Chapitre 4

Introduction

Après le baccalauréat, par un coup de piston d’un ami de mon père, j’aurais pu continuer mes études dans une école du bâtiment très recherchée. Mais après réflexion, je change d’avis et décide de faire mon service militaire immédiatement. Seulement, je ne savais pas trop comment annoncer cette nouvelle à cette personne qui m’avait pistonné. Finalement, je prends mon courage à deux mains et je lui dis franchement ce qu’il en est. Eh bien à ma grande surprise, il n’a pas été déçu le moins du monde et m’a dit : « Ne t’en fais pas, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ». C’est un peu cru mais ça dit bien ce que ça veut dire.

Les êtres humains dont je fais partie sont de vraies girouettes, des caméléons qui modifient leur pas de danse pour un oui ou pour un non ; on ne peut jamais être certain de quoi que ce soit. Mais avec Dieu c’est différent parce qu’il n’a pas de saute d’humeur et ne change pas. Dans le livre des Nombres et dans Malachie, on lit :

Dieu n’est point un homme pour mentir, ni fils d’un homme pour se repentir. Ce qu’il a dit, ne le fera-t-il pas ? Ce qu’il a déclaré, ne l’exécutera-t-il pas ? (Nombres 23:19). Je suis l’Éternel, je ne change pas (Malachie 3.6 ; LSG).

En fait, il n’existe pas de raison pour laquelle Dieu pourrait changer d’avis puisqu’il connaît le début et la fin de toute chose. Par le prophète Ésaïe, il déclare :

J’ai annoncé depuis longtemps les choses du passé, j’en ai parlé, je les ai fait entendre, puis, soudain, j’ai agi, et cela s’est produit (Ésaïe 48.3).

Tout ce qui est en train de se passer dans le monde en ce moment même et tout ce qui aura lieu ce soir, demain ou dans dix ans, tout ce que chaque être humain vit et ressent durant toute son existence, tout ce que les animaux et les plus petits organismes font, à chaque instant, est connu et ordonné d’avance par Dieu. Il sait tout et il décide tout. Dans le psaume 139, le roi David écrit :

Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient ; et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui m’étaient destinés, avant qu’aucun d’eux existât (Psaumes 139.16 ; LSG).

Lorsque le roi Assyrien Sennachérib a envahi Juda, le roi Ézéchias a prié l’Éternel, puis le texte dit :

Alors Ésaïe, […], envoya à Ézéchias le message suivant : – Voici ce que déclare l’Éternel, […] au sujet (de Sennachérib) du roi d’Assyrie. […] Par tes messagers tu as insulté le Seigneur, et tu as dit : Grâce à mes nombreux chars, moi j’ai gravi les sommets des montagnes, j’ai pénétré jusqu’au cœur du Liban ; pour y couper les cèdres les plus hauts et les plus beaux cyprès et parvenir jusqu’au dernier sommet dans sa forêt la plus touffue. J’ai fait creuser des puits et j’ai bu l’eau de pays étrangers, j’ai asséché sous les pas de mes troupes tout le delta du Nil. Mais ne sais-tu donc pas que, moi, j’ai décidé depuis longtemps tous ces événements, et que, depuis les temps anciens, j’en ai formé le plan ? À présent, j’accomplis ce que j’ai résolu. Et ainsi je t’ai amené à réduire en monceaux de ruines des villes fortifiées. […]. Mais moi je sais quand tu t’assieds, quand tu sors, quand tu rentres, quand tu t’emportes contre moi. Oui, tu t’emportes contre moi ! Tes discours arrogants sont parvenus à mes oreilles ; c’est pourquoi je te passerai mon anneau dans le nez et je te riverai mon mors entre les lèvres, puis je te ferai retourner par où tu es venu (2Rois 19.20-28 ; rsm.).

Dieu sait tout sur tout à tout moment, et l’avenir est un livre grand ouvert devant lui ; changer d’avis pour lui n’a donc aucun sens. Bon, maintenant qu’on a fait le tour de cette question, on peut passer à autre chose. Pas si vite ! Alors que Moïse est sur le mont Sinaï en train de recevoir les Tables de la loi, c’est à dire les X Commandements, le peuple hébreu resté dans la vallée organise une immense partouze. Je lis le texte :

L’Éternel dit à Moïse : Je vois que ce peuple est un peuple au cou roide. Maintenant laisse-moi ; ma colère va s’enflammer contre eux, et je les consumerai ; mais je ferai de toi une grande nation (Exode 32.9-10 ; LSG).

Suite à cette déclaration, Moïse monte au créneau et tente de faire plier l’Éternel en lui exposant les raisons pour lesquelles il doit revenir sur sa décision, et Moïse réussit. Le texte dit littéralement :

Et l’Éternel se repentit du mal qu’il avait déclaré vouloir faire à son peuple (Exode 32.14).

Pendant que Moïse parle à l’Éternel, Dieu écoute et se comporte comme si, convaincu par les arguments qui lui sont exposés, il se laissait convaincre et se rangeait de son avis. La réalité est un peu différente car la menace que l’Éternel à proférée contre Israël était en fait destinée à susciter une réaction de la part de Moïse, et il l’a eue ; Moïse est monté au créneau pour défendre l’honneur de Dieu en lui rappelant les promesses qu’il avait faites aux ancêtres du peuple coupable.

Dans cette histoire, ce ne sont pas les Israélites qui ont changé, mais Moïse leur porte-parole qui a joué son rôle de médiateur. Quand il s’est interposé, Dieu a plié parce qu’il respecte la fonction qu’il a lui-même assignée à Moïse, la fonction d’intercesseur. Si l’Éternel avait vraiment voulu consumer le peuple comme il le dit à Moïse, il l’aurait fait un point c’est tout. Mais Dieu est cohérent avec lui-même et choisit donc toujours de coopérer avec les hommes qu’il choisit comme serviteurs.

Ce fut aussi le cas avec Abraham concernant le jugement de Sodome. Cette histoire commence par une petite phrase qui dit : « Les gens de Sodome étaient méchants, et de grands pécheurs contre l’Éternel » (Genèse 13.13 ; LSG).

Plus tard, cette ville ainsi que toutes celles de la vallée de Siddim, ayant mis le comble à leurs péchés, Dieu décide d’intervenir. Il aurait alors pu embraser ces villes et l’affaire était réglée, mais non, il choisit une toute autre course d’actions. Dieu va voir Abraham et le texte nous révèle ses réflexions ; il se dit :

Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ? Il deviendra l’ancêtre d’une grande et puissante nation et une source de bénédictions pour tous les peuples de la terre. Car je l’ai choisi pour qu’il prescrive à ses descendants et à tous les siens après lui de faire la volonté de l’Éternel, en faisant ce qui est juste et droit ; ainsi j’accomplirai les promesses que je lui ai faites. Alors l’Éternel dit à Abraham : De graves accusations contre Sodome et Gomorrhe sont montées jusqu’à moi : leur perversité est énorme (Genèse 18.17-20).

Dieu semble avoir décidé de juger ces villes mais les dés ne sont pas encore jetés. Parce qu’il a choisi Abraham comme son représentant sur terre, il lui donne le pouvoir d’intercéder en faveur de Sodome et Gomorrhe, tout comme plus tard, Moïse le fera souvent pour le peuple d’Israël. Abraham se lance donc dans une longue argumentation où il demande à l’Éternel d’épargner ces villes s’il s’y trouve dix personnes justes, un nombre choisi par Abraham, et Dieu accepte le marché. On connaît la suite ; il n’y avait pas dix justes dans Sosome et en conséquence, toute les villes de la vallée de Siddim furent réduites en cendres.

Ici encore, on peut se poser la question : « Dieu peut-il se laisser fléchir comme un simple homme ? » À cette question, on est obligé de donner une réponse de normand : Oui et non. Qu’est-ce que j’aimerais pouvoir vivre dans un monde où je pourrais tout ranger dans deux casiers : un noir et l’autre blanc. Mais il arrive souvent que cette vision dualiste ne colle pas du tout avec la réalité et je suis alors obligé de placer les réponses aux questions épineuses dans un fourre-tout de couleur grise.

Il faut savoir que la volonté de Dieu a trois niveaux. Il y a d’abord ses décrets qui se situent au niveau du troisième ciel et qui chapeautent les deux autres niveaux. Les décrets s’appliquent de manière irrévocable. C’est ainsi que Dieu avait décrété qu’il ne consumerait pas son peuple et qu’il anéantirait Sodome et les autres villes maudites de la vallée de Siddim. En second lieu, il y a la volonté de Dieu sur terre où il est en interaction avec des hommes comme Abraham, Moïse ou Jonas. Cette volonté peut changer en fonction du comportement humain.

Dieu voulait que Moïse et Abraham intercèdent et il a accepté leur requête. Mais il y a ce que Dieu veut et ce qu’il laisse faire. Au tout début de l’histoire de Jonas, Dieu désire que son prophète aille prêcher à Ninive mais ce dernier refuse et s’embarque pour le fin fond de l’Espagne. Dieu ne veut pas cela mais il le laisse faire et lui permet de désobéir. A ce point du récit, il faut savoir que l’acte rebelle de Jonas fait partie des décrets de Dieu. Oui je sais que c’est choquant et je préférerais ne pas dire des choses pareilles, mais il n’y a pas d’autres possibilités si on admet comme postulat que Dieu est absolument souverain sur son univers.

L’Éternel qui renonce, qui change d’avis, qui se repent, est une façon de parler anthropomorphique, c’est-à-dire que certaines caractéristiques humaines lui sont attribuées et il est décrit comme s’il était un être humain. Par exemple, dans le second livre des Chroniques, on lit que « Les yeux de l’Éternel parcourent toute la terre » (2Chroniques 16.9 ; Ost). Est-ce que cette affirmation signifie que Dieu a des yeux comme vous et moi, et s’il en a, sont-ils bleus, gris ou verts ? Bien sûr que non ! Comme Dieu est esprit (Jean 4.24), il ne possède pas de corps. Cependant, Celui qui a créé les yeux peut voir et il voit tout.

Il existe beaucoup d’autres exemples de traits humains appliqués à Dieu. Ainsi, Moïse dit que « l’Éternel a combattu pour Israël à main forte et à bras étendu », une expression qui revient souvent surtout dans le livre du Deutéronome (4.34 ; 5.15 ; 7.19 ; 9.29 ; 11.2 ; 26.8 ; etc. ; LSG), et dans le psaume 19, David écrit :

L’étendue céleste publie l’œuvre des mains de Dieu (Psaumes 19.1).

Pourtant, le Créateur n’a ni main ni bras puisqu’il est Esprit.

Dans les Écritures, il est souvent fait mention de la colère de l’Éternel qui s’enflamme (Exode 4.14 ; etc. ; LSG). C’est vrai, mais Dieu ne se fâche pas comme moi pour des enfantillages car sa colère est sainte, dépourvue des tares humaines et dirigée contre l’injustice et ceux qui font le mal. Par ailleurs, Dieu maîtrise parfaitement sa colère car il ne veut pas que le méchant périsse mais qu’il se repente et vive (Ézéchiel 18.23 ; 33.11). Le dernier sentiment de Dieu que je veux citer est souvent mentionné par l’apôtre Jean qui écrit : « Dieu est amour » (1Jean 4.8, 16).

Dieu se repent pas comme un être humain. Si moi je me rends compte que j’ai mal agi, je le reconnais, je le confesse à Dieu et je prends la résolution de ne pas recommencer. Mais Dieu ne se repent pas de cette manière car fondamentalement, il ne change jamais d’avis. Il ne s’est pas dit : « J’ai vu rouge et j’ai voulu détruire Ninive, mais maintenant que j’ai réfléchi, ce n’est peut-être pas une très bonne idée et je vais donc retenir mon bras ».

Quand Jonas commence à déclarer que Ninive serait détruite, il donne à ses habitants le choix entre deux options. En effet, d’une part, ils peuvent se moquer du prophète, ignorer son message ou même lui couper la tête. Mais dans ce cas, l’Éternel se fâchera et les anéantira. Dieu n’a jamais changé d’avis sur ce point-là.

Mais d’autre part, les habitants de Ninive ont la possibilité de croire Jonas et de s’humilier devant l’Éternel, alors il renoncera à les juger, ce qui a toujours été l’intention de Dieu. Ceux qui rejettent le message de la grâce sont jugés pour leurs fautes, mais s’ils courbent l’échine devant lui, il leur pardonne. C’est très simple et c’est toujours comme ça. Dieu ne change pas d’avis d’un jour à l’autre. L’Éternel a menacé les habitants de Ninive de les exterminer, mais comme ils se sont repentis, il renonce à les juger. Dieu ne fait jamais qu’agir en fonction d’un principe qu’il a lui-même établi. En effet, dans le livre d’Ézéchiel on lit :

Quand bien même j’aurais dit au juste qu’il vivrait, si, fort de sa droiture, il se met à commettre le mal, on ne tiendra plus compte de toute sa droiture et il mourra à cause du mal qu’il aura commis. Et quand bien même j’aurais dit au méchant : Tu vas mourir, s’il abandonne ses fautes et fait ce qui est droit et juste, il vivra. – On ne tiendra plus compte de tous les péchés qu’il a commis ; puisqu’il a fait ce qui est droit et juste, il vivra (Ézéchiel 33.13-14, 16).

Cela dit, les habitants de Ninive ne sont pas épargnés définitivement ; leur jugement est seulement différé afin de montrer à Jonas et à Israël que l’Éternel est aussi le Dieu des païens, et que parmi ceux-ci, il peut quand il le trouve bon, créer un peuple bien disposé qui lui appartienne.

Comme je l’ai déjà dit, la repentance des Assyriens de Ninive a pour seul but d’éviter le châtiment divin. Elle n’a eu aucune répercussion sur la vie de la nation. Cependant, cet empressement des habitants de Ninive à s’humilier devant l’Éternel montre qu’il y a quelque chose de bon chez eux et qu’ils ne sont pas seulement des brutes épaisses mûres pour le jugement. Pour ces raisons, Dieu leur fait grâce pour le moment. Mais quelque cent cinquante ans plus tard, quand la mesure de leurs fautes sera à son comble, la ruine qu’annoncera le prophète Nahum s’accomplira par les forces conjuguées des Mèdes (le roi Cyaxare) et des Babyloniens (Nabopolassar gouverneur de Babylone) qui investissent Ninive et la détruisent.

Certains théologiens d’obédience libérale rejettent l’historicité des événements du livre de Jonas parce que la repentance des Assyriens n’est pas mentionnée dans les livres des Chroniques ou les livres des Rois. Mais cette omission n’a rien d’étonnant car les rédacteurs des livres historiques de l’Ancien Testament ne se préoccupent pas de ce qui se passe dans les nations païennes, sauf lorsque ces événements concernent directement les fortunes de Juda ou d’Israël Nord, et il faut en plus que ces événements fassent partie des archives nationales de l’un des deux royaumes. Il aurait en effet été étrange pour l’un des auteurs des livres historiques de parler d’événements qui se déroulent en Assyrie chez un peuple éloigné d’au moins 900 km, et qui de plus est, n’a pas été enregistré dans les annales officielles des rois israélites.

Nous arrivons petit à petit au chapitre quatre du livre de Jonas, mais avant de l’aborder il est intéressant de remarquer le parallélisme qui existe entre le premier et le troisième chapitre. En effet, dans les deux cas, devant une situation de péril (Jonas 1.4 ; 3.4), les marins, puis les habitants de Ninive réagissent pour essayer de sauver leur peau (Jonas 1.5 ; 3.5). Puis on assiste à l’intervention du capitaine du bateau et du roi de l’agglomération de Ninive (Jonas 1.6 ; 3.6). Ensuite les marins puis les Assyriens font tout ce qui est en leur pouvoir afin d’avoir la vie sauve (Jonas 1.13-15 ; 3.7-9), ce qui inclut invoquer la miséricorde divine (Jonas 1.14 ; 3.8) en espérant que peut-être ils ne périront pas (Jonas 1.6 ; 3.9). Enfin, dans les deux cas, Dieu leur fait grâce (Jonas 1.15 ; 3.10).

Le chapitre quatre du livre de Jonas ressemble à un post-scriptum de l’histoire parce qu’à la fin du chapitre trois, la mission que l’Éternel a confiée à son prophète a été bien remplie et couronnée de succès.

Verset 1

Si suite à l’une de mes prédications, toute une ville ou région s’était repentie en invoquant l’Éternel, j’aurais envoyé un message à tous les croyants que je connais pour qu’ils se réjouissent et louent Dieu avec moi, mais pas Jonas. Il vient d’être l’acteur de l’un des plus grands mouvements de réveil spirituel qui a jamais eu lieu en ce bas monde, mais au lieu de se réjouir il en est malade. Et si je venais féliciter Jonas pour son action, il me fusillerait du regard tellement il est furieux. Le premier verset du chapitre quatre est :

Mais cela déplut grandement à Jonas qui se mit en colère (Jonas 4.1 ; Auteur).

Le mot « Mais » établit un contraste entre la compassion de Dieu et la dureté de cœur de Jonas, entre Dieu qui se détourne de sa colère et Jonas qui est grandement mécontent. L’auteur utilise une fois encore le mot « grand ». Si je ne me trompe pas, il apparaît 13 fois dans le texte hébreu du livre de Jonas.

Le passage ne précise pas la raison de la colère de Jonas mais la suite du récit (Jonas 4.5) montre que l’Éternel lui a dit (comparez Amos 3.7) qu’il a pardonné aux habitants de Ninive. La réaction de colère du prophète est due au fait, d’une part, que sa menace ne s’est pas réalisée et il est vexé, et d’autre part, que sa crainte initiale est confirmée : les Assyriens repentants ont droit à la grâce de Dieu alors qu’ils se sont déjà montrés hostiles envers les Israélites. Les Juifs acceptent la miséricorde de Dieu mais seulement pour eux-mêmes ; ils font bon marché des païens qu’ils vouent sans pitié au châtiment divin.

Tout au long de ce récit, les païens, qu’ils soient marins ou habitants de Ninive, sont peints sous un jour favorable ce qui les rend sympathiques aux lecteurs. Jonas par contre, apparaît toujours comme le vilain et on pourrait le comparer à un enfant capricieux à l’humeur changeante. D’abord il désobéit carrément à l’ordre de l’Éternel, ensuite dans le ventre du poisson, il lui rend grâces pour sa miséricorde. Puis il lui obéit promptement, et maintenant le voilà profondément découragé et fâché contre Dieu.

Verset 2a

Je continue de lire le chapitre 4.

Il adressa cette prière à l’Éternel : Ah, Éternel ! Je l’avais bien dit quand j’étais encore dans mon pays. Et c’est pour prévenir cela que je me suis enfui à Tarsis (Jonas 4.2 a).

La dernière fois que Jonas a prié, il était dans le ventre d’un animal aquatique. Ici, il est hors des limites du triangle de Ninive (Jonas 4.5) car il est monté sur les collines qui se trouvent à l’est et il a installé son camping-car au bord du désert, ou quelque chose comme ça, et on peut lire sur son visage qu’il est complètement abattu.

Dans sa prière, il expose clairement la raison pour laquelle il avait décidé de fuir à Tarsis en Espagne, plutôt que d’aller à Ninive en Mésopotamie. Son nationalisme l’empêchait d’accepter que Dieu fasse grâce à la puissance ennemie de son peuple, le royaume israélite des X tribus du Nord, parce qu’un jour les Assyriens le détruiraient.

Si dès le début du livre Jonas avait révélé ses motivations, le lecteur aurait peut-être partagé son point de vue. Mais Jonas à rédigé son récit de façon à ce que le lecteur éprouve de la sympathie, d’abord pour les marins païens, et ensuite pour les habitants de Ninive. À ce stade du récit, on ne peut plus approuver Jonas parce qu’il opère selon le principe retors de deux poids deux mesures. En effet, alors qu’il a bénéficié de la grâce de Dieu qui l’a sauvé de la noyade, il trouve normal que l’Éternel éprouve de la miséricorde envers les Israélites mais il la refuse aux Assyriens. Je suis prêt à déclarer Jonas coupable, mais l’Éternel va au contraire essayer de l’amadouer et de le raisonner gentiment. Heureusement que Dieu, lui, « est plein de grâce et de compassion, lent à se mettre en colère et riche en amour, et qu’il renonce volontiers aux menaces qu’il profère » (Jonas 4.2b).

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.