauté de Sion ! Pousse des cris de joie, ô communauté de Jérusalem ! Car ton roi vient vers toi, il est juste et victorieux, humilié, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse (Zacharie 9.9).

Lors de cette entrée dans Jérusalem qu’on commémore le dimanche des rameaux, seule la foule qui suivait Jésus a crié Hosanna et vive le roi ! La ville ne s’est pas réjouie et une semaine plus tard, même le peuple se retournera contre Jésus et criera Crucifie-le ! En second lieu, le Christ n’est pas victorieux, comme l’annonce la prophétie puisqu’il va subir la croix. Mais quand il reviendra, les choses se passeront tout autrement. Il entrera alors dans Jérusalem sous les acclamations de toute la ville, après avoir vaincu des coalitions de nations.

Versets 6-11

Je continue le texte.

Les disciples partirent donc et suivirent les instructions de Jésus. Ils amenèrent l’ânesse et son petit et posèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Une grande foule de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin. D’autres coupèrent des branches aux arbres et en jonchèrent le chemin. Et toute la foule, de la tête à la fin du cortège, criait : Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient de la part du Seigneur ! Hosanna à Dieu au plus haut des cieux ! Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi. On demandait partout : — Qui est-ce ? Et la foule qui l’accompagnait répondait : — C’est Jésus le prophète, de Nazareth en Galilée (Matthieu 21.6-11).

Jésus entre dans Jérusalem acclamé par les pèlerins galiléens qui l’accompagnaient. Ils criaient Gloire au Fils de David, reconnaissant en Lui le Messie à cause de ses miracles. Cette entrée dite triomphale se fait du bout des lèvres, de la part de peu de gens et sera de courte durée, à peine deux jours. Il est difficile de parler de célébration, quand la fête se termine sur une croix. Néanmoins, tout Jérusalem fut ébranlée. Le texte grec indique que tel un séisme, cet événement secoua toute la ville jusque dans ses fondations.

Versets 12-13

Je continue.

Jésus entra dans la cour du Temple. Il en chassa tous les marchands, ainsi que leurs clients. Il renversa les comptoirs des changeurs d’argent, ainsi que les chaises des marchands de pigeons, et il leur dit : — Il est écrit : On appellera ma maison une maison de prière, mais vous, vous en faites un repaire de brigands (Matthieu 21.12-13).

Le lendemain, Jésus est à nouveau entré dans le temple pour accomplir ce grand nettoyage. Il venait non comme adorateur, mais en tant que Maître et Seigneur des lieux. Les banquiers échangeaient les monnaies profanes contre celle du temple, la seule qui avait cours dans l’enceinte sacrée pour acheter des animaux que les Juifs offraient en sacrifice. Il va sans dire, ces cambistes se remplissaient les poches au passage, 12 % pour être exact. Par ailleurs, l’adorateur devait aussi payer aux prêtres l’inspection de contrôle des animaux. Tout ce trafic honteux et frauduleux était fort lucratif. Les institutions religieuses y faisaient un fric d’enfer et je pèse bien mes mots.

Versets 14-15

Je continue.

Des aveugles et des paralysés s’approchèrent de lui dans la cour du Temple et il les guérit. Quand les chefs des prêtres et les spécialistes de la Loi virent les miracles extraordinaires qu’il venait d’accomplir, quand ils entendirent les cris des enfants dans la cour du Temple : « Hosanna au Fils de David ! », ils se mirent en colère et lui dirent : — Tu entends ce qu’ils crient ? (Matthieu 21.14-15).

Jésus a pris possession de sa maison et y accueille les aveugles, les paralysés et les enfants, ceux qui d’habitude étaient interdits d’accès. Haï des religieux, il se permet d’asseoir son autorité sur le temple, leurs plates-bandes et gagne-pain, de recevoir la louange des enfants et les faveurs du peuple. Ils devaient être rouges de jalousie.

Versets 16-17

Je continue.

— Parfaitement, leur répondit Jésus. Et vous, n’avez-vous donc jamais lu cette parole : De la bouche des tout-petits et de celle des nourrissons, tu as su tirer ta louange. Puis il les laissa et quitta la ville pour se rendre à Béthanie, où il passa la nuit (Matthieu 21.16-17).

Jésus cite une partie d’un passage de l’Ancien Testament fort connu des religieux. Je le lis :

De la bouche des enfants et des cris des nouveau-nés, tu fais jaillir la louange qui confond tes adversaires, pour imposer le silence à ceux qui, chargés de haine, se rebellent contre toi (Psaumes 8.2).

Les autorités religieuses sont outrées de ce que le Seigneur accepte les louanges de ceux qui reconnaissent en lui le Messie.

Versets 18-19

Je continue le texte.

Tôt le lendemain matin, en revenant vers la ville, il eut faim. Il aperçut un figuier sur le bord de la route et s’en approcha ; mais il n’y trouva que des feuilles. Alors, il dit à l’arbre : — Tu ne porteras plus jamais de fruit ! À l’instant même, le figuier devint tout sec (Matthieu 21.18-19).

La malédiction de ce figuier n’est pas la réaction arbitraire d’un magicien colérique, mais l’annonce d’un jugement qui frappera la nation juive. Dans l’Ancien Testament, cet arbre symbolise toujours Israël. Les Juifs avaient une apparence de piété, un feuillage abondant de cérémonies rituelles et de traditions mortes ne produisant aucun fruit. Même de nos jours, le judaïsme est une religion sèche jusqu’aux racines. De tous les miracles mentionnés dans les 4 Évangiles, celui-ci est le seul, qui évoque un châtiment. Cette malédiction annonce la destruction de la nation en l’an 70 par les Romains.

Versets 20-22

Je continue.

En voyant cela, les disciples furent très étonnés et s’écrièrent : — Comment ce figuier est-il devenu sec en un instant ? — Vraiment, je vous l’assure, répondit Jésus, si vous avez la foi, si vous ne doutez pas, non seulement vous pourrez accomplir ce que j’ai fait à ce figuier, mais même si vous dites à cette colline : « Soulève-toi de là et jette-toi dans la mer », cela se fera. Si vous priez avec foi, tout ce que vous demanderez, vous l’obtiendrez (Matthieu 21.20-22).

Les disciples ne se demandent pas pourquoi Jésus a fait ce prodige, mais comment ! Leur Maître en profite pour leur rappeler le grand principe de la foi dans la prière.

Versets 23-27

Je continue.

Jésus se rendit au Temple et se mit à enseigner. Alors, les chefs des prêtres et les responsables du peuple vinrent le trouver et l’interpellèrent : — De quel droit agis-tu ainsi ? Qui t’a donné le droit de faire cela ? Jésus leur répondit : — Moi aussi, j’ai une question à vous poser, une seule. Si vous me répondez, je vous dirai à mon tour de quel droit je fais cela. De qui Jean tenait-il son mandat pour baptiser ? De Dieu ou des hommes ? Alors ils se mirent à raisonner intérieurement : — Si nous disons : « De Dieu », il va nous demander : « Pourquoi alors n’avez-vous pas cru en lui ? » Mais si nous répondons : « Des hommes », nous avons bien lieu de craindre la réaction de la foule, car tout le monde tient Jean pour un prophète. Ils répondirent donc à Jésus : — Nous ne savons pas. Et lui de leur répliquer : — Eh bien, moi non plus, je ne vous dirai pas de quel droit j’agis comme je le fais (Matthieu 21.23-27).

Les religieux reviennent à la charge. Ce qui comptait pour eux, c’était un dossier en ordre agréé par les pouvoirs en place, une autorisation de la cour suprême juive ou d’un rabbin reconnu, peu importe l’œuvre accomplie ou l’enseignement donné. Ils contestent l’autorité du Fils de Dieu pour la simple raison que la leur s’est considérablement émoussée et qu’ils se voient déjà à la retraite, ou pire encore, lynchés par la foule. Ces interactions révèlent l’autorité irréfutable et la sagesse extraordinaire que possédait Jésus dans une situation particulièrement hostile. À nouveau, les religieux se sont fait coincer. Tel est pris, qui croyait prendre.

Versets 28-32

Je continue.

— Que pensez-vous de l’histoire que voici ? ajouta Jésus. Un homme avait deux fils. Il alla trouver le premier et lui dit : « Mon fils, va aujourd’hui travailler dans notre vigne ». « Je n’en ai pas envie », lui répondit celui-ci. Mais, plus tard, il regretta d’avoir répondu ainsi et se rendit dans la vigne. Le père alla trouver le second fils et lui fit la même demande. Celui-ci lui répondit : « Oui, mon Seigneur, j’y vais ! » Mais il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté de son père ? — C’est le premier, répondirent-ils. Et Jésus ajouta : — Vraiment, je vous l’assure : les collecteurs d’impôts et les prostituées vous précéderont dans le royaume de Dieu. En effet, Jean est venu, il vous a montré ce qu’est une vie juste, et vous n’avez pas cru en lui, tandis que les collecteurs d’impôts et les prostituées ont cru en lui. Et, bien que vous ayez eu leur exemple sous vos yeux, vous n’avez pas éprouvé les regrets qui auraient pu vous amener enfin à croire en lui (Matthieu 21.28-32).

Cette parabole est une terrible insulte faite aux Pharisiens que Jésus assimile à l’homme qui dit oui, mais ignore l’ordre de son père. Le premier fils représente les parias, les prostituées et tous les pécheurs notoires. Tout d’abord, ils n’ont que faire de Dieu, mais à un moment donné ils se repentent et obéissent à la volonté du Père en venant à Jésus pour recevoir le salut.

Versets 33-39

Je continue.

— Écoutez encore une parabole : Un homme avait une propriété. Il y planta une vigne, l’entoura d’une haie, y creusa un trou pour le pressoir et y construisit une tour pour la surveiller. Après cela, il la loua à des vignerons et partit en voyage. Au moment des vendanges, il envoya ses serviteurs auprès de ces vignerons pour recevoir la part de récolte qui lui revenait. Mais les vignerons se précipitèrent sur ces serviteurs : l’un d’eux fut roué de coups, un autre fut tué, un troisième assommé à coups de pierres. Le propriétaire envoya alors d’autres serviteurs, plus nombreux que les premiers. Mais ils furent reçus de la même manière par les vignerons. Finalement, il leur envoya son propre fils en se disant : Pour mon fils, au moins, ils auront du respect ! Mais dès que les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : « Voilà l’héritier ! Venez ! Tuons-le ! Et nous récupérerons son héritage. » Ils se jetèrent donc sur lui, le traînèrent hors du vignoble et le tuèrent (Matthieu 21.33-39).

Cette parabole est un avertissement adressé aux religieux. L’homme c’est Dieu qui plante une vigne, symbole d’Israël dans l’Ancien Testament. Le fils c’est Jésus, l’héritier qui est assassiné. Il révèle la gravité de son rejet par les vignerons, la classe dirigeante. Les serviteurs sont les prophètes que Dieu envoya à son peuple au cours des siècles et dont le ministère a fini dans un bain de sang. La patience du propriétaire de la vigne est choquante au vu du comportement abominable des vignerons qui s’accaparent la vigne avec violence. C’est exactement l’attitude des Pharisiens à l’égard du peuple juif. Cette prophétie de sa propre mort a dû déconcerter les religieux. Ils entendaient de leurs oreilles le sort qu’ils avaient décidé de faire à Jésus quelques jours auparavant.

Versets 40-44

Je continue.

Quand le propriétaire de la vigne viendra, comment agira-t-il envers ces vignerons ? Ils lui répondirent : — Il fera exécuter sans pitié ces misérables, puis il confiera le soin de sa vigne à d’autres vignerons qui lui donneront sa part de récolte en temps voulu. Et Jésus ajouta : — N’avez-vous pas lu dans les Écritures : La pierre rejetée par les constructeurs est devenue la pierre principale, à l’angle de l’édifice. C’est le Seigneur qui l’a voulu ainsi et c’est un prodige à nos yeux. Voilà pourquoi je vous déclare que le royaume de Dieu vous sera enlevé et sera donné à un peuple qui en produira les fruits. Mais : Celui qui tombera sur cette pierre-là, se brisera la nuque, et si elle tombe sur quelqu’un, elle l’écrasera (Matthieu 21.40-44).

Jésus laisse à ses auditeurs le soin de finir la parabole. Magnétisés, captivés par le récit, ils répondent sans réaliser qu’ils prononcent leur propre condamnation. Le royaume de Dieu sera ôté au peuple d’Israël et donné à toutes les nations d’où sera issue l’Église universelle. Jésus est la pierre angulaire prophétisée (Psaumes 118.22) qui détruira ceux qui le rejettent.

Versets 45-46

Les religieux sont furieux comme l’atteste la fin du chapitre.

Après avoir entendu ces paraboles, les chefs des prêtres et les pharisiens comprirent que c’était eux que Jésus visait. Ils cherchaient un moyen de l’arrêter, mais ils avaient peur des réactions de la foule, car tous considéraient Jésus comme un prophète (Matthieu 21.45-46).

Chapitre 22

Versets 1-6

Le chapitre 22 débute par une nouvelle parabole de jugement adressée aux religieux venus l’interroger. Je commence à lire.

Jésus leur parla de nouveau au moyen de paraboles. Il leur dit : — Il en est du royaume des cieux comme d’un roi qui célèbre les noces de son fils. Il envoie ses serviteurs convier les invités aux noces. Mais ceux-ci refusent de venir. Alors il envoie d’autres serviteurs pour insister de sa part auprès des invités : « Portez-leur ce message : J’ai préparé mon banquet, j’ai fait tuer mes jeunes taureaux et mes plus belles bêtes, et tout est prêt. Venez donc aux noces. » Mais les invités restent indifférents, et s’en vont, l’un à son champ, l’autre à ses affaires. Les autres s’emparent des serviteurs, les maltraitent et les tuent (Matthieu 22.1-6).

Le roi c’est Dieu et les serviteurs sont les prophètes. Le refus des invités est insultant. Les noces étaient des occasions importantes de la vie sociale et on avait l’obligation morale de participer. Les Juifs considéraient la Loi de Dieu comme secondaire par rapport à leur tradition. De nos jours, la plupart de nos contemporains estiment les réalités spirituelles comme insignifiantes, genre : Qu’est-ce que tu veux que j’aille faire à l’église ? Ils sont indifférents aux choses de Dieu, mais très centrés sur leur petite personne et les préoccupations du moment pourtant si dérisoires au regard de l’éternité.

Versets 7-10

Je continue.

Alors le roi se met en colère. Il envoie ses troupes exterminer ces assassins et mettre le feu à leur ville. Ensuite, il dit à ses serviteurs : « Le repas de noces est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux carrefours des chemins et invitez au festin tous ceux que vous trouverez. » Alors les serviteurs s’en vont par les routes et rassemblent tous ceux qu’ils rencontrent, méchants et bons, de sorte que la salle des noces se remplit de monde (Matthieu 22.7-10).

Jésus prophétise à nouveau la destruction de Jérusalem puis annonce que l’invitation au salut n’est plus réservée aux Juifs seuls, mais que tous sont conviés au festin céleste. La grande question est donc celle-ci : Y participerez-vous ?