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26 août 2026

Jude 1.11-13

Chapitre 1

Introduction

Je peux penser à plusieurs situations où je me suis trouvé dans de sales draps mais que j’aurais pu éviter si j’avais tenu compte d’une expérience pénible similaire qui m’était déjà arrivée. C’est un américain du nom de George Santayana (1863-1952), qui de son état est poète, philosophe et critique littéraire, qui a dit : « Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le répéter ». Cette affirmation se confirme souvent et aussi bien pour une nation que pour un individu, et elle est particulièrement vraie dans le cas des faux prophètes qui font l’objet des foudres de Jude. Comme ils ne tiennent aucun compte du jugement qu’ont subi les apostats qui les ont précédés, ces enseignants de mensonge devront le subir également. Jude comprend l’importance cruciale de connaître l’Histoire. Il s’est déjà inspiré du châtiment dont ont été victimes les Hébreux « sortis d’Égypte qui avaient refusé de faire confiance au Seigneur; les anges qui ont abandonné leur demeure au lieu de conserver leur rang; les habitants de Sodome, de Gomorrhe et des villes voisines » (Jude 5-7). Jude continue sur sa lancée et dresse le portrait de trois apostats tristement célèbres: Caïn, Balaam et Qoré. Je continue de lire la lettre de Jude.

                       

            Malheur à eux_! Ils ont marché sur les traces de Caïn_; par amour du gain, ils sont tombés       dans la même erreur que Balaam_; ils ont couru à leur perte en se révoltant comme Qoré.

Verset 11

Avec « Balaam », Jude expose le motif fondamental qui sous-tend la conduite perverse des faux enseignants: ils se conduisent envers les croyants comme s’ils étaient des vaches à lait ou des moutons faciles à tondre (Psaumes 10:3; 1Timothée 6:10; 2Pierre 2:3). Contrairement aux vrais bergers de Dieu (1Timothée 3:3; Tite 1:7; 1Pierre 5:2), les mercenaires religieux du premier siècle, sont tout aussi cupides que Balaam, un personnage à la fois curieux et sinistre. En effet, tout porte à croire qu’au début de sa carrière, cet homme est un véritable prophète de l’Éternel, mais l’appât du gain a raison de lui et il trahit la cause de Dieu. Devenu renégat, Balaam est le prototype du faux prophète ou religieux cupide qui œuvre pour son propre bénéfice. Les Écritures le présentent comme quelqu’un de très ambigu, un vrai prophète mais avec la mentalité de mercenaire. A un certain moment, il retourne sa veste et choisit d’utiliser le don que Dieu lui a donné pour garnir son porte-feuilles. Il devient ainsi une sorte d’agent double. Il mute en un prophète à gages parce qu’il veut à tout prix toucher le gros lot que lui promet le roi des Moabites (Balaq; Nombres 22.4 ss). En effet et selon ce qu’écrit Moïse dans le livre des Nombres, ce monarque est terrifié par l’arrivée des Hébreux aux portes du pays de Canaan parce qu’il les considère, et à juste titre, comme une sérieuse menace pour son trône. Sachant qu’il ne peut les vaincre sur le champ de bataille, il loue les services de Balaam (Nb 22-24) pour que ce dernier les maudisse car de toute évidence il en a le pouvoir. Mais Balaam commet une série d’erreurs, la plus grave étant de vouloir coûte que coûte s’enrichir. L’appât du gain lui fait tourner la tête au point où il croit que l’Éternel accepte de maudire son peuple. Peut-être pense-t-il qu’à cause de leurs rébellions répétées, les Hébreux ont fini par épuiser la patience du Seigneur. Mais Balaam se trompe lourdement et quand il tente de prononcer une malédiction sur Israël, il est forcé de le bénir. C’est pour lui une cuisante défaite et une humiliation devant le roi Balaq. Mais Balaam a plus d’un tour dans son sac et il réussit quand même à obtenir son sale fric en suggérant à Balaq d’utiliser les femmes plantureuses de son peuple pour aguicher les Israélites afin qu’ils s’engagent avec elles dans des relations sexuelles illicites et se courbent bien bas devant leurs idoles. Ce plan machiavélique conçu par Balaam marche comme sur des roulettes et les Israélites en pâtissent amèrement car ils subissent un châtiment sévère de la part de l’Éternel. Dans le livre des Nombres, on lit: « Israël demeurait à Chittim; et le peuple se mit à se livrer à la débauche avec les filles de Moab. Elles invitèrent le peuple aux sacrifices de leurs dieux; et le peuple mangea et se prosterna devant leurs dieux. Israël s’accoupla avec Baal–Peor, et la colère de l’Éternel s’enflamma contre Israël » (Nombres 25.1-3). Balaam rentre chez lui plein aux as, avec des sous plein les poches tout en croyant que Dieu effacera le nom d’Israël de dessous les cieux. Mais c’est sans compter que Dieu est miséricordieux et fidèle aux promesses qu’il a faites à son serviteur Abraham. Si Dieu punit les coupables, il pardonne aussi les péchés de ceux qui s’humilient devant lui.

Depuis cette sinistre affaire, les Écritures désignent Balaam comme le chef de file des infidèles. Il est tombé à cause de son amour pour l’argent (1Timothée 6.10; Hébreux 13.5), mais on peut se vendre pour n’importe quoi: la proéminence, les applaudissements du public, le sexe, le statut social, pour tout ce qui caresse son petit ego.

Le troisième individu que Jude cite à titre d’exemple d’apostat est « Qoré ». Cousin de Moïse, c’est un lévite dont la fonction consiste à s’occuper des aspects pratiques liés au culte de l’Éternel. Mais un jour, Qoré envie la position de Moïse et dans le livre des Nombres, on lit que : « il conspira avec trois Rubénites_: Datan, Abiram, fils d’Eliab, et On, fils de Péleth. Ils se soulevèrent contre Moïse avec deux cent cinquante autres Israélites, des chefs de la communauté, des membres du conseil, des hommes considérés. Ils s’attroupèrent autour de Moïse et d’Aaron et leur lancèrent_: –_C’en est assez_! C’est la communauté tout entière qui est sainte et l’Éternel est au milieu de nous tous. De quel droit vous mettez–vous au–dessus de la communauté de l’Éternel_? » (Nb 16.1-3). C’est par pur orgueil que Qoré se rebelle contre l’autorité que Dieu a donnée à Moïse, autorité qu’il a reçue bien malgré lui (Exode 3.1-4.16). Qoré rallie d’autres mécontents à sa mutinerie et fomente un coup d’état. Il va sans dire que l’Éternel n’apprécie pas du tout et met une fin brusque et définitive à cette révolte. Le texte dit: « La terre s’ouvrit et les engloutit, eux et les leurs, ainsi que tous les partisans de Qoré et tous leurs biens. Ces hommes descendirent vivants dans le séjour des morts avec tous les leurs, et la terre se referma sur eux. C’est ainsi qu’ils disparurent du milieu de l’assemblée » (Nb 16:32-35). À la suite de ce châtiment et assez curieusement, d’autres Israélites se mettent eux aussi à murmurer contre Moïse et Aaron. La conséquence ne tarde pas car Dieu frappe alors le peuple d’une plaie qui tue 14 700 Israélites (Nombres 16:41-50).

Cet incident montre combien l’influence de Qoré était grande parmi le peuple. L’auteur de l’épître aux Hébreux dit: « Veillez à ce que personne ne passe à côté de la grâce de Dieu, qu’aucune racine d’amertume ne pousse et ne cause du trouble en empoisonnant plusieurs d’entre vous » (Hébreux 12.15). Aujourd’hui, beaucoup d’apostats font un grand nombre de disciples, cependant, et à l’instar de Qoré, ils subiront tous la colère de Dieu. Je continue la lettre de Jude.

 

                        Leur présence sont des écueils dans vos repas communautaires. Ils se remplissent la panse                    sans vergogne, et ne s’intéressent qu’à eux–mêmes. Ils sont pareils à des nuages qui ne                           donnent pas de pluie et que les vents emportent, à des arbres qui, à la fin de l’automne, n’ont                 encore donné aucun fruit_: ils sont deux fois morts, déracinés (Auteur).

Verset 12

Dans plusieurs de ses paraboles, Jésus utilise les phénomènes naturels pour illustrer des vérités spirituelles (Matthieu 13; 24:32-34; Luc 13:6-9;15:3-7). Jude pour sa part, compare les apostats à cinq calamités: « des écueils, des nuages sans eau, des arbres d’automne sans fruits », et au verset suivant, « des vagues furieuses et des astres errants ».

Un écueil est un rocher ou un banc de sable qui se trouve à fleur de l’eau. Il est très dangereux pour la navigation parce qu’on l’aperçoit trop tard, juste avant que le navire ne s’échoue ou ne se brise contre lui. Comme les écueils, les apostats se dissimulent dans les agapes de l’Église primitive. Ces festivités sont alors l’occasion pour les croyants de partager ensemble la communion fraternelle ainsi qu’un repas à la fortune du pot. Les hérétiques qui de toute évidence ont réussi à occuper une position d’autorité dans l’assemblée, profitent de ces repas conviviaux, déjà pour se remplir la panse, mais surtout comme plate-forme pour étendre leur influence néfaste et amorcer par leurs mensonges les âmes mal affermies dans la vérité.

En second lieu, Jude compare les apostats à « des nuages qui ne donnent pas de pluie et que les vents emportent ». Dans les pays arides comme la Palestine, la pluie ainsi que les nuages qui l’amènent, sont une bénédiction. Par contre, les nuages moutonnés, floconneux, filamenteux ou en voile blanchâtre qui ne font rien d’autre que passer sont de fausses promesses; ils ne donnent jamais d’eau. Le roi Salomon dit: « Celui qui se vante de sa libéralité sans rien donner fait penser au nuage amené par le vent et qui n’apporte pas la pluie » (Proverbes 25:14). De nos jours, il existe beaucoup d’ecclésiastiques qui portent de grandes soutanes et qui parlent avec grandiloquence. Entre les habits multicolores et la pompe qui les accompagne, ils impressionnent la galerie, mais ce sont des ballons de baudruche vides et ratatinés. Tous les apostats religieux sont ainsi, ils n’ont rien à dire, aucune parole venant de Dieu à partager.

L’idée « des nuages que le vent emporte » fait penser à une girouette. Ces renégats sont évidemment très peu enclins à parler des Écritures qu’ils ne connaissent pas, alors, leur sujet de conversation et de prédication porte principalement sur les derniers événements colportés de bouche à oreille. Il ne s’agit pas de la dernière robe de gala de l’impératrice qui ne passionne que les courtisanes du palais impérial. Par contre, la politique et les philosophies en vogue auraient beaucoup de succès auprès des lecteurs du quotidien « Nouvelles de Rome » si ce journal avait existé. On peut donc parier que ces sujets font les choux gras des renégats.

Le mot grec traduit par « qui ne donnent pas de pluie » (anudroi) apparaît dans les évangiles de Matthieu (12.43) et de Luc (11.24-26) où il est traduit par « lieux arides, désertiques ». Jésus utilise ce mot pour expliquer la situation d’un démon après avoir été chassé de la personne qu’il avait soumise à sa volonté. Ce que dit Jude des enseignants de mensonge correspond donc au lieu de perdition des mauvais esprits décrit par Jésus. Ce lien n’est pas fortuit mais rappelle que les apostats ont une origine démoniaque.

En troisième lieu, Jude compare les hérétiques à « des arbres qui, à la fin de l’automne, n’ont encore donné aucun fruit », et pour faire bon poids bonne mesure, il ajoute que « ils sont deux fois morts, déracinés ».

L’automne est la saison où se font les grandes récoltes de fruits et de légumes qu’on engrange pour l’hiver. Dans une société agraire et qui dépend donc de l’agriculture pour survivre comme c’est le cas en Palestine, s’il n’y a rien ou peu à récolter, c’est la catastrophe car il y aura risque de disette, de famine avec un effet boule de neige: affaiblissement des habitants, maladies, décès précoces, incapacité de se défendre contre un ennemi, et même disparition de toute une population. Il semble d’ailleurs que plusieurs civilisations d’Amérique du sud, pourtant puissantes comme les Mayas ou les Incas, ont disparu suite à plusieurs années consécutives de mauvaises récoltes.

Jude compare la profession de foi creuse et l’absence de réalité spirituelle chez les apostats à une récolte inexistante. Et Jésus dit « Gardez–vous des faux prophètes_! Vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Matthieu 7.15-16). Et s’il n’y a aucun fruit ? Dans l’évangile selon Matthieu, on lit: « Voyant un figuier sur le chemin, Jésus s’en approcha_; mais il n’y trouva que des feuilles, et il lui dit_: Que jamais fruit ne naisse de toi_! Et à l’instant le figuier sécha » (Matthieu 21.19). En parlant des Pharisiens qui sont de véritables religieux apostats, Jésus dit: –_Toute plante que mon Père céleste n’a pas lui–même plantée sera arrachée (Matthieu 15.13). Je continue la lettre de Jude

 

                        Ils ressemblent aux vagues furieuses de la mer qui rejettent l’écume de leur honte, à des                         astres errants auxquels est réservée à perpétuité l’obscurité des ténèbres.

Verset 13

Jude ne lève pas le pied car il est toujours aussi virulent à l’égard des enseignants de mensonges. En grec, le mot pour « honte » est au pluriel ce qui signifie que les apostats se rendent coupables de plusieurs conduites répréhensibles. Dans son épître aux Philippiens, l’apôtre Paul écrit: « il en est beaucoup qui vivent en ennemis de la croix du Christ. [..] Ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur fierté dans ce qui fait leur honte, leurs pensées sont toutes dirigées vers les choses de ce monde » (Philippiens 3.18,19).

Les Écritures emploient souvent l’image de la mer en furie pour représenter les mécréants; par exemple, le prophète Ésaïe écrit: « les méchants ressemblent à la mer agitée qui ne peut se calmer et dont les flots agitent la vase et le limon » (Ésaïe 57:20). Après une tempête, la côte est jonchée de débris et de fange, de la saleté en somme. Quant à « l’écume », elle porte aussi des impuretés que soulèvent les vagues. Non seulement l’écume ne sert à rien mais elle pollue l’environnement. Ici, ces déchets représentent le comportement corrompu des apostats. Par leurs paroles creuses et leur conduite dépravée, ils sont comme les vagues furieuses de la mer qui ne produisent que des impuretés: l’imposture, l’immoralité et l’arrogance.

Ensuite, dit Jude, les enseignants de mensonge sont comparables « à des astres errants », une image qui fait aussi penser aux chiens errants. Ces astres ne sont pas des corps célestes qui brillent à partir d’une orbite fixe mais des météorites ou étoiles filantes en perdition qui traversent le ciel sans suivre de trajectoire précise, puis disparaissent à tout jamais dans l’obscurité des ténèbres de l’espace sidéral.

Pareillement, la plupart des hérétiques ne durent guère; ils apparaissent sur la scène religieuse pendant un temps, promettent la lune puis s’éteignent aussi vite qu’un feu de paille. Dans sa seconde épître, l’apôtre Pierre écrit que « Dieu leur a réservé une place dans les ténèbres les plus profondes (2Pierre 2.17) où ils iront rejoindre les anges qui ont péché_: qui ont été précipités dans l’abîme où ils sont gardés pour le jugement, enchaînés dans les ténèbres » (2Pierre 2.4).

Dans les Écritures il existe plusieurs symboles pour le jugement final; les deux principaux sont « le feu » et « les ténèbres », mais ces images représentent des réalités non matérielles. Se brûler fait très mal mais il y a bien pire comme souffrance. Pensez à une jeune mère qui voit son enfant de quatre ans écrasé par une voiture juste là devant ses yeux ; sa détresse est inexprimable. Celui qui entre dans l’éternité sans le Sauveur se retrouve seul avec lui-même mais avec le poids de toutes ses fautes qui pèsent sur lui. Il est constamment rongé de remords et tourmenté par sa culpabilité; c’est « le ver rongeur qui ne meurt point » que Jésus mentionne dans l’évangile (Marc 9.48). Bien qu’il soit dans les ténèbres les plus épaisses, le pécheur non pardonné voit défiler devant lui, interminablement dans son esprit, tous les péchés qu’il a commis contre Dieu. L’angoisse ne le quitte jamais ; l’horreur!

Par contre, l’enfant de Dieu qui meurt entre dans un palais de lumière, le royaume de Dieu, parce que tous ses péchés lui ont été pardonnés quand il s’est humilié devant le Seigneur Jésus. Cela ne veut pas dire que tout est en ordre car il va devoir passer à la casserole, comparaître devant un tribunal (2Corinthiens 5.10) où sa vie de disciple sera passée au peigne fin. Cependant, dans le pire des cas il ne recevra aucune récompense et sera assigné à une résidence exigu, ne jouira d’aucun privilège particulier, mais il sera quand même dans le royaume des cieux.

Les descriptions très parlantes de Jude, les comparaisons avec les renégats du passé et les analogies avec des phénomènes naturels servent à brosser un portrait pris sur le vif des apostats du premier siècle. On apprend ainsi qu’ils tordent le sens des Écritures et déforment la vérité concernant la personne du Christ. Les apostats constituent la pire espèce de mauvaise graine qui soit; ce sont des imposteurs, des hypocrites, des traitres, des pécheurs effrontés et débauchés, des hédonistes ignobles, des faux bergers et des loups.

Par contraste, les vrais bergers ont une compréhension juste de l’enseignement des Écritures et connaissent intimement le Seigneur. Ils ont une attitude empreinte d’humilité et de soumission envers lui, et ils prennent au sérieux la déclaration de Jésus qui dit: « Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14:6). Par contre, les enseignants de mensonges préfèrent la voie de Caïn, c’est-à-dire leur propre tambouille religieuse à la voie du Christ, « le seul chemin, la vérité et la vie » (Jean 14.6); ils choisissent l’appât du gain de Balaam à l’amour de Dieu; ils ont joint la rébellion de Qoré plutôt que la soumission au Christ. Malheur à eux et à tous ceux qui s’engagent dans les mêmes actes d’insubordination contre le Seigneur du ciel et de la terre.

 

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.

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