Introduction (fin)

Noël est un temps de retrouvailles, de réjouissances et de gaieté. En Occident, la plupart des gens offrent des cadeaux à leurs amis et aux membres de leur famille. Noël est une fête où tout doit être parfait, comme un ciel sans nuage ou une nuit étoilée. On expose la crèche avec l’enfant Jésus et les animaux autour de lui, mais on passe sous silence un événement particulièrement cruel et sanguinaire qui a pourtant eu lieu quelques temps après que les rois mages arrivent pour adorer le Seigneur. Il s’agit de ce qu’on a surnommé : « le massacre des innocents », la mise à mort systématique de tous les petits garçons de Bethléem. L’instigateur de cette boucherie est le roi Hérode ; c’est lui, qui sous la tutelle romaine, détient le pouvoir en Judée. Cet homme est de religion juive parce que son peuple a été forcé de l’adopter sous peine de mort par les Maccabées, la famille de prêtres qui dirige Juda jusqu’à ce que Rome prenne le contrôle de la Palestine.

Hérode est de culture grecque et le seul enfant de sa famille à porter un nom grec ; d’ailleurs il tente plusieurs fois de transformer Jérusalem en une ville grecque. Politiquement parlant Hérode est romain ; chaque fois qu’il y a un conflit, il se place résolument du côté de Rome. Toutes ces caractéristiques réunies font de lui un individu fort complexe. On le décrit comme un homme capable, musclé et courageux qui conduit personnellement son armée dans dix guerres différentes. En fait, et contrairement à ce qu’on aurait pu penser, il est de caractère noble, du moins au début de sa carrière. En effet, pendant le conflit, entre d’une part, Antoine et Cléopâtre, et d’autre part, Octavien, pour le contrôle de l’Empire romain, Hérode met tout son poids du côté d’Antoine qui est battu. Après sa victoire décisive sur son adversaire, Octavien, le futur César Auguste, se rend à Rhodes afin de préparer la suite. Hérode y va également et lui demande une audience qui lui est accordée.

Pendant toute sa vie, Hérode a été un ami personnel d’Antoine et l’a donc soutenu contre Octavien. Mais maintenant, comment va-t-il tirer son épingle du jeu ? Eh bien il entre dans la salle d’audience sans sa couronne et déclare à tous les assistants qu’il a toujours été du côté d’Antoine et qu’il lui est resté loyal même dans la défaite. Puis il achève son discours en disant : « Ce que je demande est qu’on prenne en considération non pas de qui je suis l’ami, mais quel ami fidèle je suis ».

César est très impressionné et déclare alors que Hérode est un homme sur qui il peut compter et lui dit de remettre sa couronne sur la tête. Hérode retourne ensuite en Palestine avec son titre de roi mieux assuré que jamais. Mais avec les années le caractère d’Hérode se désintègre. En tout, il se marie avec dix femmes ; il considère ses fils comme des ennemis politiques potentiels et sur ses ordres deux d’entre eux sont étranglés. Plus tard, il se met à suspecter la loyauté de Marianne sa femme préférée et la fait assassiner. Ce méfait accompli, il se met à déambuler dans son palais en criant son nom et il ordonne à tous ses serviteurs de se mettre à sa recherche. Comme ils ne peuvent pas la trouver, il les fait battre de verges.

Hérode est un homme génial et brutal. Devenu vieux, il est affligé de maladies très douloureuses. Dans ses derniers jours, il fait arrêter le prince successeur qu’il a pourtant lui-même choisi et le fait enfermer dans le donjon de son palais. Alors qu’il souffre atrocement, il essaie de se suicider mais un garde l’en empêche et tout le palais est en émoi. La confusion qui s’ensuit se transforme en la nouvelle de sa mort qui se répand comme une traînée de poudre. Entendant cela, le prince ordonne qu’on le relâche afin qu’il puisse prendre les rênes du pouvoir. Mais Hérode ayant survécu à sa tentative de suicide, il ordonne la mise à mort du prince. Cinq jours plus tard, Hérode meurt. Son dernier ordre est de commander à ses troupes d’arrêter des milliers de notables de son royaume et de les enfermer dans le stade de Jéricho. À sa mort, tous ses hommes doivent être exécutés afin qu’il y ait un grand deuil national car Hérode sait très bien que nul ne versera une seule larme pour lui. Heureusement, ce dernier ordre ne fut jamais exécuté.

Quand on considère quel genre d’homme Hérode est devenu, il n’est guère surprenant qu’il ait ordonné le massacre des petits garçons de Bethléem.

Jésus est né dans un monde où la brutalité est de mise et le roi Hérode est de son temps, mais aussi un jouet entre les mains de Satan qui essaie par lui d’éliminer l’enfant Jésus, le Messie.

Étant donné que le sujet qui nous occupe est le prophète Abdias, on peut demander ce que Hérode vient faire ici. Eh bien la prophétie d’Abdias annonce principalement l’anéantissement du peuple d’Édom et il se trouve que le roi Hérode est Iduméen. En effet, par son père il descend d’Ésaü, l’ancêtre fondateur des Édomites, et sa mère est une arabe nabatéenne de Pétra, l’ancienne capitale du royaume d’Édom.

L’animosité entre les Édomites et les Israélites est certainement l’un des plus anciens exemples de discorde et de haine entre deux groupes ethniques. Ésaü et Jacob, les ancêtres fondateurs de ces deux peuples, sont jumeaux et leur conflit commence déjà dans le sein de leur mère Rebecca (Genèse 25.21-26). Ésaü étant né le premier, c’est à lui que revient le droit d’aînesse avec tous ses privilèges. Mais Ésaü devenu homme, un jour et alors qu’il revient de la chasse avec une faim de loup, il échange par serment ses droits de premier-né contre une potée bien garnie. C’est ainsi que Jacob supplante Ésaü. Après cet incident, Ésaü complote la mort de son frère, mais leur mère Rebecca éloigne Jacob en l’envoyant chez son frère Laban.

Ésaü doit son nom, qui veut dire velu, au fait qu’il est né couvert de poils (Genèse 25.25). Il est également surnommé « Édom », ce qui veut dire « roux », parce que d’une part, il est roux à la naissance, et d’autre part, la potée contre laquelle il échange son droit d’aînesse est de couleur rousse (Genèse 25.30). Plus tard, Ésaü s’installe dans le pays de Séir (Genèse 36.8-9), une région de grès d’une couleur qui elle aussi tire sur le rouge et située au sud-est de la mer Morte. Ses descendants exterminent ou chassent les Horiens qui y habitaient et prennent leur place (Deutéronome 2.12, 22). Pour toutes ces raisons, la couleur rousse est associée depuis toujours à Ésaü, surtout si on ajoute que c’est un peuple sanguinaire. Mais cette caractéristique est relativement banale, car dans l’antiquité comme aujourd’hui en certains pays, la vie humaine ne vaut pas un clou.

Les Édomites s’installent donc dans la montagne de Séir, un mot qui assez curieusement a la même consonance que velu qui est la signification du nom Ésaü. Tout ça pour dire que Séir et Ésaü c’est du pareil au même, et avec Édom ils forment trois mots utilisés comme synonymes dans l’Ancien Testament.

Quand les Hébreux sortis d’Égypte sont en vue du pays promis, ils demandent aux Édomites de les laisser passer sur leur territoire, mais ces derniers refusent catégoriquement et rassemblent tous leurs guerriers (Nombres 20.14-21). Israël est alors déjà très puissant et aurait probablement pu vaincre les Édomites, mais l’Éternel ordonne à son peuple de ne pas prendre les Édomites en grippe parce que ce sont leurs frères.

Une fois Israël installé en Palestine, l’hostilité entre les Israélites et les Édomites continue de plus belle parce que ces derniers ont la haine au ventre contre leurs frères de sang. Les rois Saül et Salomon ont maille à partir avec les Édomites, et le roi David les écrase au point de presque les exterminer (1Samuel 14.47 ; 2Samuel 8.13-14 ; 1Rois 11.16, 17-22). A un moment donné, Josaphat roi de Juda, Yoram roi d’Israël Nord ainsi que le roi d’Édom forment une confédération pour attaquer les Moabites (2Rois 3), mais cette coopération est de courte durée. Peu de temps après, et toujours sous le roi Josaphat, il y a renversement d’alliance et les Édomites se joignent aux Moabites et aux Ammonites pour attaquer Juda. Mais l’Éternel intervient en semant la zizanie dans les rangs des conjurés et au final dans le second livre des Chroniques, on lit :

Les Ammonites et les Moabites se dressèrent contre les habitants des monts de Séir et les exterminèrent. Quand ils en eurent terminé avec eux, ils se jetèrent les uns sur les autres, jusqu’à s’anéantir (2Chroniques 20.23).

Plus tard et comme je l’ai déjà dit, sous le règne de Yoram fils de Josaphat, les Édomites se révoltent contre Juda dont ils sont les vassaux (2Rois 8.20-22 ; 2Chroniques 21.8). C’est à cette époque qu’ils se joignent aux Philistins et aux Arabes pour mettre à sac Jérusalem, faire un massacre et vendre ses habitants comme esclaves. C’est à cet événement que fait référence le prophète Abdias.

Cette incursion ne fait évidemment que jeter de l’huile sur le feu. Le roi de Juda Amatsia (804-775) fait la guerre aux Édomites et en tue dix milles (2Rois 14.7 ; 2Chroniques 25.11-12). Plus tard, pendant le règne du roi Ahaz roi de Juda (741-726), toujours dans le second livre des Chroniques, on lit :

De nouveau, les Édomites avaient envahi le royaume de Juda, avaient battu les Judéens et emmené des captifs (2Chroniques 28.17).

Enfin, en 586 av. J-C, les Édomites se joignent aux Babyloniens lors de la destruction de Jérusalem et du temple. C’est à ce moment-là que des gradins ils crient à tue-tête : « Rasez-la donc, rasez-la jusqu’aux fondations ! » (Psaumes 137.7). Quelques années après cet incident, le déclin des Édomites commence pour ne plus s’arrêter jusqu’à leur disparition complète.

Cette longue liste de guerres fratricides et de tueries entre les Israélites et les Édomites est due à la haine ancestrale que vouent les descendants d’Ésaü aux Hébreux, alors que ces derniers n’attaquent le royaume d’Édom qu’après une provocation. D’après les récits de l’Ancien Testament, les Israélites n’éprouvent aucune haine à l’égard de leurs voisins et désirent simplement vivre en paix avec eux.

À cause de l’animosité perpétuelle des Édomites envers leurs frères de sang, l’Éternel prononce plusieurs fois des jugements contre eux par l’intermédiaire de ses prophètes, dont Abdias qui fait des châtiments à venir d’Édom le sujet principal de ses oracles. Cette prophétie s’est accomplie petit à petit au fil des siècles et peut être résumée de la façon suivante.

Après la mise à sac de Jérusalem par les Babyloniens et malgré la présence des Édomites à leurs côtés, les descendants d’Ésaü sont envahi à leur tour environ cinq ans plus tard par les armées de Nabuchodonosor. Même s’il n’existe pas de traces historiques de cette conquête, Jérémie la prophétise (Jérémie 27.3-6) et l’historien juif Josèphe écrit que les Babyloniens attaquèrent la Syrie, conquirent les Moabites, les Ammonites puis envahirent l’Égypte (Josèphe, Antiquités juives 10.9.7). Or, il n’est guère plausible de penser qu’ils ont laissé les Édomites tranquilles alors qu’on peut être sûr qu’ils se sont joints à leurs voisins moabites et ammonites pour résister à l’agression babylonienne. Au contraire, c’est à la ruine d’Édom à ce moment-là que correspond la prophétie de Malachie dans laquelle l’Éternel dit :

J’ai aimé Jacob et j’ai écarté Ésaü : j’ai fait de ses montagnes un pays désolé, et j’ai livré son patrimoine aux chacals du désert. Édom peut bien dire : “ Nous avons été démolis, mais nous rebâtirons ce qui n’est plus que ruines. ” Mais le Seigneur des armées célestes déclare : Eux, ils rebâtiront, moi, je démolirai. On appellera leur pays : “ le territoire de la méchanceté, le peuple contre qui, toujours, l’Éternel sera en colère ” (Malachie 1.2-4).

Vaincus par les Babyloniens, les Édomites rescapés s’établissent dans le sud de la Judée, la partie du territoire de la tribu de Juda qui en grec s’appelle « Idumée ». À cette même époque, les Nabatéens font leur apparition en Palestine ; il s’agit d’une tribu d’Arabie probablement issue du fils aîné d’Ismaël, le premier garçon né d’Abraham et de Agar, servante de Sara. Les Nabatéens ont peut-être même été envoyés par Nabuchodonosor pour occuper la place laissée vacante par les Édomites. Ces Arabes prennent donc possession de Pétra l’ancienne capitale d’Édom et de ce fait contrôlent le golfe d’Aqaba sur la mer Rouge ainsi que l’important port d’Elath. Les Édomites qui sont encore dans la montagne de Séir sont absorbés par les Nabatéens et disparaissent en tant que peuple.

Au 2e siècle avant notre ère et alors qu’ils sont installés dans le sud de la Judée, les Édomites sont attaqués et vaincus par Juda Maccabée (1Maccabées 5.65). Puis vers l’an 135 avant notre ère, un autre membre de la famille des Maccabées (Jean Hyrcan) les contraint à se soumettre à la loi de Moïse et donc à se faire circoncire (Josèphe, Antiquités juives 13.9.1 ; 14.7.9).

Plus tard, au moment de la guerre des Juifs contre Rome, les Édomites sont alliés aux Hébreux, ce qui fait qu’ils sont exterminés lors de la prise de Jérusalem en l’an 70 par le général Titus. Quelques fuyards se réfugient parmi les tribus du désert où ils disparaissent complètement.

Au 3e siècle de notre ère, Origène Père de l’Église, affirme qu’il ne reste plus rien des descendants d’Ésaü, ni leur nom ni leur langue.

Abdias n’est pas le seul à prophétiser contre Édom ; ils sont huit auteurs sacrés à le faire. Comme je l’ai déjà dit, Joël aussi annonce leur châtiment parce qu’ils ont osé s’attaquer à Jérusalem (Joël 4.3-6, 19). Mais quand on considère les prophéties d’Abdias et de Joël, on retrouve six versets d’Abdias chez Joël (comparez Joël 3.5 ; 4.2-3 ; 4.4-7 ; 4.14 ; 4.17 ; 4.19 et Abdias 17, 11, 15, 18, 17, 10). De toute évidence l’un s’est forcément inspiré de l’autre, ou alors tous deux ont puisé à la même source de documents. Comme Joël a prophétisé quelques années après Abdias, c’est Abdias qui détient la copie originelle.

Chez Jérémie et Abdias aussi on retrouve pratiquement les mêmes phrases (comparez Abdias 1-6 ; 7 c et 8 et Jérémie 49.14, 15, 16, 9, 10, 7).

Abdias

1 Révélation reçue par Abdias. Le Seigneur, l’Éternel déclare sur Édom : j’ai entendu une nouvelle venant de l’Éternel, et un héraut a été envoyé au milieu des nations : “ Levez-vous ”, leur dit-il. Partons en guerre contre Édom.


2 “ Je vais te rendre le plus petit des peuples et tu seras très méprisé.

3, Car ton orgueil t’égare, toi qui as ta demeure dans les creux du rocher. Toi dont l’habitation est haut perchée, tu te dis en toi-même : “Qui m’en feras descendre ?”

4 Si comme l’aigle tu t’élevais, et quand bien même ton nid serait placé au milieu des étoiles, je t’en ferais tomber, déclare l’Éternel.


5 Si des voleurs ou des pillards viennent chez toi pendant la nuit, ils prendront tous les biens qu’ils peuvent emporter et tu seras totalement ruiné. Et si des vendangeurs viennent chez toi, ils ne laisseront rien que ce qui se grappille.

6 O ! Ésaü, comme on te fouille ! On met à jour tous tes trésors cachés.

 


7 c Il n’y a en Édom aucun discernement.

8 En ce jour-là, l’Éternel le déclare, je vais faire périr tous les sages d’Édom, je ferai disparaître tout le discernement de la montagne d’Ésaü. ”


Jérémie

49.14, 15, 16, 9, 10, 7

14 J’ai entendu une nouvelle venant de l’Éternel et un héraut a été envoyé au milieu des nations : “ Rassemblez-vous et marchez contre lui ! Levez-vous pour la guerre ! ”


 

15 “ Voici, je vais te rendre le plus petit des peuples, méprisé par les hommes.

16 La peur que tu inspires et ton orgueil t’égarent, toi qui as ta demeure dans les creux des rochers et qui occupes le sommet des collines. Oui, comme l’aigle, tu élèves ton nid de là, je te ferai tomber, l’Éternel le déclare. ”


 9 Si des vendangeurs pénétraient chez toi, ne laisseraient-ils pas que ce qui se grappille ? Et s’il s’agissait de voleurs nocturnes, ne détruiraient-ils pas jusqu’à ce qu’ils en aient assez ?

 10 Moi, je fouille Ésaü, je mets à découvert ses lieux secrets, il ne pourra pas se cacher ; tout est détruit : sa race, sa parenté et ses voisins ; plus personne pour dire :


7 Prophétie sur Édom. Voici ce que déclare le Seigneur des armées célestes : “ Le peuple de Témân n’a-t-il plus de sagesse ? Et les gens clairvoyants n’ont-ils plus de conseils ? Leur sagesse est-elle perdue ? ”

 


Ici encore, il est évident que l’un des deux prophètes s’est inspiré de l’autre ; sous l’action de l’Esprit de Dieu Jérémie a repris la prophétie d’Abdias. En effet, on est quasi certain que Abdias a précédé Jérémie et on sait que ce dernier a l’habitude de rattacher ses prophéties à celles de ceux qui l’ont précédé (comparez Jérémie 48 et Ésaïe 15, 16 ; Jérémie 47 et Ésaïe 14.28-32). Le texte d’Abdias est suivi, simple et clair et le prophète passe logiquement d’une pensée à une autre, alors que dans Jérémie la continuité des idées fait défaut car il écrit des phrases détachées qui ressemblent à des citations ; et puis le style d’Abdias est beaucoup plus rudimentaire que celui de Jérémie qui est mieux travaillé.

De plus, il serait extrêmement bizarre qu’une prophétie aussi brève que celle d’Abdias ait sa source dans une autre. Par ailleurs, il n’est pas possible qu’Abdias ait emprunté la majeure partie de son oracle d’un autre prophète et puisse dire :

Révélation reçue par Abdias. Le Seigneur, l’Éternel déclare sur Édom (Abdias 1).

Abdias est donc un lointain précurseur de Jérémie et sa prophétie est bien antérieure à la prise de Jérusalem par les Babyloniens.

Le style d’Abdias est très original car il utilise des mots et des expressions qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Son langage respire l’antiquité et se distingue nettement des grands prophètes. Abdias parle rapidement avec vigueur et sévérité, emmenant le lecteur qui ne peut que sympathiser avec lui. Abdias aime les interrogations pleines de détails vifs et éclatants ainsi que les affirmations coup de poing. Il est souvent poète et jamais monotone. Après son accusatoire contre les étrangers qui ont infligé tant de blessures à Jérusalem, il conclut en disant à Édom :

Oui, toi aussi, tu as agi comme eux (Abdias 11).

En seulement trois versets (Abdias 12-14), Abdias ordonne huit fois aux Édomites de ne pas profiter de la situation de détresse de leurs frères israélites, et dans le texte hébreu, il répète dix fois « au jour de » afin de bien scander et d’accumuler les raisons du jugement à venir d’Édom. Enfin, il conclut son livre prophétique par un grand coup de masse quand il dit :

Alors l’Éternel sera roi (Abdias 21).

Le caractère limité des perspectives du livre d’Abdias, en particulier en ce qui concerne le salut, donne à penser qu’il se situe au début de l’histoire et de la littérature prophétique. Cette supposition est renforcée par la place qu’occupe le livre d’Abdias dans le canon hébreu de l’Ancien Testament, où il est rangé parmi les textes des premiers prophètes écrivains.

En résumé donc, on peut dire avec une quasi-certitude qu’Abdias a émis sa prophétie peu après l’an 845 av. J-C, vers la fin du règne de Yoram roi de Juda (854-842).

Le livre d’Abdias se compose de deux parties principales. La première qui se subdivise en deux, annonce d’abord la ruine d’Édom (Abdias 1-9), puis en expose les raisons (Abdias 10-14) : Édom s’est réjoui du malheur de son frère, le peuple de Juda, et a profité d’une invasion ennemie pour piller Jérusalem et piéger les rescapés afin de les tuer. Pour ces crimes, Abdias dit :

On te traitera comme tu as traité les autres : le mal que tu as fait retombera sur toi (Abdias 15).

Selon la loi du talion en vigueur sous le régime de l’Ancien Testament, Édom sera à son tour trahi par ses alliés, dépouillé de ses richesses et exterminé (Abdias 5-9).

Dans la seconde partie du livre, Abdias annonce la venue du « Jour de l’Éternel », jour du jugement de toutes les nations (Abdias 15-21). Le châtiment d’Édom dans l’histoire est un prototype dans le sens qu’il anticipe le jugement final universel. Par contre, le peuple de Dieu bénéficiera du salut et dominera tous les autres peuples ; c’est ainsi que l’Éternel assoira son règne dans l’histoire humaine.

Le livre d’Abdias enseigne que Dieu est le Maître de l’histoire et qu’il tient dans sa main les destinées, non seulement d’Israël mais de toutes les nations. L’annonce du jugement souligne aussi que chaque homme et chaque peuple est responsable de ses actes et que nous aurons tous des comptes à rendre à Dieu. À bon entendeur, salut !