Chapitre 19

Introduction

Notre époque a beaucoup de mal à définir sagesse et intelligence. Aux dires de la petite histoire, avant de prendre une décision, Molière consultait sa servante, le bon sens des gens simples. Dans le même ordre d’idée, Rabelais a écrit qu’une tête bien faite vaut mieux qu’une tête bien pleine. La sagesse est plus importante que la connaissance. Selon l’Écriture, c’est celui qui se pose les grandes questions de la vie qui a du bon sens. Or, la grande et, pourrait-on dire la seule interrogation, qui compte est : Comment accéder à la vie éternelle ?

Versets 16-17

Je continue à lire dans le chapitre 19 de Matthieu.

Alors un jeune homme s’approcha de Jésus et lui dit : Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? — Pourquoi m’interroges-tu sur ce qui est bon ? lui répondit Jésus. Un seul est bon. Si tu veux entrer dans la vie, applique les commandements (Matthieu 19.16-17).

Selon un passage parallèle, dans son zèle, ce jeune homme s’est jeté aux pieds de Jésus. Il voit en Lui un Maître et prophète qui est bon et dispense des commandements à pratiquer pour obtenir la vie éternelle. Jésus ne donnait presque jamais d’explications bien enveloppées à ceux qui l’interrogeaient, mais cherchait à leur faire découvrir par eux-mêmes la réponse à leurs questions. Il conduit donc cet homme au bout de sa fausse logique. Premièrement, Il lui dit que Dieu seul est bon ce qui oblige cet homme à décider si Jésus est bien le Messie qui devait venir ou seulement un prophète. Ensuite, il lui rappelle les exigences implacables de la Loi.

Versets 18-20

Je continue.

— Lesquels ? demanda l’autre. — Eh bien, répondit Jésus, tu ne commettras pas de meurtre ; tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne voleras pas ; tu ne porteras pas de faux témoignage ; honore ton père et ta mère, et tu aimeras ton prochain comme toi-même (Matthieu 19.18-20).

Cet homme s’imaginait que suivre certaines ordonnances de la Loi le rendrait acceptable devant Dieu. Il est grandement dans l’erreur et un texte du Nouveau Testament précise :

Celui qui désobéit à un seul commandement de la Loi, même s’il obéit à tous les autres, se rend coupable à l’égard de toute la Loi (Galates 2.10).

Jésus aurait pu lui dire qu’il n’était pas capable de mettre en pratique les 613 commandements de Moïse continuellement et sans jamais les contrevenir. Mais il choisit une autre méthode plus efficace pour l’amener à reconnaître sa faillite devant les exigences divines.

Verset 20

Je continue.

— Tout cela, lui dit le jeune homme, je l’ai appliqué. Que me manque-t-il encore ? (Matthieu 19.20).

Ce brave homme sincère et vertueux est aveugle sur sa condition spirituelle. Il manifeste son ignorance sur la vraie nature de Dieu et surtout sa Sainteté. Jésus est très patient voulant l’instruire avec douceur.

Versets 21-22

Je continue.

Jésus lui répondit : — Si tu veux être parfait, va vendre tes biens, distribue le produit de la vente aux pauvres, et tu auras un capital dans le ciel. Puis viens et suis-moi. Quand il entendit cela, le jeune homme s’en alla tout triste, car il était très riche (Matthieu 19.21-22).

Très adroitement, Jésus met le doigt sur l’idole cachée de ce jeune homme. Il aime l’argent. Le Seigneur lui avait préalablement cité des commandements qui concernent la relation avec son prochain. Maintenant, il lui dit : « Si tu veux être juste devant Dieu et puisque tu respectes tant tes compatriotes, fais le pas qui te manque : donne tes sous à ceux qui sont dans le besoin et deviens mon disciple ». Viens et suis-moi est la réponse à la question : que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? Il faut accepter Jésus tel qu’il est révélé dans les Écritures : Dieu fait homme et sauveur. Le suivre est la preuve extérieure de cette décision intérieure. C’est ce que ne pouvait pas faire ce jeune homme, démontrant par là que, sous des apparences pieuses, il rejetait le message du Christ.

Versets 23-24

Je continue le texte.

Alors Jésus dit à ses disciples : — Vraiment, je vous l’assure : il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. Oui, j’insiste : il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu (Matthieu 19.23-24).

La séduction des richesses fait partie des épines qui étouffent la Bonne Nouvelle en Jésus. Il est difficile à un riche de se confier en Dieu, car à cause de son argent il pense ne pas avoir besoin de lui, il a beaucoup à perdre et est enorgueilli par les avantages que lui procurent ses possessions. C’est d’ailleurs une lapalissade que les gens aisés comme ceux qui disposent d’un pouvoir sur les autres se croient tout permis. On a vu cela avec le roi Hérode, mais plus récemment avec le président américain Bill Clinton. Comme maître de la Maison Blanche, il s’est octroyé le droit de cuissage auprès des minettes qui travaillaient pour lui.

Versets 25-26

Je continue.

En entendant cela, les disciples furent très étonnés et demandèrent : — Mais alors, qui donc peut être sauvé ? Jésus les regarda et leur dit : — Cela est impossible aux hommes ; mais à Dieu, tout est possible (Matthieu 19.25-26).

Dure la leçon ! Les Juifs de l’époque considéraient la richesse comme preuve de la bénédiction divine. Mais Jésus affirme qu’il est impossible d’obtenir la vie éternelle par ses propres moyens. Dieu seul a le pouvoir de fléchir l’âme d’un homme qu’il soit riche ou pauvre, au point où il s’humilie devant le Christ, l’accepte, vide son cœur de ses idoles et le suive.

Verset 27

Je continue.

Alors Pierre prit la parole et lui dit : — Et nous ? Nous avons tout quitté pour te suivre : qu’en sera-t-il de nous ? (Matthieu 19.27).

La discussion a remué les tripes des disciples. Contrairement au jeune homme riche, ils avaient tout abandonné — famille, sécurité, réputation, religion — et suivi le Christ par monts et par vaux.

Verset 28

Je continue.

Jésus leur dit : — Vraiment, je vous l’assure : quand naîtra le monde nouveau et que le Fils de l’homme aura pris place sur son trône glorieux, vous qui m’avez suivi, vous siégerez, vous aussi, sur douze trônes pour gouverner les douze tribus d’Israël (Matthieu 19.28).

Le monde nouveau est le royaume du Messie sur la terre. Quand il reviendra pour régner, les apôtres ressuscités gouverneront Israël. Mais sur les 12, Judas ne le suivait pas vraiment. Il était de la partie uniquement pour son compte personnel. Après sa mort, il sera remplacé.

Verset 29

Je continue.

Tous ceux qui auront quitté, à cause de moi, leurs maisons, leurs frères ou leurs sœurs, leur père ou leur mère, leurs enfants ou leur terre, recevront cent fois plus et auront part à la vie éternelle (Matthieu 19.29).

Le Seigneur n’encourage pas la démission familiale ou sociale, bien au contraire. Tout l’enseignement de Jésus et du Nouveau Testament met l’accent sur la responsabilité de chacun envers sa famille. Mais si suivre le Christ implique des changements qui incommodent ou même déplaisent à ses proches, Jésus dit qu’en cas de conflit d’allégeance, le choix doit toujours se faire en sa faveur.

Verset 30

Je continue.

Mais beaucoup de ceux qui sont maintenant les premiers seront parmi les derniers, et beaucoup de ceux qui sont maintenant les derniers seront parmi les premiers (Matthieu 19.30).

Avec ses paroles, Jésus introduit la parabole du chapitre 20.

Chapitre 20

Versets 1-2

Je commence à la lire :

— Voici, en effet, à quoi ressemble le royaume des cieux : un propriétaire sort le matin de bonne heure afin d’embaucher des ouvriers pour travailler dans son vignoble. Il convient avec eux de leur donner comme salaire une pièce d’argent pour la journée, puis il les envoie dans sa vigne (Matthieu 20.1-2).

C’est la période des récoltes : le vignoble, c’est le monde et les ouvriers sont les personnes qui s’impliquent dans le royaume, annonçant la bonne nouvelle ou exerçant un ministère quelconque au sein de la chrétienté. Les pièces d’argent représentent le salaire payé en monnaie, en nature ou encore l’admiration, le respect, la gloire et ces choses-là. Les premiers ouvriers eurent un contrat oral en bonne et due forme.

Versets 3-7

Je continue.

Vers neuf heures du matin, il sort de nouveau et en aperçoit d’autres qui se tiennent sur la place du marché sans rien faire. Il leur dit : « Vous aussi, allez travailler dans ma vigne et je vous paierai correctement ». Ils y vont. Il sort encore vers midi puis vers trois heures de l’après-midi et chaque fois il agit de la même manière. Enfin, étant ressorti à cinq heures du soir, il en trouve encore d’autres sur la place. Il leur dit : « Pourquoi restez-vous ainsi toute la journée à ne rien faire ? » « C’est que personne ne nous a embauchés. » « Eh bien, vous aussi, allez travailler dans ma vigne ! » (Matthieu 20.3-7).

Le deuxième groupe du matin n’a pas de contrat, mais une promesse. Contents de trouver du travail, ils placent leur confiance dans les paroles du Maître et vont à sa vigne. Le même scénario se reproduit pour tous ces journaliers. Aux derniers, la seule chose qui est promise est du travail ; aucun salaire n’est mentionné. Il faut aussi noter qu’ils n’étaient pas inactifs pour cause de paresse, mais parce que l’occasion leur manquait.

Versets 8-16

Je continue.

Le soir, le propriétaire du vignoble dit à son administrateur : « Fais venir les ouvriers et donne-leur la paye. Tu commenceras par ceux qui ont été engagés les derniers, pour finir par les premiers. » Les ouvriers embauchés à cinq heures du soir se présentent d’abord et touchent chacun une pièce d’argent. Puis vient le tour des premiers engagés : ils s’attendent à recevoir davantage, mais eux aussi touchent chacun une pièce d’argent. Lorsqu’ils la reçoivent, ils manifestent leur mécontentement à l’égard du propriétaire : « Ceux-là sont arrivés les derniers, disent-ils, ils n’ont travaillé qu’une heure, et tu leur as donné autant qu’à nous qui avons travaillé dur toute la journée sous la forte chaleur. » Mais le maître répond à l’un d’eux : « Mon ami, dit-il, je ne te fais pas le moindre tort. Une pièce d’argent : n’est-ce pas le salaire sur lequel nous étions d’accord ? Prends donc ce qui te revient et rentre chez toi. Si cela me fait plaisir de donner au dernier arrivé autant qu’à toi, cela me regarde. Ne puis-je pas disposer de mon argent comme je le veux ? Ou bien, m’en veux-tu parce que je suis bon ? » Voilà comment les derniers seront les premiers et comment les premiers seront les derniers (Matthieu 20.8-16).

Ce récit est riche d’enseignements. Le Seigneur déclare qu’il est libre de faire de ses biens ce qu’il veut sans qu’on puisse y redire. Il est parfaitement juste, car il n’y a pas rupture de contrat. Il a le droit de donner la même somme aux derniers et aux premiers. Les ouvriers qui contestent s’élèvent contre une marque de générosité et non pas une injustice. Ils sont animés d’un esprit mercenaire jaloux tout à fait inconvenant pour quelqu’un qui se dit au service du Seigneur. Le Maître s’est montré large, car il sait que pour vivre, tous ont besoin de la même somme d’argent.

Cette parabole du vigneron et des ouvriers avait pour but d’enseigner que beaucoup de ceux qui sont maintenant les premiers seront les derniers et inversement. Elle s’adresse aux disciples et à la foule, mais surtout aux pharisiens ainsi qu’au jeune homme riche. La grâce ne fonctionne pas selon les systèmes de calcul humains. Elle échappe à la loi des marchés, au principe de l’offre et de la demande. Elle est difficile à accepter et quelques fois méprisée par ceux qui pensent qu’on leur doit quelque chose. Les possibilités de chacun varient énormément.

C’est pourquoi les récompenses que Dieu accordera à ses serviteurs ne seront pas proportionnelles à leur statut ou à la quantité de temps et d’énergie passée à Son service. Si j’ai la santé et que je peux travailler 15 heures par jour, je le dois à mon Créateur qui m’a donné cette capacité. La base de rémunération est la fidélité du serviteur dans la tâche qui lui est confiée, quelle qu’elle soit. Jean-Baptiste a eu un ministère très bref et une vie brusquement écourtée, et pourtant personne n’a jamais reçu autant d’éloges du Christ que lui.

Versets 17-19

Je continue le texte.

Alors qu’il montait à Jérusalem, Jésus prit les Douze à part et leur dit, en cours de route : — Voici, nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme y sera livré aux chefs des prêtres et aux spécialistes de la Loi. Ils le condamneront à mort, et le remettront entre les mains des païens pour qu’ils se moquent de lui, le battent à coups de fouet et le clouent sur une croix. Puis, le troisième jour, il ressuscitera (Matthieu 20.17-19).

Voilà une annonce que les disciples auraient préféré ne pas entendre. Même si cette révélation n’est pas nouvelle, c’est un nouveau coup de massue. C’est la quatrième fois que Jésus dit ce qui va lui arriver en donnant davantage de détails afin de préparer ses amis aux événements troublants qui les attendent. Pour la première fois, il parle du rôle des Romains et la manière dont il sera mis à mort, comme un vulgaire criminel. Les disciples ne comprenaient pas pourquoi leur Maître montait à Jérusalem dans l’intention délibérée d’y subir le supplice tel un agneau qu’on mène à la boucherie. Mais lui y va de manière résolue, car il sait qu’il doit donner sa vie en rançon pour l’humanité.

Versets 20-23

Je continue.

Alors, la femme de Zébédée la mère de Jacques et de Jean, s’approcha de Jésus avec ses fils. Elle se prosterna devant lui pour demander une faveur. — Que désires-tu ? lui demanda-t-il. Elle lui répondit : — Voici mes deux fils. Promets-moi de faire siéger l’un à ta droite, l’autre à ta gauche, dans ton royaume. Jésus leur répondit : — Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? — Oui, lui répondirent-ils, nous le pouvons. Alors Jésus reprit : — Vous boirez, en effet, ma coupe, mais quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de vous l’accorder. Ces places reviendront à ceux pour qui mon Père les a préparées (Matthieu 20.20-23).

D’après les textes parallèles, tous trois avaient comploté cette requête. C’est sûr que ce n’est pas l’humilité qui les étouffait, mais avant de leur jeter la pierre, il faut reconnaître qu’ils avaient vraiment foi aux paroles du Christ et qu’ils croyaient au royaume à venir. Ces deux frères n’ont pas eu leur demande exaucée, mais par contre ils durent boire une coupe d’afflictions. Jacques sera exécuté et Jean exilé.

Versets 24-28

Je continue.

En entendant cela, les dix autres s’indignèrent contre les deux frères. Alors Jésus les appela tous auprès de lui et dit : — Vous savez ce qui se passe dans les nations : les chefs politiques dominent sur leurs peuples et les grands personnages font peser sur eux leur autorité. Qu’il n’en soit pas ainsi parmi vous. Au contraire : si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur, si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave. Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour se faire servir, mais pour servir lui-même et donner sa vie en rançon pour beaucoup (Matthieu 20.24-28).

La perspective de Jésus sur le service et la grandeur est diagonalement opposée à ce qui est couramment pratiqué partout. Que ce soit dans le monde politique, celui des affaires ou même ecclésiastique, dans les relations sociales et familiales, c’est la soif du pouvoir, l’orgueil de la vie qui règne en maître. Si l’entrée dans le royaume de Dieu est gratuite, ma position dans celui-ci dépendra de mon humble fidélité à servir le Christ. Il est l’exemple suprême, car bien que glorieux de son état, il a tout laissé dans le ciel pour revêtir la condition humble d’un serviteur obéissant jusqu’à la mort sacrificielle de la croix.

Versets 29-34

Je finis ce chapitre.

Lorsqu’ils sortirent de Jéricho, une grande foule suivit Jésus. Deux aveugles étaient assis au bord du chemin. Quand ils entendirent que Jésus passait par là, ils se mirent à crier : — Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous ! La foule les rabroua pour les faire taire, mais ils se mirent à crier de plus belle : — Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous ! Jésus s’arrêta, les appela et leur demanda : — Que voulez-vous que je fasse pour vous ? Seigneur répondirent-ils, que nos yeux s’ouvrent ! Pris de pitié pour eux, Jésus leur toucha les yeux. Aussitôt, ils recouvrèrent la vue et le suivirent (Matthieu 20.29-34).

Les aveugles vivaient de mendicité. Ceux-là attendaient le passage des nombreux pèlerins qui se rendaient à Jérusalem pour la fête. Ils reconnaissent en Jésus le Messie puisqu’ils l’appellent : Fils de David. En tant que Juifs, ils ont le droit de s’adresser à Lui par ce titre. Selon un passage parallèle, ils ont fait un tapage monstre au point où la foule voulait les faire taire. Mais l’un d’eux, nommé Bartimée, a crié de plus belle, faisant désespérément appel à la bonté du Christ jusqu’à obtenir son attention. Comme Jésus n’opère pas en secret, il a voulu que ces aveugles fassent leur demande devant tout le peuple. Puis comme pour les lépreux, Il les a guéris par compassion en les touchant.

À partir de maintenant, Jésus ne cherche plus à taire les miracles et cacher son identité comme auparavant. Au contraire, car l’heure est venue pour Lui de se manifester à tous comme le Messie avant sa crucifixion. Il est à la fois le roi de gloire et l’homme de douleur. C’est pour cela qu’il est le sauveur parfait dont nous avions besoin.