Chapitre 17

Introduction

Dans la fable, les deux coqs, La Fontaine écrit : Tout vainqueur à sa perte travaille. Défions-nous du sort et prenons garde à nous après le gain d’une bataille. En d’autres mots, mes victoires d’aujourd’hui ne me garantissent pas le succès pour demain. Ainsi va la vie. Les Hébreux ont quitté l’Égypte où ils étaient retenus esclaves puis assisté à la déroute de leurs geôliers. L’armée du pharaon a été engloutie par les eaux de la Mer Rouge. On pourrait penser que dorénavant ce serait le paradis sur terre pour Israël. Eh bien, pas du tout ! Ils ronchonnent sans arrêt. Non seulement les accommodations du voyage ne leur conviennent pas, mais en plus, sans crier gare, une bande de pillards du désert leur tombe dessus.

Verset 8

Je poursuis le chapitre 17 de l’Exode.

Les Amalécites vinrent attaquer Israël à Rephidim (Exode 17.8).

Ces voleurs de grand chemin n’étaient pas de la trempe de Robin des Bois. C’étaient des lâches, cherchant à détrousser des proies faciles, comme l’indique un passage d’un autre livre de Moïse que je cite.

Rappelez-vous comment les Amalécites vous ont traités quand vous étiez en chemin après votre sortie d’Égypte ; sans aucun respect de Dieu, ils vous ont rejoints sur votre route et ont attaqué par derrière les éclopés qui fermaient votre marche, alors que vous étiez épuisés et à bout de force (Deutéronome 25.17-18).

Cela dit, cette fâcheuse mésaventure est de la faute des Israélites. Comme ils avaient cherché querelle à Moïse, ils reçoivent la monnaie de leur pièce. Dieu utilise cette tribu du désert pour punir son peuple de son attitude pourrie. Ce cycle révolte/châtiment divin se répétera très souvent dans l’histoire d’Israël.

Verset 9

Je continue le texte.

Alors Moïse dit à Josué : — Choisis-nous des guerriers et demain tu iras combattre les Amalécites. Moi, je me tiendrai au sommet de la colline, avec le bâton de Dieu à la main (Exode 17.9).

Dans ce passage, nous faisons connaissance avec un nouveau personnage, Josué. Ce nom signifie l’Éternel sauve et est l’équivalent hébreu de Jésus. Il est un des principaux chefs de la tribu d’Éphraïm et succédera à Moïse.

Versets 10-12

Je continue.

Josué se conforma aux instructions de Moïse. Il alla combattre les Amalécites, tandis que Moïse, Aaron et Hour, un chef de la tribu de Juda, montèrent au sommet de la colline. Or, lorsque Moïse élevait la main pour prier, Israël avait l’avantage dans la bataille, et lorsqu’il la laissait retomber, Amalec l’emportait. Comme les bras de Moïse se fatiguaient, Aaron et Hour prirent une pierre qu’ils placèrent sous lui pour le faire asseoir dessus, et ils lui soutinrent les bras, chacun d’un côté ; ainsi ses bras tinrent fermes jusqu’au coucher du soleil, et Josué remporta la victoire sur les Amalécites à la pointe de l’épée (Exode 17.10-12).

Ce passage est très important, car il montre que l’issue du combat ne s’est pas décidée sur le terrain, mais sur la colline grâce à l’intercession de Moïse. C’est lui et non pas Josué, qui ici encore a eu le rôle primordial. Cela dit, il est évident que c’est l’Éternel qui a gagné la bataille. Il voulait enseigner une leçon importante à son peuple : ce ne sont pas les efforts humains, l’ingéniosité des chefs militaires, l’expérience des soldats ou la qualité des armes qui donnent la victoire, mais Dieu.

Néanmoins, et en parallèle, il est aussi dit que la victoire fut remportée par Josué à la pointe de l’épée, par un effort d’équipe, si on peut dire. Comme je l’ai déjà souligné, l’Éternel ne veut pas faire cavalier seul. Il a créé l’homme et la femme pour partager sa personne et son royaume avec la race humaine. Il enseigne donc à son peuple qui il est et ce qu’il attend de lui. L’école du désert se poursuit et jusqu’à présent, la nation d’Israël n’a pas été une très bonne élève.

Versets 14-15

Je continue jusqu’à la fin du chapitre 17.

L’Éternel dit à Moïse : — Consigne cela par écrit pour qu’on en garde le souvenir et déclare à Josué que j’effacerai complètement le souvenir d’Amalec de sous le ciel. Moïse érigea un autel qu’il appela Adonaï-Nissi, ce qui veut dire « Le Seigneur est ma bannière », puis il ajouta : — Puisqu’on s’est attaqué au trône de l’Éternel, l’Éternel fera la guerre à Amalec de génération en génération (Exode 17.14-15).

Ainsi se termine la première escarmouche entre Israël et ses ennemis. D’abord délivrés des Égyptiens, les Hébreux ont entamé une longue marche dans le désert en procédant par étape selon les directives de l’Éternel. Mais cette pérégrination a mal commencé. Elle a été un temps d’épreuves, dû non seulement à la faim et à la soif, mais aussi à cause de cette attaque-surprise des Amalécites. Israël est appelé à se confier en son Dieu et à lui obéir, mais s’est montré insoumis. Le texte contraste l’attitude fidèle et bienveillante de l’Éternel qui pourvoit à tous les besoins des Hébreux, avec la conduite infecte d’un peuple ingrat ponctuée par d’incessantes plaintes et désobéissances allant jusqu’à l’effronterie de vouloir forcer la main de Dieu.

Chapitre 18

Versets 1-6

Nous arrivons au chapitre 18 de l’Exode que je commence à lire.

Jéthro, prêtre de Madian et beau-père de Moïse, apprit tout ce que Dieu avait fait en faveur de Moïse et d’Israël son peuple, il apprit comment Dieu avait fait sortir les Israélites d’Égypte. Alors il emmena Séphora, la femme de Moïse, que celui-ci avait précédemment laissé repartir chez elle, ainsi que les deux fils de Séphora. L’aîné s’appelait Guerchôm (Émigré en ces lieux) parce que Moïse avait dit : « Je suis un émigré dans une terre étrangère ». Il avait nommé le cadet Éliézer (Mon Dieu me secourt) en disant : « Le Dieu de mon père m’a secouru et m’a délivré de l’épée du pharaon. » Jéthro se rendit donc auprès de Moïse, dans le désert, avec la femme et les fils de Moïse, près de la montagne de Dieu où Moïse avait dressé son camp. Il lui fit annoncer : — Moi, Jéthro, ton beau-père, je viens te rendre visite avec ta femme et tes deux fils (Exode 18.1-6).

Séphora, l’épouse de Moïse, avait d’abord suivi son mari en Égypte, mais était ensuite retournée chez elle où elle avait été à l’abri avec ses enfants pendant que Moïse croisait le fer avec pharaon. Maintenant que tout danger est écarté, Jéthro, son beau-père, lui ramène sa famille.

Verset 7

Je continue.

Moïse sortit à la rencontre de son beau-père, se prosterna devant lui et l’embrassa. Ils prirent réciproquement de leurs nouvelles, puis entrèrent sous la tente (Exode 18.7).

Moïse est en très bon terme avec son beau-père. Le silence sur sa relation avec sa femme et ses gosses est d’ordre culturel.

Versets 8-12

Je continue.

Moïse raconta à son beau-père tout ce que l’Éternel avait fait au pharaon et aux Égyptiens pour délivrer Israël ; il lui parla aussi de toutes les difficultés qu’ils avaient rencontrées en chemin, et lui dit comment l’Éternel les en avait délivrés. Jéthro se réjouit de tout le bien que l’Éternel avait fait à Israël qu’il avait délivré des Égyptiens. Loué soit l’Éternel, s’écria-t-il, qui vous a délivrés des Égyptiens et du pharaon, qui a libéré le peuple de la domination des Égyptiens. À présent, je reconnais que l’Éternel est plus grand que tous les dieux, car il l’a montré alors qu’on tyrannisait les Israélites. Puis Jéthro, beau-père de Moïse, offrit à Dieu un holocauste et des sacrifices. Aaron et tous les responsables d’Israël vinrent partager le repas sacré avec le beau-père de Moïse en présence de Dieu (Exode 18.8-12).

Moïse et son beau-père s’appréciaient mutuellement. Cela dit, il est possible qu’au tout début Jéthro ait été septique, quand Moïse, doté de son expérience de berger, lui avait froidement annoncé que, sur l’ordre de l’Éternel, il partait pour l’Égypte délivrer son peuple des griffes du pharaon. Peut-être a-t-il même pensé que son gendre faisait une poussée de folie religieuse. Mais les succès de Moïse lui ont fait changer d’avis. Plus âgé que son gendre et chef de clan, Jéthro offre lui-même le sacrifice comme le faisaient les patriarches Abraham, Isaac et Jacob.

Ce rôle reviendra aux prêtres consacrés, une fois la Loi de Moïse promulguée. Jéthro a été très impressionné par l’Éternel qu’il reconnaît comme le plus grand des dieux. C’est un pas dans la bonne direction, mais il a encore des progrès à faire, car dans la réalité, l’Éternel est le seul vrai Dieu. Je lis un passage :

C’est moi, moi qui suis l’Éternel, Et hors de moi, il n’y a point de sauveur (Ésaïe 43.11).

À la fin de sa vie, dans son testament à Israël, Moïse proclamera la même vérité. Je lis :

Reconnais donc que l’Éternel ton Dieu est le seul vrai Dieu, un Dieu fidèle à son alliance en témoignant de l’amour pour mille générations envers ceux qui l’aiment et qui obéissent à ses commandements (Deutéronome 7.9).

Et dans sa longue prière avant son arrestation, Jésus a dit :

La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ (Jean 17.3).

Versets 13-22

Je continue le texte.

Le lendemain, Moïse siégea pour rendre justice au peuple. Du matin au soir, les gens se tinrent devant lui. Lorsque le beau-père de Moïse vit toute la peine que celui-ci se donnait pour le peuple, il lui dit : — Pourquoi agis-tu de cette façon pour traiter les affaires du peuple ? Pourquoi sièges-tu seul et pourquoi tout ce monde attend-il debout du matin au soir pour se présenter devant toi. Moïse lui répondit : — C’est que les gens viennent me trouver pour consulter Dieu. Lorsqu’ils ont un différend, ils viennent à moi, et je sers d’arbitre entre les parties ; je leur fais connaître les ordonnances et les lois de Dieu. Le beau-père de Moïse lui dit : — Ta façon de faire n’est pas bonne. Tu finiras, à coup sûr par t’épuiser, toi et le peuple qui est avec toi, car la tâche dépasse tes forces. Tu ne peux pas l’accomplir seul. Maintenant écoute le conseil que je vais te donner, et que Dieu te vienne en aide. Ton rôle est de représenter le peuple auprès de Dieu et de porter les litiges devant lui. Tu dois aussi leur faire connaître ses ordonnances et ses lois, leur enseigner la voie à suivre et la conduite à tenir. Pour le reste, choisis parmi le peuple des hommes capables, attachés à Dieu, respectueux de la vérité, incorruptibles ; tu les placeras à la tête du peuple comme chefs de « milliers », chefs de « centaines », chefs de « cinquantaines » et chefs de « dizaines ». Ils seront en tout temps à la disposition du peuple pour juger les affaires ordinaires et ils ne porteront devant toi que les affaires importantes, mais ils jugeront eux-mêmes les cas faciles à régler. Allège ainsi ta charge ! Qu’ils la portent avec toi ! (Exode 18.13-22).

Aujourd’hui, Jéthro aurait fait fortune à donner des cours de management ou encore mieux comme consultant, ce qui est très à la mode. Ce long passage énonce les principes de base pour diriger efficacement un groupe ou une entreprise humaine. Jéthro a examiné comment Moïse gérait le peuple, puis il a remis en question sa façon de faire. Il a alors suggéré le concept de la délégation des pouvoirs. Ensuite, il fallait remplir les nouvelles fonctions. En disant : Choisis des hommes capables, attachés à Dieu, respectueux de la vérité, et incorruptibles, Jéthro a déterminé avec précision le profil moral et intellectuel que devaient posséder les nouveaux chefs locaux. Il a aussi décrit en détail leurs rôles et leur responsabilité vis-à-vis de Moïse.

On peut quand même se demander si l’animal doté de toutes ces qualités existe encore. Jéthro aurait pu fonder la première grande école de management et business administration. Du point de vue de la sagesse humaine, toutes ces recommandations étaient excellentes, car elles vont décharger Moïse qui croulait sous le poids de sa charge. Cette stratégie va permettre de faire un tri efficace entre les petites affaires banales et les vrais problèmes qui demandent l’attention de Moïse. De cette façon, les frottements entre voisins par exemple, pourront être rapidement traités.

On peut s’étonner que Dieu n’ait pas lui-même suggéré cette délégation de pouvoirs. Était-ce parce qu’il voulait la participation de Jéthro dans la direction de son peuple, ou bien parce qu’il savait qu’à long terme cette organisation se révélerait un cadeau empoisonné ? En effet, ces chefs locaux constitueront plus tard le Haut Conseil et Cour de Justice de la nation d’Israël, ce même groupe d’hypocrites religieux, qui condamneront à mort le Messie.

En réalité, ce n’était pas l’existence de ce Grand Conseil qui était en cause, mais bien plutôt la perfidie des individus qui la composaient. Aucun d’entre eux ne répondait au profil tracé par Jéthro, des hommes capables, attachés à Dieu, respectueux de la vérité, et incorruptibles. Déjà à cette époque, cette race pure était en voie d’extinction. La sagesse du beau-père de Moïse m’amène à m’interroger sur ce qui constitue réussir pour Dieu. Qu’est-ce qui fait qu’il approuve ou pas ce que je fais ? C’est rarement la méthode qui est en cause, mais bien plutôt l’esprit dans lequel j’agis. La recette de la réussite, si je puis m’exprimer ainsi, ne dépend pas de ma façon de faire ou du nombre de participants ou d’un rite quelconque ou de mes talents personnels, ni même de mes vertus, mais de mes motivations. Dans l’Évangile, Jésus-Christ définit celui qui est agréable à Dieu de la façon suivante :

Faites du règne de Dieu et de ce qui est juste à ses yeux votre préoccupation première (Matthieu 6.33).

Jéthro a été de bon conseil, mais malgré tout, il tombe dans les oubliettes de l’histoire. On entend plus parler de lui. Dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul nous demande de bien passer au crible notre sagesse pour nous assurer qu’elle ne suit pas les courants à la mode, calqués sur la culture du moment. Je lis le passage :

Que personne ne se fasse d’illusions sur ce point. Si quelqu’un parmi vous se croit sage selon les critères de ce monde, qu’il devienne fou afin de devenir véritablement sage. Car ce qui passe pour sagesse dans ce monde est folie aux yeux de Dieu. Il est écrit en effet : Le Seigneur connaît les pensées des sages : elles ne sont que du vent (1Corinthiens 3.18-20).

Versets 23-27

Je continue le texte de l’Exode jusqu’à la fin du chapitre 18.

Si tu agis comme je te le conseille et que Dieu te dirige, tu pourras tenir bon et tous ces gens rentreront en paix chez eux. Moïse suivit le conseil de son beau-père et fit tout ce que celui-ci lui avait suggéré. Il choisit dans tout Israël des hommes capables et les plaça à la tête du peuple comme chefs de « milliers », de « centaines », de « cinquantaines » et de « dizaines ». Ils étaient constamment à la disposition du peuple pour rendre la justice, réglant eux-mêmes les cas faciles et portant devant Moïse les affaires difficiles. Moïse prit congé de son beau-père qui reprit le chemin de son pays (Exode 18.23-27).

Moïse a suivi les conseils de son beau-père. Les différends entre les Hébreux seront d’abord traités au niveau des familles étendues, puis des clans familiaux et finalement par le juge de la tribu. Ce n’est qu’en dernier recours qu’on s’adressera à Moïse. Il exhorta les juges nouvellement créés en leur donnant les recommandations suivantes qu’on trouve dans le dernier livre que Moïse a écrit. Je les lis :

J’ai donné en ce temps-là les instructions suivantes à vos juges : Écoutez avec une attention égale les causes de vos compatriotes et jugez avec équité les différends de chacun dans ses rapports avec son compatriote ou avec un étranger. Soyez impartiaux dans vos décisions, écoutez le petit comme le grand, et ne vous laissez pas intimider par qui que ce soit ; car la justice relève de Dieu. Si une cause paraît trop difficile pour vous, soumettez-la-moi et je l’examinerai (Deutéronome 1.16-17).

On a coutume de dire que tout homme a un prix, mais pas Moïse. Il était juste et droit dans toute sa conduite. C’est donc avec cette nouvelle organisation judiciaire que va se poursuivre la vie des Israélites jusqu’à ce que la promulgation de la Loi mette en place un système légal complet. Ce chapitre se termine sur la prise de congé entre Moïse et Jéthro. L’apparition de cet homme constitue une sorte de transition entre le récit précédent de la marche d’Israël dans le désert et le séjour dans le Sinaï qui va durer un an.

Jéthro s’est d’abord distingué par la confession de foi qu’il a rendue à l’Éternel comme le plus grand des dieux, une vue étroite du Seigneur des cieux et de la terre. Ensuite, il s’est fait remarquer par sa sagesse humaine. Il est sorti de l’obscurité pour y retourner, mais il était l’homme du moment, une coïncidence divine. Moïse a profité de ses bons conseils pour organiser les tribus de façon rationnelle. Je trouve cette histoire encourageante, car le jour où j’aurais moi aussi besoin d’un coup de pouce, je peux compter sur un hasard favorable ordonné par Dieu.