Livre des Juges

Introduction

En toute logique, le livre de Josué est suivi par celui des Juges qui continue l’histoire du peuple d’Israël dans l’ordre chronologique. C’est le 7e livre de l’Ancien Testament et il est construit autour de 12 personnages qui reçoivent le titre de juges. Ce livre est une partie importante de la grande fresque qui nous permet de suivre l’évolution du peuple de Dieu après la conquête de Canaan. Il nous offre des aperçus de la vie politique et religieuse des Israélites pendant la période qui sépare la disparition des contemporains de Josué et le début de la monarchie. Le titre français « Juges » est la traduction du nom hébreu.

Il faut savoir qu’en Israël, un juge avait une fonction beaucoup plus étendue que quelqu’un qui rend la justice. Les 11 juges hommes furent à la fois des magistrats et des responsables politiques et militaires ; ils étaient des chefs juges en quelque sorte. Mais leur influence se cantonnait à une zone géographique très limitée du pays de Canaan, quelques fois à une seule tribu. La 4e magistrature décrite est celle de Déborah. Contrairement aux hommes, cette femme exerce uniquement une fonction judiciaire, mais elle jouit d’une grande autorité. Sous sa magistrature, c’est Baraq, un homme de très grande foi qui exerce la fonction de général militaire. Cela dit, aucun des 12 juges n’a une envergure nationale comme Moïse ou Josué.

Les juges étaient choisis par l’Éternel pour délivrer son peuple repentant des ennemis qui l’opprimaient. Ils avaient aussi pour mission de l’exhorter à rejeter l’idolâtrie et à obéir à la Loi. La période couverte par ces 12 juges commence pendant la première moitié du 13e siècle av. J-C, et couvre environ 300 années d’histoire.

Il est quasi certain que le livre des Juges a été écrit autour des années 1030 av. J-C, à 10 ans près, après le couronnement de Saül, premier souverain sur les 12 tribus, mais avant que David, le second roi d’Israël, ne prenne la citadelle, la partie haute de Jérusalem, ce qu’il a fait au début de son règne. L’auteur de cet ouvrage ne s’est pas identifié, mais une tradition juive ancienne l’identifie à Samuel, qui fut lui aussi juge avant et pendant la monarchie de Saül, et continua sa fonction jusqu’à ce que David devienne roi.

L’histoire du livre des Juges commence au moment où les Israélites sont relativement bien installés en Terre Promise avec le cœur plein d’espoir pour l’avenir. Descendants de bagnards, ils ont été libérés par l’Éternel et ont vu ses prodiges dans le désert et lors des conquêtes sous la direction de Josué.

Israël a hérité de son Dieu le pays de Canaan pour y supprimer l’idolâtrie particulièrement répugnante et hideuse qui y est pratiquée, et pour y établir une véritable théocratie, c’est-à-dire un régime qui reconnaît la royauté de l’Éternel sur toute la terre.

La primauté de la Loi de Moïse a été proclamée une nouvelle fois par Josué au moment du renouvellement de l’alliance. Le sacerdoce issu du grand-prêtre Aaron doit assumer un rôle-clé dans le culte et dans la diffusion de la connaissance des ordonnances divines. Selon la Loi, la vie nationale et surtout religieuse du peuple élu gravite autour du sanctuaire unique, établi sous Josué dans la ville de Silo dans le territoire de la tribu d’Éphraïm. Les affaires courantes doivent être réglées par l’application de la Loi sous la présidence de magistrats et notables locaux, ainsi que des chefs des groupes familiaux. On aurait pu s’attendre à ce qu’avec l’aide de l’Éternel, les Israélites imposent leur suprématie sur tout le territoire de Canaan, mais il n’en fut rien. Ils ont commencé leur nouvelle vie en Palestine avec des étoiles dans les yeux, mais celles-ci se sont rapidement transformées en sable.

Le livre débute par un prologue qui esquisse la situation générale d’Israël. Après avoir mis en place cet arrière-plan, l’auteur raconte l’histoire des chefs juges, les douze personnages qui gouvernent certaines régions d’Israël après la mort de Josué et des chefs qui l’ont accompagné tout au long des sept années de guerre. Josué avait achevé la première phase de la conquête qui consista à installer chaque tribu dans son territoire. Il reste cependant à accomplir la seconde phase : à chaque tribu incombe le devoir de chasser les Cananéens et de prendre possession de la totalité du territoire qui lui est imparti. Le prologue nous apprend qu’elles n’y ont que très partiellement réussi, et même, pour certaines d’entre elles, pas du tout. Cet échec est imputé à l’infidélité des Israélites qui auront à subir les lourdes conséquences de ce manque d’obéissance envers l’Éternel et du maintien des Cananéens idolâtres au milieu d’eux.

Face à cette situation, l’Éternel ne cesse pourtant pas de manifester sa grâce et sa patience en pardonnant à son peuple et en le libérant de l’oppression qu’il subi et qui est un châtiment bien mérité. Dieu suscite pour cela les 12 juges qu’il utilise en dépit de leurs faiblesses, les rendant capables malgré tout d’accomplir leur mission en leur donnant son Esprit. L’intervention de l’Éternel est maintes fois mentionnée par l’auteur pour souligner que c’est lui qui accorde la délivrance. C’est bien à la seule grâce de Dieu qu’Israël doit sa survie comme nation, une grâce qui permet aux 12 tribus de subsister même si c’est parfois de justesse.

Un titre plus parlant et peut-être aussi plus approprié pour le livre des Juges serait « Défaites et délivrances ». Le style de Samuel, l’auteur présumé du livre, est à la fois varié et alerte et vient compenser le caractère répétitif du cycle infidélité-châtiment-délivrance que l’on retrouve tout au long de la partie centrale du livre. Samuel présente souvent ses histoires selon un schéma dans lequel il met en parallèle un fait présent avec un événement passé. Ainsi, la vocation d’un des juges rappelle celle de Moïse ; et une très sombre affaire de mœurs fait tout de suite penser à ce qui avait court dans les villes de Sodome et Gomorrhe. Si les détails pittoresques ne manquent pas, ils ne revêtent pourtant pas un caractère folklorique, car tout est subordonné au message destiné au lecteur désireux de tirer les leçons des manquements graves du peuple de Dieu.

La partie principale du livre qui raconte l’histoire des 12 juges, débute par un deuxième prologue qui brosse un tableau général de cette période particulièrement sombre de l’histoire d’Israël, pendant laquelle le peuple de Dieu est tout aussi idolâtre que les autres peuplades. Cette infidélité à l’Éternel est la caractéristique principale de la nation pendant les 3 siècles que couvre le livre.

Les récits choisis par l’auteur pour illustrer les carences spirituelles du peuple de Dieu font souvent frémir d’horreur. L’histoire de chaque juge se répète selon un processus cyclique ayant plusieurs étapes. Le récit a toujours pour arrière plan les Israélites qui se détournent de leur Dieu et sombrent dans l’apostasie. Un refrain signale le début de la boucle. Je le lis :

Alors les Israélites firent ce que l’Éternel considère comme mal, et ils se mirent à rendre un culte aux dieux Baals et aux Astartés. Alors l’Éternel se mit en colère et les abandonna aux violences de pillards qui les dépouillèrent ; il les livra au pouvoir de leurs ennemis d’alentour, de sorte qu’ils ne furent plus capables de leur résister (Juges 2.11, 14)

La deuxième phase du cycle est le châtiment de l’infidélité des Israélites. L’Éternel les abandonne au pouvoir de leurs ennemis qui les oppriment ; en troisième lieu, sous le poids de la détresse, les Israélites se souviennent de leur Dieu et l’implorent ; quatrièmement, l’Éternel leur suscite un libérateur, un juge qui les délivre de leurs ennemis et leur assure une certaine tranquillité pendant un temps ; le cycle est terminé.

Six des 12 juges retiennent plus particulièrement l’attention de l’auteur qui relate leurs actes à l’intérieur de ce processus : désobéissance-châtiment-repentance-délivrance. Les cycles qui se succèdent et qui racontent l’histoire des chefs juges ne sont pas de simples répétitions les uns des autres car au fur et à mesure qu’on avance dans le livre, l’apostasie d’Israël augmente et la repentance du peuple est de plus en plus superficielle, au point d’aller jusqu’à compromettre l’avenir même de l’alliance conclue au Sinaï ainsi que la possession du Pays promis.

La vie même des chefs juges se dégrade, leur foi est de moins en moins éclatante et leurs méthodes de plus en plus contestables. Ainsi, les 5 premiers libérateurs procurent la paix à leurs compatriotes, tandis que l’œuvre des suivants n’est plus couronnée par des résultats aussi positifs. En outre, si Otniel, le premier d’entre eux, est un libérateur modèle, Samson, le dernier, dont on a fait des films, se laisse dominer par ses passions et n’accomplit sa mission que dans des circonstances déplorables ; et pourtant, il fait partie des héros de la foi cités dans le Nouveau Testament.

Les périodes des 12 juges ne se succèdent pas chronologiquement. On sait par exemple que les magistratures de Jephté à l’est du Jourdain (Juges 10.8 ss) et de Samson à l’ouest (Juges 13.1 ss), se chevauchent, ce qui prouve qu’en Israël, le régionalisme a éclipsé l’unité nationale.

Le livre des Juges se termine par un appendice qui comporte deux volets. Le premier part d’un vol et montre comment le culte de toute une tribu est devenu idolâtre. Le second débute lui aussi par un « fait  divers », puis relate l’engrenage du mal qui entraîne la quasi disparition de la tribu de Benjamin exterminée par une guerre fratricide.

Ces deux derniers récits décrivent des événements qui se sont produits dès la deuxième génération après Moïse, c’est-à-dire, perpétrés par les enfants de ceux qui firent la conquête du pays. Cette information montre que les Israélites ont très tôt sombré dans la débauche idolâtre, le délabrement moral et l’anarchie. Dès la disparition des hommes de guerre qui firent la conquête avec Josué, une très grande décadence s’est aussitôt installée. À deux reprises dans ce livre, on trouve ces paroles :

En ce temps-là, il n’y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qu’il jugeait bon (Juges 17.6 ; 21.25).

Cette déclaration décrit bien cette période d’affaiblissement à la fois spirituel, politique et militaire de la nation d’Israël. Ce qui s’est passé avec le peuple élu peut arriver à n’importe quelle église ou chrétien, aussi consacré soit-il ; c’est pourquoi je dois constamment veiller sur moi-même.