Introduction (fin)

Grâce à la technologie moderne actuelle, beaucoup de films contiennent des scènes époustouflantes. On sait que c’est tout du trucage mais ça nous met quand même hors d’haleine. L’essor prodigieux des effets spéciaux est beaucoup dû au travail des studios Walt Disney qui ont su captiver notre imagination. Cependant, dans le livre de l’Apocalypse, la réalité dépasse la fiction car après la lettre adressée aux sept églises d’Asie Mineure, on a droit à un spectacle de très haut niveau. L’apôtre Jean reçoit la vision la plus extraordinaire de toutes les Écritures car le livre de l’Apocalypse surpasse tout ce qu’ont vu les prophètes Daniel, Ézéchiel et Zacharie.

Le ciel s’ouvre, le trône de Dieu apparaît entouré des vingt-quatre anciens et des quatre êtres vivants qui chantent les louanges du Tout-puissant (Apocalypse 4). Dans la main droite de Dieu, Jean voit un livre scellé de sept sceaux, mais nul n’est jugé digne de l’ouvrir, excepté un agneau égorgé qui se trouve au milieu du trône. Il prend le livre et aussitôt des chants éclatent à la louange du Sauveur (Apocalypse 5). L’agneau ouvre successivement les six premiers sceaux.

À l’ouverture des quatre premiers sceaux surgissent quatre cavaliers ; le premier est un conquérant tandis que les trois suivants déclenchent divers fléaux sur terre. Le cinquième sceau dirige nos regards sous l’autel des holocaustes qui se trouvait à l’entrée du tabernacle. Là nous voyons les âmes des martyrs qui demandent à Dieu de les venger.

A l’ouverture du sixième sceau, des phénomènes terrifiants se produisent dans les cieux. Voyant approcher le jugement, les hommes se réfugient où ils peuvent et demandent :

Qui peut subsister ? (Apocalypse 6.17).

À cette question répond la double scène du chapitre sept qui forme une sorte d’intermède avant l’ouverture du septième sceau. Ensuite apparaissent les anges des quatre vents qui reçoivent l’ordre d’épargner les hommes jusqu’à ce que les élus, au nombre de cent quarante-quatre mille, douze mille de chaque tribu d’Israël, soient marqués du sceau de Dieu. Puis Jean voit une multitude innombrable de rachetés qui se tiennent face au trône et devant l’Agneau, et qui, ayant survécus à la Grande Tribulation, servent Dieu continuellement.

Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, l’ouverture du septième sceau, précédée dans le ciel par une demi-heure d’un silence lourd, n’amène pas la fin mais seulement les signes précurseurs de la fin ; ceux-ci apparaissant au signal donné par sept anges qui tour à tour sonnent de la trompette.

Les fléaux que ces anges déclenchent font périr le tiers de ceux qu’ils frappent. Puis un aigle désigne spécifiquement les trois derniers fléaux comme trois malheurs. L’un consiste en une invasion de sauterelles démoniaques qui tourmentent les hommes et le second déclenche la venue de deux cents millions de cavaliers qui franchissent l’Euphrate (Apocalypse 8–9). Avant que se produise le troisième malheur, signalé par la septième trompette, un ange vient annoncer que cette sonnerie amènera l’accomplissement du plan secret de Dieu (Apocalypse 10.7). L’ange donne alors à manger à l’apôtre Jean un petit livre et lui déclare qu’il devra encore prophétiser sur de nombreux peuples (Apocalypse 10.11).

Puis deux témoins venus du ciel apparaissent et s’opposent efficacement aux impies. Mais après un temps ils sont mis à mort, ressuscitent et repartent d’où ils sont venus (Apocalypse 11.1-14). Ensuite, la septième trompette donne le signal de la lutte suprême et un chant de victoire retentit dans le ciel (Apocalypse 11.15-19). Une femme paraît alors, enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et couronnée de douze étoiles. Elle est enceinte du Messie. Le dragon guette l’enfant qu’elle va mettre au monde, mais celui-ci est enlevé au ciel et le dragon, vaincu par Michel et ses anges, est précipité sur terre où il persécute la femme et ses autres enfants (Apocalypse 12). Puis Jean voit monter de la mer une bête à dix cornes et à sept têtes, et de la terre une seconde bête qui incite les hommes à rendre des hommages divins à la première bête (Apocalypse 13). Jean voit ensuite l’Agneau et les cent quarante-quatre mille Israélites qui ont reçu le sceau sur le mont Sion (Apocalypse 14.1-5), ainsi que trois anges proclamer les jugements de Dieu, représentés par la moisson et la vendange (Apocalypse 14.6-20).

L’apparition des sept coupes de la colère de Dieu portées par sept anges, est précédée par un chant des vainqueurs de la bête (Apocalypse 15). Les fléaux déchaînés, dont les premiers rappellent les plaies d’Égypte, atteignent tous les hommes. À la sixième coupe, trois esprits impurs sortent de la bouche de la bête et du faux prophète. Semblables à des grenouilles, ils convoquent les rois de la terre pour la bataille d’Harmaguédon du « Jour du Seigneur ». La septième coupe amène enfin la fin des fins (Apocalypse 16.17). La chute de Babylone est alors décrite en détail (Apocalypse 17) avec les lamentations qu’elle provoque sur terre, et les chants de triomphe qui la saluent dans le ciel (Apocalypse 18.1–19.10).

Jésus-Christ parait pour remporter sur la bête et les rois de la terre une victoire éclatante, à la suite de laquelle Satan est lié pour mille ans. Pendant ce millénium, les fidèles qui ont part à la première résurrection règnent avec le Christ. Puis Satan est délié et il va séduire les nations du monde, mais au moment où elles attaquent Jérusalem et le peuple de Dieu, elles sont détruites par le feu du ciel et le diable est précipité dans l’étang de feu et de soufre d’où il ne sortira plus jamais. Alors a lieu le jugement du « Grand trône blanc » ou « jugement dernier » (Apocalypse 19.11-20).

Un dernier tableau prophétique nous montre un nouveau ciel et une nouvelle terre, et nous offre une description détaillée de la Nouvelle Jérusalem. Il est suivi d’une solennelle déclaration de l’ange à l’apôtre Jean (Apocalypse 21.1-22). Enfin, ce livre se termine par un épilogue où Jean reçoit l’ordre de ne pas garder cette révélation secrète mais de la faire connaître parce que le Seigneur vient bientôt. Voilà résumé à grands traits l’Apocalypse de Jean. Mais comment l’interpréter ? Il existe quatre grandes écoles, qustre approches, quatre façons d’aborder ce livre.

On a premièrement l’approche prétériste qui considère l’Apocalypse, non pas comme une prophétie qui prédit le futur, mais comme le récit historique d’événements survenus dans l’empire romain du 1er siècle. Mais cette perspective ne tient pas debout ; je veux dire qu’elle ne tient pas compte, d’une part, que le livre se dit prophétique (Apocalypse 1.3 ; 22.7, 10, 18-19) et donc il concerne le futur, et d’autre part, qu’il n’est pas possible d’adhérer à cette interprétation pour tous les événements rapportés dans l’Apocalypse, puisque par exemple, la seconde venue de Jésus-Christ décrite dans le chapitre 19 n’a évidemment pas encore eu lieu. De plus, aucune des persécutions ou tragédies survenues au 1er siècle de notre ère ne correspond aux terribles catastrophes dépeintes dans les chapitres 6 à 19 de ce livre.

Une seconde approche, historiciste celle-là, consiste à voir dans l’Apocalypse le survol de l’histoire de l’Église depuis les temps apostoliques jusqu’au présent. Mais comment faire coïncider les événements décrits dans l’Apocalypse avec ceux qui se sont réellement déroulés dans l’Histoire, comme la chute de Rome aux mains des barbares, l’ascension de l’Église catholique romaine, l’avènement de l’Islam, ou même la Révolution française ? Eh bien c’est très simple, il suffit d’avoir recours à une interprétation allégorique du texte. Mais cette approche étant totalement subjective, elle donne lieu à une myriade d’interprétations arbitraires qui sont en conflit avec ce que Jean décrit dans son livre. Non seulement cette vision particulière ne tient pas plus compte que la précédente, du fait que l’Apocalypse se dit prophétique, mais elle perd toute signification pour les croyants de la fin du premier siècle à qui l’Apocalypse est pourtant adressé.

La troisième approche, appelée idéaliste, considère l’Apocalypse comme décrivant la lutte immémoriale entre le bien et le mal, un combat qui fait rage à toutes les époques. Saint Augustin, qui fait d’abord une lecture littérale de l’Apocalypse, retourne complètement sa veste et se met alors à crier haut et fort que ce livre est une collection de symboles et qu’il faut donc le spiritualiser pour le comprendre. Augustin va même jusqu’à déclarer que le règne millénaire de Jésus a débuté au moment de sa naissance, et qu’il sera suivi du jugement dernier puis de la cité céleste. Étant donné que l’Église catholique romaine entérina ces affirmations, il ne faut pas trop s’étonner si la plupart des gens sont sceptiques à l’égard de toutes les Écritures en général et de l’Apocalypse en particulier.

Selon la perspective symbolique donc, ce livre n’est ni un récit historique ni une prophétie et n’a aucun lien avec des événements historiques passés ou futurs. L’Apocalypse serait plutôt une collection de récits destinés à véhiculer quelques vérités spirituelles. Qu’on se le dise.

Selon la quatrième approche, tout le livre doit être compris selon la grille de lecture dite « littérale, grammaticale et historique » sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours à une interprétation allégorique. Que l’Apocalypse soit un livre prophétique n’est pas original puisqu’une grande partie des écrits des prophètes de l’Ancien Testament annonce ce qui doit arriver dans un avenir lointain, comme par exemple les événements qui se dérouleront le « Jour de l’Éternel », toutes les promesses qui concernent la venue du Messie et le royaume futur, ainsi que les prédictions de Daniel qui annoncent les empires à venir.

Les trois premières approches que j’ai mentionnées laissent à l’ingéniosité de l’homme le soin de décider ce que les grandes fresques de l’Apocalypse signifient, mais l’interprétation littérale est, d’une part, conforme au sens que Dieu a voulu donner à ce livre, et d’autre part, c’est l’interprétation qu’adoptent les premiers lecteurs chrétiens de la fin du 1er siècle.

Par-dessus la fresque de son époque et à cause de la ressemblance réelle entre la situation sous le règne de Domitien et la crise des derniers jours, l’apôtre Jean peint avec la couleur même de son milieu les derniers grands soubresauts de l’humanité. De même que l’Église du premier siècle subit la persécution de Rome, l’Église de la fin sera dévastée par une violente opposition de la part du pouvoir terrestre de l’Antichrist.

Il est bien vrai qu’on peut facilement se perdre dans les méandres de la vision que nous raconte l’apôtre Jean, mais si on prend de la distance par rapport aux différentes scènes du livre, on se rend aisément compte que le sujet central de l’Apocalypse est le triomphe ultime du christianisme sur tous les tyrans symbolisés par la Rome des Césars, et donc par extension sur tous les empires païens. Le dernier grand combat, appelé bataille d’Harmaguédon, précède l’apparition de Jésus-Christ qui descend dans toute sa gloire et pourfend ses ennemis avant d’établir le Royaume de Dieu avec force et puissance.

Le livre de l’Apocalypse enseigne le règne suprême de Dieu et le triomphe de la justice, une vérité absolue valable pour tous les hommes de tous les temps. Ceux qui refusent cette réalité devront subir les conséquences de leur rébellion contre Dieu. Quant aux croyants, ils sont appelés à vivre d’une manière digne de leur vocation. Parlant de la dissolution ultime de la terre et des cieux, l’apôtre Pierre fait une application immédiate de cette prophétie pourtant très lointaine par rapport à son temps quand il écrit :

C’est pourquoi, mes chers amis, dans cette attente, faites tous vos efforts pour que Dieu vous trouve purs et irréprochables à ses yeux, dans la paix qu’il donne (2Pierre 3.14).

De tout temps, l’Apocalypse est pour l’Église de Jésus-Christ la source où les croyants peuvent puiser les consolations et les encouragements dont ils ont besoin dans les jours d’épreuve. Le point d’orgue, la note forte et vibrante qui traverse tout le livre de l’Apocalypse est une éternelle espérance. Le diable et ses cohortes ont beau se déchaîner avec rage contre l’Église, Jésus règne et détruira la puissance insolente des adversaires et des persécuteurs.

Comme les autres écrivains sacrés du Nouveau Testament, Jean considère la fin des temps (Apocalypse 20–22) toute proche et il croit qu’elle coïncidera avec la ruine imminente de l’empire romain et des impies. Il ne se doute certainement pas du long intervalle qui, en réalité, sépare les deux événements : la chute de l’empire romain et l’établissement du royaume de Dieu sur terre.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, cette perspective télescopée de la prophétie caractérise tous les prophètes de l’Ancien Testament. Même au visionnaire inspiré de Dieu, on peut appliquer cette parole de l’apôtre Paul :

Notre connaissance est partielle, et partielles sont nos prophéties (1Corinthiens 13.9).

L’accomplissement de la vision de Jean attend encore ce Jour, ignoré des hommes et des anges, que Dieu seul connaît et garde sous sa seule autorité (Actes 1.7).

Verset 1 a

Je commence maintenant de lire le premier verset de l’Apocalypse. Ce livre commence très simplement par :

Révélation de Jésus-Christ (Apocalypse 1.1 a).

Cependant, ces paroles sont comme un immense coup de tonnerre et un immense éclair qui déchirent la nuit.

Au début du Nouveau Testament, les quatre évangiles racontent la première venue de Jésus-Christ sur terre ; l’Apocalypse clôt le Nouveau Testament et décrit mieux que tout autre livre inspiré de Dieu, la deuxième venue de Jésus-Christ dans toute sa gloire.

Ces premiers mots : « Révélation de Jésus-Christ » donnent le véritable sujet du livre. Le mot « révélation » est au singulier et il traduit le grec « apokalypsis » qui signifie « dévoilement, divulgation, rendre visible ». Quant au mot « apocalypse », c’est la translittération française du grec « apokalypsis », mais il a pris le sens de « cataclysme » dans notre langue.

Ce livre est appelé « Révélation » parce qu’il renferme des vérités jusque-là cachées, mais qui maintenant sont révélées. Il met les croyants en garde contre les dangers du péché et leur rappelle la nécessité de mener une vie sainte. L’Apocalypse décrit la gloire et la majesté de Dieu ainsi que l’adoration qui sans cesse enveloppe son trône. Il révèle aussi et en détail, la fin de l’histoire de l’humanité, la victoire ultime de Jésus-Christ sur toute opposition humaine et démoniaque, la gloire à venir de son règne terrestre de mille ans, la défaite ultime de Satan, la fin du péché et du mal en général, le jugement dernier et l’état final des méchants, ainsi que la félicité éternelle des croyants qui habiteront le nouveau ciel et la nouvelle terre. Mais par-dessus tout, le livre de l’Apocalypse révèle la majesté et la gloire du Seigneur Jésus-Christ, majesté et gloire qui éclateront puissamment comme l’éclair traverse un ciel de ténèbres (Matthieu 24.27).

Parlant de Jésus-Christ, l’apôtre Paul écrit aux Philippiens :

Dieu l’a élevé à la plus haute place et il lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, pour qu’au nom de Jésus tout être s’agenouille dans les cieux, sur la terre et jusque sous la terre, et que chacun déclare : Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père (Philippiens 2.9-11).

Cette exaltation promise par Dieu le Père à son Fils bien-aimé est décrite dans le livre de l’Apocalypse qui explique l’héritage que lègue le Père au Fils.

Ce livre prophétique révèle la personne de Jésus-Christ lui-même, mais c’est également une révélation faite à son sujet. Les évangiles portent aussi sur la personne du Christ mais le présentent dans son humiliation, alors que dans l’Apocalypse, il apparaît exalté dans toute sa gloire. Un pasteur (W. A. Crisswell) écrit :

La première fois que le Seigneur est venu dans ce monde, il est venu dans le voile de notre chair. Sa divinité était couverte par son identité d’homme. Sa divinité était cachée par son humanité. Sa divinité a transparu seulement quelques fois, comme sur le mont de la Transfiguration ou dans l’accomplissement de ses œuvres miraculeuses. Mais la plupart du temps la gloire, la majesté, la divinité, le caractère merveilleux et admirable du Fils de Dieu, deuxième personne de la Sainte Trinité, étaient voilés. Ces attributs étaient recouverts de la chair de notre humanité. Il est né dans une étable. Il a grandi dans la pauvreté. Il a connu la faim et la soif, il s’est fait gifler et battre, et on l’a meurtri. On l’a crucifié en tant que criminel sous le regard moqueur de la terre entière, mais il est ressuscité. La dernière fois que ce monde a vu Jésus, il était pendu à la croix dans la honte, la misère et l’angoisse. […] Mais est-ce te tout ce que le monde verra jamais de notre Sauveur : en train de mourir dans la honte sur la croix ? Non ! Il fait également partie du plan de Dieu qu’un jour notre monde incrédule, blasphémateur et impie voie le Fils de Dieu revêtu de tous ses attributs, dans sa gloire, dans sa majesté, dans toute la magnificence de sa divinité. Tous les hommes le verront alors tel qu’il est en réalité (Expository Sermons on Revelation [Grand Rapids: Zondervan, 1969], 1.16-17).