Chapitre 15

Introduction

Un grand laboratoire pharmaceutique dont je ne citerais pas le nom a fait dans certains pays un grand tapage publicitaire, proclamant haut et fort que leur objectif principal est le bien-être de leurs patients. En réalité, ils soudoient les politiciens qui leur permettent de faire un maximum de fric sur le dos des malades qu’ils labourent à la herse. Si on regarde ce qui se passe autour de soi et dans le monde, on est obligé de constater qu’il est de la nature de l’homme de tromper son prochain souvent au moyen d’une hypocrisie pernicieuse. Cela est vrai dans tous les domaines de la vie y compris en religion.

Versets 3-6

Je continue à lire dans le chapitre 15 de Matthieu.

— Et vous pharisiens, répliqua Jésus, pourquoi désobéissez-vous à l’ordre de Dieu lui-même pour suivre votre tradition ? En effet, Dieu a dit : Honore ton père et ta mère et Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. Mais vous, qu’enseignez-vous ? Qu’il suffit de dire à son père ou à sa mère : « Je fais offrande à Dieu d’une part de mes biens avec laquelle j’aurais pu t’assister », pour ne plus rien devoir à son père ou à sa mère. Ainsi vous annulez la Parole de Dieu et vous la remplacez par votre tradition (Matthieu 15.3-6).

Ce conflit avec les religieux n’est qu’un épisode dans la lutte perpétuelle que mène la religion d’origine humaine, n’importe laquelle, contre la révélation divine. Jésus fait ici état d’une pratique courante. Cette façon pieuse de contourner la Loi consistait à déclarer que la somme d’argent, qu’on aurait dû donner à un parent nécessiteux, était consacrée à Dieu. Et le tour était joué, pas de chance pour les vieux.

Versets 7-9

Je continue.

Hypocrites ! Ésaïe vous a fort bien dépeints dans sa prophétie : Ce peuple m’honore du bout des lèvres, mais au fond du cœur, il est bien loin de moi ! Le culte qu’il me rend n’a aucune valeur, car les enseignements qu’il donne ne sont que des règles inventées par les hommes (Matthieu 15.7-9).

Cette accusation est cinglante. Le mot hypocrite veut dire : acteur, celui qui assume un rôle en se dissimulant derrière un masque. Jésus accuse les religieux de jouer la comédie comme dans une pièce de théâtre et de pratiquer une adoration de façade qui cache un cœur rebelle. En lisant le texte, on croirait entendre les pharisiens et scribes grincer des dents de furie.

Versets 10-11

Je continue.

Alors Jésus appela la foule et lui dit : — Écoutez-moi et comprenez-moi bien : Ce qui rend un homme impur, ce n’est pas ce qui entre dans sa bouche, mais ce qui en sort (Matthieu 15.10-11).

Jésus utilise une formule solennelle pour indiquer l’importance du grand principe de vie qu’il va énoncer. La souillure morale qui rend l’homme coupable devant Dieu provient du cœur et non pas du non-respect de rites extérieurs. Aller à la messe, à la synagogue, au culte, à la Mosquée, se faire baptiser, respecter des règles religieuses, tout cela peut être bénéfique à la personne humaine, mais en soi n’a aucune incidence sur la condition spirituelle du pratiquant. Ce n’est pas ainsi que je peux purifier mon âme et parvenir à la justice devant mon Créateur.

Versets 12-14

Je continue.

Alors les disciples s’approchèrent de lui pour lui faire remarquer : — Sais-tu que les pharisiens ont été très choqués par tes paroles ? Il leur répondit : — Toute plante que mon Père céleste n’a pas lui-même plantée sera arrachée. Laissez-les : ce sont des aveugles qui conduisent d’autres aveugles ! Or, si un aveugle en conduit un autre, ils tomberont tous deux dans le fossé (Matthieu 15.12-14).

Cette plante est comme l’ivraie de la parabole qui fut semée par le diable. À cette époque, tous les Juifs respectaient les pharisiens ce qui fait que les disciples ont des sueurs froides en entendant les propos de leur Maître. Ils sont inquiets de la tournure des événements et certainement surpris par le Seigneur, qui fait ici preuve d’une ironie mordante en accusant les chefs religieux d’aveuglement spirituel. Jésus leur explique que le compromis entre vérité et mensonge est impossible.

Versets 15-20

Je continue.

Pierre intervint en disant : — Explique-nous la comparaison de tout à l’heure. — Eh quoi ! répondit Jésus, vous aussi, vous ne comprenez pas ? Ne saisissez-vous pas que tout ce qui entre par la bouche va dans le ventre, puis est évacué par voie naturelle ? Mais ce qui sort de la bouche vient du cœur, et c’est cela qui rend l’homme impur. Car, c’est du cœur que proviennent les mauvaises pensées qui mènent au meurtre, à l’adultère, à l’immoralité, au vol, aux faux témoignages, aux blasphèmes. Voilà ce qui rend l’homme impur. Mais manger sans s’être lavé les mains ne rend pas l’homme impur (Matthieu 15.15-20).

Dans les Écritures, le cœur représente la personnalité. Les prophètes de l’Ancien Testament appelaient à la circoncision du cœur et annonçaient que Dieu donnerait à l’homme un cœur nouveau avec le désir intérieur de Lui obéir. Nous vivons aujourd’hui une époque de nouvelle moralité qui fait penser aux paroles du prophète Ésaïe que je cite :

Malheur à vous qui nommez le mal bien et le bien mal, vous qui changez la lumière en ténèbres, les ténèbres en lumière, Malheur à vous qui, pour un pot-de-vin, acquittez le coupable et qui privez le juste du droit qui lui est dû (Ésaïe 5.20-23).

La nouvelle moralité n’est qu’un dépoussiérage de la vieille débauche et des corruptions habituelles. Nous vivons sous un régime de loi, mais pas de droit équitable ni d’ordre moral. C’est le pouvoir de l’argent qui décide ce qui est juste. Sous prétexte de liberté d’expression, le sexe est à l’ordre du jour à la radio, la télé, la publicité, les journaux et magazines, tout le temps, sans arrêt, partout. Cette pollution morale est un poison de l’âme. L’animal humain plus que les autres a besoin d’être mis en cage et maîtrisé. Mais c’est son cœur qui est le siège du mal et donc le vrai problème. Il est tortueux par-dessus tout et méchant comme l’écrit un prophète (Jérémie 17.9).

Versets 21-22

Je continue le texte.

En quittant cet endroit, Jésus se rendit dans la région de Tyr et de Sidon. Et voilà qu’une femme cananéenne, qui habitait là, vint vers lui et se mit à crier : — Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi ! Ma fille est sous l’emprise d’un démon qui la tourmente cruellement (Matthieu 15.21-22).

C’est la première fois que Jésus quitte le territoire d’Israël où il était venu se présenter comme le Roi de droit. Quand il envoya ses disciples en mission, il leur avait dit de se cantonner aux Juifs. Maintenant que la rupture avec le pouvoir religieux est complète, Jésus se rend dans une contrée païenne. Précédemment, Il avait placé les villes phéniciennes de Tyr et Sidon dans la même catégorie que Sodome. Cette femme cananéenne avait évidemment entendu parler des miracles du Seigneur. Elle prend son courage à deux mains et vient bruyamment implorer son aide en tant que Messie.

Versets 23-24

Je continue.

Mais Jésus ne lui répondit pas un mot. Ses disciples s’approchèrent de lui et lui dirent : — Renvoie-la, car elle ne cesse de nous suivre en criant. Ce à quoi il répondit : — Ma mission se limite aux brebis perdues du peuple d’Israël (Matthieu 15.23-24).

Les disciples trouvent que cette païenne fait désordre et curieusement Jésus semble insensible. En fait, Il veut amener cette femme à mieux comprendre et exprimer sa vraie place devant Lui. Elle n’avait aucun droit vis-à-vis de Jésus en tant que Fils de David. Ce titre est exclusivement réservé aux Israélites et c’est ce qu’Il lui dit.

Versets 25-26

Je continue :

Mais la femme vint se prosterner devant lui en disant : Seigneur, viens à mon secours ! Il lui répondit : — Il ne serait pas juste de prendre le pain des enfants de la maison pour le jeter aux petits chiens (Matthieu 15.25-26).

La femme comprend vite et invoque maintenant le Christ comme Seigneur du ciel et de la terre, le Créateur de tous. Dans le monde grec de l’époque, les enfants riches possédaient souvent des petits chiens domestiqués. L’image de Jésus rappelle l’ordre dans lequel la nourriture est donnée : les enfants d’abord, Israël, puis les petits chiens, les païens. Le Seigneur met à l’épreuve la foi de cette femme. Il désire l’amener à comprendre la priorité d’Israël et affermir sa foi naissante. Il ne veut pas qu’elle s’arrête à la guérison de sa fille, mais continue dans son cheminement spirituel, car le Christ est aussi venu pour être le sauveur du monde.

Verset 27

Je continue :

— C’est vrai, Seigneur, reprit-elle, et pourtant les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres (Matthieu 15.27).

Déterminée et vive d’esprit, cette femme a une compréhension spirituelle remarquable.

Verset 28

Je continue.

Alors Jésus dit : — Ô femme, ta foi est grande ! Qu’il en soit donc comme tu le veux ! Et sur l’heure, sa fille fut guérie (Matthieu 15.28).

Cette histoire montre que si je suis prêt à prendre une place humble devant le Seigneur et à m’attendre à lui avec persévérance, il m’écoutera et répondra à ma prière. Auparavant, Jésus avait invité les individus en disant :

Venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids d’un lourd fardeau, et je vous donnerai du repos (Matthieu 11.28).

C’est exactement ce qu’a fait cette femme.

Versets 29-31

Je continue le texte.

Jésus partit de cette région et retourna au bord du lac de Galilée. Il monta sur une colline où il s’assit. Des foules nombreuses vinrent auprès de lui et, avec elles, des paralysés, des aveugles, des sourds-muets, des estropiés et beaucoup d’autres malades. On les amena aux pieds de Jésus, et il les guérit. La foule s’émerveillait de voir les sourds-muets parler, les estropiés reprendre l’usage de leurs membres, les paralysés marcher, les aveugles retrouver la vue, et tous se mirent à chanter la gloire du Dieu d’Israël (Matthieu 15.29-31).

Jésus quitte la nation païenne. Il semblerait qu’il y était allé essentiellement pour rencontrer la femme cananéenne. Il descend maintenant dans le sud et selon un texte parallèle, va à l’est de la mer de Galilée, une autre région à majorité non-juive. Son ministère s’adresse maintenant à tout le monde. Comme de coutume, il guérit tous ceux qui sont affligés par quelque maladie et les habitants rendent gloire au Dieu d’Israël, une manière de dire qu’Il n’était pas le leur.

Versets 32-33

Je continue.

Jésus appela ses disciples et leur dit : — J’ai pitié de cette foule. Voilà déjà trois jours qu’ils sont restés là, avec moi, et ils n’ont rien à manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur que les forces ne leur manquent sur le chemin du retour. Ses disciples lui dirent : — Où pourrions-nous trouver, dans ce lieu désert, assez de pains pour nourrir une telle foule ? (Matthieu 15.32-33).

Jésus montre la même compassion envers les Juifs et les païens. Les disciples, chauvins jusqu’au bout des ongles, sont interloqués, car ils ne s’attendaient pas à ce que leur Maître reproduise ici le miracle de la multiplication des pains. Ils reconnaissent que le problème les dépasse et se tournent donc vers Lui pour qu’Il fasse quelque chose. Les disciples sont en train d’apprendre : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, et leur professeur n’arrête pas de les prendre au dépourvu.

Versets 34-39

Je continue.

— Combien de pains avez-vous ? — Sept, répondirent-ils, et quelques petits poissons. Alors il invita tout le monde à s’asseoir par terre. Il prit ensuite les sept pains et les poissons et, après avoir remercié Dieu, il les partagea et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule. Tous mangèrent à satiété. On ramassa sept corbeilles pleines des morceaux qui restaient. Ceux qui furent ainsi nourris étaient au nombre de quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. Après avoir congédié la foule, Jésus monta dans une barque et se rendit dans la région de Magadan (Matthieu 15.34-39).

Comme précédemment, Jésus a nourri beaucoup de gens. La première fois, il restait 12 paniers. Dans les Écritures, ce nombre est associé au peuple juif. Ici, il reste sept corbeilles. Ce chiffre symbolise la plénitude. C’est une façon de dire que Dieu est prêt à satisfaire tous nos besoins.

Chapitre 16

Versets 1-4

Nous arrivons au chapitre 16 de Matthieu où trois groupes de gens — les religieux, la foule et les disciples — vont donner leur point de vue sur le Christ. Mais tout d’abord a lieu une nouvelle croisée de fers. Je commence à lire.

Quelques pharisiens et sadducéens abordèrent Jésus pour lui tendre un piège. Ils lui demandèrent de leur montrer un signe miraculeux venant du ciel. Il leur répondit : — Au crépuscule, vous dites bien : « Demain, il fera beau, car le ciel est rouge ». Ou bien, à l’aurore : « Aujourd’hui, on aura de l’orage, car le ciel est rouge sombre ». Ainsi, vous savez reconnaître ce qu’indique l’aspect du ciel ; mais vous êtes incapables de reconnaître les signes de notre temps. Ces gens de notre temps qui sont mauvais et infidèles à Dieu réclament un signe miraculeux ! Un signe¼ il ne leur en sera pas accordé d’autre que celui de Jonas. Là-dessus, il les quitta et partit de là (Matthieu 16.1-4).

On croit entendre un écho. Les religieux avaient déjà fait cette demande et Jésus avait déjà répondu de la même manière. Comme Jonas fut dans le ventre du monstre marin, le Christ sera dans les antres de la terre pendant 3 jours. Il est significatif que les Pharisiens et les Sadducéens, qui avaient des points de vue religieux opposés, sont tout à coup alliés, lorsqu’il s’agit de lutter contre le Christ ; leur fond de vipères les unit. Comme le diable dans le désert, ils incitent Jésus à utiliser sa puissance pour prouver qui Il est. Mais il leur tourne littéralement le dos et les quitte pour de bon.

Versets 5-12

Je continue.

En passant de l’autre côté du lac, les disciples avaient oublié d’emporter du pain. Jésus leur dit : — Faites bien attention : gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens. Les disciples discutaient entre eux : Il dit cela parce que nous n’avons pas pris de pain ! Jésus, sachant ce qui se passait, leur dit : — Pourquoi discutez-vous entre vous parce que vous n’avez pas de pain ? Ah, votre foi est encore bien petite ! Vous n’avez donc pas encore compris ? Ne vous souvenez-vous pas des cinq pains distribués aux cinq mille hommes et combien de paniers vous avez remplis avec les restes ? Et des sept pains distribués aux quatre mille hommes et du nombre de corbeilles que vous avez emportées ? Comment se fait-il que vous ne compreniez pas que ce n’est pas de pain quand je vous disais : Gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens ! Alors ils comprirent qu’il leur avait dit de se garder, non pas du levain que l’on met dans le pain, mais de l’enseignement des pharisiens et des sadducéens (Matthieu 16.5-12).

Jésus considère les croyances des Pharisiens et des Sadducéens dangereuses. Les premiers étaient légalistes jusqu’au bout des ongles, tandis que les seconds ne croyaient pas au surnaturel. Mais très terre à terre et préoccupés par leur oubli des sandwiches pour la route, les disciples ne comprennent rien. Ils ont autant de discernement spirituel qu’une couleuvre.

Verset 13

Je continue.

Jésus se rendit dans la région de Césarée de Philippe. Il interrogea ses disciples : — Que disent les gens au sujet du Fils de l’homme ? Qui est-il d’après eux ? (Matthieu 16.13).

Jésus remonte tout au nord de la Palestine avant d’entreprendre son dernier voyage qui le conduira à Jérusalem pour y être crucifié. Mais avant cela, il veut s’assurer que les disciples savent ce qui va lui arriver et surtout qu’ils croient en lui, car après son départ, leur route sera particulièrement rude. La bonne réponse à cette question était essentielle pour eux, mais aussi pour vous et moi.

Versets 14-15

Je continue.

Ils répondirent : — Pour les uns, c’est Jean-Baptiste ; pour d’autres Élie ; pour d’autres encore : Jérémie ou un autre prophète. — Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? (Matthieu 16.14-15).

Les avis partagés de cette époque coïncident à ceux d’aujourd’hui. Pour les uns, le Christ est un grand homme ; pour les autres, c’est un envoyé de Dieu. Ces opinions élogieuses sont très incomplètes. Par ses œuvres et son enseignement, Jésus correspondait à un prophète surpuissant. Il ne rejette pas ce titre, mais Il est beaucoup plus. De toute façon, ce que les gens pensaient n’est pas très important, car ce sont des girouettes. Un jour, ils vont crier Hosanna au Fils de David ! et la semaine suivante, Crucifie-le ! Par contre ce qui compte pour le Seigneur, c’est que ses disciples soient convaincus qu’il est le Messie.

Verset 16

Je continue.

Simon Pierre lui répondit : — Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant (Matthieu 16.16).

De tempérament vif et porte-parole des 12, Pierre répond. Ce qu’il dit n’est pas tout à fait une nouvelle. Les disciples avaient reconnu en Jésus le Fils de Dieu lorsqu’il avait calmé la tempête sur la mer de Galilée. Néanmoins, alors que les officiels d’Israël rejettent le Christ, les 12 montrent qu’eux au moins ont compris que Jésus est le Messie qui devait venir. Vous et moi disposons de suffisamment de preuves pour parvenir à la même conclusion.