Chapitre 20

Introduction

J’aime bien les vieilles cartes postales. Elles me fascinent parce que pendant les quelques courts instants que je les regarde, elles me permettent de remonter le temps. Dans mes archives, j’en ai une qui a les Dix Commandements écrits noir sur blanc. Ils ne datent pas d’hier, puisqu’ils furent promulgués il y a environ 35 siècles. C’est loin, mais combien d’actualité. Le texte est très court, mais combien percutant. Au regard des crimes, de la corruption et des haines présents partout sur terre, les 10 Commandements devraient être affichés sur tous les murs du monde. Ils représentent l’âme de toute la Loi divine.

Ils furent promulgués avec pompe sur le mont Sinaï que l’Éternel avait auparavant entouré d’un cordon sanitaire. Le protocole était draconien. Dieu avait donné des instructions d’ordre rituel visant à la préparation d’Israël à le rencontrer et interdit qu’on s’approche trop près de lui sous peine de mort. Certains éléments naturels comme le tonnerre, un tremblement de terre, des éclairs, ont accompagné l’énoncé de la Loi afin d’accentuer le caractère redoutable et saint de l’Éternel. Le peuple en a eu conscience et tremble, ce qui somme toute est une attitude très saine, car dans l’ensemble des Textes Sacrés, aussi bien l’Ancien que le Nouveau Testament, la crainte respectueuse de Dieu est la condition sine qua non et incontournable de toute relation avec lui.

Avec les Commandements, l’Éternel communique des ordonnances relatives à l’autel des holocaustes, parce que la loi et les sacrifices vont de pair. En effet, si le code moral a pour but de mettre en lumière la culpabilité due aux fautes de l’homme, l’autel est le lieu où le sang innocent est versé pour les couvrir. Dans ma salle de bain, j’ai un miroir qui me dit si je suis présentable. Devant lui se trouve le lavabo où je me débarbouille. La loi agit comme un miroir, elle révèle mes saletés, tandis que le lavabo est une image de l’autel qui lave la culpabilité du repentant. Bien sûr, je peux me regarder dans le miroir et dire que l’un dans l’autre tout va plutôt bien. Si je suis content de moi, alors je n’ai besoin ni de gant de toilette ni de savon ni de lavabo.

Ça me rappelle le conte de Blanche Neige. La méchante fée demande à son miroir magique : Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle de toutes ? Le miroir répond toujours Ô Reine, tu es la plus belle de toutes les femmes. Mais un jour, il a dit : Reine, ce n’est pas toi ! À la différence de la méchante fée, Mr. tout le monde, il est beau, tout le monde il est gentil, répond lui-même à la question qu’il pose à son miroir. Il se croit juste par rapport aux obligations de la loi ou au regard du Sermon sur la Montagne, parce qu’il en ignore les exigences sévères. Pire encore, je peux penser que mon voisin devrait bien s’examiner dans la glace parce qu’il a sérieusement besoin d’une séance de décrassage.

Il y a aussi des gens qui après s’être regardés dans le miroir de la loi de Dieu ne veulent plus y penser. Ils vaquent à leurs occupations quotidiennes sans se soucier de leur état. Un texte du Nouveau Testament s’adresse spécifiquement à eux. Je le cite :

Ne vous contentez pas d’écouter la Parole de Dieu, traduisez-la en actes, sans quoi vous vous tromperiez vous-mêmes. En effet, si quelqu’un se contente d’écouter la Parole sans y conformer ses actes, il ressemble à un homme qui, en s’observant dans un miroir, découvre son vrai visage. Après s’être ainsi observé, il s’en va et oublie ce qu’il est (Jacques 1.22-24).

Les Occidentaux se considèrent plus évolués et plus sophistiqués que ceux d’autres cultures et donc moins coupables devant Dieu. Cet aveuglement spirituel est aberrant. Nous sommes tous des contrevenants très ordinaires et primitifs, tout aussi fautifs que les gens de Sodome l’étaient en leur temps. En effet, même si je ne me suis pas rendu coupable de meurtres ou de délits sexuels, j’ai commis d’autres transgressions qui ne sont pas moindres. Je lis un texte du Nouveau Testament :

Celui qui désobéit à un seul commandement de la Loi, même s’il obéit à tous les autres, se rend coupable à l’égard de toute la Loi (Jacques 2.10).

Cela veut dire que devant le Dieu trois fois saint, je dégage autant une odeur de purin que le plus vil des pécheurs. C’est vrai que c’est dur à entendre et moi aussi je trouve la pilule difficile à avaler. Au 21e siècle, nous ne sommes absolument pas meilleurs que nos prédécesseurs. La nouvelle moralité, qui a vu le jour dans les années 60, n’a rien inventé et n’est pas neuve du tout. Elle est bien antérieure au 20e siècle et existait avant le jugement du déluge puisqu’elle en fut la cause. En fait, ce mode de vie amoral remonte au jardin d’Éden lorsque nos premiers parents ont choisi de désobéir au Créateur et faire comme bon ils l’entendaient. Nos notions du bien et du mal sont très relatives et fortement influencées par nos désirs égoïstes, notre éducation et milieu de vie.

Maintenant donc, en plein désert, l’Éternel va donner la Loi aux Israélites pour en quelque sorte, remettre les pendules à l’heure, à son heure. Cette loi pure et dure représente le standard de Dieu, l’étalon de mesure moral universel. Elle exprime les exigences divines relatives à ce que l’homme devrait être sans arrondir aucun angle. Ces règles à suivre sont conçues pour administrer une race humaine déchue. Se voulant avant tout justes, elles ne font pas appel à la sentimentalité, à la bonté, l’amour ou la miséricorde. La loi est l’affirmation de la sainte volonté de Dieu et exige la perfection absolue de ma part. Elle ne se nourrit pas de bonnes intentions, mais exige impérativement une mise en pratique stricte. Les commandements ne sont pas des suggestions, mais des ordres. Ils délimitent le bien du mal, ce qui est juste et droit de ce qui est tordu et condamnable. Dans l’Ancien Testament, le psalmiste écrit :

La Loi de Dieu est parfaite, elle nous redonne vie. Toutes ses affirmations sont dignes de confiance. Aux gens sans détour elle donne la sagesse. Justes sont ses exigences, elles font la joie du cœur ; et ses ordres, si limpides, donnent du discernement. Le respect de l’Éternel est pur, il subsiste à tout jamais ; les décrets de l’Éternel sont vrais, ils sont parfaitement justes (Psaumes 19.7-9).

La loi révèle qui est Dieu et pointe le gouffre incommensurable qui me sépare de Lui. Je ne peux pas me mesurer aux préceptes divins et être fier de moi. Les Dix Commandements plus les 600 et quelques autres jouent le rôle de révélateur, ce produit qui dans le bain photographique permet de développer les clichés. D’une manière similaire, la loi appliquée à mon âme en fait ressortir ce qu’elle contient et ce n’est pas beau à voir. Nous sentons tous le fumier à la lumière de la sainteté de Dieu.

Sur l’île de Blackwell, qui fait partie de la ville de New York, il y a un cimetière qui était réservé aux criminels. Sur l’une des pierres tombales, on lit : Ici reposent les restes de John Smith, qui a contredit son Créateur, qui s’est joué des Dix Commandements et qui a quitté ce monde à l’âge de 35 ans. Sa mère et sa femme le pleurent. Personne d’autre ne le regrette. Puisse-t-il reposer en paix. Cet homme ne s’est pas éteint en douceur. Il mourut de mort violente, parce qu’il avait violé la loi de Dieu et des hommes. Mais chacun de nous décédera également ; et même si c’est paisiblement dans mon sommeil, je mourrai quand même parce que j’ai violé les commandements de Dieu.

Dans les sociétés occidentales décadentes, la loi du pays permet qu’on transgresse certains des dix commandements en toute impunité. Mais tôt ou tard, tel un boomerang, je récolterai ce que j’aurais semé. Je peux choisir de ne pas tenir compte de la loi de la gravité, par exemple, mais je ne peux échapper à ses conséquences. Cela me rappelle la blague de l’homme qui sauta de la Tour Eiffel. Arrivé au second niveau quelqu’un qui le vit tomber lui cria : Comment ça va ? Et notre homme de répondre : Jusque là, c’est formidable ! Certes, mais ce n’est ni au 2e ni au 1er étage que vont se faire sentir les conséquences fâcheuses de ce grand saut. C’est tout en bas au niveau du sol que va se manifester toute la force de la loi de la gravité. Et là, cet homme, s’il n’a jamais existé, va constater en un éclair que ça ne va pas bien du tout.

Versets 1-2

Après ces préambules, je commence à lire le chapitre 20 de l’Exode.

Alors Dieu prononça toutes ces paroles : — Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir d’Égypte, du pays où tu étais esclave (Exode 20.1-2).

Dieu rappelle qu’il a délivré les Hébreux de l’esclavage, comme pour dire : Dorénavant, je suis votre Maître et vous me devez obéissance ! Il veut aller plus loin dans sa relation avec eux, mais jusque-là ils n’ont fait que se plaindre au lieu de marcher simplement par la foi. Alors, il leur propose un projet d’alliance par la loi. Ce code fondamental qui va suivre est appelé les dix Paroles dans la suite des Écritures. Les 4 premiers Commandements gèrent plutôt, mais pas uniquement la dépendance de l’homme vis-à-vis Dieu. Les 6 autres s’articulent surtout, mais pas exclusivement autour des relations de l’homme avec son prochain, sachant que si j’offusque mon voisin, j’offense aussi Dieu.

Verset 3

Je continue le texte avec le premier Commandement :

Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi (Exode 20.3).

L’Éternel condamne le polythéisme, la croyance en plusieurs dieux. Il est intéressant de constater que rien n’est dit contre l’athéisme, car à cette époque ça n’existait pas. Les peuples étaient encore trop rapprochés dans le temps de la création et de la révélation originelle du Créateur. Les premiers libertins apparurent au temps du roi David. Les Textes Sacrés les appellent Insensés, et cela s’applique aussi bien au commun des mortels qu’au professeur machin chose, sommité intellectuelle de réputation mondiale. L’athéisme et le polythéisme sont des voisins de palier. Tous deux vouent un culte à d’autres dieux. Je lis un passage du Nouveau Testament :

Depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité se voient dans ses œuvres quand on y réfléchit. Ils n’ont donc aucune excuse, car alors qu’ils connaissent Dieu, ils ont refusé de lui rendre l’honneur que l’on doit à Dieu et de lui exprimer leur reconnaissance. Ils se sont égarés dans des raisonnements absurdes et leur pensée dépourvue d’intelligence s’est trouvée obscurcie. Ils se prétendent intelligents, mais ils sont devenus fous. Ainsi, au lieu d’adorer le Dieu immortel et glorieux, ils adorent des idoles, images d’hommes mortels, d’oiseaux, de quadrupèdes ou de reptiles (Romains 1.20-23).

Cette idolâtrie rappelle les Égyptiens qui étaient friands de ces créatures. Mais dans un deuxième temps, elle s’applique aussi aux scientifiques athées qui ont déifié la science et la nature. Celle-ci, imbue d’une sagesse créatrice a elle-même dirigée le processus de l’évolution des espèces. Il est vrai que ce concept est plus sophistiqué que le polythéisme primaire à cause des théories scientifiques complexes qui entrent en jeu. Mais à y regarder de plus près, les peuples antiques n’auraient jamais conçu un univers qui se serait fait tout seul au gré du hasard. Cette idée leur aurait paru pure folie. Ces gens-là étaient très religieux, mais pas des imbéciles.

Alors tout compte fait, l’un ou l’autre, il y a peu de différence entre le polythéisme primaire et la théorie de l’évolution. Avec le 1er Commandement, l’Éternel proclame donc son droit d’être reconnu comme le Dieu unique par Israël, ce qui le libère des idoles aliénantes des autres peuples.

Versets 3-4

Je continue avec le 2e Commandement.

Tu ne te feras pas d’idole ni de représentation quelconque de ce qui se trouve en haut dans le ciel, ici-bas sur la terre, ou dans les eaux plus bas que la terre (Exode 20.3-4).

L’Éternel s’est révélé à son peuple dans la nuée par le moyen de la parole et de ses actes, mais pas sous une forme visible. Le Créateur ne peut être représenté par des objets inertes qu’on peut posséder et devant lesquels les païens rendent un culte impersonnel et formaliste. De plus, ce serait oublier que la représentation de Dieu sur terre existe déjà puisque l’être humain a été créé à son image. L’histoire montre aussi qu’idolâtrie et exploitation du prochain vont de pair. Celui, qui traite la divinité comme un objet qu’il peut manipuler, fera de même avec son voisin.

Si j’adore l’argent, alors comme dit une vieille chanson : Pour ce petit bout de papier qui peut tout acheter, je ferais n’importe quoi pour avoir quelques billets, oui c’est vrai ! La philosophie libérale et les économies de marché ne tiennent pas compte des pauvres sinon pour les exploiter au bénéfice des multinationales. Ceux qui adorent la déesse du sexe se font exploiter par ceux qui se courbent devant l’argent et qui font un fric monstre sur leur dos en leur vendant de la porno. L’entretien des faux dieux coûte très cher.

Verset 5

Je continue le texte.

Tu ne te prosterneras pas devant de telles idoles et tu ne leur rendras pas de culte, car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu qui ne tolère aucun rival (Exode 20.5).

L’Éternel veut l’exclusivité. Il ne tolère aucun rival dans sa relation avec l’homme. C’est aussi l’attitude normale du mari envers l’épouse qu’il aime. Cette jalousie est une marque d’amour. Parce que Dieu aime son peuple, il demande un culte monothéiste. Lorsqu’Israël deviendra idolâtre, son infidélité sera sévèrement punie.

Versets 5-6

Je continue.

Je punis jusqu’à la 3e, voire la 4e génération de ceux qui me haïssent. Mais j’agis avec amour jusqu’à la millième génération envers ceux qui m’aiment (Exode 20.5-6).

La disproportion entre le châtiment qui s’étend sur 4 générations et l’amour sur mille, souligne l’ampleur de la bonté de Dieu.

Verset 7

Je continue.

Tu n’utiliseras pas le nom de l’Éternel ton Dieu à tort, car l’Éternel ne laisse pas impuni celui qui utilise son nom de manière abusive (Exode 20.7).

Ce 3e Commandement rappelle qu’Israël a reçu la révélation du nom de Dieu pour l’adorer, lui rendre un culte et le faire connaître à toutes les nations, pour bénir et pour prêter serment, et non pas pour l’utiliser à la légère ou dans le cadre de pratiques condamnables comme les jurons, les faux serments, les malédictions et la magie. En fait même une apostrophe anodine telle que Mon Dieu, c’est déjà prendre le nom du Seigneur en vain. Alors, celui qui utilise un langage blasphématoire en jurant comme un charretier, accumule des charbons ardents sur sa tête. Je lis les paroles de Jésus :

Je vous le dis : au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine, qu’ils auront proférée (Matthieu 12.36).

Versets 8-11

Je continue avec le 4e Commandement.

Pense à observer le jour du sabbat et fais-en un jour consacré à l’Éternel. Tu travailleras six jours pour faire tout ce que tu as à faire. Mais le septième jour est le jour du repos consacré à l’Éternel, ton Dieu ; tu ne feras aucun travail ce jour-là, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi ; car en six jours, l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui s’y trouve, mais le septième jour, il s’est reposé. C’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et en a fait un jour qui lui est consacré (Exode 20.8-11).

À l’image de Dieu qui s’est reposé le 7e jour, façon de parler bien sûr, les Israélites doivent faire de même. Ce commandement, qui présuppose qu’on travaille les 6 autres jours, vise aussi à préserver l’homme d’une activité écrasante ou qui deviendrait son idole. Ma raison d’être c’est de servir Dieu et non mon travail. Les premiers chrétiens, pourtant juifs, firent du dimanche, jour de la résurrection du Christ, leur Sabbat. Pendant des siècles, le dimanche fut chômé et réservé à Dieu. Mais la tendance est inversée. Ce jour pourtant férié, de plus en plus de magasins sont ouverts et de moins en moins de gens fréquentent les églises.

Verset 12

Je continue avec le 5e commandement.

Honore ton père et ta mère afin de jouir d’une longue vie dans le pays que l’Éternel ton Dieu te donne (Exode 20.12).

L’enfant doit obéir à ses parents tant qu’il est sous leur toit, les respecter toute sa vie, et leur venir en aide s’ils sont dans le besoin.

Verset 13

Je continue.

Tu ne commettras pas de meurtre (Exode 20.13).

Le mot veut dire homicide criminel. Il n’est pas dit : Tu ne tueras point ! Ce commandement est sans rapport avec la guerre ou la peine capitale.

Verset 14

Le 7e commandement est :

Tu ne commettras pas d’adultère (Exode 20.14).

Celui-ci fait vraiment ringard. Pourtant, cette faute est très grave. Elle est dirigée à la fois contre Dieu et le conjoint trahi, et les conséquences peuvent être dramatiques, car elles mettent en péril la famille et les enfants.