Chapitre 32

Introduction

La France a récemment connu plusieurs ministres de cohabitation. Par exemple, Jacques Chirac puis Édouard Balladur furent premiers ministres de François Mitterrand, et Lionel Jospin le fut de Jacques Chirac. Comme le Président et le chef du gouvernement sont de tendances différentes, cette mixité est souvent pénible.

Des tiraillements semblables vont avoir lieu entre l’Éternel et Israël qui depuis la sortie d’Égypte cohabitent ensemble. Sur le mont Sinaï, où il a donné la Loi à Moïse, Dieu a fait alliance avec Israël. Comme pour le mariage, cette union est un lien juridique qui définit le cadre d’une vie commune. Celle-ci va souvent être difficile parce que le Dieu trois fois saint habite au centre d’une nation moins que respectable. C’est ce qui explique les modalités contraignantes de leur cohabitation.

Le coffre de l’alliance, la table des pains, l’autel des parfums, le chandelier renvoient, chacun à leur manière, à la présence divine au milieu d’Israël. La complexité des instructions relatives à la construction du Tabernacle ainsi que le type de culte à rendre à l’Éternel sont révélateurs de la nature de Dieu et de ce qu’il veut. Il se proclame le grand Dieu, le Bien suprême d’Israël, digne de recevoir ce qu’il y a de meilleur, à l’image des matériaux rares et précieux qui seront utilisés et du travail accompli par les artisans les plus adroits.

Parce qu’il est le libérateur de la nation, il mérite de leur part un culte volontaire rendu avec reconnaissance, à l’image des offrandes qui seront faites spontanément et de bon cœur par les Israélites pour la construction du tabernacle. En même temps, le caractère minutieux et détaillé des prescriptions relatives au culte, qui ne laisse pas grand-chose à l’initiative du peuple, souligne qu’on ne peut pas adorer et servir l’Éternel n’importe comment, que les bons sentiments ne sont pas suffisants, mais que l’ordre et la rigueur sont requis par respect pour le Dieu juste et 3 fois saint.

Étant donné qui il est, l’Éternel a en horreur toute faute, même la moindre, d’où la nécessité des sacrifices d’animaux, l’aspersion du sang, les bains de purification et le lavage des mains et des pieds par les prêtres. Ces rituels contraignants sont destinés à couvrir les transgressions de la Loi commises par le peuple et ainsi satisfont sa justice. La sainteté de Dieu est fondamentale et fait que différents lieux ont des degrés divers de sainteté : l’extérieur du camp d’Israël est l’endroit profane par excellence, ensuite vient le camp où demeure le peuple qui est appelé à devenir saint, puis les abords immédiats du tabernacle délimités par une enceinte.

Quand on entre dans le sanctuaire, la première partie est le Lieu saint où seuls les prêtres sont autorisés à pénétrer après avoir accompli un rituel de purification. Finalement, derrière le voile se trouve le Lieu très saint qui est le trône de l’Éternel sur terre et où seul le grand-prêtre est autorisé à entrer une fois par an pour enduire de sang le propitiatoire.

Les objets disposés hors du tabernacle et à l’intérieur sont plus précieux au fur et à mesure que leur degré de sainteté est plus élevé. Ils sont en bronze sur le parvis, mais en or dans les Lieux saint et très saint. Les tissus sont également plus somptueux dans les endroits qui sont les plus proches de l’Éternel. Les vêtements du grand-prêtre, qui entre dans le Lieu très saint, sont plus riches que ceux des prêtres qui ne pénètrent que dans le Lieu Saint. Le peuple, lui, ne peut se rendre que dans le parvis, jamais dans le tabernacle.

Tout cet ordonnancement, ainsi que la distinction stricte entre ce qui est saint et le profane, avait pour but de donner aux Israélites le sens du sacré et de susciter en eux un profond respect et la vénération de l’Éternel. Cette complexité et le protocole lourd qui l’accompagne maintenaient une distance respectueuse entre le peuple et son Dieu, séparé de lui par plusieurs degrés de sainteté.

Verset 1

Je commence maintenant à lire le chapitre 32 de l’Exode, un passage captivant, mais particulièrement tragique.

Quand le peuple s’aperçut que Moïse tardait à redescendre de la montagne, il se rassembla autour d’Aaron et lui dit : — Allons ! Fabrique-nous un dieu qui marche devant nous, car Moïse, cet homme qui nous a fait sortir d’Égypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé (Exode 32.1).

Le peuple qui avait promis à plusieurs reprises d’obéir à toute la loi, enfreint par cette demande les premier et second commandements du Décalogue. Moïse était parti escalader le mont Sinaï sans dire au peuple combien de temps il serait absent, car il ne le savait pas lui-même. Ne voyant plus revenir leur chef, les Israélites demandent un autre dieu pour les guider et remplacer l’Éternel, le Dieu de Moïse, qui du fait de l’absence prolongée de son serviteur, ne se manifeste plus. Leur attitude stupéfiante prouve bien que malgré tous les prodiges qu’ils avaient vécus ces derniers mois, sous un vague vernis de foi et de croyance en l’Éternel, ils étaient idolâtres de cœur.

Versets 2-3

Je continue.

Aaron leur répondit : — Détachez les pendants d’or des oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les moi. Aussitôt, tous se défirent des pendants d’or qui étaient à leurs oreilles et les apportèrent à Aaron (Exode 32.2-3).

Comment se fait-il qu’Aaron, qui connaissait très bien l’Éternel, ait accepté de fabriquer une idole ? La tradition juive dit que Hour, le chef de la tribu de Juda qui secondait à la fois Aaron et Josué, l’aide de camp de Moïse, se serait opposé au peuple voulant se faire une idole et aurait été assassiné. Cela expliquerait pourquoi il disparaît des Écritures. En tout cas si les choses se sont actuellement passées ainsi, on comprend mieux pourquoi Aaron, qui voulait sauver sa peau, se serait soumis à une horde sanguinaire.

Verset 4

Je continue.

Aaron reçut les pendants de leurs mains, façonna l’or au burin et en coula la statue d’un veau. Alors le peuple s’écria : — Voici ton dieu, Israël, qui t’a fait sortir d’Égypte ! (Exode 32.4).

Le texte met l’emphase sur l’or, mais il était probablement plaqué sur un modèle réalisé en bois. Ce veau était un jeune taureau qui rappelle les divinités du Proche-Orient ancien représentées sous cette forme, et notamment Apis, l’idole égyptienne très familière aux Hébreux. La déclaration du peuple, Voici ton dieu, Israël, qui t’a fait sortir d’Égypte !, est une insulte terrible contre l’Éternel, car c’est une parodie de l’introduction aux 10 Commandements et qui est : Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir d’Égypte, du pays où tu étais esclave. Cette rébellion fait froid dans le dos. Un passage de l’Ancien Testament rappelle et résume ces événements tragiques. Je le cite :

Au Sinaï, ils ont façonné un veau pour se prosterner devant du métal. Ils ont troqué Dieu, leur sujet de gloire, contre un ruminant qui broute de l’herbe ! Et ils ont oublié Dieu, leur Sauveur, et ses exploits accomplis en Égypte, ses grands miracles, ses prodiges sur la Mer des Roseaux (Psaumes 106.19-22).

Verset 5

Je continue le texte.

Voyant cela, Aaron construisit un autel devant le veau ; puis il annonça à haute voix : — Demain il y aura fête en l’honneur de l’Éternel (Exode 32.5).

Revirement de Aaron qui voyant la tournure idolâtre que prennent les événements, tente un peu tardivement de récupérer la situation en orientant les festivités vers l’Éternel.

Verset 6

Je continue.

Le lendemain de bon matin, le peuple se mit à offrir des holocaustes et des sacrifices de paix. Ensuite il s’assit pour manger et boire, puis il se leva pour se divertir (Exode 32.6).

L’expression, se divertir, veut dire licence sexuelle. Des orgies particulièrement obscènes accompagnaient généralement les fêtes païennes. La conduite du peuple est effarante ! Pendant tout ce temps, Moïse est sur le mont Sinaï en train de recevoir les instructions de Dieu pour la construction et le fonctionnement du tabernacle.

Versets 7-9

Je continue.

L’Éternel dit à Moïse : — Va, redescends, car ton peuple que tu as fait sortir d’Égypte se conduit très mal. Ils se sont bien vite détournés de la voie que je leur avais indiquée. Ils se sont fabriqué un veau de métal fondu, ils se sont prosternés devant lui et lui ont offert des sacrifices en disant : « Israël, voici ton dieu, qui t’a fait sortir d’Égypte ! » Puis l’Éternel ajouta : — Je constate que ce peuple est un peuple rebelle (Exode 32.7-9).

L’Éternel n’appelle plus Israël Mon peuple, comme précédemment. De plus, il l’attribue à Moïse disant : ton peuple que tu as fait sortir d’Égypte. Dieu prend décidément une très grande distance par rapport aux Hébreux pour bien montrer sa forte colère. Il les qualifie littéralement de peuple à la nuque raide, une image fréquente dans l’Ancien Testament, qui compare Israël à une bête rétive raidissant sa nuque sous le joug. Et effectivement, tout au long de son histoire, la nation juive a confirmé cette définition. D’ailleurs plusieurs siècles plus tard, Jéroboam, premier roi des tribus du Nord, reproduira cette même idolâtrie du veau d’or. Je cite le passage :

Après avoir pris conseil, le roi fit faire deux veaux d’or et déclara au peuple : — En voilà assez avec ces pèlerinages à Jérusalem ! Voici votre Dieu, Israël, celui qui vous a fait sortir d’Égypte ! (1Rois 12.28).

Ce roi fut tellement idolâtre et sans doute ivrogne, qu’en langage courant, son nom désigne une bouteille de vin de 3 litres.

Verset 10

Je continue le texte.

Et maintenant, laisse-moi faire : ma colère s’enflammera contre eux et je les exterminerai. Mais je ferai de toi une grande nation (Exode 32.10).

Dieu met Moïse à l’épreuve. La tentation est grande pour lui d’accepter la proposition alléchante de devenir le fondateur d’une nouvelle dynastie. Étant donné qu’il est descendant d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Moïse entrait dans l’alliance que Dieu avait conclue avec eux. Sauf que l’Éternel avait aussi promis que la royauté légitime ainsi que le Messie appartiendraient à la tribu de Juda. Je rappelle cet engagement :

Le sceptre ne s’écartera pas de Juda, et l’insigne de chef ne sera pas ôté d’entre ses pieds jusqu’à la venue de celui auquel ils appartiennent et à qui tous les peuples rendront obéissance (Genèse 49.10).

C’est sûr que s’il avait voulu, Dieu aurait arrangé cela d’une façon ou d’une autre. Mais de toute manière, la question ne se pose pas, car Moïse était un homme intègre. Il va donc intercéder intensément en faveur d’Israël.

Versets 11-13

Je continue le texte.

Alors Moïse supplia l’Éternel son Dieu d’avoir pitié en disant : — Éternel, pourquoi ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple que tu as fait sortir d’Égypte par un formidable déploiement de force et de puissance ? Pourquoi les Égyptiens diraient-ils que c’est dans de mauvaises intentions que leur Dieu les a fait sortir de leur pays : pour les faire périr dans la région des montagnes et les faire disparaître de la terre ? Laisse ta colère et renonce à envoyer le malheur à ton peuple. Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs, envers qui tu t’es engagé par serment en ton propre nom en leur déclarant : « Je rendrai vos descendants aussi nombreux que les étoiles du ciel, je leur donnerai tout ce pays dont j’ai parlé, et ils le posséderont pour toujours » (Exode 32.11-13).

Cette prière est très bien construite. Comme tous les vrais prophètes qui le suivront, Moïse refuse de se désolidariser de son peuple. D’abord, et je crois qu’on peut dire ça, il renvoie la balle à l’Éternel en disant : C’est Ton peuple que Tu as fait sortir d’Égypte. Ensuite, il étaye son argument en faisant remarquer que si Dieu anéantit Israël, tout ce qu’il a accompli jusqu’à présent passera aux oubliettes de l’histoire et les Égyptiens auront une piètre opinion de lui. Finalement, Moïse rappelle que ces Israélites sont les descendants des 12 fils de Jacob à qui il a fait les promesses. Moïse est audacieux, mais non effronté dans sa défense du peuple. Au contraire, il s’est parfaitement bien conduit, car Dieu veut qu’on le pétitionne en le suppliant avec des arguments convaincants parce que piochés dans les promesses qu’il a faites.

Verset 14

Je continue.

Alors l’Éternel renonça à faire venir sur son peuple le malheur dont il l’avait menacé (Exode 32.14).

Dieu exauça la prière de Moïse. Il est bien évident que l’idolâtrie d’Israël ne l’avait pas pris par surprise, mais il voulait donner l’occasion à Moïse de briller en montant sur la brèche pour défendre Israël, ce qu’il a fait avec un très grand brio. D’ailleurs, le texte met en valeur le rôle capital joué par Moïse au cours de cette crise. Sa prière s’inscrit dans la logique de Dieu qui veut que ses serviteurs participent pleinement à l’œuvre qu’il accomplit sur terre.

Versets 15-20

Je continue en compressant.

Moïse s’en retourna et redescendit de la montagne, tenant en main les deux tablettes de l’acte de l’alliance. Elles étaient gravées des deux côtés, sur leurs deux faces. Quand il fut près du camp, qu’il aperçut le veau et vit les chœurs de danses, il entra dans une grande colère : il lança les tablettes qu’il tenait en mains et les mit en pièces au pied de la montagne. Il saisit le veau que le peuple avait fabriqué, le jeta au feu et le réduisit en poussière qu’il éparpilla à la surface de l’eau, puis il fit boire cette eau aux Israélites (Exode 32.15, 19-20).

Moïse a fait passer au peuple un sale moment en l’obligeant à boire l’idole réduite en poudre qu’ils avaient fabriquée. Cette eau contaminée symbolise la pollution de leur cœur afin qu’ils prennent bien conscience de la faute terrible qu’ils ont commise.

Versets 22-24

Puis Moïse demande des comptes à Aaron qui répond :

Tu sais toi-même que ce peuple est porté à faire le mal. Ils m’ont dit : « Fabrique-nous un dieu qui marche devant nous, car ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir d’Égypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. » Je leur ai donc répondu : « Que ceux qui ont de l’or s’en dessaisissent ! » Ils m’en ont remis, je l’ai fait fondre au feu et voilà le veau qui en est sorti (Exode 32.22-24).

Sournoisement, Aaron blâme Moïse pour ce qui est arrivé parce qu’il est parti sans laisser d’adresse pour ainsi dire.

Versets 25-28

Je continue en compressant :

Moïse vit que le peuple était déchaîné. Aaron l’avait laissé faire. Alors il se posta à l’entrée du camp et s’écria : Que tous ceux qui sont pour l’Éternel viennent vers moi ! Tous les membres de la tribu de Lévi se rallièrent à lui. Il leur dit : Voici ce qu’ordonne l’Éternel, le Dieu d’Israël : Parcourez tout le camp, allez d’une tente à l’autre, que chacun tue, au besoin, son frère, son ami, son proche. Les lévites obéirent à Moïse de sorte que, ce jour-là, environ trois mille hommes du peuple perdirent la vie (Exode 32.25-28).

Ces 3 000 hommes étaient les instigateurs de la révolte. Comme une gangrène, la rébellion fut extirpée du peuple. Tout compromis et la sentimentalité face au mal sont dangereux. Les criminels, qui sont relâchés quelle qu’en soit la raison, frappent à nouveau dans presque 100 % des cas. La lutte contre le cancer prouve bien la nécessité d’utiliser les grands moyens contre un adversaire virulent : le couteau, le poison et le feu. Si Moïse avait été laisser-faire, l’idolâtrie aurait réapparu rapidement et entraîné un autre châtiment divin.

Versets 30-35

Je finis ce chapitre :

Le lendemain, Moïse dit au peuple : — Vous avez commis un très grand péché. Maintenant je vais remonter auprès de l’Éternel. Peut-être obtiendrai-je que votre péché soit couvert. Moïse retourna donc auprès de l’Éternel et dit : — Hélas ! ce peuple s’est rendu coupable d’un très grand péché, il s’est fait un dieu d’or. Mais maintenant, veuille pardonner ce péché. Sinon, efface-moi du livre que tu as écrit. L’Éternel répondit à Moïse : — J’effacerai de mon livre celui qui a péché contre moi. Maintenant va, conduis le peuple là où je t’ai dit. Mon ange marchera devant toi, mais au jour où j’interviendrai, je les châtierai de leur péché. L’Éternel châtia le peuple à cause du veau d’or qu’il avait fait fabriquer par Aaron (Exode 32.30-35).

L’ange qui conduisait le peuple est souvent appelé l’Ange de l’Éternel. C’est le Fils de Dieu avant qu’il ne devienne Jésus-Christ. Moïse a mis tout son poids dans la balance lorsqu’il a imploré le pardon pour le peuple. Il était prêt à subir le châtiment divin si Dieu ne répondait pas à sa requête. L’apôtre Paul fit la même supplique pour le bénéfice de ses compatriotes. Je lis le passage :

Oui, je demanderais à Dieu d’être maudit et séparé du Christ pour le bien de mes frères, nés du même peuple que moi (Romains 9.3).

Comme on pouvait s’y attendre, Dieu refuse la proposition de Moïse et souligne que chacun doit assumer les conséquences de ses actes. Comme l’a dit un prophète :

L’âme qui pèche, c’est celle qui mourra (Ézéchiel 18.20).

Ce principe revient à plusieurs reprises dans les Écritures. Il s’applique à vous et à moi.