Épître de Jacques

Introduction

La paille est un élément qui entre dans des expressions peu avenantes. Par exemple dans la chanson « Il était un petit navire », « on tire à la courte paille » pour savoir qui serait mangé ; et puis on ne peut guère descendre plus bas que lorsqu’on est « sur la paille », et « un feu de paille » ne mène à rien. C’est dans ce sens très négatif que Martin Luther utilise le mot « paille », quand dans l’introduction de la première édition de son Nouveau Testament allemand (1522), il qualifie la petite lettre de Jacques de « épître de paille ».

Tout au long de l’histoire de l’Église et pour diverses raisons, la canonicité de cette épître est très contestée. On l’a jugée trop petite pour être sérieuse ; douteuse car elle ne donne pas d’enseignement doctrinal et s’adresse aux croyants d’origine juive ; et enfin, on la conteste parce qu’elle n’a pas été écrite par l’un des apôtres officiels. Il s’ensuit que l’épître de Jacques a eu beaucoup de mal à se faire une place dans le Nouveau Testament.

Pourtant on trouve des allusions à l’épître de Jacques dans plusieurs textes datant de la fin du premier siècle, et vers la fin du second siècle, l’écrivain grec Clément d’Alexandrie (150-215) écrit un commentaire sur cette épître, mais elle s’est perdue. Pour Origène (185-253), qui avec Augustin, est le plus grand théologien de l’antiquité, il ne fait aucun doute que l’épître de Jacques est inspirée de Dieu. Puis, à la fin du 3e siècle, Eusèbe (265-340) qui est considéré comme le père de l’histoire religieuse, reconnaît un statut canonique à cette épître, mais la classe parmi les ouvrages discutés, car tout le monde n’est pas d’accord. L’Église de Syrie en particulier la conteste mais l’inclut quand même dans l’ancienne version syriaque des Écritures (La Peschitta). Finalement, Jérôme (347-420) Père et docteur de l’Église, inclut l’épître de Jacques dans la Vulgate, la version latine de la Bible, ce qui confirme son statut d’épître inspirée par le Saint-Esprit.

Luther n’apprécie pas l’épître de Jacques parce qu’elle ne dit rien sur les grandes doctrines de la foi chrétienne, qu’il défend avec passion. En réalité, au moins une partie de son hostilité à l’égard de cette lettre est due à sa hargne envers ses adversaires catholiques romains qui utilisent le second chapitre de l’épître de Jacques pour défendre l’idée que l’homme peut se rendre juste devant Dieu par ses bonnes œuvres.

Il faut dire que l’épître de Jacques n’est pas un traité doctrinal mais un manuel pratique de la vie chrétienne. Si son auteur ne mentionne aucun événement de la vie de Jésus, en revanche il fait référence une bonne vingtaine de fois au Sermon sur la Montagne et on peut presque dire que cette lettre est un commentaire sur ce long discours de Jésus. Par exemple, Jacques rejette toute profession de foi superficielle et reproche à ses lecteurs Juifs leur attachement aux valeurs de ce monde.

Comme le dit si bien l’Ecclésiaste : « il n’y a rien de nouveau sous le soleil », ce qui fait que l’enseignement de l’épître de Jacques la rend tout aussi pertinente aujourd’hui qu’elle l’était au moment de sa rédaction.

L’auteur de la lettre se présente comme étant « Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ » (Jacques 1.1). Cette brièveté suggère qu’il est très bien connu de ses destinataires et qu’il jouit d’une grande influence dans l’église de Jérusalem. Cette caractéristique exclut plusieurs Jacques comme le père de l’apôtre Jude (Luc 6.16 ; Actes 1.13 ; Matthieu 10.3 ; Marc 3.18) dont on ignore tout de toute façon. Il y a aussi Jacques fils d’Alphée qui fait partie des douze apôtres (Matthieu 10.3 ; Actes 1.13 ; Marc 15.40), mais après la Pentecôte, il tombe dans les oubliettes de l’histoire. En troisième lieu, on a Jacques fils de Zébédée, frère de l’apôtre Jean et qui lui aussi fait partie des Douze. Il aurait pu faire un bon candidat car il est souvent mentionné dans les évangiles et le livre des Actes (Matthieu 4.21 ; 10.2 ; 17.1 ; etc.), mais comme il est exécuté par le roi Hérode Agrippa (Actes 12.1-2) dès l’an 44, il ne peut pas être l’auteur de l’épître de Jacques. Finalement, il ne reste plus que Jacques, l’un des frères de Jésus ou plus exactement son demi-frère. Tous deux ont grandi ensemble, mais l’apôtre Jean écrit que « les frères de Jésus eux-mêmes ne croyaient pas en lui » (Jean 7.5). Et dans l’évangile selon Matthieu, on lit qu’au cours de son ministère, Jésus est retourné à Nazareth et enseignait dans la synagogue au point où les gens disaient :

D’où tient-il cette sagesse et le pouvoir d’accomplir ces miracles ? N’est-il pas le fils du charpentier ? N’est-il pas le fils de Marie, et le frère de Jacques, de Joseph, de Simon et de Jude ! Ses sœurs ne vivent-elles pas toutes parmi nous ? D’où a-t-il reçu tout cela ? Et voilà pourquoi ils trouvaient en lui un obstacle à la foi (Matthieu 13.54-57).

Alors Jésus leur dit : C’est seulement dans sa patrie et dans sa propre famille que l’on refuse d’honorer un prophète (Marc 6.3).

Non seulement ses frères et sœurs n’ont pas foi en Jésus, mais ils le croient fou (Marc 3.21).

On ne sait pas quand Jacques a reconnu en son grand frère le Messie, le Fils de Dieu, mais on sait qu’après sa résurrection, Jésus lui est apparu (1Corinthiens 15.7) et qu’au sein de l’église de Jérusalem, Jacques exerce d’importantes fonctions (Actes 12.17 ; 21.18 ; Galates 1.19 ; 2.9, 12). Son influence est telle que l’apôtre Paul parle de lui comme étant « une colonne de l’Église » (Galates 2.9 ; comparez Actes 12.17) ; et en effet puisque c’est Jacques qui préside le concile de Jérusalem (Actes 15.13). Puis, quand Jude écrit sa toute petite lettre, il se présente timidement comme « Jude serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques » (Jude 1), ce qui montre bien que Jacques est reconnu comme l’un des principaux dirigeants de l’Église.

Une autre raison de penser que le Jacques qui écrit cette épître est le même que celui qui dirige le concile de Jérusalem nous est donnée par les parallèles linguistiques entre son discours et le contenu de sa lettre. Par exemple, il est le seul auteur du Nouveau Testament à utiliser un certain verbe (chairein) pour « saluer » et on le retrouve à la fois dans son épître (Jacques 1.1) et dans son discours lors du concile (Actes 15.33).

Contrairement à l’apôtre Paul ou Pierre ou Jean qui écrivent principalement à des croyants, Jacques balaie large et s’adresse aussi à des personnes qui ne font pas partie de la communauté chrétienne. Cependant, les principaux destinataires de l’épître sont des Juifs expatriés à Babylone et en Mésopotamie, mais qui ont vécu en Israël. On le sait parce que dans l’une de ses démonstrations, Jacques utilise l’analogie des pluies d’automne et de printemps (Jacques 5.7) qui sont une caractéristique typique du climat de la Palestine.

Jacques utilise une terminologie caractéristique de l’Ancien Testament, et cela dès le premier verset où il fait allusion aux « douze tribus dispersées du peuple de Dieu ». Par ailleurs, son épître contient quatre citations directes et plus de quarante allusions tirées de l’Ancien Testament. Jacques est le seul auteur du Nouveau Testament à utiliser le titre « Seigneur des armées » (Jacques 5.4 ; comparez Romains 9.29), qui, avec son équivalent « Éternel des armées », est spécifique à l’Ancien Testament. Jacques emploie aussi l’image de l’adultère (Jacques 4.4), fréquente chez les prophètes, pour décrire l’apostasie religieuse et l’idolâtrie. Enfin, il décrit l’Évangile comme « la loi qui donne la liberté » (Jacques 2.12) et le lieu de rencontre de ses lecteurs est la synagogue, que l’on traduit généralement par « assemblées » (Jacques 2.2).

La situation économique des lecteurs de l’épître est très contrastée ; elle va du méga riche à l’indigent. Jacques, qu’on a appelé « le prophète Amos chrétien » parle à la manière des prophètes de l’Ancien Testament et surtout donc d’Amos (Jacques 5.1-6). Il s’adresse à des commerçants entreprenants (Jacques 4.13-17) et à des propriétaires terriens fortunés. Il mentionne la présence dans l’Église du riche qui « passe comme la fleur des champs » (Jacques 1.10-11), et de pauvres qui sont méprisés par leurs contemporains (Jacques 2.1-4, 15-16). Certains de ces démunis sont des ouvriers journaliers qui sont exploités d’une manière honteuse par les grands propriétaires (Jacques 5.4-6) dont la devise est probablement : « Je veux bien être chrétien, mais qu’on ne touche pas à mon pognon ! »

Jacques parle aussi de persécutions (Jacques 5.10), or nous savons que dès le début de l’Église, les premiers croyants qui sont juifs ont grandement souffert de la part de leurs contemporains.

Les censures de Jacques à l’égard des riches propriétaires, qui sont sans doute d’obédience sadducéenne, ont probablement contribué à son assassinat en l’an 62. En effet, selon l’historien juif Josèphe, contemporain de Jacques, c’est le grand-prêtre Hanne qui l’a fait mettre à mort à coups de pierres. Méchant comme une teigne, cet homme cherche le moment opportun pour se débarrasser de Jacques. Suite au décès du gouverneur en place (Festus) et avant que le nouveau (Albinus) ne prenne ses fonctions, Hanne profite de la vacance du pouvoir romain à Jérusalem pour accomplir son méfait. Toujours selon l’historien Josèphe, les Pharisiens qui sont les rivaux religieux des Sadducéens condamnent cet acte criminel.

L’épître de Jacques ne fait pas la moindre allusion aux tensions qu’a créée l’entrée des non-Juifs dans l’Église, et qui sont pourtant l’une des préoccupations majeures de Jacques au moment du Concile de Jérusalem (en 49) et même par la suite (Actes 15.13-21 ; 21.17-25). Il s’en suit qu’il est quasi certain que cette épître a été rédigée avant le concile de Jérusalem, et peu de temps après le meurtre du diacre Étienne (Actes 7.58). En effet, suite à cet assassinat en règle et selon le livre des Actes, on lit que : « A partir de ce jour-là, une violente persécution se déchaîna contre l’Église de Jérusalem ; tous les croyants se dispersèrent à travers la Judée et la Samarie, à l’exception des apôtres » (Actes 8.1). Cette diaspora qui est la première de « l’Israël de Dieu » constitué par les Juifs croyants, s’étend à la Galilée et aux villes côtières de la Palestine (Actes 8.40 ; 9.31-43 ; 10.1, 24), ainsi que Damas et ses environs (Actes 9.1-2, 19-22), la Phénicie, Chypre et Antioche en Syrie (Actes 11.19). Soit dit en passant, que c’est à Antioche que se crée la première assemblée chrétienne constituée principalement de non-Juifs (Actes 11.20-21, 26).

Face à une telle diaspora, on comprend que Jacques et Pierre, tous deux piliers de l’Église naissante, ont à cœur d’écrire à ces croyants disséminés dans la nature. En tout cas, le livre des Actes témoigne du souci de l’église de Jérusalem pour ces chrétiens (Actes 8.14 ; 11.22, 27).

D’après les informations que nous possédons, l’épître de Jacques a été rédigée pendant la première moitié des années 40, ce qui fait d’elle le premier écrit du Nouveau Testament, bien avant les quatre évangiles.

Au premier abord, la lettre de Jacques semble assez décousue, passant d’une recommandation à une autre sans lien apparent. À certains moments, elle fait même penser à un recueil hétéroclite de diatribes par lesquelles Jacques encourage ses destinataires à adopter un comportement digne de leur foi. Mais en y regardant de plus près, on voit que cette lettre est un chef-d’œuvre littéraire à la fois pittoresque, grandiloquent et passionné. Elle est construite autour de trois thèmes principaux qui s’entrecoupent. Premièrement : épreuve, tentation et importance de la patience (Jacques 1.2-4, 12-19a ; 4.13-5.11). Deuxièmement : sagesse et usage de la parole (Jacques 1.5-8, 19b-21 ; 3.1-4.12 ; 5.12). Et troisièmement : richesse et pauvreté (Jacques 1.9-11, 22-27 ; 2.1-26 ; 5.13-18).

Avant de commencer le commentaire proprement dit de Jacques, il me faut revenir sur la raison du mépris de Martin Luther à l’égard de cette lettre qu’il qualifie de « épître de paille ». Il faut savoir que le fer de lance des réformateurs est la justification par la foi seule sans l’addition d’aucune bonne œuvre ou de rite quelconque. En d’autres mots, la condition nécessaire et suffisante pour entrer dans le royaume des cieux est d’accepter Jésus comme son Sauveur. Ce concept et cette doctrine sont développés en détail par l’apôtre Paul qui s’appuie sur l’exemple d’Abraham. En effet, dans le livre de la Genèse, on lit que : « Abram fit confiance à l’Éternel et, à cause de cela, l’Éternel le déclara juste » (Genèse 15.6). Paul cite ce passage dans ses épîtres aux Romains « 4.3 » et aux Galates « 3.6) pour montrer que l’homme est déclaré juste devant Dieu par la foi seule sans la mise en pratique des œuvres de la loi de Moïse. Or selon la perspective de Luther, Jacques a lancé un gros pavé dans la marre, car en s’appuyant sur le même passage de la Genèse que Paul (Jacques 2.23), et en prenant pour exemple Abraham, Jacques écrit que : « on est déclaré juste devant Dieu à cause de ses actes, et pas uniquement à cause de sa foi » (Jacques 2.24). La différence d’approche des deux auteurs sacrés peut faire penser que Paul corrige Jacques. Mais face à un examen rigoureux, ce point de vue ne tient pas car ni Jacques ni Paul ne sont des innovateurs dans leur réflexion sur la justification d’Abraham. En effet, dans les milieux juifs de l’époque grecque qui précéda la suprématie romaine (1 Maccabées 2.52 ; Jubilés 14.6), les rabbins s’étaient déjà penchés sur cette grande question, à savoir : « Comment l’homme peut-il parvenir au statut de juste devant Dieu ».

En second lieu, il faut tenir compte que Jacques et Paul s’adressent à des auditeurs très différents. Jacques parle à des contradicteurs juifs et les renvoie à la « shama », le credo de la religion juive qui commence par :

Écoute, Israël ! l’Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel (Deutéronome 6.4).

Puis Jacques ajoute :

Tu crois qu’il y a un seul Dieu ? C’est bien. Mais les démons aussi le croient, et ils tremblent (Jacques 2.19).

Jacques ne parle pas de la justification par la foi des païens devant Dieu comme le fait l’apôtre Paul dans les épîtres qu’il adresse aux Romains (3.29-30) et aux Galates (2.17 ; 3.8). Jacques met en opposition, d’une part, les œuvres de la vraie foi en Dieu, et d’autre part, la croyance juive et ses pratiques liées à la tradition, et composées de rites complexes et exigeants. L’apôtre Paul, quant à lui et comme je l’ai déjà dit, s’adresse surtout à des non-Juifs et met en opposition, d’une part, la vraie foi en Jésus-Christ, et d’autre part, les œuvres et les rites de la loi de Moïse. Jacques oppose l’assurance trompeuse de celui qui se contente d’un credo, aux actes concrets qui révèlent la foi authentique (Jacques 2.18) et Paul oppose la confiance en Jésus-Christ, à la soumission au régime de la loi dont le principe est l’obéissance absolue ce qu’il souligne d’un gros trait quand il écrit aux Galates :

Le régime de la Loi ne fait pas dépendre de la foi la justice de l’homme devant Dieu. Au contraire, il obéit à cet autre principe : C’est en accomplissant tous ces commandements que l’on obtient la vie (Galates 3.12).

Comme l’auteur de l’épître aux Hébreux, Jacques s’adresse d’abord et surtout à un public exclusivement juif dont certains membres sont de vrais chrétiens tandis que d’autres ont une croyance superficielle en Jésus et une conduite répréhensible. Ces derniers, se croyant par définition le peuple de Dieu croient que leur participation à la Nouvelle Alliance en Jésus-Christ va de soi ; en d’autres mots, elle est gagnée d’avance. Afin de corriger leur erreur et de les mettre sur le droit chemin, Jacques leur explique que la vie nouvelle s’obtient par un acte divin (Jacques 1.16-18) qui accomplit deux objectifs. D’une part, il libère le croyant du cycle infernal des mauvais désirs qui font naître le péché qui engendre la mort (Jacques 1.15), et d’autre part, il rend le croyant capable de manifester un amour véritable envers son prochain (Jacques 2.8). En gros, Jacques dit qu’il n’est pas possible de dissocier la foi des actes qu’elle produit, car seul l’accomplissement de bonnes œuvres selon Dieu prouve que la foi est authentique et non pas une simple croyance intellectuelle stérile (Jacques 2.18, 26). L’apôtre Paul aussi exige du fruit dans la vie de ses lecteurs qui se disent chrétiens puisque dans ses épîtres, il explique en long en large et en travers comment les croyants doivent se comporter afin de plaire à Dieu (Éphésiens 2.8-9 ; Tite 3.5).

Dans sa lettre, Jacques ne fait jamais que prolonger l’enseignement de Jésus qui est le premier à dire qu’il faut « naître d’en haut » (Jean 3.1-8). Et dans le Sermon sur la Montagne, Jésus dit à la foule qui l’écoute :

Je vous le dis : si vous n’obéissez pas à la Loi mieux que les spécialistes de la Loi et les pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux (Matthieu 5.20).

Comme Jésus, Jacques vise ceux qui par leur religiosité se moquent de Dieu. L’un comme l’autre rabaisse le caquet de ceux qui prennent l’initiative d’ajouter ce qui leur semble bon à la foi en Dieu. Par ailleurs, tous deux condamnent la superficialité de ceux qui se contentent de quelques rites et d’un credo pour se croire justes.

Pour en revenir à l’apôtre Paul et Jacques, il n’existe pas de divergence entre eux. Pour tous les deux, la foi qui sauve provient de la grâce de Dieu et cette foi doit se traduire par des actes concrets inspirés par l’amour que l’Esprit suscite dans le croyant (comparez Jacques 2.8-10 ; Galates 5.6, 22). La différence de perspective des écrits de ces deux géants du Nouveau Testament est due à l’essor considérable de la Bonne Nouvelle qui se répand parmi les non-Juifs, qui jusque-là étaient « étrangers aux alliances conclues par Dieu… sans espérance et sans Dieu dans le monde », écrit l’apôtre Paul aux Éphésiens (2.12 ; comparez Romains 9.4-5). Or tout ce que Dieu demande aux non-Juifs est de rompre avec le paganisme et de placer leur espérance en Jésus-Christ. Ils n’ont pas à devenir d’abord de « bons Juifs » et à se placer sous le régime de la Loi. C’est dans son épître aux Galates, qui est sa première épître, que Paul explique pour la première fois cette nouvelle dynamique de la justification par la foi seule, sans les obligations de la Loi.

En résumé donc, Jacques ne corrige pas Paul surtout que sa lettre est bien antérieure à celles de l’apôtre, et Paul ne corrige pas Jacques ; c’est plutôt Paul qui sous l’inspiration du Saint-Esprit, adapte la compréhension traditionnelle de l’Ancien Testament de la justification à la situation nouvelle créée par l’entrée des non-Juifs dans le peuple de Dieu. Aveuglé par les conflits théologiques de son époque, Luther n’a pas pu voir que sous la paille de l’épître de Jacques, en réalité, se cachent des paillettes d’or.