Introduction

L’orgueil, l’arrogance, l’hubris, ce genre d’attitude prétentieuse et de supériorité a un prix, et il est très élevé car ce n’est ni plus ni moins qu’un comportement suicidaire. Par orgueil, les despotes perdent les autres avant de se perdre eux-mêmes. Combien d’hommes et de femmes se sont retrouvés dans des situations inextricables à cause de ce travers ? Samson en est un. Son histoire étonnante nous est racontée dans le livre des Juges. Malheureusement, elle se termine très mal. Les ennemis d’Israël se sont saisis de ce mauvais héros, lui ont crevé les yeux, et maintenant il tourne une meule comme un animal de somme, tout ça parce qu’il est devenu arrogant. L’Éternel lui avait fait un don extraordinaire qu’il pouvait conserver aussi longtemps qu’il gardait sa chevelure intacte, mais il a méprisé cette condition, croyant dans son hubris qu’il n’avait pas vraiment besoin de respecter ce signe. C’est Dalila, sa maîtresse qui a eu raison de lui en vendant son secret pour une très forte somme d’argent.

Dans ce récit épique on trouve aussi deux des travers favoris de la race humaine : l’argent et le sexe. Samson n’a pas tiré la leçon de l’épisode du secret de l’énigme qu’il avait inventé et que sa première femme l’avait forcé à révéler. Il avait déjà été trahi par elle une première fois, mais il n’en a tenu aucun compte car il est devenu trop sûr de lui et arrogant. En effet, au fil du temps, Samson commence à se croire un super héros fort en lui-même; il choisit d’oublier que la source de son invincibilité lui vient de l’Éternel à condition qu’il ne lui désobéisse pas en coupant ses cheveux. Dalila, dont le nom signifie « la frêle » a triomphé de la force surhumaine de Samson en le faisant parler alors qu’il est sous ses charmes. Au final, Samson a reçu ce qu’il mérite et il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.

Versets 22-27

Je continue à lire son histoire dans le chapitre 16 du livre des Juges.

Après avoir été rasés, ses cheveux commencèrent à repousser. Les princes des Philistins s’assemblèrent pour offrir un sacrifice important à Dagôn leur dieu et pour se livrer aux réjouissances. Ils disaient : C’est notre Dieu qui a livré entre nos mains notre ennemi : Samson. Quand le peuple le vit, il loua son dieu en disant : C’est notre Dieu qui a livré entre nos mains notre ennemi qui ravageait notre pays et qui a fait tant de victimes parmi nous. Comme ils étaient en joie, ils s’écrièrent : Appelez Samson, qu’il nous divertisse ! Ils firent sortir Samson de la prison et il dut se livrer à des pitreries devant eux, puis ils le placèrent entre les colonnes du bâtiment. Alors Samson demanda au jeune homme qui le conduisait par la main : Guide-moi ! Fais-moi toucher les colonnes qui soutiennent l’édifice pour que je puisse m’y appuyer. Or, le bâtiment était rempli d’hommes et de femmes ; tous les princes des Philistins s’y trouvaient et, sur la terrasse, il y avait trois mille personnes environ, hommes et femmes, qui regardaient Samson les amuser (Juges 16.22-27).

Le texte ne dit pas que cette immense fête a pour but de célébrer la victoire des Philistins sur Samson. Ce qui est dit, par contre, est qu’elle a pour but d’honorer Dagôn, un mot qui veut dire « poisson » et qui désigne un dieu qui ressemble à un homme mais avec une queue de poisson. Il était adoré par les Philistins, les Phéniciens et aussi par les Assyriens et les Babyloniens.

Notre héros aveugle est rabaissé au rang de bouffon, obligé de danser au rythme de la musique de ses maîtres tortionnaires et triomphants. Les réjouissances des Philistins servent à leur faire oublier l’humiliation et les pertes qu’ils ont subis entre les mains de leur ennemi maintenant enchaîné et hors d’état de nuire, du moins c’est ce qu’ils croient. Ils ne prêtent pas attention à un petit détail : les cheveux de Samson ont commencé à repousser et avec le retour de ce signe nazaréen, sa force va lui être rendue. Oui, mais comme ses cheveux sont encore relativement courts, Samson ne retrouvera pas son invincibilité. Le temple de Dagôn repose sur deux immenses colonnes, un mode de construction antique qu’on retrouve ailleurs. En effet, le théâtre à Rome reposait sur un seul pivot et son amphithéâtre sur deux. Samson se trouve au centre du temple qui est à ciel ouvert et c’est noir de monde.

Versets 28-31

Je finis le chapitre 16 et l’histoire de Samson.

Samson pria l’Éternel et dit : Seigneur Éternel ! Je te prie, interviens en ma faveur ! Rends-moi ma force, une dernière fois, ô Dieu, pour que je me venge en une fois des Philistins pour la perte de mes deux yeux ! Il toucha les deux colonnes centrales qui soutenaient l’édifice et s’arc-bouta contre elles, de la main droite contre l’une et de la main gauche contre l’autre. Puis il dit : Que je meure avec les Philistins ! Puis il poussa de toutes ses forces, et le bâtiment s’écroula sur les princes et sur toute la foule qui s’y trouvait. Ainsi il fit périr plus de monde par sa mort que de son vivant. Ses frères et tous les siens descendirent pour emporter son corps et pour l’ensevelir entre Tsorea et Echtaol dans le tombeau de Manoah, son père. Il avait été chef en Israël pendant vingt ans (Juges 16.28-31).

Suite à cette vengeance sanglante, les Philistins sont fortement affaiblis car ils perdent en un seul jour des centaines de chefs et notables, et probablement aussi les 5 princes de leur confédération. D’un côté, la vie de Samson est une faillite car à cause de ses travers, il n’a pas su pleinement profiter de la force herculéenne que l’Éternel lui a donnée. Il voua son temps et son énergie à une vengeance personnelle et à la fréquentation de femmes philistines ; trois sont mentionnées et la dernière a réussi à le perdre. Et pourtant et malgré ses tares, Samson est cité parmi les héros de la foi. Malgré le peu de fiabilité de son serviteur, Dieu a pleinement atteint son objectif en secouant le joug des ennemis d’Israël. Par ses exploits, Samson a réveillé dans le cœur du peuple découragé l’espoir d’un avenir meilleur tout en lui faisant comprendre que le secret de la victoire est dans la puissance de Dieu. Samson a réussi à perturber la politique de domination en douceur des Philistins car son dernier coup d’éclat provoque leur colère contre Juda ce qui contraindra enfin les Israélites à réagir.

Chapitre 17

Versets 1-5

Nous arrivons maintenant à la dernière partie de ce livre qui consiste en deux appendices car ils ne continuent pas l’histoire commencée. Ces deux fragments ont été ajoutés à la fin du livre des Juges afin d’illustrer de façon très parlante l’apostasie religieuse, la décadence morale et l’anarchie sociale et politique, qui règnent à cette époque. Ces deux récits forment aussi une transition naturelle entre l’époque des Juges et celle des Rois d’Israël. Les événements qui nous sont rapportés ont eu lieu relativement tôt après la mort de Josué, probablement déjà sous la magistrature d’Otniel, le premier chef-juge. Je commence à lire le chapitre 17.

Dans la région montagneuse d’Éphraïm vivait un homme nommé Mika. Il déclara à sa mère : Tu te souviens qu’on t’a volé onze cents pièces d’argent et que tu as maudit le voleur en ma présence. Eh bien, c’est moi qui ai pris cet argent, il est chez moi. Que mon fils soit béni de l’Éternel ! lui dit sa mère. Il rendit les onze cents pièces d’argent à sa mère qui dit : Je consacre cet argent à l’Éternel en faveur de mon fils pour en faire une statue et une idole en métal fondu. Je vais donc te le rendre. Le fils remit l’argent à sa mère, qui en préleva deux cents pièces pour les donner à un orfèvre. Celui-ci en fit une statue et une idole en métal fondu, qu’on plaça dans la maison de Mika. Ayant donc chez lui un lieu de culte, il fit faire une autre statue et des idoles domestiques, puis il établit prêtre l’un de ses fils (Juges 17.1-5).

La confession de cet homme et la restitution de l’argent volé semblent être motivées par la crainte de l’imprécation de sa mère qui pèse lourd sur lui. Elle prononce alors une bénédiction sur son fils ce qui est censé annuler la malédiction précédente. Elle se propose aussi d’honorer l’Éternel d’une manière contraire à la Loi, ce qui reflète l’influence païenne des Cananéens. Ce Mika crée un sanctuaire, une chapelle en somme dans sa maison et la remplie d’idoles, puis pour couronner le tout, il établit l’un de ses fils comme prêtre. Il organise donc un culte particulier chez lui et pour les localités environnantes, un peu comme le fera plus tard Gédéon. Les idoles domestiques étaient des statuettes très répandues chez les païens qui les utilisaient pour la divination.

Verset 6

Je continue.

En ce temps-là, il n’y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qu’il jugeait bon (Juges 17.6).

Cette phrase revient tel un refrain plusieurs fois dans les derniers chapitres du livre. Elle explique les conséquences de l’absence d’une autorité humaine de surveillance, d’un pouvoir capable d’empêcher l’influence de l’idolâtrie cananéenne qu’on avait tolérée. Les Israélites agissent donc selon leurs propres penchants mauvais au lieu de se conformer à la Loi; c’est leur façon de refuser la théocratie, l’autorité royale de l’Éternel sur eux.

Versets 7-13

Je continue jusqu’à la fin du chapitre 17.

Or, il y avait là un jeune lévite, originaire de Bethléhem en Juda, qui appartient à la tribu de Juda. Il résidait là. Il avait quitté Bethléhem pour aller s’établir là où il trouverait un domicile. En cours de route, il était arrivé dans la région montagneuse d’Éphraïm et jusqu’à la maison de Mika. D’où viens-tu ? lui demanda celui-ci. Je suis un lévite. Je suis en route pour m’établir là où je trouverai un endroit. Eh bien, lui dit Mika, reste donc chez moi. Tu me serviras de “ père ” et de prêtre, et je te donnerai dix pièces d’argent par an, en plus du vêtement et de la nourriture. Le lévite entra à son service. Il accepta de rester chez cet homme qui le traita comme l’un de ses fils. Mika établit le lévite dans sa charge, et le jeune homme devint donc son prêtre. Il logea dans sa propre maison. Mika dit : Maintenant, je suis certain que l’Éternel me fera du bien, puisque j’ai pu avoir un lévite pour prêtre (Juges 17.7-13).

La prêtrise ne pouvait s’exercer que dans le lieu du sanctuaire officiel, dans la ville de Silo, et seulement par les descendants d’Aaron, le frère de Moïse. Ce lévite est un imposteur. Il est prêt à louer ses services au plus offrant. Bien qu’il ne remplisse pas les conditions imposées par la Loi, Mika est convaincu que si ce nouveau-venu accepte de devenir son conseiller spirituel, son protecteur par ses prières et son nouveau prêtre, il sera béni de Dieu. Telle mère, tel fils. Tous deux font preuve d’une grande confusion en utilisant le nom de l’Éternel, le Dieu de l’alliance et en l’associant à un culte idolâtre. Il y a dans leur conduite un mélange de transgressions de la Loi de Dieu et de respect de ses institutions, mélange dû au passé glorieux d’Israël et à son présent marqué par l’ignorance et les superstitions du milieu environnant.

Chapitre 18

Verset 1

Nous arrivons au chapitre 18 avec la continuation de l’histoire précédente. Je commence à lire.

En ce temps-là, il n’y avait pas de roi en Israël. La tribu de Dan cherchait un territoire pour s’y établir, car jusqu’à ce moment-là, elle n’avait pas obtenu de patrimoine parmi les autres tribus d’Israël (Juges 18.1).

En fait, les Danites ont bien reçu un héritage (Josué 19.40) mais n’ont pas pu le conquérir à cause de leur manque de foi; ils ont même été chassés du petit lopin de terre qu’ils occupaient, d’abord par les Amoréens (Juges 1.34) puis par les Philistins. Ils habitent maintenant avec les tribus de Benjamin et d’Éphraïm et cherchent donc un nouveau territoire où s’établir.

Versets 2-6

Je continue.

Les Danites envoyèrent donc cinq hommes d’entre eux, particulièrement courageux avec pour mission d’explorer et de reconnaître le pays. Ces cinq hommes arrivèrent dans la région montagneuse d’Éphraïm près de la maison de Mika, et y passèrent la nuit. Comme ils étaient tout près de la maison, ils remarquèrent l’accent du jeune lévite et allèrent le trouver pour lui demander : Qui t’a fait venir à cet endroit ? Qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi restes-tu ici ? Il leur dit tout ce que Mika faisait pour lui. Il me donne un salaire et je suis devenu son prêtre. Alors ils lui dirent : Consulte donc Dieu, nous t’en prions, pour que nous sachions si le voyage que nous avons entrepris réussira. Le prêtre leur répondit : Poursuivez tranquillement votre route ! L’Éternel approuve le voyage que vous faites (Juges 18.2-6).

Les lots primitifs de chaque tribu ont été attribués sur le lieu du sanctuaire dans la ville de Silo, par un tirage au sort dirigé par Dieu. Les espions partent en direction du nord pour explorer les confins du pays ce qui fait qu’ils sont obligés de traverser le territoire de la tribu d’Éphraïm. Ils tombent alors sur la maison de Mika et font la connaissance de son prêtre. Quelle bonne aubaine ! Ils veulent qu’il leur confirme que Dieu est avec eux, mais ce Lévite imposteur ne peut évidemment pas invoquer l’Éternel puisqu’il a usurpé la prêtrise. Qu’à cela ne tienne, les paroles ne coûtent rien et le faux-prêtre déclare froidement que Dieu va bénir une action entreprise par des hommes qui refusent sa volonté qu’il a déjà révélée. Mais comme à cette époque les Israélites sont très superstitieux, le Lévite peut raconter n’importe quoi et les Danites sont prêts à l’écouter.

Versets 7-10

Je continue le texte en compressant.

Les cinq hommes se remirent en route et allèrent jusqu’à Laïsh. Ils y trouvèrent une population, vivant en toute sécurité, à la manière des Sidoniens, tranquille et confiante. Personne ne leur causait d’ennuis, personne n’y exerçait une autorité oppressive, et ils se trouvaient loin des Sidoniens, sans relation avec personne. Les cinq hommes revinrent vers leur tribu où on leur demanda : Quelles sont les nouvelles ? Ils leur répondirent : Allons-y, marchons contre eux ! Car nous avons examiné le pays et il est excellent. Quoi ! Vous ne dites rien ! Ne lambinez pas ! Mettez-vous en route et allez le conquérir ! En arrivant là-bas, vous trouverez une population sans défiance et un pays spacieux et largement ouvert que Dieu a livré entre vos mains ; c’est une contrée où rien ne manque de ce que la terre peut produire (Juges 18.7-10).

La ville de Laïsh est située à l’extrême nord-est de la Palestine, à la limite du territoire israélite. Cette population s’adonne à l’agriculture et au commerce et se sent en sécurité. Elle n’a fait aucune préparation de défense militaire et comme ces gens sont éloignés des autres villes phéniciennes, ils ne peuvent pas recevoir de secours en cas d’attaque. C’est la recherche d’un succès facile et non la foi qui dicte la conduite des Danites.

Versets 11-26

Je continue en compressant cette histoire qui va en s’assombrissant au fur et à mesure du récit.

Alors six cents hommes de la tribu de Dan armés pour le combat quittèrent Tsorea et Eshtaol. Ils se dirigèrent vers la région montagneuse d’Ephraïm et ils parvinrent aux abords de la maison de Mika. Alors les cinq hommes qui étaient allés reconnaître la région de Laïsh, dirent à leurs compagnons : Savez-vous qu’il y a dans l’une de ces maisons-là un vêtement sacerdotal, des statuettes sacrées, une statue et une idole en métal fondu ? Maintenant, vous savez ce que vous avez à faire ! Les cinq hommes qui étaient allés reconnaître le pays entrèrent et s’emparèrent des deux statues, des idoles domestiques et de l’idole en métal fondu. Le prêtre se tenait sur le seuil de la porte avec les six cents hommes armés, il leur demanda : Que faites-vous là ? Chut, pas un mot ! lui dirent-ils. Viens avec nous, tu seras notre “ père ” et notre prêtre ! Qu’est-ce qui vaut mieux pour toi ? Être prêtre de la famille d’un seul homme, ou prêtre d’une tribu et d’une famille en Israël ? Le prêtre fut très heureux de cette proposition. Il prit les statues et les idoles domestiques, et s’en alla avec cette troupe. Lorsqu’ils étaient déjà assez loin de la maison de Mika, les voisins de celui-ci donnèrent l’alarme et se lancèrent à la poursuite des Danites. Arrivés près d’eux, ils les interpellèrent  : – Vous avez pris les dieux que je me suis faits, vous avez enlevé mon prêtre et vous êtes partis. Il ne me reste plus rien et vous osez me demander ce qui me prend ! Les Danites répliquèrent : – Ne nous rebats pas les oreilles ! Les Danites poursuivirent leur route, tandis que Mika, voyant qu’ils étaient plus forts que lui, fit demi-tour et rentra chez lui. (Juges 18.11-26).

C’est pathétique. Les Danites volent donc les idoles de Mika et dans la foulée, ils embarquent aussi son faux-prêtre qui appâté par le gain, et ayant sa vanité flattée vendrait sa propre mère. Il est en tout cas ravi de cet avancement de carrière. Mika réagit en les poursuivant avec des voisins, mais devant la menace d’une troupe en armes, il rebrousse chemin sans trop insister. C’est l’application brutale de l’adage selon lequel : la loi du plus fort est toujours la meilleure.

Versets 27-31

Je continue en compressant jusqu’à la fin du chapitre 18.

C’est ainsi que les Danites enlevèrent ce que Mika avait fabriqué ainsi que son prêtre. Ensuite, ils allèrent attaquer Laïsh et massacrèrent la population tranquille et vivant en sécurité qui s’y trouvait, puis ils mirent le feu à la ville. Il n’y eut personne pour venir à son secours, car elle était éloignée de Sidon et n’avait de relations avec personne d’autre. Les descendants de Dan rebâtirent la ville et s’y installèrent. Ils appelèrent la ville Dan, du nom de leur ancêtre Dan, le fils d’Israël. Ils érigèrent pour eux la statue sculptée et établirent Jonathan, fils de Guerchôm et petit-fils de Moïse, comme prêtre de la tribu des Danites. Ses descendants remplirent cet office jusqu’au temps où les gens de la région furent emmenés en captivité. Ils dressèrent donc pour eux la statue que Mika avait fabriquée, et elle y resta pendant tout le temps qu’il y eut un sanctuaire de Dieu à Silo (Juges 18.27-31).

Voilà l’histoire d’un massacre qui n’avait pas lieu d’être et qui, il faut bien le dire est révoltant. C’est une grande lâcheté et un manque de foi en l’Éternel de la part de la tribu de Dan que d’attaquer ainsi à l’improviste une ville paisible au lieu de conquérir le pays des Amorrhéens qui leur a été assigné. La conduite des Danites est cruelle et abominable, mais les Sidoniens sont des Cananéens sous l’interdit de Dieu et donc voués à l’extinction. Cela dit, les Danites accumulent les fautes. Non seulement ils abandonnent le patrimoine que Dieu leur a donné mais ils sont sanguinaires, et en plus, ils établissent un culte tribal idolâtre avec un pseudo-prêtre qu’ils ont récupéré en passant. La véritable identité du Lévite prêt à toutes les compromissions est finalement révélée. On découvre avec horreur qu’il s’agit d’un descendant direct de Moïse et le pire est qu’il ne se sent pas du tout gêné de violer les commandements de l’Éternel promulgués par son aïeul. Ce Lévite et sa lignée restèrent en fonction jusqu’à la captivité. Après avoir probablement été supprimé sous Samuel, David et Salomon, ce culte idolâtre fut rétabli quand Jéroboam I a érigé à Dan le veau d’or, et cette famille de lévites resta chargée de ce sacerdoce jusqu’à la disparition du royaume des X tribus du nord.

Le texte met en parallèle le faux sanctuaire de la tribu de Dan avec le légitime qui est dans la ville de Silo. Décidément, lorsqu’ils seront punis par l’Éternel, les Danites n’auront que ce qu’ils méritent, car ils ne valent pas un sou de plus que les Cananéens. Cet épisode lamentable depuis Mika jusqu’aux Danites révèle la déchéance religieuse d’Israël, qui se produisit dès les premières générations après Moïse. C’est lui qui en tant que porte-parole de l’Éternel avait donné la Loi dont les commandements :

Tu n’auras pas d’autre dieu que moi. Tu ne te feras pas d’idole ni de représentation quelconque de ce qui se trouve en haut dans le ciel, ici-bas sur la terre, ou dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant de telles idoles et tu ne leur rendras pas de culte, car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu qui ne tolère aucun rival : je punis les fils pour la faute de leur père, jusqu’à la troisième, voire la quatrième génération de ceux qui me haïssent (Exode 20.3-5).

Le peuple de Dieu est à tel point imprégné de superstitions païennes qu’il leur associe le nom de l’Éternel, ce qui lui vaudra toutes les malédictions prévues par la Loi de Moïse, dont la déportation et la captivité. La situation s’est tellement dégradée qu’Israël ne peut plus se passer d’une autorité forte capable de mettre fin à ces abus qui sapent les bases de sa vie sociale et religieuse. Comme je l’ai dit, les histoires saugrenues du livre des Juges servent de préparation à l’établissement de la royauté en Israël.

La spiritualité est un élément essentiel de la personnalité humaine parce que sans foi on devient vite sans loi ; l’une est à la base de l’autre. Dans nos pays démocratiques, les autorités n’arrivent pas à contenir les délinquants petits et grands. On a tout essayé, de la répression à la bienveillance qui excuse tout, mais rien n’y fait. Tant que nos législateurs refuseront d’adjoindre la foi à la loi, ces problèmes dit « de société » demeureront comme une grosse tache.