Introduction

De tous les organes que nous possédons, celui qui nous cause le plus de problèmes est la langue. C’est aussi ce qu’affirme autant l’Ancien que le Nouveau Testament. Je lis deux passages :

La langue est un feu ; c’est le monde de l’iniquité. La langue est placée parmi nos membres, souillant tout le corps, et enflammant le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne (Jacques 3.6). Ne te presse pas d’ouvrir la bouche et ne te laisse pas entraîner par ton cœur à formuler hâtivement des promesses en présence de Dieu, car Dieu est au ciel, et toi tu es sur la terre. Que tes paroles soient donc peu nombreuses. En effet, de même que les rêves naissent de la multitude des occupations, de même un flot abondant de paroles engendre des propos inconsidérés. Si tu as fait un vœu à Dieu, accomplis-le sans tarder, car les insensés déplaisent à Dieu. Ce que tu as promis, tiens-le. Il vaut mieux ne pas faire de vœu qu’en faire et ne pas s’en acquitter (Ecclésiaste 5.1-4).

Le chef-juge Jephté est un personnage pittoresque et important dans l’histoire d’Israël. Malheureusement, il a été victime de sa langue en faisant un vœu stupide, une promesse à Dieu, qu’il a certes tenue, mais qui lui a coûté ce qu’il avait de plus cher. Né bâtard, Jephté n’a jamais eu de descendance car sa fille unique ne s’est jamais mariée. Or à cette époque, c’est une catastrophe que de disparaître sans laisser de traces, sans héritiers. Ce chef juge est très différent des précédents qui avaient des gosses, en veux-tu en voilà. Je finis de lire le chapitre 11 du livre des Juges.

Versets 39-40

À la fin des deux mois, elle revint auprès de son père, et il accomplit envers sa fille, qui était vierge, le vœu qu’il avait fait. C’est là l’origine de la coutume qui s’établit en Israël : chaque année les jeunes filles s’en vont pendant quatre jours pour célébrer la fille de Jephté, le Galaadite (Juges 11.39-40).

Cette histoire fut à l’origine d’une coutume locale suivie par les jeunes filles qui faisaient une retraite annuelle, en quelque sorte, pour honorer et célébrer la fille unique de Jephté qui n’a pas eu le droit de se marier.

Chapitre 12

Versets 1-3

Ceci nous conduit au chapitre 12 qui continue et finit l’histoire de Jephté, mais qui commence avec du déjà-vu sauf que ça se termine très mal. Je commence à lire.

Les hommes de la tribu d’Éphraïm se rassemblèrent, ils se rendirent à Tsaphon, et ils dirent à Jephté : Pourquoi es-tu allé combattre les Ammonites sans nous avoir appelés pour aller au combat avec toi ? Nous allons brûler ta maison sur toi. Jephté leur répondit : J’étais engagé, moi et mon peuple, dans un grand conflit avec les Ammonites et lorsque je vous ai appelés à l’aide, vous n’êtes pas venus à mon secours contre eux. Quand j’ai vu qu’il ne fallait pas compter sur vous, je suis allé seul combattre les Ammonites au risque de ma vie et l’Éternel m’a donné la victoire sur eux. Pourquoi donc venez-vous aujourd’hui m’attaquer ? (Juges 12.1-3).

Décidément, les hommes d’Éphraïm sont plutôt du genre belliqueux. Ils avaient déjà cherché des noises à Gédéon parce qu’ils n’avaient pas été invités d’entrée de jeu à la partie de chasse aux Madianites. C’est parce que cette tribu veut établir son hégémonie sur tout Israël qu’elle fait un mauvais cas de jalousie maladive qui, plus tard, après les règnes de David et de son fils Salomon, sera à l’origine de la scission d’Israël en deux royaumes. Ici, les hommes d’Éphraïm s’en prennent à Jephté pour les mêmes raisons, par jalousie. Ce dernier tente de régler ce conflit de manière diplomatique comme il avait essayé de le faire avec les Ammonites. Il leur fait remarquer que ce sont eux qui ont choisi de ne pas se joindre aux autres tribus quand il a sollicité leur aide contre les Ammonites, alors que ces derniers avaient attaqué plusieurs tribus dont celle d’Éphraïm (Juges 10:9). Cette information n’apparaît pas auparavant dans le récit car seules sont citées les tribus qui se sont joints à Jephté pour aller au combat.

Versets 7-10

Je continue.

Après avoir été chef en Israël pendant six ans, Jephté de Galaad mourut et fut enterré dans l’une des villes de Galaad. Après lui, Ibtsân de Bethléhem fut chef en Israël. Il eut trente fils et trente filles qu’il maria avec des filles et des fils étrangers. Après avoir dirigé Israël pendant sept ans, il mourut et fut enterré à Bethléhem (Juges 12.7-10).

Après avoir vaincu Éphraïm, Jephté devient juge jusqu’à sa mort. Suit alors un illustre inconnu, mais plutôt prolifique. Son souci égocentrique est d’étendre son influence en établissant des alliances par mariage avec des nobles hors de son clan, et de fonder ainsi une dynastie. Mais la magistrature de l’un et de l’autre furent relativement de courte durée. Leurs lieux d’ensevelissement sont mentionnés parce que cela se faisait en grande pompe, avec tout l’honneur qui était dû à leur rang.

Versets 11-15

Je continue jusqu’à la fin de ce chapitre 12.

Après lui, Élôn de la tribu de Zabulon fut chef en Israël pendant dix ans. À sa mort, il fut enterré à Ayalôn dans le territoire de Zabulon. Après lui, Abdôn, fils de Hillel, de Piratôn, fut chef en Israël pendant huit ans. Il eut quarante fils et trente petits-fils qui montaient soixante-dix ânons. Lorsqu’il mourut, il fut enterré à Piratôn sur la montagne des Amalécites dans le territoire d’Éphraïm (Juges 12.11-15).

Cet Abdôn est encore un homme à qui la richesse et le statut sont montés à la tête. Il multiplie le nombre de ses femmes qui lui donnent des fils, puis des petits-fils. Il y ajoute 70 ânons qui à l’époque étaient une monture digne d’un prince. Tout cela est fastidieux et présente assez peu d’intérêt. C’est justement cela qui est remarquable, la déroute spirituelle et l’insignifiance d’Israël qui se confond totalement avec le paysage idolâtre cananéen.

Depuis le chef juge Jephté, on constate un déclin net de l’état général d’Israël qui n’était déjà pas bien brillant. Ainsi, lors du cycle qui a fait intervenir Jephté, ce n’est pas l’Éternel qui l’a choisi comme libérateur mais les notables des tribus situés à l’est du Jourdain. Ils sont alors obligés de se livrer à des tractations humiliantes avec un bâtard qu’ils avaient expulsé de leur communauté. Jephté prend sa revanche en exigeant d’eux le pouvoir politique sous forme d’un chèque en blanc. Ce n’est qu’à ce prix qu’il consent à conduire l’action militaire contre les Ammonites. Néanmoins, l’Esprit de l’Éternel est venu sur lui et ce chef juge a montré des qualités certaines. Ainsi, il a commencé par négocier une paix sans compromission, ensuite il a conduit avec panache une campagne militaire victorieuse, et enfin il a respecté ses engagements envers l’Éternel. Cependant, c’est un individu bourru : son vœu empreint de superstition païenne ajouté à sa méconnaissance de la Loi l’a conduit dans une impasse. Après quoi, ses habitudes de hors-la-loi l’ont poussé à une guerre fratricide et sanglante contre la tribu d’Éphraïm. Après Jephté viennent trois juges qui sont tellement ternes et sans couleur spirituelle qu’ils ne méritent pas le titre de chef.

Chapitre 13

Verset 1

Tout cela nous conduit au chapitre 13 avec l’histoire de Samson qui a inspiré plus d’un cinéaste. Je commence à lire.

Les Israélites recommencèrent à faire ce que l’Éternel considère comme mal, et l’Éternel les livra au pouvoir des Philistins pendant quarante ans (Juges 13.1).

La spirale descendante et monotone d’Israël conduit à la septième apostasie qui ouvre la voie à une nouvelle et longue période d’oppression qui en gros couvre les 40 années de vie de Samson dont les 20 ans de son activité comme chef juge. Dans la réalité, nous faisons marche arrière parce que l’oppression des Philistins a lieu en même temps que celle des Amonites. En effet, dans le chapitre 7 des Juges, nous avons lu :

Alors l’Eternel se mit en colère contre les Israélites et il les livra au pouvoir des Philistins et des Ammonites (Juges 10.7).

Les Philistins venus de Crète étaient déjà présents sur les bords de la Méditerranée, au sud-est du pays, mais ils arrivent en masse aux environs des années 1200 av. J-C et ils établissent alors une confédération de 5 villes.

Verset 2

Je continue.

À Tsorea vivait un homme de la tribu de Dan appelé Manoah. Sa femme était stérile et n’avait jamais pu avoir d’enfant (Juges 13.2).

Cette ville se trouve à 20 km à l’ouest de Jérusalem. À l’origine, elle a été attribuée aux descendants de Dan. Cependant, la majorité d’entre eux a quitté cette région pour chercher une terre plus hospitalière dans le nord du pays. Suite à cette migration, cette ville est annexée par Juda mais sa population comprend des membres des deux tribus.

Versets 3-5

Je continue.

Un jour, l’ange de l’Éternel apparut à cette femme et lui dit : Tu es stérile et tu n’as jamais eu d’enfant. Pourtant, tu vas être enceinte et tu donneras le jour à un fils. À partir de maintenant, prends bien garde de ne boire ni vin, ni autre boisson alcoolisée et de ne rien manger qui soit rituellement impur. Car tu vas être enceinte et tu mettras au monde un fils. Ce garçon sera consacré à Dieu dès le sein maternel : jamais il ne devra se couper les cheveux ou la barbe. C’est lui qui commencera à délivrer Israël des Philistins (Juges 13.3-5).

Cette histoire commence comme pour les naissances d’Isaac, de Samuel et de Jean-Baptiste, caractérisées par une intervention divine avec une annonce angélique du moins pour Isaac et Jean-Baptiste. Il ne semble pas que cette fois-ci, les Israélites aient crié à l’Éternel pour être délivrés de leurs oppresseurs. L’expérience de leurs ancêtres en Égypte ne leur ayant pas suffi, ils sont redevenus esclaves et s’en accommodent plutôt bien. Pourtant, la situation est catastrophique. Les Philistins, nombreux, bien armés et organisés autour de leurs 5 princes, font peser une lourde menace sur l’indépendance d’Israël. Alors, c’est Dieu lui-même qui prend l’initiative en vue de la reconquête du Pays promis qu’Israël est en train de perdre. Cette délivrance va commencer avec Samson puis se poursuivre avec le juge Samuel, le roi Saül et sera achevée par David.

L’enfant à naître va faire l’objet d’une consécration à Dieu qui est très inhabituelle. La mère est tenue d’observer les règles qui gèrent le vœu de naziréat (Nombres 6), ce qui veut dire « consécration ». En principe ce voeu est volontaire et il est soit pour une durée limitée soit pour toute la vie. Il comporte plusieurs restrictions : la pureté rituelle, l’abstention d’alcool et de tout produit dérivé de la vigne. Par ailleurs, les Naziréens ne doivent se couper ni poil ni cheveu, et ne pas toucher de cadavres. La seule condition qui est spécifiquement mentionnée pour Samson est de ne pas couper ses cheveux et sa barbe durant toute sa vie.

Chapitre 14

Versets 1-4

Nous arrivons maintenant au chapitre 14 qui continue le récit de Samson et décrit ses hauts faits qui, je le rappelle, sont exclusivement dus à la présence de l’Esprit de l’Éternel sur lui. La souveraineté divine va apparaître tout au long de la vie de cet homme qui par ailleurs n’a rien de vertueux, tant s’en faut. Je commence à lire.

Un jour, Samson se rendit à Timna, il y remarqua une jeune fille philistine. À son retour, il raconta la chose à ses parents et leur dit : J’ai remarqué une femme parmi les Philistines et je voudrais que vous alliez la demander en mariage pour moi. Ses parents lui répondirent : Est-ce qu’il n’y a pas de jeune fille dans ta tribu ou dans les autres tribus de notre peuple, pour que tu ailles chercher une épouse chez ces Philistins incirconcis ? Mais Samson dit à son père : C’est elle que je juge bon de prendre, va la demander pour moi ! Ses parents ne savaient pas que cela était dirigé par l’Éternel, car il cherchait une occasion de conflit avec les Philistins. En effet, en ce temps-là, les Philistins dominaient sur Israël (Juges 14.1-4).

À cette époque, ce sont les pères de famille qui font les démarches de demande en mariage, déterminent le prix de la fiancée et parfois choisissent l’épouse pour leurs enfants. Cependant, les Philistins ayant adopté les dieux cananéens, une telle union n’est pas permise par la Loi de Moïse, d’où l’inquiétude des parents. Mais Samson insiste et dit en substance : « C’est celle-ci que je veux et pas une autre. » Il n’a pas fini d’en faire voir de toutes les couleurs, et surtout des vertes et des pas mûres, à ses parents. En réalité, cette liaison normalement interdite est voulue par l’Éternel qui utilise l’appétit sexuel de notre héros pour préparer un guet-apens et accomplir son objectif qui est d’affaiblir les Philistins. Par ailleurs, ce n’est pas un mariage comme les autres parce que la jeune mariée reste dans sa propre famille. Son mari ne viendra la voir que de temps en temps et les enfants issus de cette union appartiendront à la famille de leur mère.

Versets 5-7

Je continue.

Samson se rendit donc avec son père et sa mère à Timna. Quand ils arrivèrent près des vignobles de la ville, tout à coup un jeune lion marcha sur lui en rugissant. Alors l’Esprit de l’Éternel fondit sur lui et, les mains nues, Samson déchira le lion en deux, comme on le fait d’un chevreau. Il se garda de raconter la chose à ses parents. Ensuite, il alla faire sa déclaration à la femme qui lui plut beaucoup (Juges 14.5-7).

Avec Samson, il va y avoir des drôles d’histoires. Ses parents l’ont précédé pour aller faire les transactions de mariage. Il flâne en route quand un des nombreux lions qui, à cette époque, se trouvaient en Palestine, a une très mauvaise idée; mal lui en prend d’attaquer Samson car c’est là en deux temps trois mouvements que brutalement se termine sa carrière de roi des animaux. Comme si rien ne s’était passé, Samson continue son chemin en sifflotant pour aller faire la connaissance de sa belle que jusqu’à présent il a seulement aperçue de loin.

Versets 8-9

Je continue.

Lorsqu’il revint, quelque temps après, pour l’épouser, il fit un détour pour aller voir le cadavre du lion, et voici qu’il trouva dans la carcasse un essaim d’abeilles et du miel. Il en prit dans ses mains et, tout en marchant, il en mangea. Lorsqu’il eut rejoint ses parents, il leur en offrit, sans leur indiquer qu’il avait recueilli ce miel dans le cadavre du lion (Juges 14.8-9).

À cette époque, le mariage se faisait en deux temps. Il y avait tout d’abord les tractations légales et monétaires qui scellaient l’alliance. Ensuite, environ un an plus tard, avait lieu la cérémonie proprement dite et le début de la cohabitation des époux. C’est là que nous en sommes. Mais alors qu’il se rend chez sa dulcinée, Samson fait un détour pour voir les restes du lion qu’il a coupé en deux. Sa chair ayant été mangée par les charognards, il ne reste plus que les os blanchis par le soleil d’Orient. C’est à l’intérieur du squelette que s’est installé un essaim d’abeilles. En effet, celles-ci ne s’établissent pas dans un cadavre en putréfaction. Certains auteurs pensent que Samson a violé le code naziréen en touchant le cadavre du lion, mais ce n’est plus qu’un tas d’os. Par contre, quand il l’a tué, il est forcément entré en contact avec un animal mort mais les Naziréens ont parfaitement le droit de tuer pour se défendre. Donc, jusqu’à présent, Samson est fidèle à sa vocation. Cela dit, sa conduite n’est pas facile à comprendre car de temps en temps, il se met au service de Dieu qui se saisit de lui pour infliger une sévère défaite aux Philistins, les ennemis d’Israël. Mais à côté de ça, cet homme se comporte comme une brute sans foi ni loi. Invincible de naissance, il utilise ce don pour satisfaire ses passions. Bien sûr, il n’est pas le seul à utiliser son potentiel pour lui-même; tout le monde est coupable de cette faute et moi aussi. En fait l’égoïsme, la convoitise, ce désir de s’élever en possédant, est la plaie de la race humaine. C’est sans aucun doute la raison pour laquelle Jésus a dit à ceux qui voulaient le suivre :

Quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple (Luc 14.33).