Chapitre 12

Introduction

L’année est ponctuée par des fêtes, certaines laïques et d’autres religieuses. Souvent, elles ne sont rien de plus qu’un jour de congé. Mais à l’origine, ces jours fériés avaient une profonde signification qui quelques fois remonte loin dans le temps. Pâques correspond à la résurrection de Jésus qui est l’accomplissement de la Pâque juive qui date du 13e ou 15e siècle av. J-C. Elle fut instaurée pour célébrer un chapitre douloureux de l’histoire d’Israël qui culmina avec les 10 plaies d’Égypte. Cette histoire est racontée dans le livre de l’Exode.

Les 11 premiers chapitres sont consacrés au personnage fascinant et très humain de Moïse, le représentant de l’Éternel auprès du pharaon. Les trois suivants traitent de la délivrance proprement dite du peuple hébreu qui est arraché des griffes du roi d’Égypte à force et à sang grâce à la traversée de la mer rouge suivi de la destruction de l’armée de pharaon par les eaux qui se referment sur son élite guerrière. Tout cela a été rendu, romancé et enjolivé de manière spectaculaire dans le film Les dix commandements. Cette fête, qui est la plus importante du calendrier juif, marque le début de l’année religieuse qui au fil des siècles existera parallèlement aux 12 mois civils.

La Pâque est un rappel de la délivrance d’Israël du pays d’Égypte et son adoption en tant que peuple par L’Éternel. Elle pose les fondements de la nation d’Israël et de sa relation nouvelle avec Dieu. Lorsque le clan de Jacob se rendit en Égypte sur l’invitation de Joseph, alors grand vizir, et du pharaon lui-même, les Hébreux étaient tout au plus deux cents avec les enfants. Mais cette famille de Jacob-Israël devint une grande nation selon la promesse de bénédiction maintes fois répétée affirmant que l’Éternel veillerait à ce qu’ils deviennent nombreux et prospères. C’est ainsi qu’au moment de leur départ d’Égypte, ils sont dans les 3 millions d’âmes. Le compte à rebours de la délivrance est enclenché.

Versets 1-2

Je commence à lire le chapitre 12.

L’Éternel parla à Moïse et à Aaron en Égypte. Il leur dit : — Ce mois-ci sera pour vous le premier mois de l’année (Exode 12.1-2).

Il s’agit du mois des épis qui fut d’abord appelé d’un nom cananéen puis plus tard Nisan, un mot d’origine babylonienne. Il débute avec la première nouvelle lune du printemps, en mars ou avril selon les années. Dans l’ancien Proche-Orient, les célébrations du Nouvel An coïncidaient avec le réveil de la nature du printemps. En désignant comme 1er mois de l’année religieuse celui correspondant à l’exode, Dieu rappelle à Israël qu’il doit son existence à sa libération de l’esclavage. Le calendrier agricole et civil de la nation, par contre, commençait en automne, à l’époque du labour et des semailles. Ces deux années, civile et religieuse, ont coexisté même après le retour de l’exil babylonien.

Comme chacun sait, l’histoire du peuple juif est particulièrement mouvementée. Il devint deux royaumes distincts. Celui du Nord fut déporté au 8e siècle av. J-C, et celui du Sud au début du 6e à Babylone. Une fois cet empire vaincu par la Perse, le roi Cyrus autorisa les Hébreux à retourner chez eux, événement capital qui est commenté dans plusieurs livres de l’Ancien Testament. Aujourd’hui, en Israël, l’année juive commence en automne.

Versets 3-4

Je continue.

Donnez à toute la communauté d’Israël les instructions suivantes : Le dixième jour de ce mois, que chaque maison ou chaque famille se procure un agneau. Si dans une maison on est trop peu nombreux pour manger un agneau, qu’on s’associe à la famille voisine la plus proche en tenant compte du nombre de personnes ; et l’on choisira l’agneau en fonction de ce que chacun peut manger (Exode 12.3-4).

Dieu ordonne une fête où un jeune animal sera mis à mort et sa viande mangée. Les Israélites étaient divisés en 12 tribus, puis en familles, chacune étant composée de plusieurs maisonnées. Tous les membres d’une famille étendue ou de plusieurs petits foyers pouvaient se réunir pour festoyer ensemble autour d’un agneau ou d’un chevreau. Chaque chaumière avait pour devoir de sacrifier un ovin et de l’apprêter afin de le consommer. L’accent est mis sur le mot familles parce qu’elles abritaient toutes un ou plusieurs premiers-nés. Or l’Éternel allait tous les faire mourir, qu’ils soient d’animaux ou d’hommes, païens ou Hébreux, nobles ou esclaves. Seuls seraient épargnés ceux qui se trouveraient dans une maison dont les linteaux de la porte d’entrée seraient enduits de sang.

Bien que Dieu allait libérer les Hébreux en tant que peuple, chaque chef de famille devait manifester sa foi en l’Éternel et en Moïse comme son représentant en obéissant aux directives divines. C’était le seul moyen d’éviter le jugement des premiers-nés par l’ange exterminateur. Si quelque aîné voulait défier l’ordre de Dieu, il n’avait qu’à passer la nuit sous une tente à la belle étoile au lieu de rester dans une chaumière dont la porte d’entrée était enduite avec le sang d’un animal sacrifié. Le lendemain, il serait découvert mort dans son sac de couchage.

Versets 5-6

Je continue le texte.

Vous prendrez un agneau ou un chevreau sans défaut, un mâle âgé d’un an. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour de ce mois : ce jour-là, tout l’ensemble de la communauté d’Israël immolera ces agneaux à la nuit tombante, entre le coucher du soleil et la nuit totale (Exode 12.5-6).

Ce cérémonial qui entoure la Pâque juive présage, annonce et prépare la venue de Jésus-Christ, l’Agneau parfait de Dieu. Tout au début de l’Évangile, il est écrit :

Jean aperçut Jésus qui se dirigeait vers lui ; alors il s’écria : Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde (Jean 1.29).

Les ordres de l’Éternel sont précis : l’animal devait avoir un an, c’est-à-dire être mature et vigoureux. C’était aussi le cas du Christ qui avait environ 33 ans quand il fut mis à mort. Ensuite, l’agneau devait être bien-portant et sans défaut. C’est pour cela qu’il fallait le garder quelques jours afin de l’observer et ainsi s’assurer qu’il était en parfaite santé. Pareillement, Jésus a été constamment surveillé tout au long de son ministère. N’importe qui pouvait aller le voir, le regarder, lui parler et l’écouter. Il fut examiné par le peuple, éprouvé par les religieux qui n’ont pas pu lui trouver une seule faute. Ses disciples ont vécu avec lui jour après jour, nuit après nuit pendant 3 ans. Le témoignage qu’ils rendent du Fils de Dieu ne laisse aucun doute sur sa nature parfaite. Je lis quelques passages écrits par les apôtres Pierre et Luc :

Vous savez en effet que ce n’est point par des choses périssables, argent ou or, que vous avez été racheté, Non, il a fallu que le Christ, tel un agneau pur, sans défaut et sans tache, verse son sang précieux en sacrifice pour vous. Il n’a commis aucun péché, ses lèvres n’ont jamais prononcé de mensonge. Injurié, il ne ripostait pas par l’injure. Quand on le faisait souffrir, il ne formulait aucune menace, mais remettait sa cause entre les mains du juste Juge. Ponce Pilate dit aux principaux sacrificateurs et à la foule : « Je ne trouve rien de coupable en cet homme » (1Pierre 1.18-19 ; 2.22-23 ; Luc 23.4).

En troisième lieu, le texte dit : tout l’ensemble de la communauté d’Israël immolera ces agneaux. Le soir de la première Pâque juive, des dizaines de milliers d’animaux sont mis à mort à la place des premiers-nés qui seront épargnés par l’ange exterminateur. La substitution d’un animal innocent pour la vie d’un aîné, est prophétique. Elle annonce le Christ qui donnera sa vie à la place et pour sauver ceux qui placent leur confiance en Lui. Le peuple hébreu immola les agneaux le soir de la première Pâque, de même, les chefs d’Israël et les religieux qui siégeaient au Grand Conseil de la nation firent mourir Jésus, l’Agneau parfait de Dieu par l’intermédiaire des Romains.

Verset 7

Je continue le texte.

On prendra de son sang et l’on en badigeonnera les deux montants et le linteau de la porte des maisons où il sera mangé (Exode 12.7).

Quand quelqu’un décide de repeindre sa porte d’entrée, il ne lui vient pas à l’idée d’utiliser du sang frais. Il faut reconnaître que l’idée de tremper un pinceau dans une cuvette de sang d’un animal égorgé est repoussante. Cette couleur rouge criard qui va devenir marron puis d’un vilain noir n’est pas très esthétique, et puis ça dégouline et fait des traînées gluantes. C’est répugnant. De plus, ce sang va tourner très vite, attirer des mouches qui vont pondre leurs œufs et dès le lendemain, sous les premiers rayons du soleil, ça va sentir la puanteur. Tout ce sang sur le tour de porte, ça vous soulève le cœur.

En fait, c’est exactement ce que Dieu voulait que les Hébreux et nous ressentons, car ce sentiment de répulsion nous donne une petite idée de ce que notre rébellion et nos fautes représentent pour lui. Je me souviens que mon grand-père élevait des lapins. Quand on voulait en manger un, il l’attachait par les pattes sur un crochet de la grange et l’égorgeait. Le sang qui avait coulé devenait marron puis noir ; je trouvais ce spectacle dégoûtant. Le sang est doté d’une forte charge émotionnelle et d’une grande signification symbolique. Quelques fois derrière les voitures on voit l’autocollant Sang = Vie. Il n’y a que deux mots et pourtant ce message est très parlant, car il évoque la vie, le bien le plus précieux que nous possédons.

L’Éternel fait donc savoir par l’intermédiaire de Moïse qu’il veut que le sacrifice de l’agneau pascal apparaisse sur toutes les portes des maisons des Hébreux. Devait-on vraiment suivre ces directives ? N’y avait-il pas d’alternatives, d’autres façons de voir les choses, une autre manière de faire ? Certes, on peut toujours argumenter.

J’ai imaginé trois exemples : D’abord Ruben. Que ce soit un agneau ou un chevreau, il aime beaucoup ces animaux qu’il trouve mignons comme tout. Il les élève pour la laine et le lait, alors il est hors de question d’en tuer un. De toute façon, il ne croit pas à ce qu’on raconte, ce ne sont que de sottes histoires de bonne femme. Il est sûr que rien de fâcheux n’arrivera à son fils unique.

Mon deuxième exemple est David. Lui par contre, c’est un mangeur de viande, mais bricoler à la maison n’est pas son fort. Alors, il veut bien manger un chevreau comme tout le monde, mais pour ce qui est d’enduire sa porte d’entrée de sang pour devoir ensuite tout décaper et repeindre, il n’en est pas question ! Si son fils y croit à toutes ces sornettes que nous fait dire ce Moïse, il n’a qu’à aller dormir chez les voisins, dont la porte est toute dégoulinante de sang. Qu’est-ce que ça fait sale !

Mon 3e cas est Siméon. Lui non plus n’y croit pas bien à cette histoire de premiers-nés qui vont mourir d’un coup, d’un seul, comme ça en pleine nuit. Néanmoins, on ne sait jamais, surtout qu’il s’est passé des drôles de choses en Égypte dernièrement, et certains disent même que c’est l’Éternel, le Dieu de nos ancêtres, qui serait intervenu. Alors comme on n’est jamais trop prudent, il se dit : Le père a sali notre belle porte d’entrée juste pour moi, alors par respect pour lui je ne vais pas sortir ce soir. Bonne idée Siméon ! Ces 3 exemples ont peut-être eu lieu. Siméon était indécis, mais s’est soumis à son père. Ce qui comptait pour les aînés, ce n’était pas leurs états d’âme, mais de passer la nuit sous un toit dont la porte avait été enduite de sang.

Le texte dit aussi que l’animal sacrifié devait être mangé. Cette participation à un repas avait une signification familiale et sociale. Elle unissait les individus d’un même clan ainsi que les membres d’une même communauté. Ce repas pris ensemble rappelle la Pâque juive que Jésus-Christ a célébrée avec ses disciples à la veille de son arrestation et de son exécution. Le soir avant qu’il ne soit trahi et livré, le texte de l’Évangile dit :

Au cours du repas, Jésus prit du pain, puis après avoir prononcé la prière de reconnaissance, il le partagea en morceaux, puis il les donna à ses disciples en disant : — Prenez, mangez, ceci est mon corps. Ensuite il prit une coupe et, après avoir remercié Dieu, il la leur donna en disant : — Buvez en tous ; ceci est mon sang, par lequel est scellée l’alliance. Il va être versé pour beaucoup d’hommes, afin que leurs péchés soient pardonnés (Matthieu 26.26-28).

L’apôtre Jean insiste encore davantage sur cette communion du croyant avec la personne du Christ. Je le cite :

Jésus dit : — C’est moi qui suis le pain qui donne la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. C’est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain-là, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai pour que le monde vive, c’est mon propre corps. Celui qui se nourrit de ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour. C’est l’Esprit qui donne la vie. Les paroles que je vous ai dites sont Esprit et vie (Jean 6.35, 51, 54, 63).

L’importance de la Pâque juive ne peut être surestimée, car de toute éternité, le Créateur avait décidé que Jésus serait immolé afin de devenir le sauveur du monde. Je lis le passage du Nouveau Testament.

Il a fallu que le Christ, tel un agneau innocent et sans défaut, verse son sang précieux pour vous. Dès avant la création du monde, Dieu l’avait choisi et désigné pour cette mission (1Pierre 1.19-20).

Versets 8-10

Je continue le texte.

On en rôtira la viande et on la mangera cette nuit-là avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous n’en mangerez rien qui soit à moitié cuit ou bouilli dans l’eau, tout sera rôti au feu avec la tête, les pattes et les abats. Vous n’en garderez rien pour le lendemain. S’il reste quelque chose jusqu’au lendemain, vous le brûlerez (Exode 12.8-10).

La Pâque ne se célébrait pas n’importe comment : la viande était rôtie au feu puis mangée avec des herbes amères et des pains sans levain. Chaque détail compte, car il avait une signification immédiate pour les Hébreux, et une autre à long terme pour nous. La viande cuite et rôtie est la façon de faire des bergers nomades. Cette méthode de cuisson annonce les 40 ans qu’Israël allait passer dans le désert. Ce qui n’était pas consommé devait être consumé. Comme le feu représente souvent le jugement divin, c’est une référence au châtiment que l’Éternel allait infliger aux premiers-nés d’Égypte.

En second lieu, la viande une fois rôtie devait être mangée avec du pain sans levain. Cela témoigne premièrement de l’empressement avec lequel allait avoir lieu la sortie d’Égypte comme l’atteste le texte un peu plus loin où il est dit :

Comme ils avaient été chassés précipitamment d’Égypte sans pouvoir préparer de provisions de route, ils n’avaient emporté que la pâte non levée (Exode 12.39).

La loi de Moïse ordonne aussi de célébrer la Pâque avec du pain non levé. Je lis le passage :

Tu ne mangeras pas de pain levé avec ce repas pascal ; pendant sept jours, tu mangeras du pain sans levain. Ce pain de misère te rappellera que c’est précipitamment que vous avez quitté l’Égypte (Deutéronome 16.3).

Deuxièmement, dans les Écritures, le levain représente généralement le mal et plus particulièrement le péché. Comme Jésus, l’Agneau parfait de Dieu était sans la moindre faute et pour bien marquer sa sainteté, le pain qui accompagnait la viande de l’agneau pascal devait être non levé. Pour exhorter les chrétiens du premier siècle à renoncer au mal, l’apôtre Paul utilise l’image du levain et de l’agneau pascal. Il écrit :

Faites donc disparaître tout vieux levain du milieu de vous afin que vous soyez comme une pâte toute nouvelle, puisque, en fait, vous êtes sans levain. Car nous avons un agneau pascal qui a été sacrifié pour nous, le Christ lui-même (1Corinthiens 5.7).

La viande rôtie devait être accompagnée de pain sans levain et d’herbes au goût amer, qui avaient pour objet de rappeler l’esclavage des Hébreux sous la botte de pharaon, mais qui prophétisaient également les souffrances que Jésus allait endurer sur la croix.

Verset 11

Je continue le texte.

Vous le mangerez à la hâte, prêts à partir : la ceinture nouée aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main. Ce sera la Pâque que l’on célébrera en l’honneur de l’Éternel (Exode 12.11).

À l’intérieur des maisons, on ne portait ni sandales, ni ceinture. Les mettre attestait un départ immédiat ce qui était un acte de foi dans la promesse divine de libération. Et c’est ainsi que pendant des siècles, année après année, la célébration de la Pâque a annoncé la venue et la mort de l’Agneau parfait de Dieu

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.