Introduction

Peu d’entre nous allons figurer dans un livre d’histoire qui sera rédigé dans l’avenir. Cependant il existe un moyen simple d’avoir un impact dans le monde et sur sa génération, et qui a immensément plus de valeur que d’avoir un encart ou même plusieurs pages dans une encyclopédie. C’est le cas du chef-juge Gédéon qui, il est vrai, figure aussi dans certains livres d’histoire. Rien ne le destinait pourtant à figurer parmi les héros de la foi (Hébreux 11.32) car il était somme toute un personnage très banal, mais qui devint extraordinaire grâce à sa consécration à l’Éternel. S’il ne lui avait pas obéi, personne n’aurait jamais entendu parler de lui et il aurait disparu dans les oubliettes de l’histoire sans laisser de trace ; tandis qu’aujourd’hui il est l’un des personnages les plus intéressants de l’Ancien Testament. Et pourtant, ce n’était pas un homme imbu d’un courage ou d’une foi à déplacer les montagnes, au contraire, il était du genre craintif, un peu comme moi. Alors vu que je me trouve très ordinaire, son histoire m’encourage.

Versets 1-2

Je commence à lire le chapitre 6 du livre des Juges.

Les Israélites firent de nouveau ce que l’Éternel considère comme mal, de sorte que l’Éternel les livra au pouvoir des Madianites pendant sept ans. L’oppression des Madianites fut si dure que les Israélites s’aménagèrent des abris dans les cavernes, les grottes et les endroits escarpés des montagnes (Juges 6.1-2).

Bien sûr, le cycle commence comme d’habitude par l’idolâtrie des Israélites. C’est une vieille rengaine et on a la fâcheuse impression que le disque est raillé. Les Madianites sont un peuple de nomades qui ont Abraham pour ancêtre par sa seconde femme. Ils sont les premiers à utiliser à grande échelle des chameaux domestiqués ce qui leur permet un rayon d’action de 150 km par jour et donc de faire des coups de main loin de leur patrie qui se situe autour du golfe d’Akaba sur la Mer rouge. Les Madianites sont aussi des ennemis héréditaires d’Israël. Avant sa mort, Moïse reçut l’ordre de l’Éternel de les punir et ils furent alors décimés. Mais cela fait maintenant plus de 2 siècles de cela et les voilà qui refont surface plus méchants que jamais. Ils apparaissent toujours en cheville avec un autre peuple, et cette fois-ci ce sont les Amalécites. Ceux-là sont des cousins proches d’Israël, mais aussi leurs ennemis jurés. Ils avaient attaqué l’arrière-garde du peuple hébreu alors qu’il venait tout juste de sortir d’Égypte. Ils s’étaient récemment alliés au roi moabite Églôn qui fut tué par le juge-chef Éhoud dont l’histoire est dans le chapitre précédent. Au fil des siècles, les Amalécites ont subi plusieurs défaites cuisantes aux mains d’Israël et ils seront finalement totalement rayés de la carte par Saül, le premier roi d’Israël.

Versets 3-6

Je continue.

Chaque fois que les Israélites avaient ensemencé leurs champs, les Madianites venaient les attaquer avec les Amalécites et d’autres tribus nomades de l’Orient. Ils établissaient leur campement dans le pays et détruisaient les récoltes jusqu’aux abords de Gaza. Ils ne laissaient aux Israélites ni vivres, ni moutons, ni bœufs, ni ânes. En effet, ils arrivaient en grand nombre, comme des sauterelles, avec leurs troupeaux et leurs tentes. Eux et leurs chameaux étaient innombrables, et ils envahissaient le pays pour le ravager. Les Israélites furent réduits à une grande misère par les Madianites et ils implorèrent l’Éternel (Juges 6.3-6).

Les Amalécites avaient l’habitude de s’allier avec ceux qui envahissaient le pays de Canaan. Ici, ils font cause commune avec les Madianites. Ces deux peuples sont nombreux et voraces. Chaque fois qu’il y a une récolte en vue, ils rappliquent en bandes de maraudeurs et pillent tout ce qu’ils trouvent. Les Israélites sont faibles à cause de leur idolâtrie et ne peuvent donc pas que subir.  Périodiquement, ils doivent abandonner leurs bourgades situées dans la plaine pour se réfugier dans les montagnes, ce qui explique la présence d’habitations troglodytes dans les collines des territoire d’Éphraïm et de Juda. La vie est rude. Alors, dans leur détresse, les Israélites se souviennent du Dieu de leurs pères et l’implorent selon le cycle habituel. Cependant, ils ne font même plus le lien entre leur détresse et leur idolâtrie. Il faudra qu’un prophète vienne pour leur mettre les points sur les « i ».

Versets 7-10

Je continue.

Lorsque les Israélites implorèrent l’Éternel à cause des Madianites, il leur envoya un prophète qui leur dit : Voici ce que déclare l’Éternel, le Dieu d’Israël : “ C’est moi qui vous ai fait sortir d’Égypte, de ce pays où vous étiez réduits à l’esclavage. Je vous ai délivrés des Égyptiens et de tous ceux qui vous opprimaient : je les ai chassés devant vous et je vous ai donné leur pays. Je vous ai dit : Je suis l’Éternel votre Dieu ; ne vénérez pas les dieux des Amoréens dont vous habitez le pays. Mais vous ne m’avez pas écouté ” (Juges 6.7-10).

Ce message ressemble à celui de l’Ange de l’Éternel au début du second chapitre des Juges et au préambule des X Commandements (Exode 20.2). Dès leur exode d’Égypte, Dieu a dit à son peuple :

– Je vais conclure une alliance avec vous. Faites bien attention à ce que je vous commande aujourd’hui. Je vais chasser devant vous les Amoréens, les Cananéens, les Hittites, les Phéréziens, les Héviens et les Yebousiens. Gardez-vous bien de conclure une alliance avec les habitants du pays dans lequel vous allez entrer, ils deviendraient un piège au milieu de vous. Au contraire, vous renverserez leurs autels, vous briserez leurs stèles, et vous abattrez leurs pieux sacrés. Vous ne vous prosternerez devant aucune autre divinité car le nom de l’Eternel, c’est le « Jaloux » : un Dieu qui ne tolère aucun rival (Exode 34.10-14; comparez Deutéronome 7.1-5).

Mais après avoir partiellement obéi, les Israélites ont choisi d’asservir les Cananéens restant à des fins mercantiles plutôt que de les chasser. Ensuite, ils se sont mélangés à eux (Juges 3.5,6) et dans la foulée ont adopté leur idolâtrie.

Versets 11-12

Je continue le texte.

L’ange de l’Éternel vint s’asseoir sous le chêne qui se trouvait à Ophra dans la propriété de Joas, un homme de la famille d’Abiézer. Gédéon, un fils de Joas, était en train de battre le blé dans le pressoir à raisin pour le cacher des Madianites. L’ange de l’Éternel lui apparut et dit : L’Éternel est avec toi, vaillant guerrier ! (Juges 6.11-12).

Le chêne d’Ophra, un lieu inconnu, est un arbre sacré qui est mentionné plusieurs fois dans la Genèse et aussi dans le livre du prophète Osée (Genèse 13:18; 14:13; 18:1; 35:8 ; Osée 4:13).

Le pressoir utilisé par Gédéon est une cuve creusée dans le sol pour fouler le raisin ; elle est probablement enterrée. Gédéon s’en sert pour battre un peu de blé en cachette des maraudeurs. Cette forme de battage convient pour de faibles quantités de grain car d’habitude, ce travail est fait par des bœufs qui tirent une herse dans une aire sur une colline afin de profiter du vent qui emporte la balle. Mais ici, les Israélites ont peu à battre à cause des incursions des Madianites.

L’Ange de l’Éternel apparaît sous la forme d’un pèlerin de passage qui par hasard atterrit chez Gédéon. En le qualifiant de « vaillant guerrier », il se moque un peu de lui car il est planqué sous terre pour se cacher des Madianites, mais en même temps, l’Ange est sérieux et annonce la raison de sa visite. Il prophétise la délivrance que Dieu va accorder à son peuple par Gédéon. Ce dernier est de la tribu de Manassé qui est établie dans une plaine fertile aux pieds des montagnes. Apparemment, c’est cette tribu qui est la cible privilégiée des pilleurs.

Versets 13-14

Je continue.

Gédéon lui répondit : De grâce, mon seigneur, si l’Éternel est avec nous, pourquoi tant de malheurs s’abattent-ils sur nous ? Où sont donc tous ces prodiges que nos pères nous ont racontés en nous disant que l’Éternel nous a fait sortir d’Égypte ? En réalité, l’Éternel nous a abandonnés et nous a livrés au pouvoir des Madianites. Alors l’Éternel se tourna vers lui et dit : Va avec cette force que tu as, et délivre Israël des Madianites. N’est-ce pas moi qui t’envoie ? (Juges 6.13-14).

Ne te moque pas de moi dit Gédéon à l’Ange, je n’ai pas le cœur à plaisanter parce que Dieu nous a abandonnés. Là, il se trompe complètement car ce sont les Israélites qui ont rejeté l’Éternel par leur idolâtrie et non le contraire. Cela dit, il est bien vrai que Dieu a retiré sa bénédiction à son peuple, mais il ne l’a pas délaissé pour autant ; la preuve est qu’il vient chercher Gédéon pour le délivrer. L’Ange révèle alors sa véritable identité en ordonnant à Gédéon de passer à l’action. Cet incident fait penser à Moïse quand l’Éternel lui est apparu dans le buisson ardent et lui a dit :

Va donc maintenant : je t’envoie vers le pharaon, pour que tu fasses sortir d’Égypte les Israélites, mon peuple (Exode 3.10).

Versets 15-16

Je continue.

Mais Gédéon répliqua : De grâce, mon Seigneur ! Avec quoi pourrais-je délivrer Israël ? Ma famille est peu importante dans la tribu de Manassé, et moi je suis le plus jeune des fils de mon père. L’Éternel lui répondit : Je serai avec toi, c’est pourquoi tu battras les Madianites tous ensemble (Juges 6.15-16).

A l’idée de s’attaquer au Madianites, Gédéon a froid dans le dos et ses genoux jouent des castagnettes. Il est sûr qu’il signerait son arrêt de mort. Il faut se mettre à sa place. Alors, il répond quelque chose comme : « Je n’en crois pas mes oreilles. Il n’est pas possible que tu sois en train de me demander une chose pareille. Nous vivons dans la peur et devons nous cacher. Notre tribu n’a rien de remarquable, ma famille est insignifiante et tu as choisi le plus petit galet de la plage en venant t’adresser à moi ». Pourtant on constate une certaine hésitation chez Gédéon car par son vocabulaire en hébreu, on sent qu’il commence à prendre conscience de la nature extraordinaire de son visiteur. Mais comme Moïse en son temps, il cherche des excuses pour ne pas se retrouver en guerre contre un ennemi supérieur. On peut se demander pourquoi l’Éternel a choisi Moïse ou Gédéon qui ne demandaient rien à personne et qui n’avaient surtout pas envie de se battre. Dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul fait état d’un grand principe divin. Dieu ne choisit pas en fonction de critères humains. Il n’a que faire de ceux qui se croient forts ou talentueux. Je cite le passage :

Considérez donc votre situation, frères : qui êtes-vous, vous que Dieu a appelés à lui ? On ne trouve parmi vous que peu de sages selon les critères humains, peu de personnalités influentes, peu de membres de la haute société ! Non ! Dieu a choisi ce que le monde considère comme une folie pour confondre celles qui se prétendent sages, et il a choisi ce qui est faible pour couvrir de honte les puissants. Dieu a porté son choix sur ce qui n’a aucune noblesse et que le monde méprise, sur ce qui est considéré comme insignifiant, pour réduire à néant ce que le monde estime important. Ainsi, aucune créature ne pourra se vanter devant Dieu (1Corinthiens 1.26-29).

C’est en raison de leur insignifiance que beaucoup de prophètes et de personnages bibliques ont été choisis par Dieu; ensuite seulement, après avoir obéi au Seigneur, ils sont devenus très grands. C’est autant vrai dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Les apôtres, par exemple, n’avaient rien de brillants. Ils ont cheminé pendant 3 ans avec Jésus ; ils l’ont vu à l’œuvre jour et nuit, mais n’ont jamais vraiment compris sa mission. Pierre, leur porte-parole, s’est mis plusieurs fois dans l’embarras parce qu’il parlait avant de réfléchir. Quant à ceux que Dieu a choisis alors qu’ils occupaient déjà une position privilégiée, ils ont dû passer par des épreuves terribles et humiliantes avant que le Seigneur ne les utilise à son service. Ce fut le cas de Moïse élevé à la cour de pharaon, et de Saul de Tarse qui devint le grand apôtre Paul. C’est vrai que ce dernier comme tant d’autres fut exécuté sur l’ordre de l’empereur Néron et que d’un point de vue humain et selon les apparences le despote a gagné la partie. Mais l’histoire a rendu son jugement : on appelle son fils Paul et son chien Néron. Nous avons l’occasion de rencontrer un à un, tous ces grands hommes au fil des pages des Textes Sacrés.

Versets 17-21

Je continue le texte.

Gédéon lui dit : Eh bien, si réellement tu m’accordes ta faveur, prouve-moi par un signe que c’est bien toi qui me parles. Ne t’éloigne pas d’ici, je te prie, avant que je sois revenu vers toi avec une offrande que je te présenterai. J’attendrai ton retour, lui dit-il. Gédéon rentra chez lui, apprêta un jeune chevreau et prépara des pains sans levain avec trente kilos de farine. Il mit la viande dans une corbeille et le jus dans un pot, puis il apporta le tout à l’ange de Dieu qui se tenait sous le chêne et le lui offrit. L’ange de Dieu lui dit : Prends la viande et les pains sans levain et dépose-les sur ce rocher, puis verse le jus par-dessus. Gédéon obéit. L’ange de l’Éternel avança le bout du bâton qu’il tenait en main et en toucha la viande et les pains sans levain. Une flamme jaillit du rocher et consuma la viande et les pains sans levain. Puis l’ange de l’Éternel disparut à ses yeux (Juges 6.17-21).

Gédéon n’est pas encore sûr de l’origine exacte de ce promeneur, alors il lui demande sa carte d’identité. Il veut voir avant de croire. Moïse avait également bénéficié de preuves tangibles de la présence et de la puissance de l’Éternel. Mais en attendant que la situation s’éclaircisse, et obéissant aux règles d’hospitalité orientale, Gédéon prépare un festin. On s’aperçoit que malgré les temps difficiles que vivent les Israélites, Gédéon s’en tire plutôt bien, car la quantité de victuailles qu’il apprête est impressionnante. Cependant, il ne s’attend pas à ce que son hôte transforme son offrande en holocauste. Mais c’est là le signe qu’il demandait, car ce feu qui jaillit et la disparition soudaine de l’ange prouvent que ce promeneur solitaire est Dieu en personne.

Versets 22-24

Je continue.

À ce moment, Gédéon reconnut que c’était l’ange de l’Éternel et il s’écria : Malheur à moi, Seigneur Éternel ! Car j’ai vu l’ange de l’Éternel face à face. Mais l’Éternel lui dit : Rassure-toi, n’aie pas peur, tu ne mourras pas. Gédéon construisit à cet endroit un autel à l’Éternel et il l’appela “ L’Éternel assure la paix ”. Cet autel existe encore aujourd’hui à Ophra, un village du groupe familial d’Abiézer (Juges 6.22-24).

Il est vrai qu’on ne peut voir Dieu et vivre ; l’Éternel a dit à Moïse :

Tu ne pourras pas voir ma face, car nul homme ne peut me voir et demeurer en vie (Exode 33.20).

Cependant, ce brave Gédéon n’a pas l’air de connaître l’histoire de ses ancêtres fondateurs d’Israël. En effet, Abraham a lui aussi vu l’Ange de l’Éternel sous forme humaine, et Jacob a même lutté contre lui pour ensuite affirmer :

J’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve (Genèse 32.31).

C’est la manifestation du Créateur dans sa gloire que l’homme ne peut voir, mais une simple représentation humaine et visible ne dévoile rien de sa personne. Cela dit, Dieu rassure quand même Gédéon qui décidément ne s’attendait pas à une journée aussi chargée d’émotions fortes. Le texte ne précise pas la méthode par laquelle l’Éternel s’adresse à Gédéon, mais il s’agit probablement d’une voix.

Versets 25-27

Je continue.

La nuit suivante, l’Éternel dit à Gédéon : Prends le jeune taureau de ton père et le second, celui de sept ans. Démolis l’autel de Baal qui est à ton père et abats le poteau sacré qui est dressé à côté. Puis tu bâtiras un autel bien aménagé à l’Éternel ton Dieu au sommet de cette colline. Tu prendras le second taureau et tu l’offriras en holocauste, en utilisant comme combustible le bois du poteau sacré que tu auras abattu. Gédéon prit dix hommes parmi ses serviteurs et fit ce que l’Éternel lui avait demandé, mais comme il n’osait pas agir en plein jour par crainte de sa famille et des habitants du village, il opéra de nuit (Juges 6.25-27).

La mission de Gédéon commence par l’exécution d’un ordre auquel Israël a désobéi, celui de détruire les formidables structures qui constituent les autels consacrés aux idoles cananéennes. C’est aussi un jugement contre le père de Gédéon et les villageois idolâtres. Il s’agit d’un travail colossal, ce qui explique pourquoi Gédéon a besoin de 10 serviteurs pour l’aider. Le texte souligne bien et même de deux traits que Gédéon a la peur au ventre; il fait ce que l’Éternel lui a commandé mais il est très mal dans ses sandales et transpire à grosses gouttes tandis qu’il démolit l’autel du village qui a élu domicile sur la propriété de la famille de Gédéon. On constate par la suite que son père jouit d’une grande autorité dans ce village et donc qu’il fait partie des anciens, des chefs. Mais d’autre part, il semble avoir abrité les idoles sur son terrain sans grande conviction car il prendra tout de suite la défense de son fils (Juges 6.31).

Il faut aussi noter que malgré sa frayeur, Gédéon obéit, de nuit certes, mais il obéit quand même. Il me fait penser à Nicodème qui lui aussi a choisi la nuit pour parler avec Jésus parce qu’il craignait les Pharisiens (Jean 3.1). C’est vrai, mais il a quand même fait le déplacement et il est allé voir Jésus en toute bonne foi.

Pour ce qui est de Gédéon, s’il agit la nuit, c’est aussi parce qu’il pense que de jour, son père et les villageois risquent fort de s’interposer et d’essayer avec violence de l’empêcher d’effectuer ce travail de démolition. La situation risque alors de très mal tourné et immanquablement conduire à une confrontation meurtrière avec l’intervention possible de l’Éternel et la mort de tous les idolâtres israélites, y compris les membres de la famille de Gédéon.

La déchéance spirituelle avait contaminé tout le monde, ses proches, le village, presque tout Israël. Les deux principales divinités cananéennes étaient Astarté, déesse de la fécondité et de la guerre, et son mari Baal, le maître des orages qui assure les pluies nécessaires aux récoltes. Ces deux idoles sont censées assurer la fertilité du sol, des bêtes et des hommes en réponse à des rites comme la prostitution sacrée, l’homosexualité, la bestialité, l’automutilation ainsi que des sacrifices humains. Le poteau sacré que Gédéon doit détruire représente la déesse de la mer Achéra, une des dames de compagnie d’Astarté, pourrait-on presque dire.

Une fois la démolition accomplie, Gédéon doit aussi construire un autel bien aménagé, c’est-à-dire avec des pierres naturelles comme base selon l’ordre que l’Éternel a donné à Moïse quand il lui a dit :

Si vous me construisez un autel en pierres, vous ne le bâtirez pas en pierres taillées, car en taillant les pierres au ciseau, vous les profaneriez (Exode 20.25).

Tous ces matériaux proviennent de l’autel consacré à Baal. Le taureau qui doit être sacrifié est engraissé depuis 7 ans déjà et réservé à l’idole Baal, mais il devient un holocauste offert à l’Éternel. Gédéon s’inscrit dans la pure lignée de Moïse et de Josué, des hommes qui démontrent leur foi en l’Éternel par leurs actions même si leurs émotions ne suivent pas toujours. Gédéon dénonce et s’attaque de front à une idolâtrie grossière à laquelle s’adonne le peuple choisi, ce qui est une véritable honte. Dieu sait très bien ce qui est en l’homme; si quelqu’un lui obéit tout en transpirant et avec la peur au ventre, il n’est ni surpris ni fâché mais reconnaît son courage et l’inscrit sur la liste des héros de la foi. C’est le cas de Gédéon parce qu’il a mis sa confiance en l’Éternel ce qu’il a prouvé par son obéissance.