Chapitre 23

Versets 1-3

Peut-être ne savez-vous pas que sous l’Ancienne Alliance, il fallait avoir au moins 30 ans avant d’avoir le droit de lire le Cantique des cantiques ainsi que le livre du prophète Ézéchiel ? On se fait pas mal de fausses idées sur les Textes sacrés et on s’imagine aussi que le langage est prude, réservé et chaste.

Je commence de lire le chapitre 23 d’Ézéchiel qui vous allez voir est croustillant.

L’Éternel m’adressa la parole en ces termes : Fils d’homme, il y avait deux femmes nées d’une même mère. Elles se sont prostituées en Égypte. Oui, là, dès leur jeunesse, elles se sont prostituées ; on leur a caressé les seins, et l’on a saisi leurs seins de jeunes filles (Ézéchiel 23.1-3).

Une fois encore, le prophète met les fautes des habitants de Jérusalem devant leurs yeux. Et pour bien faire ressentir combien elles font horreur à l’Éternel, il utilise des images choquantes dans le but de sortir ses auditeurs de leur torpeur spirituelle, et donc de susciter en eux la repentance.

Les « deux femmes » représentent les deux royaumes israélites : celui des X tribus du Nord et celui de Juda. En Égypte, ils formaient un peuple unique : « la mère ». Mais elle, ou plutôt ses deux filles se sont prostituées aux idoles.

Verset 4

Je continue.

La plus grande c’est : Ohola, et sa sœur, c’est Oholiba. Elles m’appartenaient et elles m’ont donné des fils et des filles. Ohola, c’est Samarie et Oholiba c’est Jérusalem (Ézéchiel 23.4 ; Autre).

Samarie était la capitale d’Israël Nord. Son nom « Ohola » signifie « sa propre tente », une allusion aux sanctuaires illégitimes érigés dans le royaume des X tribus. C’est le roi Jéroboam qui est à l’origine de cette idolâtrie. Il installa deux veaux d’or, l’un à Béthel et l’autre tout au nord dans la tribu de Dan afin que son peuple n’aille plus à Jérusalem de peur que les deux royaumes se réunifient et lui soit écarté du pouvoir ou pire, exécuté (comparez 1Rois 12.26-33). La sœur Juda porte le nom de « Oholiba », ce qui veut dire « ma tente en elle », une allusion au Temple légitime de Jérusalem.

Versets 5-8

Je continue en compressant tout au long.

Ohola était mienne, mais elle s’est prostituée. Ce fut avec passion qu’elle aima ses amants, les guerriers assyriens. Elle n’a pas délaissé ses prostitutions du passé dans le pays d’Égypte : là-bas, les Égyptiens avaient couché avec elle, dans sa jeunesse. Ils avaient saisi ses seins de jeune fille et l’avaient submergée de leurs prostitutions (Ézéchiel 23.5-8).

Au lieu de faire confiance à l’Éternel, les Israélites tentaient de s’allier aux Assyriens, aux Égyptiens ou aux Babyloniens, et bien sûr, adoptaient leurs fausses divinités (2Rois 15.19 ; Osée 8.9). Cette apostasie est une prostitution religieuse.

Versets 9-10

Je continue.

Aussi je l’ai livrée à ses amants, les Assyriens. Eux, ils la mirent à nu. Ils se sont emparés de ses fils et de ses filles, puis ils l’ont tuée par l’épée (Ézéchiel 23.9-10).

Samarie détruite (722 avant J-C), le royaume des X tribus du Nord fut rayer de la carte (2Rois 17.6).

Versets 11-17 a

Je continue.

Sa sœur Oholiba a bien vu tout cela, mais dans ses désirs passionnels, elle s’est corrompue plus qu’elle, et ses prostitutions ont été encore pires que celles de sa sœur. Elle a brûlé d’un désir passionnel pour les Assyriens. Mais la deuxième sœur alla plus loin encore dans la prostitution : elle vit sur le mur des hommes dessinés, des représentations de Chaldéens dessinés, peints en rouge. En les voyant, elle s’est enflammée pour eux d’un désir passionnel, et elle a dépêché des messagers vers eux dans la Chaldée. Et les Babyloniens se sont rendus chez elle pour partager son lit et pour la rendre impure par leurs prostitutions (Ézéchiel 23.11-17 a).

Depuis l’époque du roi Ahaz, Juda cherche une alliance avec l’Assyrie. Ahaz va même à Damas pour y rencontrer le roi assyrien (Tiglath-Piléser). Là, il découvre un autel qui l’impressionne tellement qu’il en fait faire une réplique à Jérusalem (2Rois 16.10-18). Mais après la conquête de l’Assyrie par les Babyloniens, Juda se met à chercher leurs bonnes grâces (2Rois 20.12-19 ; 24.1 ; Ésaïe 39).

Les Assyriens et les Babyloniens couvrent les murailles de leurs palais, de peintures représentant des scènes de guerre, de chasse et de victoire. Quand les ambassadeurs de Jérusalem vont à Ninive, capitale de l’Assyrie, puis à Babylone, à leur retour, ils racontent avec admiration ce qu’ils ont vu dans ces villes. Certains rois de Juda, et Sédécias en particulier, imitent alors dans leurs palais ces peintures brillantes, ce qui bien sûr facilita la pénétration de l’idolâtrie chaldéenne dans Juda.

Versets 17 b, 21

Je continue.

Quand elle fut déshonorée par les Babyloniens, elle les a pris en dégoût. Tu as voulu revivre les débauches de ta jeunesse, lorsque les Égyptiens te saisissaient les seins et caressaient tes seins de jeune fille (Ézéchiel 23.17 b, 21).

Quand le joug de Babylone a trop pesé, Juda, dégoûté de cette dépendance, a cherché en Égypte un soutien militaire (Jérémie 37.5-7). C’était comme si elle revenait à son idolâtrie en Égypte appelée « débauches de ta jeunesse ». Je vous avais bien dit que le langage d’Ézéchiel était cru.

Versets 22, 25

Je continue.

C’est pourquoi, le Seigneur, l’Éternel, te déclare : Écoute, Oholiba, je vais dresser tes amants contre toi, ceux que tu as pris en dégoût, les fils de Babylone et tous les Chaldéens. Je répandrai sur toi l’indignation de mon amour que tu as bafoué. Ils exerceront leur fureur contre toi, et ils te couperont le nez et les oreilles. Ce qui restera tombera par l’épée : ils prendront tes fils et tes filles, et ceux qui subsisteront seront livrés au feu (Ézéchiel 23.22, 25).

Pour se venger de l’infidélité d’Israël avec l’Égypte, Babylone détruira Jérusalem ; les premiers séducteurs de Juda sont ses bourreaux. Comme les Assyriens, les Babyloniens mutilaient leurs prisonniers.

Versets 32-33

Ézéchiel poursuit avec un langage toujours cru. Je continue le texte plus loin.

Voici ce que déclare le Seigneur, l’Éternel : La coupe que ta sœur a bue, tu la boiras aussi, coupe large et profonde, qui donnera à rire, à se moquer, tant elle est grande. Tu seras rassasiée d’ivresse et de tristesse. C’est une coupe de dévastation et d’effroi, la coupe de ta sœur, de Samarie (Ézéchiel 23.32-33).

« La coupe » est une image classique de jugement (comparez Matthieu 26.39 ; Jean 18.11). Jérusalem va subir le même sort que Samarie et les autres nations se moqueront de Juda.

Versets 34-35

Je continue.

Tu boiras cette coupe et tu la videras, tu la briseras en morceaux et, avec ses tessons, tu te lacéreras les seins, car, c’est moi qui le dis. Puisque tu m’as mis en oubli, que tu m’as rejeté en me tournant le dos, tu paieras toi aussi, pour tes débauches et ta prostitution (Ézéchiel 23.34-35).

L’ingratitude de l’homme envers l’amour de Dieu se paie très cher. Oholiba se lacérant les seins exprime le carnage lors du sac de Jérusalem.

Versets 36-39

Je continue.

Puis l’Éternel me dit : Prononce un jugement contre Ohola et contre Oholiba et dénonce leurs abominations ! Car elles ont été toutes deux adultères et les mains de chacune sont couvertes de sang. C’est avec leurs idoles qu’elles ont commis adultère et elles leur ont sacrifié les fils qu’elles m’ont enfantés pour qu’elles les dévorent. Quand elles immolaient leurs fils à leurs idoles, elles sont entrées ce jour-même dans mon sanctuaire pour le profaner, oui voilà ce qu’elles ont fait au milieu de mon Temple (Ézéchiel 23.36-39).

L’idolâtrie des Israélites est abjecte car elle va jusqu’au sacrifice de tout petits enfants au dieu Moloch (comparez 2Rois 16.3). Mais cela ne les empêche pas d’offrir aussi un culte à l’Éternel qui est donc sans cesse mêlé aux idoles et mis au même niveau qu’eux, un crime de lèse-majesté.

Versets 40-41

Je continue.

Elles ont envoyé chercher au loin des hommes. Pour eux, tu t’es baignée, tu t’es fardé les yeux, tu as mis tes bijoux et tu t’es couchée là sur un lit d’apparat devant lequel on a disposé une table et tu y as posé mon encens et mon huile (Ézéchiel 23.40-41).

Les Israélites du Nord et de Juda se sont mis à plat ventre pour gagner les bonnes grâces des rois étrangers. Ils leur offraient les richesses que l’Éternel leur avait données et qui auraient dû être consacrées à son culte et à son service. Dans la foulée, Ils ont aussi adopté l’idolâtrie grossière et dégradante des peuples païens. Au niveau spirituel, les deux sœurs sont des prostituées de bas étage qui attirent à elles n’importe qui.

Verset 45

Je continue plus loin.

Mais, par des hommes justes, elles seront ensemble jugées selon la loi des femmes adultères, et la loi sur les femmes qui répandent le sang, car elles sont bien adultères et ont du sang sur les mains (Ézéchiel 23.45).

Bien que de sombres brutes épaisses, les soldats babyloniens sont appelés « justes » parce qu’ils sont « l’épée de Dieu ». Jérusalem est jugée selon la Loi qui condamne à mort les meurtriers et les adultères.

Verset 49

Je finis de lire le chapitre 23.

Je ferai retomber sur vous votre débauche et vous paierez vos péchés avec les idoles, vous reconnaîtrez que je suis le Seigneur, l’Éternel (Ézéchiel 23.49).

Ce discours particulièrement menaçant, renferme quand même une lueur d’espoir, car celui qui reconnaît qu’il est châtié par Dieu à cause de son péché fait le premier pas vers la repentance et donc le pardon.

Chapitre 24

Versets 1-2

Nous arrivons au chapitre 24 qui est particulièrement tragique autant pour Juda que pour Ézéchiel. Je commence de le lire.

Le dixième jour du dixième mois, dans la neuvième année, l’Éternel m’adressa la parole et me dit : Fils d’homme, note par écrit la date d’aujourd’hui, de façon précise car, aujourd’hui même, le roi de Babylone a commencé les opérations contre Jérusalem (Ézéchiel 24.1-2 ; comparez 2Rois 25.1).

La neuvième année après la déportation du roi légitime Yehoyakîn correspond au 15 janvier 588 avant Jésus-Christ. Ézéchiel, qui est alors en terre d’exil, reçoit cette information le jour du début du siège de Jérusalem. En notant cette date, les exilés pourront vérifier plus tard l’exactitude de cette révélation.

Alors qu’aujourd’hui nous pouvons voir en direct sur nos petits écrans des gens se faire massacrer, à cette époque il faut des semaines ou des mois avant qu’on apprenne la nouvelle.

Versets 3-4

Je continue.

Raconte une parabole à la communauté rebelle. Dis-lui : Voici ce que déclare le Seigneur, l’Éternel : Prépare la marmite, mets-la en place et verses-y de l’eau. Mets-y de bons morceaux de viande, tous les meilleurs morceaux : le gigot et l’épaule. Finis de la remplir avec des os de choix (Ézéchiel 24.3-4).

Ézéchiel reprend la métaphore de la marmite du chapitre 11 (v. 3-7) mais en lui donnant un autre sens. « Les bons morceaux de viande » sont les Israélites qui croient avoir échappé à la première déportation à cause de leur supériorité sur leurs frères exilés. « Les meilleurs morceaux » représentent les riches et « les os » sont l’armée et les chefs qui ont la charge de défendre la ville.

Verset 5

Je continue.

Prends les meilleurs moutons dans le troupeau, puis entasse le bois sous la marmite. Fais-la bouillir à gros bouillons ! Que même les os cuisent ! (Ézéchiel 24.5).

Le feu sous la marmite est le châtiment de Dieu infligé par les Babyloniens.

Verset 6

Je continue.

Voici ce que déclare le Seigneur, l’Éternel : Malheur à la ville meurtrière, marmite couverte de vert-de-gris, et dont le vert-de-gris ne s’en va pas ! Retirez-en les morceaux les uns après les autres sans tirer au sort (Ézéchiel 24.6).

Jérusalem est remplie de meurtres impunis. Le « vert-de-gris » représente le sang versé qui n’a pas été nettoyé par la mort des malfaiteurs et par la repentance de la ville entière. Ce sang qui crie vengeance reste sur la conscience des habitants comme du vert-de-gris attaché aux parois d’une chaudière. Comme les « moreaux », tous les habitants sans exception vont subir le jugement de Dieu et être dispersés ou tués.

Avant de jeter la pierre aux Israélites, rappelons-nous que comme eux nous sommes incrustés de vert-de-gris. Mon péché est une tache sur la création de Dieu.

Verset 7

Je continue.

Car le sang qu’elle (Jérusalem) a versé est toujours au milieu d’elle. Il n’a pas été répandu sur la terre où la poussière l’aurait recouvert ; non : elle l’a versé sur la roche nue (Ézéchiel 24.7).

Les meurtres se font au grand jour car ils ne sont pas sanctionnés.

Versets 8-9

Je continue.

Pour faire déborder ma colère et lui faire payer ses crimes, j’ai fait verser ce sang sur la roche nue pour qu’il ne soit pas recouvert. C’est pourquoi le Seigneur, l’Éternel, déclare ceci : Malheur à la ville sanguinaire ! Moi aussi, je dresserai un grand bûcher (Ézéchiel 24.8-9).

Dieu va mettre le feu à la ville et verser le sang des criminels sur les pavés de Jérusalem.

Versets 11-12

Je continue plus loin.

Ensuite, tu mettras la marmite vide sur des braises pour qu’elle chauffe, que son cuivre rougisse et que ses impuretés se fondent à l’intérieur, et que son vert-de-gris soit consumé. Mais tous ces efforts sont inutiles : le vert-de-gris dont elle est couverte en quantité ne partira pas par le feu (Ézéchiel 24.11-12).

Ézéchiel doit maintenant nettoyer le vert-de-gris de la chaudière, mais le feu le plus ardent ne réussit pas à détacher cette croûte épaisse. Jérusalem la marmite, qui a obstinément refusé de revenir à Dieu, sera consumée après avoir été vidée de ses habitants, c’est à dire détruite par le feu pour être purifiée.

Versets 15-17

Je continue plus loin.

L’Éternel m’adressa la parole en ces termes : Fils d’homme, je vais t’enlever, par une mort soudaine, celle qui charme tes yeux, mais tu ne célébreras pas de deuil, tu ne pleureras pas, tu ne verseras aucune larme. Gémis en silence, mais n’accomplis pas de rites funèbres. Mets ton turban sur la tête et tes sandales aux pieds. Ne te couvre pas la moustache et n’accepte pas le pain de condoléances des voisins (Ézéchiel 24.15-17).

Ézéchiel doit accomplir un nouveau mime prophétique, mais qui lui sera personnellement très douloureux. Il apprend en effet que sa femme qu’il aime tendrement va subitement mourir. Mais il devra rester indifférent à ce malheur, cacher sa douleur et ne pas prendre le deuil (comparez Jérémie 16.5-8).

Dans les circonstances tragiques, les Israélites ont coutume d’ôter leur coiffure pour se mettre des cendres sur la tête (Ésaïe 61.3), de rester pieds nus (2Samuel 15.30 ; Ésaïe 20.2) et de se couvrir la barbe et le bas du visage jusqu’au nez (Michée 3.7). « Le pain de condoléances » est un aliment que les amis envoient à la famille en deuil (comparez Deutéronome 26.14 ; Osée 9.4 ; Jérémie 16.7).

Versets 18-22

Je continue.

Le matin, je m’adressai au peuple, et le soir même, ma femme mourut. Le lendemain matin, j’agis conformément à ce qui m’avait été ordonné. Alors les gens me demandèrent : Pourquoi agis-tu de la sorte ? Nous expliqueras-tu ce que cela signifie pour nous ? Je leur répondis : L’Éternel m’a adressé la parole en ces termes : Dis à la communauté d’Israël : Voici ce que déclare le Seigneur, l’Éternel : Je vais profaner mon sanctuaire dont vous croyez tirer votre force et dont vous êtes si fiers, qui charme vos yeux et qui est l’objet de votre sollicitude. Vos fils et vos filles que vous avez laissés là-bas tomberont par l’épée. Et vous agirez comme j’ai agi : vous ne vous couvrirez pas la moustache et vous ne mangerez pas le pain de condoléances de vos voisins (Ézéchiel 24.18-22).

La consécration et l’obéissance d’Ézéchiel sont totales. Il montre à ses contemporains exilés la conduite à tenir quand on leur annoncera la destruction de Jérusalem et du Temple.

Il existe des circonstances où les considérations d’ordre personnel doivent céder le pas devant la volonté de Dieu (Luc 9.59-60). Et puis surtout, aucune manifestation de douleur ne peut exprimer la profonde détresse que ressentiront les exilés à l’annonce de la destruction du Temple et de Jérusalem, de la mort ou de l’exil des habitants, dont des membres de leur propre famille.

Tout comme Ézéchiel a perdu celle qui charmait ses yeux, les exilés vont perdre Jérusalem et le Temple qui charmaient leurs yeux. Il faut en effet savoir que les Israélites s’enorgueillissent et tirent leur gloire du Temple dont la présence les rassure même contre les menaces que leur adresse l’Éternel. Mais la nouvelle de sa destruction mettra une fin abrupte et définitive à toutes leurs fausses illusions.

Versets 23-24

Je continue.

Vous garderez vos turbans sur la tête et vos sandales aux pieds. Vous ne célébrerez pas de deuil et vous ne pleurerez pas, mais vous dépérirez à cause de vos péchés et vous gémirez les uns auprès des autres. Ce qu’Ézéchiel a fait vous servira de signe : quand cela arrivera, vous agirez exactement comme il a agi, et vous reconnaîtrez que je suis le Seigneur, l’Éternel (Ézéchiel 24.23-24).

Les cérémonies de deuil avec leurs démonstrations bruyantes sont des analgésiques, une façon de faire taire la douleur suite à un drame. Ici, Dieu veut au contraire que les exilés gardent la tête froide et rentrent en eux-mêmes afin de bien réaliser que c’est leur péché et celui de leurs frères qui ont attiré sur eux ce châtiment sans précédent.

Ils doivent d’abord battre leur coulpe dans le secret de leur demeure et s’incliner en silence devant le juste jugement de Dieu. Ils devront verser l’un dans le cœur de l’autre leur douleur à voix basse comme on doit le faire dans les moments de grande détresse lorsque la main de Dieu s’appesantit sur l’homme. Cette profonde remise en question doit les conduire à une crise salutaire, à une prise de conscience de leurs fautes et à la repentance afin qu’en eux se dessine le reste fidèle qui sera le nouvel Israël.

Verset 25

Je continue.

Et maintenant, fils d’homme, écoute : le jour vient où je leur reprendrai leur sanctuaire qui fait leur force, leur joie, leur parure, et qui charme leurs yeux, ainsi que ce qui fait l’objet de leur sollicitude : leurs fils et leurs filles (Ézéchiel 24.25).

Jérusalem était la ville que Dieu s’était choisie et le Temple était sa maison terrestre, et ils auraient dû être ses témoins dans le monde. Mais à cause des rébellions incessantes de son peuple, Dieu les a détruit et il est désormais trop tard pour pleurer et se lamenter.

Dans le livre de l’Apocalypse, Jésus avertit les églises d’Asie Mineure que si elles ne lui restent pas fidèles, il ôtera leur témoignage. Aujourd’hui, il n’en reste aucune ; elles ont toutes disparu au profit de l’Islam.

Versets 26-27

Je finis de lire le chapitre 24.

En ce jour-là (Ézéchiel 33.21 ; le 8 janvier 585 avant J-C), un rescapé arrivera vers toi pour annoncer la nouvelle. En ce jour-là, quand ce rescapé arrivera, tu pourras ouvrir la bouche et tu parleras ; tu ne seras plus muet. Tu leur serviras de signe. Et ils reconnaîtront que je suis l’Éternel (Ézéchiel 24.26-27).

Ces derniers versets servent de conclusion à la première partie du livre d’Ézéchiel. Au début de son ministère (Ézéchiel 3.26-27), l’Éternel avait interdit au prophète de parler aux exilés comme on le ferait avec ses voisins et ceux qui nous entourent ; il ne devait ouvrir la bouche que lorsque Dieu mettait une parole sur ses lèvres.

À partir de maintenant, Dieu lui impose un mutisme complet, et cela jusqu’au jour où un réchappé de Jérusalem viendra apporter la nouvelle de sa destruction. Quelle éloquence dans ce long silence, qui sera comme le calme qui précède la tempête. Ézéchiel va se taire pour laisser la parole aux événements que l’Éternel dirige. Ce mutisme symbolise la disparition totale du vieil Israël.

Quand la parole sera rendue au prophète, il pourra accomplir la seconde partie de son ministère qui consiste à annoncer les grâces futures de l’Éternel envers son peuple et donc la renaissance d’Israël de ses cendres, pour ainsi dire. Il faut parfois que toute espérance terrestre disparaisse pour que l’homme s’ouvre à l’espérance qui vient d’en haut.