Chapitre 4

Introduction

Si on cherche dans le dictionnaire la définition du mot saugrenu, on lit : inattendu, absurde, bizarre et quelque peu ridicule. Alors bien sûr, on ne s’attend pas à lire des histoires qui répondent à ces qualificatifs dans les Écritures saintes, et pourtant.

La dernière en date a lieu alors que Moïse, sa femme Séphora et ses enfants font route pour l’Égypte. L’Éternel l’attaque dans la nuit parce que le futur dirigeant d’Israël n’avait pas circoncis son fils selon les termes de l’alliance que Dieu avait conclue avec Abraham.

Je rappelle le passage dans le 4e chapitre de l’Exode :

Pendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l’Éternel l’attaqua et voulut le faire mourir. Séphora prit une pierre aiguë, coupa le prépuce de son fils, et le jeta aux pieds de Moïse, en disant : — Tu es pour moi un époux de sang (Exode 4.24-25).

C’est Séphora qui sauve la mise en procédant à l’intervention que Moïse avait négligée. Mais elle est tellement hors d’elle-même à cause de ce qui est arrivé qu’elle jette le prépuce de son fils aux pieds de Moïse ; les pieds sont un euphémisme pour désigner les parties génitales. Eh oui, il y a des choses bien étranges dans la Bible ; beaucoup de sombres histoires dont les angles ne sont jamais arrondis. Séphora était Madianite et non de la lignée choisie d’Abraham, il est donc peu probable que ce peuple ait pratiqué la circoncision.

Au vu de la scène qu’elle fait à son mari, elle n’apprécie guère ce rite qu’elle qualifie de sanguinaire. Moïse n’avait peut-être pas top insisté pour circoncire son fils, car il voulait conserver la paix dans le ménage. Mais par cette négligence, il s’est rendu coupable envers l’Éternel. Celui qui allait devenir le grand législateur d’Israël était tenu de respecter la loi divine. En désobéissant à Dieu, Moïse n’a rien gagné puisque maintenant qu’il a été rappelé à l’ordre, le torchon brûle dans son ménage.

Versets 27-31

Je finis le chapitre 4.

Entre-temps, l’Éternel avait ordonné à Aaron d’aller à la rencontre de Moïse dans le désert et Aaron partit. Il rencontra son frère à la montagne de Dieu et l’embrassa. Moïse l’informa de toutes les paroles que l’Éternel l’avait chargé de dire et des signes miraculeux qu’il lui avait ordonné d’accomplir. Ils partirent donc. Une fois arrivés, ils convoquèrent tous les responsables du peuple d’Israël. Aaron leur répéta tout ce que l’Éternel avait dit à Moïse et il accomplit les signes miraculeux aux yeux du peuple. Le peuple fut convaincu. En apprenant que l’Éternel avait décidé d’intervenir en faveur des Israélites et qu’il avait vu leur détresse, ils se prosternèrent et l’adorèrent (Exode 4.27-31).

Comme prévu, Aaron devient le porte-parole et le prophète de son frère. Le texte insiste aussi sur la foi du peuple à l’annonce de la bonne nouvelle de l’intervention libératrice de l’Éternel. Par la suite, Israël fera rarement preuve d’une telle confiance en son Dieu.

Après avoir fait connaissance de Moïse, nous avons appris comment il a été appelé par l’Éternel autour d’un buisson ardent. Il est l’homme de la situation, choisi pour réaliser le projet divin de délivrer son peuple de l’esclavage et le conduire en Terre Promise. Mais Moïse apparaît également comme un homme très ordinaire. Ainsi dans son ménage, il y a des frottements ce qui est somme toute assez banal. Par rapport à son appel par Dieu, il est plutôt réticent à répondre et avance 5 objections au point où il s’engage dans un bras de fer avec l’Éternel. Cependant, Moïse finit par fléchir et se soumettre tout en embarquant son frère Aaron dans l’aventure avec lui. Il est tout de suite reconnu comme un vrai prophète par les responsables d’Israël.

Parallèlement à ce que le texte raconte de la vie de Moïse, la révélation du nom de l’Éternel constitue le centre du récit. Dieu apparaît comme celui qui est présent au cœur de l’Histoire, qui a agi dans le passé en faveur des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, et celui qui promet qu’il sera au côté de Moïse et d’Israël en manifestant sa puissance par toutes sortes de prodiges en vue de la libération de son peuple. En outre, le texte a introduit le thème qui forme la trame de tout le livre : la présence de Dieu. Il se révèle d’abord à Moïse dans le buisson ardent, lui promet de l’accompagner et de se manifester par son intermédiaire.

L’histoire de Moïse préfigure celle d’Israël, car comme Dieu s’est révélé à lui dans un buisson vers le mont Sinaï, il rencontrera plus tard l’ensemble du peuple sur la même montagne.

Chapitre 5

Introduction

Nous arrivons au chapitre 5 avec le début des confrontations entre le Dieu du ciel et de la terre et les idoles d’Égypte, entre le pharaon entouré de ses magiciens et Moïse, qui est rentré au pays après une absence de 40 ans. Il va rassembler les anciens du peuple et ils vont aller ensemble présenter leur requête au roi qui non seulement refusera, mais en plus donnera un tour de vis supplémentaire à l’oppression qu’il fait subir aux Hébreux. Cette attitude prévue par Dieu va signaler l’ouverture des hostilités dirigées de façon méthodique contre les dieux d’Égypte. Pharaon va dire : Qui est l’Éternel ? Je ne le connais pas et je n’ai aucunement l’intention de laisser partir le peuple d’Israël. Dommage pour lui !

Le Dieu du ciel et de la terre va se faire connaître par 10 plaies qui vont prouver que c’est lui le patron de l’univers et de toutes les créatures. D’ailleurs un peu plus loin dans le livre, l’Éternel exprime clairement ce qu’Il est en train de faire. Je lis le passage.

Alors j’interviendrai en Égypte et j’en ferai sortir mon peuple, les Israélites, comme une armée en bon ordre, en exerçant de terribles jugements. Les Égyptiens sauront ainsi que je suis l’Éternel (Exode 7.4-5).

Il faut bien garder à l’esprit que Dieu ne veut pas simplement montrer aux Égyptiens de quel bois il se chauffe, mais qu’il leur donne constamment l’occasion de changer d’attitude et d’abandonner leur piètre lutte contre lui, réalisant enfin qu’ils n’ont aucune chance de pouvoir retenir la nation d’Israël captive. Les plaies ont un triple objectif : délivrer le peuple, révéler qui est l’Éternel à la fois aux Hébreux et aux Égyptiens, et juger leurs innombrables faux dieux, qui sont partout dans leur vision du monde et qui hantaient les cieux, la terre et les abîmes. Les Égyptiens étaient particulièrement friands d’idoles auxquelles étaient dédiés des milliers de temples érigés un peu partout, presque à chaque coin de rue.

Les plaies visent chacune un dieu principal différent. Ils en avaient environ trois mille et une réelle puissance se cachait derrière eux. Ces gens n’étaient pas plus stupides que nous parce qu’ils n’avaient pas la télé ou de bagnoles. Malheureusement, au niveau de l’occultisme ils étaient particulièrement corrompus. Le Nouveau Testament donne les noms de deux magiciens, Jannès et Jambrès, qui s’opposèrent à Moïse et qui étaient dotés d’un vrai pouvoir d’origine diabolique. Dieu a en horreur l’adoration des faux dieux, ce que les Textes Sacrés appellent la prostitution spirituelle. C’est pourquoi, un peu plus loin dans ce livre et par rapport à la dernière des 10 plaies, Dieu dit :

Je parcourrai l’Égypte cette nuit-là et je frapperai tout premier-né dans le pays, homme et bête, et j’exercerai ainsi mes jugements contre tous les dieux de l’Égypte ; je suis l’Éternel (Exode 12.12).

Non seulement l’Éternel exerçait un jugement contre l’Égypte, mais Il voulait également se faire connaître à son peuple. Les Israélites étaient nés dans une briqueterie et construisaient des villes et des temples dédiés à une foule d’idoles. Dieu désirait montrer à son peuple sa capacité à le délivrer ainsi que sa supériorité sur les dieux d’Égypte derrière lesquels Satan avait jeté tout son pouvoir maléfique comme va le prouver le savoir-faire des sorciers à accomplir des miracles. Le diable cherchait par tous les moyens à faire disparaître la nation d’Israël, car ainsi il n’y aurait jamais de Messie. Mais il échouait puisque le peuple augmentait sans cesse en nombre. Sa deuxième stratégie était de faire en sorte que les Hébreux demeurent à tout jamais esclaves en Égypte. C’est là où nous en sommes. L’attitude de pharaon, de ses grands et des sorciers montre l’absurdité de la puissance du mal à lutter contre Dieu, car elle finit inéluctablement vaincue et détruit ses représentants sur terre.

Le premier croisé de fer entre l’Éternel et Satan a lieu quand Moïse se présente devant pharaon. Il changea son bâton en un serpent, mais les magiciens égyptiens firent de même avec leur baguette de sorcier, alors bien sûr le roi ne fut pas très impressionné par la puissance de l’Éternel. Après ce premier incident, les choses vont s’envenimer, puisque les fameuses 10 plaies d’Égypte vont s’abattre sur le pays. Il est possible et utile d’évaluer la portée de ces fléaux afin de comprendre ce que Dieu est en train d’accomplir en causant ces catastrophes.

Comme je l’ai déjà dit, ces plaies attaquent de faux dieux. Mais en plus, les 3 premières — l’eau changée en sang, la venue des grenouilles et des poux — furent répugnantes. Elles avaient pour but de créer un sentiment de répulsion chez les Égyptiens. Les trois suivantes — les scarabées, l’épidémie qui décima le bétail et les ulcères purulents — furent éprouvantes. Ces souffrances physiques avaient pour but de rappeler aux Égyptiens leur mortalité. Leur foi en des faux dieux fut ébranlée. Ensuite, ils furent terrifiés par la grêle, les sauterelles et les ténèbres.

La destruction des récoltes par une nature déchaînée et la perte de la lumière avaient pour but de leur rappeler leur fragilité afin qu’ils abandonnent leurs idoles inutiles et se tournent enfin vers le vrai Dieu, le Créateur du ciel et de la terre. La dixième et dernière plaie fut la plus terrible, la mort soudaine et brutale de tous les premiers-nés fut le jugement le plus accablant. Il entraîna le désespoir du pharaon et des Égyptiens qui avaient refusé de se repentir.

Je vais maintenant les parcourir une à une par un rapide tour d’horizon. Les féaux vont structurer les chapitres suivants. La première plaie est donc l’eau changée en sang. La fertilité du pays d’Égypte était proverbiale et dépendait des crues du Nil qui lui apportait à la fois un limon très riche et l’eau. Des rites avaient lieu chaque printemps pour célébrer Hopi le dieu Nil et pour le remercier de la vie renaissante qui telle une résurrection de la nature allait permettre aux hommes de subvenir à leurs besoins. Quand Moïse transforma l’eau en sang, il provoqua la destruction de toutes les cultures arrosées par le fleuve. Ses eaux, qui d’ordinaire engendraient la vie, maintenant détruisaient tout. Mais cette fois encore, les magiciens furent capables de reproduire ce miracle grâce à leur sorcellerie.

La deuxième plaie est la venue des grenouilles. L’un des plus beaux temples de la ville de Memphis était dédié à Heqt, la déesse à la tête de batracien, plutôt laide d’ailleurs, et qui est censée assister les femmes qui accouchent. C’était un sacrilège que de tuer ces bestioles, parce qu’elles étaient sacrées. Mais soudainement, les Égyptiens se trouvèrent envahis de grenouilles ; dans le jardin ça va, mais pas dans la maison, dans les placards, dans le lit, sous les pieds ; bref, il y en avait de partout au point où le citoyen moyen avait de bonnes raisons de vouloir faire la peau à ces sales bêtes. Si un Français en voyage d’affaires s’était trouvé de passage au moment de la 2e plaie, il les aurait probablement appréciées à la poêle avec des lardons. Mais cette fois encore, les magiciens sont capables de faire venir des grenouilles comme Moïse l’avait fait alors bien sûr pharaon ne fut pas impressionné et refusa de laisser partir les Hébreux.

La 3e plaie est celle de la vermine. Les Égyptiens vénéraient Geb, le dieu de la terre. Alors, Moïse transforma la poussière en poux dans tout le pays. Contrairement aux prodiges précédents, les magiciens n’ont pas pu la reproduire et reconnaissent que l’Éternel est supérieur à leurs dieux, mais rien ne change pour Israël.

La 4e plaie est celle des mouches venimeuses ou plutôt des scarabées dorés. On les trouve souvent dans les sarcophages égyptiens, car ils étaient censés évoquer l’immortalité.

La 5e est une épidémie qui décime le bétail. Le 2e plus grand temple d’Égypte avait été construit dans la ville de Memphis et était consacré à l’adoration du taureau noir Apis. Or ça ne fait pas sérieux d’adorer une divinité qui représente des animaux en train de mourir.

La 6e plaie est l’irruption d’ulcères purulents qui affligent aussi les sorciers, magiciens et les prêtres païens. Comme ils devaient être exempts de tout défaut, marque ou maladie pour remplir leur sacerdoce, ils ont dû interrompre leurs activités tout le temps de ce fléau. Ce jugement était dirigé contre tout le système idolâtre égyptien.

La 7e plaie est la grêle. Elle est dirigée contre Isis, une des plus anciennes et plus importantes divinités, représentée par une femme à tête de vache, ou avec des cornes enserrant un globe lunaire. C’est la déesse de la fertilité, du foyer domestique, du ciel et de l’air. Elle est ainsi mise en situation d’échec, incapable de se défendre.

La 8e plaie fait venir une multitude de sauterelles qui dévastent les récoltes. Elle est dirigée contre les dieux insectes.

La 9e est l’arrivée soudaine de profondes ténèbres qui sont dirigées contre Ré, le dieu du soleil et le plus vénéré des Égyptiens. Le disque solaire est le symbole le plus fréquemment rencontré dans les fouilles archéologiques datant de l’époque des pharaons. Ce jugement ridiculise leur principal dieu.

La dixième et dernière plaie fut la plus terrible. Dans la religion égyptienne, les aînés mâles appartenaient aux dieux. Or ils furent tous tués en une seule nuit par l’ange exterminateur. C’est en détruisant ce qu’il y avait de plus prometteur, ce qui était réservé aux idoles égyptiennes que l’Éternel prouva qu’il était le seul vrai Dieu, le Seigneur du ciel et de la terre, et qu’il donnait et prenait la vie à sa guise. Par la même occasion, il démontra au peuple hébreu qu’il était le Tout-Puissant et qu’ils avaient tout intérêt à marcher droit.

Ce dernier châtiment amena enfin pharaon à laisser partir les Hébreux, même si, à son grand malheur, il changera d’avis par la suite. Toutes ces plaies insultaient les fausses divinités. Les Égyptiens, pharaon en tête, furent bien obligés de reconnaître que leurs idoles étaient du néant devant l’Éternel. Cela ne les a pas empêchés de persévérer dans l’idolâtrie, mais quelques siècles plus tard, un prophète a prédit que le jour viendrait où les faux dieux disparaîtraient du pays. Or aujourd’hui, c’est la foi musulmane qui est la religion d’Égypte et aucune idole n’est tolérée.

Verset 1

Après ce tour d’horizon des 10 plaies, je commence à lire le texte du chapitre 5 qui les raconte.

Après cela, Moïse et Aaron se rendirent auprès du pharaon et lui dirent : — Voici ce que dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : « Laisse aller mon peuple pour qu’il célèbre une fête en mon honneur dans le désert » (Exode 5.1).

Les deux frères y vont très doucement avec le pharaon. Ils n’ont pas dit : nous voulons quitter l’Égypte, mais ont seulement demandé la permission de se rendre dans le désert pour adorer l’Éternel. C’était aussi un premier pas vers la liberté. Au niveau spirituel, celui qui est en mesure d’invoquer Dieu pour l’adorer est aussi capable de sortir de sa coquille, de lui-même et de ses problèmes. C’est la seule façon d’expérimenter la vraie liberté par rapport à ce qui peut m’enchaîner.

Versets 2-3

Je continue le texte.

Le pharaon répondit : — Qui est l’Éternel, pour que je lui obéisse en laissant partir d’ici les Israélites ? Je ne le connais pas, aussi ne les laisserai-je pas partir. Ils reprirent : — Le Dieu des Hébreux nous est apparu. Permets-nous donc d’aller à trois journées de marche dans le désert pour offrir des sacrifices à l’Éternel, notre Dieu, pour qu’il ne nous frappe pas par une épidémie ou par la guerre (Exode 5.2-3).

Plus tard lorsque le peuple d’Israël refusera d’obéir aux ordonnances de la Loi, ils seront jugés par la pestilence ou en étant opprimés par un autre peuple. Pharaon répond deux choses à Moïse : Je ne connais pas l’Éternel et il est hors de question que vous quittiez l’Égypte. Il ne sait pas encore qu’il est sur le point de commencer un apprentissage douloureux qui va lui apprendre à connaître le Seigneur du ciel et de la terre. Chacun d’entre nous découvrira Dieu ; la seule question est où ? C’est soit dans l’au-delà en tant que juge qui prononce ma condamnation éternelle, soit ici-bas en la personne de Jésus-Christ qui me fait grâce et au nom de qui je reçois le pardon de mes fautes. À chacun de choisir.

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.