Chapitre 5

Versets 4-9

Comme la plupart d’entre vous, j’ai appris qu’il y a une méthode douce et une dure pour apprendre non seulement les leçons d’école, mais aussi celles de la vie. Je préfère la première, vu que je n’aime pas les coups de bâton. Pourtant, j’ai aussi dû expérimenter la deuxième, parce qu’il m’arrive d’être têtu comme un âne rouge. Cette description convient à beaucoup et aussi au roi d’Égypte qui refuse obstinément de libérer le peuple d’Israël qu’il tient esclave. Je continue à lire dans le chapitre 5 de l’Exode.

Mais le pharaon leur demanda : — Moïse et Aaron, pourquoi détournez-vous le peuple de ses travaux ? Retournez à vos corvées ! Il ajouta : Ces gens sont maintenant très nombreux dans le pays. Et vous voudriez leur faire interrompre leurs corvées ! Ce même jour, le pharaon donna aux chefs de corvées et aux surveillants du peuple l’ordre suivant : — Vous ne fournirez plus de paille aux gens de ce peuple pour confectionner des briques, comme on l’a fait jusqu’ici ; ils iront eux-mêmes ramasser la paille nécessaire. Vous exigerez d’eux la même quantité de briques qu’auparavant, pas une de moins, car ce sont des fainéants ; c’est pour cela qu’ils exigent de pouvoir aller offrir un sacrifice à leur Dieu. Écrasez-les de travaux, qu’ils aient de quoi s’occuper, et ils ne prêteront plus attention à des paroles mensongères (Exode 5.4-9).

Les briques étaient séchées au soleil et la paille assurait leur solidité. Lors de la moisson, on coupait seulement les épis et le reste était récolté une fois sec. Les Hébreux étaient pressés de quitter l’Égypte, ce qui se comprend facilement. Le pharaon, lui, comprend que ses esclaves veulent un peu de temps libre pour faire autre chose que construire. Il en conclut que s’ils ont le temps de penser aux loisirs c’est qu’ils ne travaillent pas suffisamment dur, alors il en profite pour doubler la mise. Au final, à la fin de la première intervention de Moïse, la situation s’est dégradée.

Versets 10-21

Je continue.

Les chefs de corvées et les surveillants sortirent et allèrent informer le peuple en disant : — Le pharaon a déclaré qu’il ne vous fournira plus de paille. Allez donc vous-mêmes vous en procurer là où vous en trouverez ! Et la production qui vous est imposée n’en sera pas réduite pour autant. Le peuple se répandit dans tout le pays pour ramasser du chaume en guise de paille. Les chefs de corvées les harcelaient : — Finissez la quantité exigée pour chaque jour, comme lorsque la paille vous était fournie ! Et les chefs de corvées du pharaon se mirent à frapper les surveillants des Israélites qu’ils avaient établis sur eux en leur demandant : — Pourquoi n’avez-vous pas fourni ces jours-ci la même quantité de briques qu’auparavant ? Les surveillants des Israélites allèrent se plaindre au pharaon et lui demandèrent : — Pourquoi agis-tu ainsi envers tes serviteurs ? On ne fournit plus de paille à tes serviteurs et on nous dit : « Faites des briques ! » À présent, tes serviteurs sont battus. Ce que font tes gens est injuste ! Le pharaon répliqua : — Vous êtes des fainéants, oui, des fainéants ! Voilà pourquoi vous dites : « Nous voudrions aller offrir des sacrifices à l’Éternel. » Maintenant : Allez travailler ! On ne vous fournira plus de paille, mais vous livrerez la quantité de briques qui vous a été imposée. Les surveillants des Israélites se virent dans une très mauvaise situation puisqu’on refusait de leur réduire la quantité de briques à livrer chaque jour. En sortant de chez le pharaon, ils s’en prirent à Moïse et Aaron qui les attendaient, et ils leur dirent : — Que l’Éternel constate ce que vous avez fait et en soit juge ! À cause de vous, le pharaon et ses gens ne peuvent plus nous supporter. Vous leur avez mis l’épée en mains pour nous tuer ! (Exode 5.10-21).

Les chefs de corvées sont les Égyptiens qui jouent du fouet et les surveillants sont des contremaîtres israélites chargés de rendre compte du travail fourni. L’affaire prend une très mauvaise tournure pour Moïse. Sa première confrontation avec le pharaon a mis en évidence la difficulté de la mission qui semble vouée à l’échec. Le texte esquisse un portrait redoutable du pharaon, un personnage imperméable à toute requête, inflexible, cruel et puissant, car ses ordres sont immédiatement obéis, et il ne craint personne pas même Dieu. Cette double description de la situation et du roi prépare la suite du récit, et les dix plaies d’Égypte qui vont faire ressortir la grandeur de l’Éternel, le libérateur de son peuple.

En attendant, les Hébreux blâment Moïse et Aaron d’être responsables de leur nouveau malheur. Ils les accusent de rendre leur tâche plus difficile au lieu de les aider, et de fournir au pharaon une excuse toute faite pour qu’il leur rende la vie encore plus insupportable. Je pense que Moïse a dû se sentir très mal après cet échec, et très à l’étroit dans ses petits souliers, même s’il portait de grandes sandales.

Versets 22-23

Je finis le chapitre 5.

Alors Moïse se tourna vers l’Éternel et pria : — Ô Seigneur ! Pourquoi fais-tu tant de mal à ce peuple ? Pourquoi donc m’as-tu envoyé ici ? Depuis que je suis venu trouver le pharaon pour lui parler en ton nom, il a maltraité ce peuple, et toi tu n’as rien fait pour le délivrer ! (Exode 5.22-23).

Comme le peuple, Moïse est impatient. Il vient gémir auprès de Dieu lui disant : Sur tes ordres, j’ai quitté mes moutons et ma vie tranquille pour venir ici délivrer le peuple, mais au lieu de le laisser partir, pharaon a donné un tour de vis supplémentaire et moi on m’a pris en grippe et toi tu ne fais rien. Le pauvre Moïse ne pouvait voir tout le puzzle. Dieu agit avec circonspection parce qu’il a beaucoup de choses à enseigner aux Hébreux, aux Égyptiens, à pharaon et à Moïse qu’il va encourager tout en renouvelant sa promesse de délivrance.

À partir d’ici, l’Éternel va répondre aux plaintes de Moïse, qui, il faut bien le dire, est dans une situation intenable, coincé de toutes parts. D’abord, Dieu qui lui ordonne d’engager un dialogue avec pharaon, un roi inflexible qui l’a rabroué sans ménagement, puis les responsables du peuple qui maintenant lui en veulent. Il est comme un ours dans une foire. Non seulement sa première démarche a échoué, mais en plus il a fait des dégâts puisque la charge du peuple s’est accrue. Il sait maintenant qu’il va avoir maille à partir avec un despote particulièrement intransigeant qui n’a que faire de l’Éternel.

Le début des hostilités est imminent ; la bataille des dieux va commencer. Le Seigneur voit les choses très différemment ; l’attitude de Pharaon, des Hébreux et des Égyptiens est secondaire. Pour lui, ce qui compte surtout, c’est de préparer Moïse à la lourde tâche à laquelle il l’a appelé. Il sera le libérateur, mais aussi le conducteur de ce peuple qu’il devra porter sur ses épaules pendant 40 ans. Ça, Moïse l’ignore, sinon il se serait probablement sauvé à toutes jambes.

Chapitre 6

Verset 1

Je commence à lire le chapitre 6 de l’Exode.

L’Éternel dit à Moïse : — Maintenant, tu vas voir ce que je vais faire au pharaon. Sous l’emprise d’une main puissante, non seulement il laissera partir le peuple, mais il le chassera lui-même de son pays (Exode 6.1).

L’Éternel encourage son serviteur en lui disant : ne t’en fais pas, je vais lui régler son compte, Moi, à pharaon. Ensuite, il adresse le problème de fond de Moïse, son manque de foi.

Versets 2-5

Je continue le texte.

Puis Dieu ajouta : Je suis l’Éternel. Je me suis révélé à Abraham, à Isaac et à Jacob comme le Dieu tout-puissant, mais je n’ai pas été connu par eux sous mon nom : l’Éternel. Je me suis engagé par mon alliance avec eux à leur donner le pays de Canaan, ce pays où ils étaient étrangers et où ils ont mené une vie errante. De plus, j’ai entendu les gémissements des Israélites réduits à l’esclavage par les Égyptiens, et je me suis souvenu de mon alliance (Exode 6.2-5).

Dieu révèle à Moïse qui il est : l’Éternel, celui qui existe en lui-même hors du temps qui n’a besoin de rien ni de quiconque. Il ne s’appuie que sur le conseil de sa volonté. Toute la création est à sa merci et compte sur lui pour sa subsistance. Il rappelle à son serviteur l’histoire du clan d’Israël et comment le Tout-Puissant a pris soin d’Abraham, Isaac, Jacob, de ses fils, puis de la nation. Il est souvent intervenu en sa faveur prouvant sa fidélité et sa bienveillance envers ce peuple qu’il a choisi. Maintenant, c’est un nouvel aspect de sa personne qu’Il est prêt à révéler. Il va faire connaître ce qui fait son plaisir, ce qui est dans son cœur, son désir de résider au milieu d’Israël, quelque chose qu’Il n’avait pas encore révélé.

L’Éternel va se manifester comme un Dieu de compassion, qui fait grâce, et qui va racheter son peuple pour qu’il lui appartienne de droit. Il va le délivrer de la main de pharaon et le conduire en Terre Promise. Grâce à l’expérience de l’Exode et des nombreux prodiges qui l’accompagneront, les Israélites vont être au bénéfice d’une révélation plus grande que leurs ancêtres. Ainsi, ils apprendront à connaître l’Éternel.

Par la même occasion, Dieu veut que Moïse apprenne à dépendre de Lui, à lui faire confiance même quand tout va mal, quand le toit de la maison s’effondre ou que la grange est en feu. C’est à ce moment-là que la foi est mise à l’épreuve et doit briller comme l’or éprouvé par le feu. Voilà pourquoi Moïse a de grosses difficultés, elles font partie de son éducation.

Versets 6-8

Je continue.

C’est pourquoi dis-leur de ma part : « Je suis l’Éternel ! Je vous soustrairai aux corvées auxquelles les Égyptiens vous soumettent : je vous libérerai de l’esclavage qu’ils vous imposent, et je vous délivrerai par la force de mon bras et en exerçant de terribles jugements. Je vous prendrai pour mon peuple, et je serai votre Dieu. Ainsi vous saurez que je suis l’Éternel votre Dieu qui vous affranchis des corvées que les Égyptiens vous imposent. Puis je vous ferai entrer dans le pays que j’ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob ; je vous le donnerai pour qu’il vous appartienne, moi, l’Éternel » (Exode 6.6-8).

Dans ce discours solennel qui annonce son intervention imminente en vue de la libération de son peuple, Dieu utilise à quatre reprises son nom comme on taperait du poing sur la table. D’abord, après avoir encouragé Moïse, il lui a dit : Je suis l’Éternel, pour introduire son message. Ensuite, il le répète pour attester qu’il va délivrer Israël ; troisièmement, pour souligner son intention d’adopter Israël ; et quatrièmement, pour confirmer sa promesse relative au Pays promis et conclure ses paroles.

Non seulement il met le nom de l’Éternel dans la balance à quatre reprises, mais il a aussi déclaré 7 choses qu’il va faire pour son peuple. En premier lieu, il va le délivrer de ce lourd fardeau qu’ils ont à porter. Cette promesse a une application pratique pour chacun d’entre nous, car elle a son parallèle dans les paroles de Jésus que je cite :

Venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids d’un lourd fardeau, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vous-mêmes (Matthieu 11.28-29).

Ensuite, Dieu affirme : Je vous libérerai de l’esclavage. L’alternative à la servitude est de servir et d’adorer l’Éternel. La liberté absolue, genre je suis le maître de ma destinée, n’existe pas et ceux qui prônent le libertinage et une vie sans foi ni loi sont dans les chaînes de leurs passions. Par contre, je peux expérimenter la délivrance de ma culpabilité et le pardon de mes fautes, ça c’est être vraiment libre. Je cite les paroles de Jésus :

Si vous vous attachez à ma Parole, vous êtes vraiment mes disciples. Vous connaîtrez la vérité, et la vérité fera de vous des hommes libres (Jean 8.31-32).

La 3e déclaration de Dieu à Moïse, Je vous délivrerai par la force de mon bras, annonce les dix plaies qui convaincront Israël et Moïse que l’Éternel est digne de confiance, car tout lui est possible et rien ni personne ne peut l’empêcher d’atteindre ses objectifs.

La 4e promesse, Je vous prendrai pour mon peuple, confirme celle faite à Abraham que sa postérité appartiendrait à Dieu. Il avait sorti le patriarche de son milieu polythéiste sans raison particulière sinon qu’à travers lui il voulait racheter l’humanité. Pour cela, un Messie viendrait, qui serait issu de sa lignée.

La 5e promesse est : Je serai votre Dieu. Les ancêtres d’Israël adoraient le Dieu unique, mais les Hébreux étaient devenus idolâtres. Le peuple devra donc réapprendre à connaître et honorer l’Éternel. C’est par l’alliance de la Loi conclue sur le mont Sinaï que légalement l’Éternel adoptera Israël qui en retour le prendra pour son Dieu.

La sixième promesse, je vous ferai entrer dans le pays que j’ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob, confirme que Dieu fera en sorte qu’après avoir quitté l’Égypte, Israël atteindra la Terre Promise, malgré tous ses ennemis.

La 7e promesse, Ce pays vous appartiendra, déclare qu’Israël possédera le territoire qui avait été promis à Abraham, à Isaac et Jacob à qui il donna le nom d’Israël. Quand on est esclave, avoir son propre pays et y vivre comme on l’entend est un rêve paradisiaque. Les réfugiés qui s’entassent dans des camps de misère ont ce même état d’esprit ; être ballotté à droite et à gauche avec pour seul bien un baluchon sur le dos est douloureux et humiliant. Les Juifs ont connu cette diaspora à plusieurs reprises. Il faut dire qu’ils ont tout fait pour en venir là. L’Éternel les avait maintes fois avertis qu’ils iraient en captivité, qu’ils seraient traqués et presque exterminés s’ils persévéraient dans leur rébellion contre Lui. Mais ils n’on rien voulu entendre. On connaît la suite. Même si à certaines périodes de son histoire, Israël a été en pérégrinations sans avoir de sol où poser la plante des pieds, un jour il héritera de la totalité de la Terre Promise pour y vivre en paix à tout jamais. La pleine réalisation de cette promesse se fera durant le règne des 1 000 ans du Christ sur la terre.

Verset 9

Je continue le texte de l’Exode.

Moïse répéta ces paroles aux Israélites, mais ils ne l’écoutèrent pas parce qu’ils étaient démoralisés, à cause de leur dur esclavage (Exode 6.9).

Je les comprends. Non seulement Moïse n’a pas amélioré la situation, mais elle s’est envenimée.

Versets 10-13

Je continue.

L’Éternel parla à Moïse et lui dit : — Va demander au pharaon, roi d’Égypte, de laisser partir les Israélites de son pays. Mais Moïse lui répondit : Même les Israélites ne m’ont pas écouté. Comment le pharaon m’écoutera-t-il, alors que je n’ai pas la parole facile ? L’Éternel parla à Moïse et à Aaron et leur ordonna d’aller trouver les Israélites et le pharaon, roi d’Égypte, pour faire sortir les Israélites d’Égypte (Exode 6.10-13).

Rebelote ! Moïse doit retourner voir le roi. C’est toujours désagréable d’aller quelque part en sachant qu’on sera accueilli comme un chien dans un jeu de quilles. C’est comme ça que ce libérateur voit son ordre de mission, alors il essaie de l’expliquer à Dieu disant : D’abord, j’ai la langue qui fourche ; ensuite, si les Israélites refusent de m’écouter, comment espérer que ce païen de Pharaon me prêtera attention ? Mais l’Éternel ne veut pas d’excuses ; il insiste.

Versets 14-24

Le texte continue en donnant une généalogie partielle du peuple d’Israël. La lecture de tous ces noms est vraiment fastidieuse et je vous en ferais grâce. Mais, pourquoi cette liste ? Pour Dieu, ces gens sont importants, car ils constituent le noyau qui va sortir d’Égypte et autour duquel se constituera la nation. Cette généalogie rappelle également qu’on n’a pas à faire à une horde d’esclaves cherchant à s’enfuir, mais à un peuple dûment constitué.

Contrairement à la liste parallèle et complète du livre de la Genèse, ici seuls sont mentionnés les descendants des trois premiers fils de Jacob sur douze. Le plus important est Lévi, le 3e, parce que ses descendants joueront un rôle de premier plan par la suite. Ce sont eux qui auront la charge du tabernacle, le démonteront, le porteront et l’assembleront lorsque les 12 tribus seront en marche.

Une autre raison pour ce passage est d’attester qu’Aaron, le porte-parole de Moïse, et ses fils, qui lui succéderont en tant que grands-prêtres, sont d’authentiques descendants de Jacob et de Lévi. Aaron, plus âgé que Moïse, n’avait pas eu sa vie menacée parce que l’ordre du roi d’exterminer les garçons israélites ne fut promulgué que plus tard. Le texte nous donne aussi les noms des ancêtres de ces deux frères. Contrairement à l’opinion des Hébreux, les choses ne traînent pas en longueur, car Dieu a un objectif précis dans le temps et l’espace. Il déroule son plan avec méthode et c’est la même chose dans nos vies.