Introduction

Quand on a fini de lire le livre des Juges, on se sent comme un vagabond perdu dans le désert et mourant de soif. C’est alors que le vagabond aperçoit un grand verre d’eau bien fraîche; c’est le livre de Ruth qui est comme une lumière qui luit dans les ténèbres. Il raconte une histoire toute simple, mais savoureuse qui tire son nom de sa principale héroïne qui est Ruth, une femme Moabite. Ce petit livre est un régal et un chef d’œuvre car il est bien construit, écrit avec beaucoup de soin, et parsemé de diverses figures de style et de jeux de mots. Perle d’une grande beauté, ce récit se déroule sur la toile de fond noir encre de l’époque des Juges.

L’histoire de Ruth montre que localement le tableau n’est pas toujours aussi sombre qu’il apparaît dans le livre des Juges. L’histoire se déroule à Bethlehem dans la tribu de Juda et l’atmosphère qui y règne est paisible, bucolique et besogneuse. Les personnages principaux manifestent solidarité, bienveillance et une piété toute simple. Tout au début du livre des Juges, on apprend que les Moabites, un peuple voisin, ont assujetti les Israélites pendant 18 ans, suite à quoi, ces derniers, conduits par le chef juge Éhoud, infligèrent une sévère défaite à leurs oppresseurs qui ne les ont plus inquiétés pendant une très longue période de temps. C’est pendant cette accalmie que des familles israélites s’installent dans le pays de Moab et que des mariages ont lieu entre les deux peuples.

La tradition attribue ce livre comme celui des Juges à Samuel, l’une des principales figures de l’Ancien Testament. Il les aurait écrits sous la monarchie de Saül ou de David. La structure du livre est finement travaillée et se compose de 4 tableaux. Dans l’introduction, nous faisons connaissance avec Noémi, la belle-mère israélite de Ruth qui se trouve dans une situation désespérée. Mais dans la conclusion du livre, on la voit bénie, heureuse et pleine d’espérance. On passe de ces deux situations diamétralement opposées grâce aux événements rapportés dans les 4 tableaux dont Ruth et Booz, un proche parent de Noémi, sont les personnages principaux.

Ce qui est vraiment frappant dans cette histoire, est le comportement de solidarité généreuse et de dévouement de Ruth, une étrangère, envers sa belle-mère israélite. Cette attitude rencontre à son tour la bienveillance d’autrui, en particulier celle de Booz, et Ruth obtient la bénédiction divine pour elle-même et sa belle-mère. C’est ainsi que, et comme cela s’est déjà produit pour Rahab, la prostituée cananéenne de Jéricho, une femme étrangère est accueillie dans le peuple de Dieu et participe aux bénédictions promises aux Israélites qui se montrent fidèles à l’Éternel ; et cela arrive de surcroît, à une époque où Israël, dans sa majeure partie, a rejeté son Dieu. L’auteur s’est attaché à nous présenter, sans trop insister, la piété toute simple des personnages qui font cette histoire, au moyen de petites touches ici et là.

Tout d’abord, Ruth adopte l’Éternel comme son Dieu; ensuite transparaît la piété de Noémi, Booz, mais aussi de ses serviteurs ainsi que des responsables et des femmes du village de Bethlehem. On les voit vivre leur espérance en l’Éternel au fil de leur quotidien, de leur langage, de leur attitude bienveillante ou dans leur désir d’agir selon la Loi de Moïse. On est en face de gens ordinaires qui vivent une vie banale mais avec une dévotion sincère au Dieu d’Israël. Par leur vie droite et pleine de dévotion, les personnages du livre de Ruth établissent un contraste saisissant avec ceux du livre des Juges où « Chacun faisait ce qu’il jugeait bon ».

Le récit de Ruth s’articule autour de la loi du lévirat, le thème central du livre. Il s’agit des devoirs spécifiques du proche parent masculin envers une veuve. Mais on découvre aussi que les Israélites observent d’autres règles, comme celle du droit de glaner derrière les moissonneurs. Toute cette histoire donne un enseignement puissant sur la valeur pratique de la Loi de Moïse dans le domaine social, car c’est grâce à elle que le livre se termine par un dénouement heureux. Au passage, ce récit nous fournit des renseignements intéressants sur les coutumes israélites à une époque très ancienne. Au fil des circonstances, l’Éternel se révèle discrètement, mais d’une façon bien nette comme le Dieu de la providence qui agit en utilisant les événements de la vie. Noémi, la belle-mère de Ruth, le fait remarquer dès que la chape du désespoir est levée et qu’elle se sent sous des auspices favorables.

L’auteur montre clairement que l’Éternel agit au travers de Booz, celui qui a le droit de rachat selon la loi du lévirat. Il est l’instrument entre ses mains pour secourir et protéger Ruth et Noémi. Ce livre encourage ceux qui se trouvent en situation de détresse à placer leur confiance en Dieu car on le voit à l’œuvre s’occuper des plus humbles et diriger la vie de ses fidèles, même si son action n’est pas immédiatement perceptible.

Comme ces événements ont eu lieu à une époque de profonde apostasie de la part d’Israël, le livre de Ruth enseigne qu’il est possible de vivre par la foi en Dieu au sein d’une nation corrompue par l’idolâtrie et des mœurs dissolues. L’Éternel accorde sa bénédiction à ceux qui lui font confiance quelle que soit leur époque ou leurs circonstances.

Ruth est issue du peuple moabite qui a disparu dans les oubliettes de l’histoire, mais elle ne disparaît pas car elle est mentionnée dans l’Évangile selon Matthieu dans la généalogie de Jésus, aux côtés d’autres femmes à priori peu recommandables et condamnées à l’oubli comme Rahab la prostituée cananéenne. Pourtant, dans la souveraineté divine, ces personnes font partie des ancêtres du Messie.

La plus grande partie de l’histoire de Ruth se déroule à 9 km au sud de Jérusalem à Bethlehem, mot qui signifie « la maison du pain ». Mais comme cette maison est vide, une famille de 4 personnes décide d’émigrer. Ils parcourent environ 80 km pour se rendre dans le pays de Moab qui est un plateau fertile situé à l’est de la mer Morte. À cette époque, les 12 tribus d’Israël sont livrées à elles-mêmes ou sont dirigées ici et là par un chef-juge. 12 sont mentionnées dont Débora, une femme prophétesse de très grande valeur, soit dit en passant.

La période des Juges fut particulièrement troublée car marquée par l’infidélité persistante du peuple choisi à l’alliance de l’Éternel. Israël en tant que nation est caractérisé à la fois par son attrait pour les faux dieux cananéens, le chaos politique, et par l’oppression exercée contre lui par divers ennemis. En ce temps-là, la famine est un fléau cyclique qui oblige certains, les plus pauvres, à émigrer dans des pays voisins moins touchés. C’est à cause d’une famine que Abraham et plus tard son petit-fils Jacob allèrent en Égypte. En Israël, la famine est toujours un signe du jugement divin pour punir le peuple rebelle et c’est sur cette toile de fond que commence l’histoire charmante du livre de Ruth.

Peut-être que je n’ai pas à me soucier de mon pain quotidien, cependant il est une autre nourriture qui est tout aussi importante voire même davantage. Quand Jésus a été tenté par le diable, il lui a dit :

Il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Matthieu 4.4).

Le pain confectionné avec de la farine me permet de subvenir à mes besoins physiques ici-bas, mais c’est le pain descendu du ciel, Jésus-Christ et sa Parole, qui donne la vie éternelle.