Chapitre 2

Verset 9

Il arrive que certains Juifs très orthodoxes rejettent l’un des leurs en célébrant ses funérailles et en pleurant sur lui alors qu’il est bien vivant. Eh bien c’est un peu ce qui arrive à Babylone capitale des Chaldéens, sauf qu’au lieu de se lamenter sur sa chute à venir, le prophète Habaquq écrit une série d’imprécations contre elle. Je continue de lire dans le second chapitre de sa prophétie.

Malheur à qui amasse un profit malhonnête pour sa dynastie, et cherche ainsi à établir son nid sur les hauteurs pour le mettre à l’abri de toute calamité (Habaquq 2.9 ; auteur).

Ici commence la seconde strophe de l’hymne funèbre. Dieu reproche aux Chaldéens leur arrogance qui se manifeste par leur volonté d’assurer pour toujours la domination des Chaldéens et de la famille royale, par tous les moyens et en particulier en accaparant un maximum de richesses, fruit de leurs rapines.

« Établir son nid sur les hauteurs » est une expression qui dénote à la fois la sécurité, la confiance en soi et l’orgueil (Ésaïe 14.14). Contre le peuple édomite descendant d’Ésaü, le prophète Jérémie écrit :

La peur que tu inspires et ton orgueil t’égarent, toi qui as ta demeure dans les creux des rochers et qui occupes le sommet des collines. Oui, comme l’aigle, tu élèves ton nid ; de là, je te ferai tomber, l’Éternel le déclare (Jérémie 49.16 ; comparez Abdias 4).

Dans le livre de Job, l’aigle est décrit de la façon suivante :

Il fait du rocher sa demeure, et établit sa forteresse sur une dent rocheuse. De là-haut, il épie sa proie, de loin, ses regards la découvrent. Ses petits s’abreuvent de sang. Où que soient les cadavres, il est présent (Job 39.28-30).

On croirait lire une description de Babylone quand on sait que le roi Nabuchodonosor fait construire des fortifications très élevées pour protéger Babylone de toute invasion ainsi qu’un magnifique palais royal pour lui-même. « A tout seigneur tout honneur », évidemment. Ce monarque et tous ceux qui lui font suite dépensent des fortunes pour améliorer les villes, édifices et temples de leur royaume.

Verset 10

Je continue le texte.

Oui, c’est le déshonneur de ton propre royaume que tu as préparé. En détruisant de nombreux peuples, tu t’es fait du tort à toi-même (Habaquq 2.10).

Littéralement : « Tu as péché contre ta propre âme ». Un proverbe dit :

Il se fait tort à lui-même, celui qui pèche contre Dieu ; tous ceux qui me haïssent aiment la mort (Proverbes 8.36 ; auteur).

Afin de s’élever jusqu’aux nues, les Chaldéens écrasent les autres nations. Mais leur objectif qui est de soumettre tous les peuples afin d’assurer leur propre sécurité est un cuisant échec, car une maison construite avec des corps mutilés et des squelettes desséchés n’est pas très confortable. Dans leur frénésie à ériger un empire à leur gloire, ils construisent un mausolée à leur honte. Leur destinée ne peut donc être que la mort.

Verset 11

Je continue avec la fin de la seconde strophe de l’oraison funèbre.

Car la pierre criera de la muraille, et de la charpente, la poutre lui répondra (Habaquq 2.11 ; BBA).

Nous sommes dans une cour de justice imaginaire et Babylone comparaît devant le tribunal qui va prononcer son arrêt de mort.  Comme je l’ai dit, les rois de Babylone, et surtout Nabuchodonosor, se sont lancés dans de vastes et ambitieux programmes de constructions à leur gloire, mais aussi pour renforcer les murailles de Babylone et embellir les palais royaux. Même des objets inanimés élèvent la voix pour dénoncer la méchanceté et l’avidité cruelle des Chaldéens. Ainsi, parmi les témoins appelés à la barre sont les pierres des murailles ainsi que les poutres des charpentes de toutes les habitations que ces rois ont réalisées sur le dos des peuples captifs et avec les richesses qu’ils ont pillées. Mais même si le dernier des ennemis de Babylone était exterminé, les matériaux que les Chaldéens ont utilisés et qui sont le fruit de leurs rapines sont toujours présents pour témoigner contre leurs mains rapaces.

Le nid d’aigle que Babylone s’est construit et qui abrite son arrogance sera jeté de son perchoir et ses palais somptueux seront transformés en tombes par le jugement de Dieu.

La déclaration : « la pierre criera de la muraille » s’est littéralement accomplie durant le banquet organisé par Balthazar, le dernier roi babylonien. Alors que lui et ses grands festoient gaiement tout en vénérant des idoles et en buvant du vin dans la vaisselle sacrée du temple de Jérusalem, une écriture idéographique apparaît soudainement sur le mur de la salle, signifiant aux grands du royaume leur fin et celle de Babylone.

Si les pierres peuvent témoigner contre un impie, elles savent aussi proclamer la gloire de Dieu. En effet, quand le Seigneur a fait son entrée triomphale dans Jérusalem quelques jours avant sa mise à mort, dans l’évangile selon Luc, nous lisons :

Comme ils approchaient de Jérusalem, en descendant du mont des Oliviers, toute la multitude des disciples, dans un élan de joie, se mit à louer Dieu d’une voix forte pour tous les miracles qu’ils avaient vus : – Béni soit le roi qui vient de la part du Seigneur, disaient-ils. Paix dans le ciel, et gloire à Dieu au plus haut des cieux ! À ce moment-là, quelques pharisiens qui se trouvaient dans la foule interpellèrent Jésus : – Maître, fais taire tes disciples ! Jésus leur répondit : – Je vous le déclare, s’ils se taisent, les pierres crieront (Luc 19.37-40) !

Versets 11-12

Le texte d’Habaquq continue avec la troisième strophe de l’hymne funèbre sur Babylone. Si on le rattache au verset précédent, cela donne :

Du sein des murailles, les pierres vont crier ; de la charpente, les poutres leur feront écho : Malheur à qui bâtit la ville en répandant le sang, à qui fonde la cité sur le crime ! (Habaquq 2.11-12).

C’est comme si ce sont les pierres et les poutres des vastes chantiers de Babylone qui se mettent à chanter en chœur et d’une seule voix contre la ville maudite. Le prophète Jérémie exprime la même pensée quand il écrit :

Malheur à l’homme qui bâtit sa maison par l’injustice et qui ajoute des pièces à l’étage en violant l’équité, qui fait travailler son prochain pour rien, sans lui donner ce que vaut son travail (Jérémie 22.13).

Les Chaldéens sont condamnés pour la violence de leurs conquêtes, parce qu’ils utilisent le produit de leurs pillages pour étendre leur domination, et parce qu’ils se conduisent comme des brutes à l’égard des esclaves. Les villes de l’empire et surtout Babylone sont construites avec le sang et la sueur des peuples conquis et avec les richesses acquises par le crime. Les outils de ces vastes chantiers sont l’oppression et la tyrannie, le meurtre et le sang versé.

Au vu du conseil que le prophète Daniel donne à Nabuchodonosor, on se rend compte que la miséricorde ne fait pas partie de ses traits de caractère. Je lis le passage :

C’est pourquoi, ô roi, puisse mon conseil te plaire ! Mets un terme à tes péchés par la justice et à tes fautes par la compassion envers les malheureux, et ta tranquillité se prolongera (Daniel 4.24 ; SER).

Les succès militaires babyloniens s’accompagnent de violences gratuites. Les vaincus sont mutilés, décapités ou empalés par dizaines de milliers, et davantage sont emmenés captifs. Ces derniers deviennent du matériel et des forçats qui doivent travailler jusqu’à la mort par épuisement.

Les atrocités d’abord commises par les Assyriens puis par les Babyloniens sont encore pires que celles des nazis ou des Khmers rouges. La brutalité sauvage des Chaldéens s’est retournée contre eux, car en instaurant un régime de terreur, en multipliant les répressions par des bains de sang, ils sèment la graine de la vengeance chez les peuples vaincus, déstabilisant ainsi l’empire. Au lieu de se soumettre, ces derniers sont tellement exaspérés qu’ils sont prêts à tous les sacrifices pour se venger de leurs bourreaux. Quand les Mèdes et les Perses alliés aux Scythes et à d’autres peuplades commencent leur marche victorieuse en direction de Babylone, ils pratiquent la politique de la terre brûlée : pas de quartier et pas de prisonniers.

Si on considère l’histoire de l’humanité, force est de constater que la façon dont l’homme se conduit montre qu’il est fou et immensément méchant. Il tue son prochain et son voisin, et il croit qu’il est dans son bon droit d’agir ainsi. Même si dans la prophétie d’Habaquq, il est question de la condamnation de Babylone, elle peut être étendue, mise à jour et adaptée, pour aller comme un gant à n’importe quelle nation.

Verset 13

Je continue le texte.

Quand les peuples travaillent pour ce qui périt par le feu, et quand les nations s’éreintent pour rien, cela ne vient-il pas de l’Éternel, du Seigneur des armées célestes ? (Habaquq 2.13).

Au beau milieu des cinq strophes de l’oraison funèbre, l’attention du lecteur est portée vers l’Éternel, qui en tant que « Seigneur des armées célestes » est le véritable souverain de toute la terre. Du haut de son trône, il explique l’aboutissement final des plans grandioses des rois de Babylone. Comme je l’ai dit, depuis Nabuchodonosor jusqu’à Balthazar, tous les souverains babyloniens dépensent sans compter temps et énergie à planifier de nouvelles constructions, ce que les historiens antiques (Bérose, Hérodote) et les découvertes archéologiques (inscriptions cunéiformes) confirment. Tous les efforts fournis par les architectes et chefs de corvées, tous les travaux pénibles imposés aux esclaves, sont vains car au final, ils ont nourri un gigantesque brasier qui a tout détruit. Le prophète Jérémie écrit :

“ Voici ce que déclare le Seigneur des armées célestes : Les larges murs de Babylone seront démantelés ; ses hautes portes seront la proie des flammes. Les peuples travaillent pour rien, les nations se fatiguent pour ce qui périt par le feu ” (Jérémie 51.58).

Les immenses pierres soigneusement taillées servent d’autel de sacrifice, et les décorations en bois sculpté de fioul pour alimenter l’holocauste gigantesque qui réduit Babylone en cendres.

Verset 14

Je continue le texte.

Car la terre sera remplie de la connaissance de la gloire de l’Éternel comme les eaux recouvrent le fond des mers (Habaquq 2.14 ; auteur).

La prophétie garde l’attention du lecteur fixé sur l’Éternel car c’est lui qui décide ce qui arrive dans la suite des temps. L’avenir ne dépend pas de quelque effort humain mais uniquement de Dieu. Habaquq établit ici un contraste : d’un côté Babylone est détruite et tout le travail de plusieurs générations de Chaldéens et de peuples soumis finit en un tas de cendres dans un coin du monde. D’un autre côté, la gloire de l’Éternel emplit la totalité de la terre.

La déclaration grandiose d’Habaquq reprend à quelques détails près Ésaïe, son prédécesseur, qui écrit :

On ne commettra plus ni mal ni destruction sur toute l’étendue de ma montagne sainte. Car la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel comme les eaux recouvrent le fond des mers (Ésaïe 11.9 ; comparez Nombres 14.21 ; Psaumes 72.19 ; Ésaïe 6.3).

Mais pour que ce glorieux avenir se réalise, il faut que l’Éternel détruise l’empire chaldéen bien sûr, mais aussi toutes les puissances terrestres qui s’opposent à lui. L’ange qui explique à Daniel la signification du rêve de Nabuchodonosor, de la statue pulvérisée par une petite pierre lui dit :

À l’époque de ces rois-là, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit et dont la souveraineté ne passera pas à un autre peuple ; il pulvérisera tous ces royaumes-là et mettra un terme à leur existence, mais lui-même subsistera éternellement (Daniel 2.44).

Il faut garder à l’esprit que dans la conception du monde des païens du Moyen-Orient, la prospérité d’une nation est étroitement liée aux divinités locales. À leurs yeux, rien ne peut mieux démontrer la faiblesse d’un dieu que son incapacité de protéger ses adorateurs du malheur. Quand l’aide de camp du roi d’Assyrie vient assiéger Jérusalem, son langage montre bien qu’il est absolument convaincu de la supériorité des dieux assyriens car il dit aux serviteurs du roi de Juda :

N’écoutez donc pas Ézéchias ; il vous trompe en vous disant : L’Éternel nous délivrera. Les dieux des autres nations ont-ils délivré leur pays du roi d’Assyrie ? Où sont les dieux de Hamath et d’Arpad ? Où sont les dieux de Sepharvaïm, de Héna et d’Ivva ? Ont-ils délivré Samarie ? De tous les dieux de ces pays, quels sont ceux qui ont délivré leur pays pour que l’Éternel délivre Jérusalem ? (2Rois 18.32-35).

Il s’ensuit qu’aux yeux des païens, la supériorité de l’Éternel sur les dieux Chaldéens est reconnue quand Babylone, la capitale d’une puissante nation, conquérante et toujours victorieuse, disparaît dans les flammes et sous un amas de ruines.

La prophétie d’Habaquq comme celle d’Ésaïe annonce aussi l’établissement du royaume de mille ans du Messie. Mais juste avant l’instauration de son règne, Dieu jugera la Babylone reconstituée de la fin des temps et avec elle tous ses ennemis. La gloire de Dieu et sa majesté se manifesteront alors pleinement au monde entier. Dans l’évangile selon Matthieu et dans la seconde épître aux Thessaloniciens, on lit :

Le signe du Fils de l’homme apparaîtra dans le ciel. Alors tous les peuples de la terre se lamenteront, et ils verront le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec beaucoup de puissance et de gloire (Matthieu 24.30). Le Seigneur Jésus apparaîtra du haut du ciel, avec ses anges puissants et dans une flamme. Ce jour-là, il punira comme ils le méritent ceux qui ne connaissent pas Dieu et qui n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus (2Thessaloniciens 1.7-8).

Quand le Messie régnera, la connaissance du Seigneur sera sur toute la terre. Le prophète Jérémie écrit :

Ils n’auront plus besoin de s’enseigner l’un l’autre, en répétant chacun à son compagnon ou son frère : “ Il faut que tu connaisses l’Éternel ! ” Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands, l’Éternel le déclare, car je pardonnerai leurs fautes, je ne tiendrai plus compte de leur péché (Jérémie 31.34).

Cette connaissance sera aussi étendue que l’eau qui emplit les océans. Les récifs acérés de l’injustice des hommes et les algues gluantes du péché seront recouverts par la mer douce de la justice et de la grâce de Dieu.

Verset 15

Je continue le texte avec la quatrième strophe de l’hymne funèbre sur Babylone.

Malheur à toi qui forces ton voisin à boire et qui y ajoutes ton poison, pour pouvoir contempler sa nudité (Habaquq 2.15 ; auteur).

Habaquq reprend la description des actions barbares des Chaldéens. Il n’est pas question ici de beuveries au sens propre du terme, mais de langage figuratif. Par ces images, le prophète montre l’inhumanité et l’indignité avec lesquelles Babylone traite les nations conquises. L’impuissance d’un homme ivre gisant au sol décrit la défaite d’un peuple vaincu, et sa nudité découverte est l’image de son déshonneur.

Non seulement les Chaldéens pillent les autres peuples et en font des esclaves, mais ils utilisent la ruse et la traîtrise pour les humilier et leur enlever la moindre trace d’honneur qui leur reste en les forçant à commettre les actes les plus vils. On retrouve certaines de ces caractéristiques dans la Babylone de la fin des temps au sujet de laquelle l’apôtre Jean dit qu’elle « a fait boire à toutes les nations le vin de sa furieuse prostitution » (Apocalypse 14.8).

Verset 16

Je continue le texte d’Habaquq.

Toi aussi, tu seras rassasié d’infamie au lieu de gloire. Toi aussi, tu boiras et puis l’on te mettra à nu pour découvrir ton incirconcision ; ton tour viendra de boire la coupe de colère de la main droite de l’Éternel. La pire ignominie, un vomissement honteux, recouvrira ta gloire (Habaquq 2.16 ; auteur).

Les Chaldéens seront la risée des autres nations.

En hébreu, l’expression, « on te mettra à nu pour découvrir ton incirconcision », est particulièrement crue. Pour les Juifs un tel acte est le pire de tous les déshonneurs, le summum de l’avilissement. Les incirconcis sont considérés comme de vulgaires déchets abandonnés par Dieu, et qui suscitent le plus grand mépris. C’est pour cette raison qu’au temps de Jésus, les Israélites de Judée dédaignent les Samaritains.

Babylone devra boire « la coupe de la main droite de l’Éternel. » Cette métaphore, fréquente dans les Textes sacrés, décrit la rétribution divine accomplie par la toute-puissance de sa main droite. « Œil pour œil et dent pour dent » ; tout le mal que Babylone a fait lui est rendu ; la loi du talion lui est appliquée. Ce que les Chaldéens imposent aux autres peuples, ils le subiront à leur tour (comparez Habakuk 2.7-8).

Verset 17

Je termine la quatrième strophe de l’oraison funèbre.

Tu seras submergé par la violence même que tu as exercée contre la forêt du Liban. Le massacre des animaux retombera sur toi pour t’écraser ; car tu as répandu le sang des hommes, tu as commis des actes de violence contre le pays de Juda, sa ville et tous ses habitants (Habaquq 2.17).

Le Liban qui est situé au nord d’Israël est alors connu pour ses magnifiques forêts de cèdres et ses animaux sauvages. Mais après avoir conquis ce territoire, les Chaldéens ont carrément tondu de grands espaces boisés afin d’en tirer le bois pour leurs constructions incessantes, ce qu’ont également fait les Assyriens avant eux (Ésaïe 37.24). Prophétisant la fin de Babylone, le prophète Ésaïe écrit :

Les cyprès même sont heureux de sa chute, et les cèdres du Liban disent : “ Depuis que tu t’es effondré le bûcheron ne vient plus nous abattre ! ” (Ésaïe 14.8).

Par la même occasion, les Chaldéens ont fait un massacre parmi les animaux pour se nourrir mais aussi par plaisir. Assoiffés de sang, ils tuent tout ce qui a vie : êtres humains, animaux et végétation. Mais le pire est leurs crimes contre les hommes en général et les Israélites en particulier. Dieu se soucie de toute sa création et nous devons faire de même : aimer notre prochain et manifester un souci écologique.