Chapitre 22

Versets 15-19

La plupart des gens riches ou célèbres croient aussi être un peu plus égaux que les autres. C’est ce qui explique leur désir qu’on se souvienne d’eux une fois qu’ils ont quitté ce bas monde. C’est aussi pour cette raison qu’en leur mémoire on trouve leurs noms sur un bâtiment ou sur une liste de donateurs généreux. Jadis, les gens importants se faisaient construire un mausolée de marbre suffisamment tape-à-l’œil pour impressionner les passants ; la vanité humaine ne connaît pas de limites. Je continue maintenant de lire dans le chapitre 22 du livre d’Ésaïe.

Voici ce que dit l’Éternel, le Seigneur des armées célestes : “ Va-t’en trouver cet intendant Chebna, le maître du palais. Dis-lui : Qu’as-tu ici, comme propriété ou comme parenté, pour que tu te creuses un tombeau oui, que tu te creuses un tombeau en ce lieu-ci, sur les hauteurs, et que dans le roc tu te tailles une demeure ? Voici que l’Éternel va te lancer au loin, d’un geste de la main, il va t’empaqueter, et t’envoyer rouler, rouler comme une balle, vers une vaste plaine. C’est là que tu mourras, c’est là que s’en iront les chars qui font ta gloire, ô toi, qui es la honte du palais de ton maître ! Je te renverrai de ton poste, oui, je t’arracherai à ta situation ” (Ésaïe 22.15-19).

Ce Chebna est non-israélite, un personnage funeste, un arriviste et un parvenu. Arrogant, Chebna cherche les honneurs, il a soif de pouvoir et il aime les beaux sépulcres et les chars, symboles d’un rang social élevé. Au regard des termes méprisants que l’Éternel emploie à l’égard de Chebna, il est évident que son but dans la vie est d’être reconnu et valorisé, mais ce qui lui vaut la colère de Dieu est d’essayer de préserver son nom en se faisant tailler un tombeau à côté des rois de la dynastie de David. Chebna soigne sa petite personne aux dépens du royaume. Tiens ! Ça me fait penser que dans les rangs de ceux qui nous gouvernent, bon, ne soyons pas mauvaise langue !

Tout porte à croire que c’est le roi idolâtre Ahaz qui l’a ramené de Syrie et élevé au rang d’intendant du palais, c’est-à-dire premier ministre. Cependant sous le règne d’Ézéchias, au moment de l’invasion de Juda par l’Assyrie (Sennachérib en 701 av. J-C), Chebna n’est plus que simple secrétaire (Ésaïe 36.3). C’est sans doute ce brave Ézéchias qui l’a fait déchoir de son perchoir, mais ce n’est que la première étape de sa chute car il va mourir en exil.

Versets 20-21

Je continue.

Et il arrivera, en ce jour-là, que je ferai appel à mon serviteur Éliaqim, le fils de Hilqiya. Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ta ceinture et je lui remettrai ton pouvoir politique, et il sera un père pour les habitants de Jérusalem et le royaume de Juda (Ésaïe 22.20-21).

L’expression « mon serviteur » établit un contraste marqué avec Chebna. Il indique aussi que Éliaqim est fidèle à l’Éternel et chargé d’une mission. La désignation « Père » est un titre politique (Genèse 45.8) qui dénote le souci du bien-être du peuple. C’est aussi l’un des titres du Messie (Ésaïe 9.5).

Verset 22

Je continue.

Je le chargerai donc de la clé du royaume de David et, quand il ouvrira, nul ne refermera, et quand il fermera, personne n’ouvrira (Ésaïe 22.22).

« La clé » représente le pouvoir et l’autorité (Matthieu 16.19). Sans l’aval d’Éliaqim, nul ne peut entrer dans la maison royale ou occuper un poste à responsabilités. Par la fonction qu’il exerce, Éliaqim est présenté comme une préfiguration du Christ. En effet, dans l’Apocalypse et parlant de lui-même, Jésus déclare :

Voici ce que dit le Saint, le Véritable, celui qui tient la clé de David, celui qui ouvre et nul ne peut fermer, qui ferme, et nul ne peut ouvrir… – J’ai été mort, et voici : je suis vivant pour l’éternité ! Je détiens les clés de la mort et du séjour des morts (Apocalypse 3.7 ; 1.18).

Ici-bas, rien ne peut être plus réconfortant que de placer sa confiance en Celui qui a le pouvoir d’ouvrir et de fermer n’importe quelle porte.

Versets 23-24

Je continue le texte.

Oui, je le planterai fermement comme un clou dans un endroit solide, comme un trône glorieux pour la famille de son père. Toute la gloire de sa parenté y sera suspendue, les rameaux, les brindilles et tous les ustensiles depuis les bols et jusqu’aux jarres (Ésaïe 22.23-24).

Retour sur terre. Comme un fauteuil luxueux contribue au prestige d’un appartement, Éliaqim fera l’honneur de sa famille. Toute sa parenté — petits et grands — dépendra de lui et tirera des avantages de sa position.

Verset 25

Je finis de lire le chapitre 22 du livre d’Ésaïe.

“ En ce jour-là, déclare l’Éternel, le Seigneur des armées célestes, le clou planté dans un endroit solide cédera, cassera, et tombera, et tout le fardeau qu’il portait se brisera. ” L’Éternel a parlé (Ésaïe 22.25).

Ça finit mal. Ce clou fermement planté symbolise probablement le royaume de David, et pourtant, il sera arraché. Ésaïe prophétise ici la fin de Jérusalem détruite par les Babyloniens (587 av. J-C).

Chapitre 23

Introduction

Jusqu’ici, Ésaïe a prophétisé le châtiment de Babylone, de Moab, de la Syrie, de l’Égypte, de l’ancienne Éthiopie, des Mèdes et des Perses, des Édomites, de Juda, de Jérusalem et de Chebna. Par ces jugements, Dieu condamne en vrac tout ce qui est mauvais dans l’homme : l’idolâtrie, les fausses religions, l’apostasie, le formalisme, les compromis foireux, la mondanité, le désir de paraître, le goût du luxe, la cupidité et la soif de posséder, et les manigances politiques.

Nous arrivons maintenant au chapitre 23 où c’est au tour de la ville-état de Tyr d’être sur la sellette. Les Phéniciens font partie des Cananéens (Genèse 10.15). Ils ont commencé à s’établir en bordure de la Méditerranée un peu après 3 000 ans av. J-C. Leur pays fait 320 km de long et de 8 à 25 de large ; il va de la frontière nord du Liban actuel jusqu’au mont Carmel qui se trouve au nord du port de Haïfa en Israël. La Phénicie est constituée d’un ensemble de villes-états dont les deux principaux sont Sidon et Tyr, qui se trouvent dans le sud du Liban (à 56 km au nord du mont Carmel).

La ville de Tyr comprend deux parties : l’ancienne ville, située sur le continent et la nouvelle, bâtie sur une petite île à un peu moins d’un kilomètre de la côte. Dans l’antiquité, Tyr possède deux ports et est célèbre pour son industrie métallurgique et la fabrication du verre. Son roi Hiram était ami de Salomon et lui avait fourni du bois pour la construction de son palais et du temple (1Rois 5.1 ; 7-12) ainsi que des marins.

Navigateurs chevronnés, les Phéniciens doivent leur prospérité au commerce dont ils détiennent un quasi-monopole. Ils furent les premiers à dépasser le détroit de Gibraltar (1100 av. J-C). Ils se sont implantés en Asie Mineure, en Grèce, en Crète, à Rhodes et à Chypre. Ils fondent Carthage dans le golfe de Tunis (825 av. J-C) qui devient leur principale colonie, et Tarsis (5e siècle av. J-C) au sud de l’Espagne en Andalousie où ils exploitent des minerais. Ils cherchent l’étain au sud-ouest de l’Angleterre dans la région de Cornwall où il est abondant ; d’ailleurs le mot anglais pour un alliage d’étain est « britannia » qui a donné « britannique ».

Versets 1-2

Je commence à lire le chapitre 23.

Menace sur Tyr : Hurlez, navires au long cours, car votre port d’attache a été dévasté, ses maisons sont détruites. C’est au retour de Chypre qu’ils en ont reçu la nouvelle. Restez muets, habitants de la côte, vous marchands de Sidon dont les commis sillonnent de profondes mers (Ésaïe 23.1-2).

Chypre est à 250 km de la côte et le second grand port d’attache de Tyr. Dans l’Ancien Testament, Sidon, située à 40 km au nord de Tyr, est appelée « la grande ville » (Josué 11.8) parce qu’elle fut établie en premier puis colonisa Tyr.

Ces deux villes phéniciennes sont obligées de payer un tribut aux Assyriens, mais à la mort de Sennachérib elles se rebellent. Sidon est alors écrasée et pillée par Ésar-Haddôn (681-669 av. J-C), et son successeur Salmanasar V fait le blocus de Tyr pendant 5 ans, mais sans résultat et il subit des pertes considérables dans ses rangs. Ce n’est donc pas l’Assyrie qui est le bâton avec lequel Dieu va châtier les Phéniciens. À la fin du 6e siècle av. J-C, Ézéchiel, un prophète antécédent à Ésaïe, prononce une série de jugements contre Tyr. Je résume ce passage.

Je m’en prends à toi, Tyr, je m’en vais soulever contre toi des nations, des peuples en grand nombre, comme la mer soulève ses vagues en furie. Ils détruiront tes murs, ô Tyr, et abattront tes tours. Je raclerai, pour emporter loin d’elle, la poussière du sol et je ne laisserai qu’un rocher dénudé. Voici qu’elle sera au milieu de la mer, un lieu où les pêcheurs étendront leurs filets pour les faire sécher. J’amène contre Tyr Nabuchodonosor, le roi de Babylone. Il passera au fil de l’épée les villes de ton territoire. – Ils prendront tes richesses et pilleront tes biens, ils abattront tes murs et ils démoliront tes maisons luxueuses en jetant dans la mer tes boiseries, tes pierres et jusqu’à ta poussière. Et je ferai de toi un rocher dénudé, un lieu où les pêcheurs étendront leurs filets pour les faire sécher. Tu ne seras jamais, jamais plus rebâtie car moi, l’Éternel, j’ai parlé (Ézéchiel 26.3-7 ; 12-14).

Dix-sept ans après cette prophétie (573 av. J-C), Nabuchodonosor envahit la Phénicie détruit tout sur son passage et commence un siège de Tyr qui dure 13 ans (585-572). Beaucoup d’habitants réussissent à s’enfuir soit dans les colonies, soit dans la forteresse insulaire qui est entourée d’immenses murs en bord de mer. Mais après la chute de la ville continentale (572), les Phéniciens capitulent et se soumettent à Babylone.

33 ans plus tard (539), toute la Phénicie passe sous contrôle perse. Puis c’est Alexandre le Grand qui fait le siège de la cité insulaire parce qu’elle contrôle la mer (332 av. J-C). Pour s’en emparer, Alexandre fait construire une digue de 60 mètres de large afin de relier le continent à l’îlot. Pour réaliser ce projet, il prend les pierres, la poterie et tout ce qu’il peut trouver des ruines de l’ancienne ville continentale de Tyr, en accord avec la prophétie d’Ézéchiel dans laquelle l’Éternel dit :

Je raclerai, pour emporter loin d’elle, la poussière du sol et je ne laisserai qu’un rocher dénudé (Ézéchiel 26.4).

Après bien des péripéties et la constitution d’une flotte de guerre grâce à l’aide des Sidoniens et 7 mois de siège, les Grecs réussirent à conquérir la cité insulaire de Tyr qui était devenue une presqu’île. Cependant, elle n’est pas entièrement détruite. 18 ans plus tard, Antigone, l’un des généraux d’Alexandre en fait à nouveau le siège et la prend au bout de 15 mois, mais elle est à nouveau reconstruite, et en 1047 de notre ère Tyr est décrite comme très prospère.

Finalement, les musulmans s’en emparent (en 636), puis ce sont les Turcs (11e siècle), les Croisés (12e siècle) et les Vénitiens. Mais en 1291, les Mamelouks égyptiens la réduisent littéralement en poussière. C’est ainsi que la ville principale et l’îlot sont totalement mis à plat. Aujourd’hui, il existe encore les ruines d’une ancienne basilique, mais tout le reste est dans la mer. Le site de l’ancienne Tyr est parfait pour y reconstruire la ville car il abonde en sources d’eau potable, mais l’entreprise n’a jamais été tentée et la grandeur légendaire de Tyr a disparu conformément à la prophétie d’Ésaïe.

À l’extrémité de la presqu’île se trouve actuellement la petite ville de Sûr où les pécheurs étendent leurs filets. Curieusement, aucun prophète n’a prédit la disparition de Sidon qui fut détruite à plusieurs reprises mais chaque fois reconstruite ; aujourd’hui, c’est un port pétrolier prospère.

Versets 3-5

Je continue le texte d’Ésaïe.

Le blé semé le long du Nil, les moissons qui croissaient sur les rives du fleuve étaient son revenu ; elle était devenue le marché des nations. Sois confuse, Sidon, car la mer a parlé : le refuge des mers dit : “ Je n’ai pas eu de douleurs, je n’ai pas accouché, je n’ai pas élevé de jeunes gens, je n’ai pas élevé de jeunes filles. ” Lorsque l’Égypte en sera informée et lorsqu’elle apprendra le sort de Tyr, elle sera saisie d’angoisse (Ésaïe 23.3-5).

L’Égypte est le grenier du monde antique. À la nouvelle de la chute de Tyr, les Égyptiens sont terrifiés parce que non seulement ils ne peuvent plus écouler leur blé, mais ils perdent aussi leur allié qui pour eux est un rempart contre les invasions venant du nord. Tyr est totalement détruite au point où la ville personnifiée, appelée « refuge des mers », dit que c’est comme si elle n’avait jamais eu d’habitants. Quant à Sidon, elle est décrite humiliée à cause de la disparition de la principale colonie qu’elle a fondée.

Versets 6-9

Je continue.

Fuyez jusqu’à Tarsis, poussez des hurlements, habitants des régions côtières. Est-ce bien là votre cité joyeuse et dont les origines se perdent dans le temps ? Est-ce bien là la ville qui s’en allait au loin fonder des colonies ? Qui donc a décrété tout cela contre Tyr qui distribuait des couronnes, elle dont les marchands vivaient comme des princes et dont les commerçants étaient considérés comme les grands de cette terre ? Le Seigneur des armées célestes a décrété cela afin que soit flétri l’orgueil de tout ce qu’on honore, pour que tous les grands de la terre soient rendus méprisables (Ésaïe 23.6-9).

Chaque fois que Tyr est attaquée, ses habitants cherchent refuge dans leurs colonies. Quand Alexandre en fait le siège, les vieillards, les femmes et les enfants furent envoyés à Carthage. Les conquêtes de Tyr sont entreprises par des princes qui dépendent de la métropole ; la Grande-Bretagne copia cette façon de faire.

L’orgueil de Tyr est lié à sa puissance économique, à sa prospérité et à son prestige. C’est cette attitude arrogante qui est la raison principale de son jugement par Dieu.

Versets 10-12

Je continue.

Va, population de Tarsis, et cultive ton sol comme les Égyptiens dans la vallée du Nil. Le port n’existe plus, car Dieu a étendu la main contre la mer, il a fait trembler les royaumes. Oui, l’Éternel a donné l’ordre de détruire les forteresses des Phéniciens. Il a dit : “ Population de Sidon, vierge déshonorée, cesse de te réjouir ! Debout, mets-toi en route, va t’établir à Chypre, mais même là, il n’y aura aucun repos pour toi ” (Ésaïe 23.10-12).

Comme les habitants de Tyr s’enfuient à Tarsis (Ésaïe 23.6), ceux de Sidon se rendent à Chypre ; leur roi s’y était réfugié lors de l’invasion de Sidon par Sennachérib (702-701 av. J-C).

Maintenant que la Phénicie est conquise, ses colonies qui supportaient difficilement le joug et le contrôle de la métropole en profitent pour s’émanciper et prendre leur indépendance. Non seulement elles vont exploiter elles-mêmes leurs ressources, mais elles refusent également d’accueillir leurs anciens maîtres.

Versets 13-14

Je continue.

Vois les Chaldéens, qui n’étaient pas un peuple, Ces habitants du désert, pour qui l’Assyrien a fondé un pays ; Ils élèvent des tours, ils renversent les palais de Tyr, Ils les mettent en ruines. Hurlez, navires au long cours, car votre forteresse est dévastée (Ésaïe 23.13-14).

Au temps d’Ésaïe, la Chaldée est divisée en plusieurs états soumis aux Assyriens. Mais le prophète voit déjà surgir, et nomme ici le mystérieux ennemi dont il a déjà parlé au chapitre précédent (Ésaïe 22.1-14) et qui menacera la Palestine. En 612 av. J-C, les Chaldéens (Nabopolassar), alliés aux Mèdes (Cyaxare) et aux Scythes, prennent d’assaut Ninive, capitale de l’Assyrie, et la détruisent.

Cette ville a complètement disparu et ses ruines servent de repaires aux bêtes sauvages (comparez Sophonie 2.13). C’est ainsi que l’Empire babylonien remplace l’Assyrie. Comme je l’ai dit, c’est Nabuchodonosor (fils de Nabopolassar) qui détruisit la partie continentale de la ville de Tyr alors que l’îlot fortifié a capitulé.

Versets 15-18

Je finis de lire le chapitre 23 du livre d’Ésaïe.

Et il arrivera, en ce jour-là, que la ville de Tyr sombrera dans l’oubli pour soixante-dix ans, aussi longtemps que dure la vie d’un roi. Ce délai écoulé, il en sera de Tyr comme de cette courtisane dont parle la chanson : “ Va, et prends une lyre, fais le tour de la ville, courtisane oubliée ! Tâche de bien jouer, et multiplie tes chants, pour qu’on se souvienne de toi ! ” Et il arrivera, quand soixante-dix ans se seront écoulés, que l’Éternel interviendra pour Tyr qui retournera à ses gains et recommencera à se prostituer à tous les royaumes sur la surface de la terre. Mais ses gains, ses profits, seront tous consacrés à l’Éternel. Au lieu d’être amassés, d’être mis en réserve, ses gains appartiendront aux hommes qui demeurent en présence de l’Éternel pour qu’ils puissent manger à satiété, et s’habiller de vêtements splendides (Ésaïe 23.15-18).

70 est un nombre arrondi qui correspond en gros à la durée maximum de vie d’un roi ; c’est-à-dire de quelqu’un qui dispose de toutes les ressources nécessaires pour soigner sa personne. La domination babylonienne dura à peu près 70 ans (Jérémie 25.11-12), de 612 avant Jésus-Christ quand les Chaldéens et leurs alliés prennent Ninive, jusqu’en 539 quand Babylone est conquise par le Perse Cyrus, allié aux Mèdes. Mais ici il faut compter les 70 ans à partir de 572, quand Nabuchodonosor s’empare de la ville de Tyr, jusqu’en l’an 500 quand les Perses la rétablissent (sous Darius I). Suite à quoi, son activité économique reprend de plus belle, mais ce commerce est très mal vu par Ésaïe.

Tout comme dans l’antiquité les filles de joie chantent pour attirer l’attention des passants, Tyr utilise tous les moyens pour s’enrichir. C’est comme dans les pays capitalistes et ultralibéraux où faire du fric est de loin la valeur principale. Selon les Écritures, c’est de l’idolâtrie pure et dure et une forme de prostitution.

Cependant, cette prospérité retrouvée de Tyr profite aux Israélites, car dans le livre d’Esdras de l’Ancien Testament, on lit que les Phéniciens ont contribué au rétablissement du nouveau temple en amenant gratuitement du Liban à Jaffa le bois nécessaire à sa construction (Esdras 3.7).

Chapitre 24

Introduction

Nous arrivons maintenant au chapitre 24 qui avec les trois suivants sont parfois appelés « La grande Apocalypse d’Ésaïe » (les chapitres 34-35 sont la petite). Dans ces chapitres, la perspective du prophète s’élargit considérablement puisque ses oracles de jugements et de salut concernent la terre entière. Il décrit la crise finale de l’histoire de l’humanité suite à laquelle Israël et les élus d’entre toutes les nations entrent dans la gloire du règne de Jésus-Christ. Les jugements du chapitre 24 sont à mettre en parallèle avec la tribulation décrite dans l’Apocalypse de Jean (chapitre 6 et suivants).

Versets 1-3

Je commence de lire le chapitre 24.

Oui, l’Éternel va dévaster la terre, il va la ravager, en bouleverser la surface, il en dispersera les habitants. Un même sort atteint le prêtre et le commun du peuple, le maître et son esclave, la dame et sa servante, vendeur et acheteur, emprunteur et prêteur, débiteur, créancier. La terre sera dévastée totalement, pillée de fond en comble, car l’Éternel lui-même a prononcé cette sentence (Ésaïe 24.1-3).

Ésaïe généralise la destruction annoncée dans les chapitres précédents et l’applique au monde entier et à toutes les classes d’individus. Il n’y aura pas d’exception car tous subiront le châtiment de Dieu, et comme c’est un décret, il est certain qu’il sera appliqué.

Versets 4-5

Je continue.

La terre se dessèche et se dégrade, le monde dépérit et se dégrade, les gens haut-placés de la terre dépérissent aussi. La terre a été profanée par ceux qui y habitent car ils ont transgressé les lois, altéré les commandements et violé l’alliance éternelle (Ésaïe 24.4-5).

Après avoir annoncé le jugement à venir, le prophète en décrit les effets comme s’il avait déjà eu lieu. L’expression « alliance éternelle » apparaît la première fois après le déluge et est symbolisée par l’arc-en-ciel (Genèse 9.16). Cette alliance consiste pour l’homme à se soumettre et à obéir à son Créateur. On connaît la suite ce qui fait que maintenant Dieu juge le monde entier.

Verset 6

Je continue.

À cause de cela, la terre se consume par la malédiction, ceux qui l’habitent en portent la condamnation et c’est pourquoi ils se consument ; il n’en subsiste qu’un petit nombre (Ésaïe 24.6).

La colère de Dieu est un feu dévorant (Exode 24.17), une image fréquente chez Ésaïe (Ésaïe 5.24 ; 9.18 ; 10.17 ; 26.11 ; 30.27, 30, etc.). L’Éternel a déjà jugé toute la terre par le déluge et il le fera une nouvelle fois. Je résume les paroles de l’apôtre Pierre dans sa seconde épître :

Dieu a détruit le monde d’alors par les eaux du déluge. Quant à la terre et aux cieux actuels, ils sont réservés pour être livrés au feu (2Pierre 3.6-7).

Je sais bien que ces paroles sont désagréables à entendre mais entre vous et moi, ça ne sert à rien de se voiler la face ; ceux qui n’acceptent pas la grâce de Dieu en Jésus-Christ seront jugés.