Chapitre 20

Verset 15

Sept tailleurs, sept tisserands, sept meuniers, comptez bien : cela fait vingt-et-un voleurs. Ce dicton auvergnat n’est pas à l’éloge de ces artisans, c’est le moins qu’on puisse dire. De mon temps, à l’école primaire on nous donnait des leçons d’instruction civique. C’est là que j’ai appris : Qui vole un œuf, vole un bœuf. Comme j’ai trouvé ça plutôt drôle, je m’en suis toujours souvenu. Ce proverbe est peut-être bien vrai, alors, autant ne pas commencer une spirale frauduleuse.

Tu ne commettras pas de vol (Exode 20.15).

C’est le 8e des Dix Commandements de la Loi de Moïse qui sont énoncés dans le chapitre 20 du livre de l’Exode. Cet ordre inclut rendre ce qu’on a emprunté et ne pas ramener à la maison un crayon du bureau.

Verset 16

Le 9e est :

Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain (Exode 20.16).

Ce sont des paroles mensongères, des demi-vérités, des falsifications, qui, présentées dans un contexte formel comme un tribunal, ont pour but de tromper le juge ou le jury afin de faire condamner quelqu’un injustement.

Verset 17

Je continue avec le 10e Commandement :

Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, tu ne convoiteras ni sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui lui appartienne (Exode 20.17).

Du début à la fin, les Textes Sacrés mentionnent deux convoitises : la chair et les yeux. Elles sont à l’origine des vols et de l’adultère auxquels sont souvent associés le mensonge et même le meurtre. Ce dernier Commandement est donc particulièrement important. Les Écritures exhortent les croyants à se contenter de ce qu’ils ont, car Dieu lui-même a dit : Je ne te laisserai pas : non, je ne t’abandonnerai jamais (Hébreux 13.5).

Voici donc en peu de mots les 10 commandements qu’on a coutume d’appeler le décalogue. Le texte de ces dix Paroles suit la structure en 6 points des traités d’alliance conclus à l’époque entre un suzerain et son vassal.

Tout d’abord, le préambule dans lequel le grand roi s’identifie, en l’occurrence : Je suis l’Éternel ton Dieu.

Ensuite, le prologue historique, un rappel de ce que le grand roi a fait pour le vassal, ici : Je t’ai fait sortir d’Égypte, du pays où tu étais esclave.

Troisièmement, les stipulations de l’alliance, ici ce sont les 10 Commandements.

Quatrièmement, le dépôt du texte dans un sanctuaire ainsi que la lecture publique du traité au peuple ce qui sera fait plus loin. Je lis les passages :

L’Éternel dit à Moïse : « Tu déposeras à l’intérieur de ce coffre l’acte de l’alliance que je te donnerai ». Puis Moïse prit le livre de l’alliance et le lut à haute voix au peuple. Les Israélites déclarèrent : — Nous ferons tout ce que l’Éternel a dit, nous obéirons à toutes ses paroles (Exode 25.16 ; 24.7).

Cinquièmement, la prise à témoin des divinités. Elles seront remplacées par 12 stèles qui rappelleront l’alliance entre l’Éternel et les 12 tribus. Je lis le passage :

Moïse mit par écrit toutes les paroles de l’Éternel. Le lendemain, de bonne heure, il bâtit un autel au pied de la montagne et dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël (Exode 24.4).

Sixièmement, l’énoncé des sanctions, les malédictions et les bénédictions. Il y en a des pages et des pages dans le 5e livre écrit par Moïse. Je lis juste un petit texte tiré du livre de l’Exode :

Si tu écoutes attentivement la voix de l’Éternel, ton Dieu, si tu fais ce qui est droit à ses yeux, si tu prêtes l’oreille à ses commandements et si tu observes toutes ses prescriptions, je ne t’infligerai aucune des maladies que j’ai infligées aux Égyptiens ; car je suis l’Éternel, qui te guérit. Mais je punis les fils pour la faute de leur père, jusqu’à la troisième, voire la quatrième génération de ceux qui me haïssent (Exode 15.26 ; 20.5).

Cette structure formelle atteste que l’Éternel est reconnu par Israël comme son Suzerain et son protecteur auquel la nation doit obéissance. À plusieurs reprises, le peuple a accepté les termes de ce contrat. Le code moral des Dix Commandements constitue la charte de l’alliance du Sinaï entre Dieu et les Israélites. Il énonce les principes fondamentaux de la vie de la nation avec et sous l’autorité de l’Éternel, son libérateur et son protecteur. Ces ordonnances ont aussi un but pédagogique.

En étant entièrement soumis à Dieu et loyaux envers lui, et en respectant leur prochain, les Hébreux vont apprendre ce qu’est la vraie liberté et ce que vivre pleinement veut dire. Si tous les hommes mettaient en pratique ces dix Commandements, notre monde serait métamorphosé. Cela dit, la loi donnée à Israël est bien plus qu’un code moral. Elle comporte aussi une législation sociale et des règles cérémoniales ayant trait au culte de l’Éternel.

Versets 18-21

Je continue le texte.

Tout le peuple entendait le tonnerre et le son du cor et voyait les éclairs et la fumée qui enveloppait la montagne. À ce spectacle, ils se mirent tous à trembler de peur et ils se tinrent à distance. Ils dirent à Moïse : — Parle-nous toi-même, et nous t’obéirons, mais que Dieu ne nous parle pas directement, pour que nous ne mourrions pas. Moïse répondit : — N’ayez pas peur ! Si Dieu est venu ainsi, c’est pour vous mettre à l’épreuve et pour que vous le révériez afin de ne pas pécher. Le peuple restait à distance, Moïse seul s’approcha de l’épaisse nuée dans laquelle Dieu se tenait (Exode 20.18-21).

Cet événement terrifiant a fortement impressionné les Israélites, mais pas suffisamment, puisqu’aucun d’eux n’entrera dans le pays promis à cause de leur rébellion collective. On peut être très pieux un jour et un mutin hérétique le lendemain. Ce qui frappe les sens a une durée de vie très courte. C’est au niveau du cœur que s’opèrent les changements durables.

Versets 22-23

Je continue le texte.

L’Éternel dit à Moïse : — Voici ce que tu diras aux Israélites : « Vous avez vu comme je vous ai parlé du haut du ciel. Vous ne m’associerez aucune divinité, vous ne vous fabriquerez aucune idole en argent ou en or » (Exode 20.22-23).

Dans le texte originel hébreu, il n’y a ni sections ni versets. Ce n’est que bien plus tard que quelqu’un a essayé de faire des coupures logiques, mais ce n’est pas toujours concluant. Maintenant, commence le développement d’une partie de la Loi, ce qui aurait dû faire la tête d’un nouveau chapitre. Avant d’élargir le code moral des 10 Commandements, Dieu donne un nouvel avertissement contre l’idolâtrie parce que le peuple hébreu était très familier et trop à l’aise avec les faux dieux. En effet, la génération d’Israélites qui traversa la Mer Rouge avait été éduquée au milieu des Égyptiens qui adoraient une multitude d’idoles en tout genre.

Pour les Hébreux, le danger de tomber dans cette forme religieuse idolâtre et occulte n’était que trop réel. C’est pourquoi l’Éternel les a impressionnés en révélant sa majesté et sa puissance. Malheureusement, tout au long de leur histoire tourmentée, les Israélites adoreront de faux dieux de manière quasi constante, et cela, malgré les avertissements répétés des prophètes et les jugements sévères qu’ils subiront. Cette nouvelle mise en garde divine n’est donc pas de trop même si elle s’avérera inutile.

Versets 24-25

Je continue le texte.

« Vous construirez pour moi un autel en terre sur lequel vous offrirez vos holocaustes et vos sacrifices de communion, votre petit et votre gros bétail ; en tout lieu où je rappellerai mon souvenir, je viendrai vers vous et je vous bénirai. Si vous me construisez un autel en pierres, vous ne le bâtirez pas en pierres taillées car en les taillant au ciseau, vous les profaneriez » (Exode 20.24-25).

Après l’avertissement contre l’idolâtrie viennent les instructions concernant la fabrication d’un autel pour y offrir des sacrifices. Ses dimensions sont les mêmes que celui qui sera dressé par le roi Salomon à Jérusalem. Il précède la construction du Tabernacle, ce temple portable et démontable que les Israélites emmèneront partout avec eux. L’holocauste était un sacrifice où l’animal vidé de son sang était entièrement brûlé. Il avait pour objectif d’exprimer la consécration du fidèle qui l’offrait tout en couvrant ses fautes ce qui satisfaisait provisoirement la justice de Dieu. Sous la nouvelle Alliance, le croyant est lui aussi appelé à se consacrer. Je lis le passage du Nouveau Testament qui l’explique :

Je vous invite donc, frères, à cause de cette immense bonté de Dieu, à lui offrir votre corps comme un sacrifice vivant, saint et qui plaise à Dieu. Ce sera là de votre part un culte spirituel (Romains 12.1).

Le sacrifice de communion aussi appelé d’Actions de grâces, était une façon de remercier Dieu pour une délivrance accordée ou une bénédiction inespérée. L’autel de terre ne devait pas être érigé avec des pierres portant une trace quelconque provenant d’un outil parce que l’homme pécheur est coupable devant Dieu. Il s’en suit que tout ce qu’il touche devient rituellement impur. Seules des pierres naturelles n’ayant donc pas été travaillées pouvaient être utilisées pour construire l’autel. On en a retrouvé beaucoup en Palestine, dont un dans les ruines d’un temple datant du 11e siècle av. J-C. Par contraste, les autels païens comportaient des sculptures et toutes sortes d’ornements décoratifs ciselés.

L’idée d’introduire l’art dans l’expression religieuse a fait son chemin. Il existe aujourd’hui des églises d’obédience chrétienne qui sont de véritables musées avec des fresques, des sculptures, des parures et des motifs, des coloris magnifiques, des tableaux et des vitraux éblouissants. Certains paroissiens, surtout ceux de tradition orthodoxe, ont besoin de s’entourer des formes de beauté qui les émeuvent. Pendant la cérémonie, les couleurs, l’encens et la musique aident les âmes des participants à s’élever. Cette ambiance riche pour les sens leur permet d’entrer dans un état second qu’ils assimilent à un contact avec le divin.

D’autres fidèles aiment entendre le sermon, prononcé d’une voix forte, grave, mélodieuse et digne, saupoudré de fleurs de rhétorique. Un peu d’humour sera le bienvenu. Le message doit élever leur esprit, stimuler leur curiosité et les instruire, mais en les caressant dans le sens du poil. En bref, pour que certaines gens acceptent de se déplacer pour un service cultuel, il faut monter tout un spectacle avec costumes, jeux de lumière et effets spéciaux.

Certaines branches de la chrétienté sont très loin de la sobriété que l’Éternel demandait aux Israélites. Il n’y aucun mal à ce qu’un lieu de culte soit attrayant avec de la belle musique dans la mesure où je ne suis pas distrait de mon objectif premier, l’adoration du seul vrai Dieu, le Seigneur du ciel et de la terre en Jésus-Christ.

Verset 26

Je finis le chapitre.

« Vous ne construirez pas d’autel auquel on monte par des marches pour ne pas exposer aux regards la nudité de ceux qui y monteront » (Exode 20.26).

À cette époque, les prêtres, qui avaient la charge du culte, étaient vêtus d’un simple pagne autour des reins. Pour monter les escaliers, il leur fallait donc soulever la robe ce qui révélait leur peau. Devant l’Éternel, au niveau moral et spirituel, cette nudité est inacceptable parce qu’elle symbolise l’absence de justice. Comme dans notre condition de misère nous n’avons absolument rien à présenter à Dieu, le mieux est de nous voiler. Plus tard, lorsque les Israélites utiliseront des autels à degrés, les officiants porteront des caleçons de lin resserrés couvrant leurs cuisses qui cacheront leur nudité lorsqu’ils monteront les marches.

Chapitre 21

Versets 1-3

Nous arrivons au chapitre 21 de l’Exode dans lequel est donnée une série d’ordonnances diverse qui a trait à la législation sociale. Ces règles structurent les rapports des Israélites entre eux et avec les étrangers dans des situations de la vie quotidienne. Elles sont très importantes pour un peuple qui n’a connu que l’esclavage et qui ignore les notions de base des relations humaines. Je commence à lire.

L’Éternel dit à Moïse : — Voici les lois que tu exposeras au peuple : Lorsque vous achèterez un esclave hébreu, son service durera six ans ; la septième année, il partira libre, sans avoir rien à payer. S’il était célibataire en entrant à votre service, il partira seul. S’il était marié, sa femme partira avec lui (Exode 21.1-3).

À cette époque, l’esclavage était universel, alors Dieu le réglemente pour son peuple. Comparées à d’autres législations, les lois de l’Ancien Testament régissant les servitudes sont très humaines. L’esclave hébreu doit être respecté et différentié de son potentiel de travail, qui seul fait l’objet d’une transaction économique. Se vendre était un moyen de lutter contre la pauvreté et qui permettait à quelqu’un d’éponger ses dettes dans un temps donné. Un Hébreu devenait esclave soit pour acquitter ses impayés soit parce qu’il avait été surpris en train de voler. D’une manière ou d’une autre, on doit payer ce qu’on doit. C’est aussi ce que Jésus a dit. Je le cite :

Rendez à César ce qui revient à César et à Dieu ce qui revient à Dieu (Matthieu 22.21).

Bien que chacun doive assumer ses obligations, l’Éternel ne permet pas qu’on exploite les autres. Je cite un passage parallèle :

Si ton prochain qui vit près de toi devient pauvre et se vend à toi, tu ne le feras pas travailler comme un esclave. Tu le traiteras comme un ouvrier salarié ou comme un immigré ; il sera ton serviteur jusqu’à l’année du jubilé. Alors il quittera ton service pour retourner dans sa famille et rentrer en possession du patrimoine de ses ancêtres. Car ceux que j’ai fait sortir d’Égypte sont mes serviteurs ; ils ne doivent pas être vendus comme esclaves. Parce que tu révères ton Dieu, tu ne les traiteras pas avec brutalité (Lévitique 25.39-40).

Si le malheur frappait un Hébreu et qu’il doit se vendre, ces règles le protégeaient. C’est un progrès considérable par rapport à l’esclavage que connurent les Africains qui furent déportés par millions dans les mêmes conditions que ceux qui finirent dans les camps de la mort nazis. Tous les pays coloniaux, y compris la France, se rendirent coupables de ce trafic honteux.

Versets 4-6

Je continue le texte.

Si son maître lui a procuré une femme et qu’elle lui a donné des fils ou des filles, la femme et ses enfants resteront la propriété de son maître, lui seul partira libre. Mais si le serviteur déclare : « J’aime mon maître, ma femme et mes enfants, je renonce à partir libre », alors le maître prendra Dieu à témoin et fera approcher l’homme du battant de la porte ou de son montant et lui percera l’oreille avec un poinçon et cet homme sera son esclave pour toujours (Exode 21.4-6).

Tout le monde doit jouer le jeu. Les droits et devoirs de chacun doivent être pris en compte afin que le système fonctionne. Il ne faut pas que le maître soit lésé sinon il ne respectera pas les privilèges du travailleur, comme celui de prendre une femme. Si après avoir fini son temps, l’esclave choisit de rester, il ira avec son maître devant un juge et se fera percer l’oreille. Cette pratique courante était une marque de servitude. Elle symbolisait l’obéissance que le serviteur devait à son maître.

Cette coutume était aussi annonciatrice de l’œuvre accomplie par le Christ qui est descendu sur terre pour devenir un serviteur. Je cite un texte :

Jésus-Christ s’est dépouillé lui-même, et a pris la condition de l’esclave. Il se rendit semblable aux hommes en tous points. Il s’abaissa lui-même en devenant obéissant, jusqu’à subir la mort, oui, la mort sur la croix (Philippiens 2.7-8).

Ce n’est pas Jésus qui avait une dette à éponger, mais nous. Il a pris notre place et nous a rachetés de l’esclavage du mal afin de se constituer un peuple composé de tous les croyants de tous les temps et qui lui appartienne. C’est son Église, aussi appelée l’épouse de l’Agneau. Je cite deux passages :

Réjouissons-nous, soyons dans l’allégresse et donnons-lui gloire, car les noces de l’Agneau sont venues, et son épouse s’est préparée. Viens, je te montrerai l’épouse, la femme de l’Agneau (Apocalypse 19.7 ; 21.19).

Versets 7-11

Je continue le texte.

Si un homme a vendu sa fille comme servante, elle ne sera pas libérée dans les mêmes conditions que les esclaves. Si elle déplaît à son maître qui se la réservait, il la fera racheter, mais il ne pourra pas la vendre à des étrangers. Ce serait la trahir. S’il l’a destinée à son fils, il la traitera selon le droit qui s’applique à des filles. Si, après l’avoir épousée, il prend une deuxième femme, il ne retranchera rien à la nourriture et à l’habillement de la première, ni à son devoir conjugal envers elle. S’il lui refuse l’une de ces trois choses, elle pourra partir libre, sans paiement (Exode 21.7-11).

En donnant de tels droits à la femme-esclave, la Loi la protégeait et rendait la polygamie plus contraignante. De tous les peuples antiques, Israël était de loin le plus avancé en termes de législation sociale et de protection des esclaves. D’ailleurs, la Loi de Moïse a inspiré tous les codes et droits civils démocratiques modernes.