#01 Introduction (Jonas 1.1-2)

Jonas signifie colombe. Cet homme de la tribu de Zabulon est originaire de la Galilée à 5 km de Nazareth et il est prophète en Israël Nord dès le début du règne de Jéroboam II (793-753 ; 2Rois 14.25-27). Un jour, Dieu lui ordonne d’aller annoncer un jugement contre Ninive, capitale de l’Empire assyrien et qui se trouve à 900 km au nord d’Israël sur le fleuve Tigre en face de l’actuelle ville de Mossoul. Le livre raconte alors la rébellion de Jonas qui, en vrai patriote, zélé pour sa patrie, ne veut pas prévenir les ennemis de son peuple du châtiment qu’ils encourent. Il s’enfuit donc par mer dans la direction opposée à Ninive.

Mais Dieu sait comment le remettre dans la bonne direction. Jonas finit donc par aller à Ninive, et l’âme mortifiée, il annonce le jugement de Dieu. Quelques années auparavant, deux épidémies avaient sévi qui firent de nombreuses victimes (en 765, 759) et une éclipse solaire se produisit (le 15 juin 753). De tels événements sont considérés de mauvaise augure, des signes de la colère divine, ce qui permet de comprendre pourquoi les habitants de Ninive ont cru la menace de Jonas. À son écoute, les habitants de la ville se repentent et l’Éternel renonce à l’exécution du châtiment annoncé. Jonas devient alors furieux et déprimé et demande à mourir. L’Éternel n’abandonne pas son prophète mais, comme un père avec l’un de ses enfants qui est de très mauvaise humeur, il le raisonne pour l’amener à réfléchir à partir d’une leçon de sciences naturelles.

Jonas est un homme bouillant qui part au quart de tour comme l’apôtre Pierre. Et comme l’apôtre Paul, il est envoyé auprès de peuples païens. Grâce à Paul et à Jonas, des matelots survivent à une grosse tempête. Tandis que Paul fait naufrage, Jonas demande à être jeté dans une mer en furie pour la calmer, mais où il n’a pas la moindre chance de survie. Il prie alors son Dieu de le sauver, et voici qu’un poisson ou animal aquatique (mot hébreu), ou monstre marin (grec) qui passait par là, reçoit l’ordre de Dieu d’avaler Jonas pour le mettre en lieu sûr. L’histoire de Jonas est à la fois extraordinaire, captivante et plausible, car des pêcheurs ont trouvé dans le ventre de cachalots des personnes vivantes quelques heures après qu’elles aient été avalées.

Bien sûr, les théologiens d’obédience libérale considèrent le récit de Jonas comme un roman fictif, un conte pour enfants, mais ceux qui rejettent son historicité s’attaquent également à la crédibilité de Jésus, parce que Jonas est non seulement l’un des prophètes qu’il mentionne, mais il a aussi utilisé son expérience pour prophétiser sa propre mort et résurrection (Matthieu 12.38-41). Il est donc inconcevable que Jésus ait comparé le temps qu’il allait passer dans le séjour des morts à une légende. D’autres rejettent Jonas comme auteur du livre parce qu’il est écrit à la troisième personne, mais plusieurs prophètes et écrivains antiques célèbres ont fait de même sans qu’on mette en doute la paternité de leurs écrits. Personne en Israël n’aurait osé écrire une histoire en donnant à un prophète de l’Éternel le rôle de bigot égocentrique, boudeur, et rebelle à Dieu. Jonas seul avait la liberté de se décrire ainsi. Étant sincèrement affligé par son attitude pourrie à l’égard des habitants de Ninive qu’il veut voir détruits et par son obstination à tenir tête à son Dieu, il écrit son histoire en toute franchise, pour que personne d’autre ne commette les mêmes fautes.

D’autres détracteurs considèrent le livre de Jonas comme une allégorie, où le prophète représente Israël et le mammifère qui l’a englouti, l’exil de Juda à Babylone. Mais c’est impossible parce que l’animal n’est pas un instrument de jugement mais plutôt de salut, que l’Éternel utilise pour sauver son prophète de la noyade.

Jonas fait deux confessions de foi majestueuses. Il dit révérer l’Éternel, le Dieu du ciel qui a créé la mer et la terre et il dit aussi qu’il est un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté. Pourtant, l’acteur principal du livre n’est pas Jonas mais l’Éternel, le Dieu souverain, qui a un plan que rien ni personne ne peut contrecarrer. Il a le premier et le dernier mot de l’histoire (Jonas 1.1-2 ; 4.11) et ne change pas d’avis entre-temps (Jonas 1.2 ; 3.2). Il mobilise la création pour contrer son serviteur récalcitrant ; il crée une grosse tempête, ordonne la conduite du gros poisson (Jonas 2.10-11), menace les habitants de Ninive puis leur fait grâce. Il fait pousser un arbuste pour abriter Jonas, puis ordonne à un ver de le détruire, et à un vent brûlant d’importuner son prophète (Jonas 4.6-8) afin de lui faire comprendre ses erreurs de jugement. En raison de l’alliance entre l’Éternel et Abraham, les Israélites se considéraient comme les seuls bénéficiaires de la grâce divine et vouaient tous les non-juifs au jugement. Mais le livre enseigne que l’Éternel est le Dieu de tous les êtres humains et pas seulement des Hébreux, et il veut faire grâce à tous les hommes qui se repentent de leurs mauvaises actions. Mais sur ce fond lumineux de la miséricorde divine se détache la figure sombre de Jonas, qui accepte volontiers la bonté de Dieu, mais qui s’indigne à la pensée que les païens pourraient aussi devenir les objets de sa grâce. L’idée que l’Éternel est le Dieu de tous les hommes a son aboutissement dans le Nouveau Testament où le peuple de Dieu inclut des gens de toutes les nations.

L’Éternel adressa la parole à Jonas, fils d’Amittaï et lui dit. Va à Ninive la grande ville et menace ses habitants, car leurs actions méchantes sont parvenues jusqu’à moi (Jonas 1.1-2 ; cp 1Rois 17.8 suivants.).

< #02 Jonas fuit l’Éternel (Jonas 1.3-2.1) [^] Revenir aux études