Deuxième épître de Pierre

Introduction

Dans toutes les maisons, il existe des endroits qui sont peu fréquentés comme le grenier, sous la descente d’escaliers, ou encore un recoin sombre difficile d’accès. Pareillement, certains livres des Écritures saintes, sont négligés par les croyants. C’est vrai dans l’Ancien mais aussi dans le Nouveau Testament, où par exemple la seconde épître de Pierre (tout comme celle de Jude) est un texte peu visité et qui ne fait pas souvent l’objet de prédications, d’études ou de discussions. C’est bien dommage, car Pierre l’a écrite dans le but d’aider les fidèles à Jésus-Christ, d’une part, à discerner tout ce qui relève du mensonge dans les domaines spirituels, et d’autre part, pour leur rappeler certaines vérités essentielles. Sachant que le nombre de prédateurs religieux irait en se multipliant, Pierre veut exposer au grand jour les apostats, les faux frères, et tous ceux qui propagent le mensonge, afin d’alerter les croyants contre leurs enseignements empoisonnés.

La seconde épître de Pierre surprend par son caractère polémique ; Pierre commence par parler d’« histoires habilement inventées » (2Pierre 1.16) de la part d’imposteurs religieux, puis il s’élève contre ceux qui font une interprétation personnelle des Écritures (2Pierre 1.20-21) et enfin il attaque de front les faux frères en les qualifiant de « prophètes de mensonge » (2Pierre 2.1) et de « moqueurs » (2Pierre 3.3) ; ces mises en lumière des mensonges afin de défendre la vérité du pur évangile, occupent une grande partie de l’épître.

L’apôtre Pierre n’adhère donc pas du tout au principe selon lequel « tout le monde il est beau, et tout le monde il est gentil » ; il n’éprouve pas le moindre scrupule à dénoncer vertement les imposteurs religieux qui menacent le troupeau bien-aimé de Dieu. Il les reconnaît pour ce qu’ils sont : « des loups féroces ayant l’apparence d’agneaux » (Matthieu 7.15 ; Actes 20.29) qui cherchent à tromper le simplet et l’ignorant en le séduisant par des mensonges. Ce qui rend ces faux frères particulièrement dangereux est qu’ils ont fait profession de foi chrétienne et que les croyants leur font donc confiance. Mais cette profession n’est qu’un vernis, un habit de carnaval qu’ils portent en public, car en réalité, ces hommes « renient le Christ » (2Pierre 2.2) et vivent comme des païens purs et durs qu’ils n’ont jamais cessé d’être. Pierre ne mâche pas ses mots car il dit d’eux :

Ils confirment la vérité de ces proverbes : Le chien retourne à ce qu’il a vomi et “ La truie à peine lavée se vautre de nouveau dans la boue ” (2Pierre 2.22).

Dans sa diatribe, Pierre rejoint Jude qui est tout aussi mordant dans sa condamnation du nouveau mouvement syncrétique qui est né de la rencontre du christianisme naissant avec le paganisme gréco-romain et le judaïsme. Un siècle plus tard, ces idées farfelues et dangereuses constitueront l’une des branches du gnosticisme, une doctrine dualiste qui considère que la matière et le corps appartiennent au domaine du mal, tandis que tout ce qui relève de l’esprit est bon et bien. Certains de ces adeptes s’appellent « les Nicolaïtes » et sont mentionnés par l’apôtre Jean dans le livre de l’Apocalypse (2.6, 14, 15). Amateurs de sensations fortes, ils recherchent des expériences ésotériques, et ils prônent ce qu’ils appellent « la liberté de la chair » ; inutile de vous faire un dessin. La pratique se traduit par un laisser-aller moral sans frein et des partouzes à faire rougir un légionnaire romain pourtant endurci.

Pierre sait que ces faux enseignants sont des émissaires de Satan et qu’ils sont motivés par l’amour de l’argent (2Pierre 2.3, 14), du pouvoir et du prestige. Il leur reproche donc leur pratique sexuelle débridée (2Pierre 2.10, 13-14) et leur arrogance. Étant donné que ces imposteurs sont passés maîtres dans l’art de la mystification, ils réussissent à propager leurs idées démoniaques aux âmes sans méfiance ; c’est ce qui tient l’apôtre Pierre en souci et qui le pousse à écrire cette épître. Sachant pertinemment que ses jours sur terre sont comptés (2Pierre 1.14), il les consacre à contribuer au bien-être spirituel des croyants.

La seconde épître de Pierre est en réalité une lettre, car elle s’adresse à un groupe de gens particuliers sans toutefois que leur identité soit précisée. Cette lettre comporte une salutation et se termine par quelques recommandations ainsi qu’une louange à Dieu. Pierre adopte parfois le ton de la relation personnelle comme quand il dit « mes chers amis » (2Pierre 3.1, 17) et quand il veut édifier ses lecteurs (2Pierre 2.12) ou les avertir (2Pierre 2.1) des dangers qu’ils courent. Cette épître pourrait porter comme titre : « Le conflit du croyant dans les derniers jours ». L’apôtre la commence et la termine sur le thème de la victoire, mais dans le corps de la lettre, il se concentre sur la bonne façon de se conduire quand on est pris dans les tourmentes de la vie chrétienne. Vivre d’une façon fidèle au Seigneur dans des temps difficiles est la leçon que Pierre veut enseigner au moyen de cette petite lettre dynamique.

Dans les milieux protestants évangéliques, la canonicité de cette seconde lettre de Pierre n’est pas mise en doute car elle tient bien sa place dans le Nouveau Testament. Pourtant, depuis son apparition au premier siècle, cette poignante épître a dû subir les foudres des spécialistes sceptiques qui nient que Pierre en soit l’auteur. Il est vrai qu’aucun des Pères de l’Église du second siècle ne la mentionne, mais cela n’a rien d’inhabituel car ils citent la première épître de Pierre vingt-neuf fois sans nommer son auteur, et l’Épître aux Romains trente et une fois sans mentionner Paul.

Si au 2e siècle de notre ère, aucun écrit ecclésiastique ne fait référence à cette seconde épître de Pierre, Justin le martyr (100-165) qui fut exécuté en l’an 165, semble non seulement la connaître, mais il la cite. En effet, dans l’un de ses ouvrages (Dialogue avec Tryphon), il dit : « Et de même qu’à côté des saints prophètes qui furent chez vous [les Juifs] il y avait des faux prophètes, chez nous aussi maintenant il y a beaucoup de faux docteurs dont notre Seigneur nous a dit à l’avance de nous garder ». Or, ces paroles semblent vraiment être empruntées à Pierre quand il écrit :

Autrefois, il y a eu des prophètes de mensonge parmi le peuple d’Israël ; il en sera de même parmi vous. Ces enseignants de mensonge introduiront subtilement parmi vous des erreurs qui mènent à la perdition (2Pierre 2.1).

De plus, le mot grec pour « faux docteurs » (pseudodidaskaloi) qu’emploie Justin le martyr est le même que celui pour « enseignants de mensonge » du passage de Pierre que je viens de citer, et dans le Nouveau Testament, Pierre est le seul auteur à l’utiliser. De toute évidence, Justin s’est inspiré de cette épître.

Au 3e siècle, plusieurs dirigeants chrétiens sont convaincus que c’est bien l’apôtre Pierre qui est l’auteur de la seconde épître qui porte son nom et le font savoir. Méthodius d’Olympe, mort martyr lors de la persécution sous l’empereur Dioclétien, affirme catégoriquement que Pierre est l’auteur de cette épître et dans l’un de ses écrits, il fait carrément du copié/collé puisqu’il cite le passage où Pierre dit :

Mais il y a un fait que vous ne devez pas oublier, mes chers amis : c’est que, pour le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour (2Pierre 3.8).

Le deuxième homme important du 3e siècle qui reconnaît en Pierre l’auteur de cette lettre est Firmilien. Il est évêque de Césarée dans la province romaine de la Cappadoce qui se trouve à peu près au centre de l’Asie Mineure, la Turquie actuelle. Dans l’un de ses écrits, Firmilien fait allusion à la dénonciation des faux frères par l’apôtre Pierre. Or, comme la première épître ne les mentionne pas, c’est qu’il s’agit forcément de la seconde.

Le troisième homme est Origène (185-253). Père de l’Église et l’un des deux plus grands théologiens des premiers siècles de l’Église, l’autre étant Saint Augustin, il reconnaît l’authenticité de cette seconde épître, et à ce titre, il l’inclut dans les livres inspirés de Dieu. Cependant, il fait aussi la remarque que dans l’esprit de certains, des doutes subsistent concernant l’identité de son auteur.

Au début du 4e siècle, Eusèbe de Césarée (265-340), considéré comme le Père de l’histoire religieuse, inscrit cette lettre ainsi que les deuxième et troisième épîtres de Jean comme livres inspirés, mais dont la canonicité est contestée.

En effet, on reproche à la seconde épître de Pierre de venir d’on ne sait où parce qu’elle n’a pas de tradition ecclésiastique pour la soutenir. Mais cela se comprend facilement quand on réalise qu’elle fut écrite un an tout au plus avant le martyr de Pierre ce qui fait que ce dernier n’a pas eu le temps de se faire connaître comme étant le véritable auteur de la deuxième lettre qui porte son nom. Il faut se rappeler qu’à cette lointaine époque, l’information ne circule pas à la vitesse de la lumière comme aujourd’hui, mais plutôt au pas lent de la tortue fatiguée.

Toujours au 4e siècle, mais dans la deuxième moitié, Athanase (295-373) puis Augustin (354-430), deux grands théologiens de l’Église primitive, reconnaissent 2Pierre comme inspirée.

Puis le concile de Laodicée qui se tient en l’an 372 inclut cette épître de Pierre dans le canon des Écritures saintes. Les manuscrits volumineux Codex Sinaïticus et Codex Vaticanus du 4e siècle, ainsi que le manuscrit Codex Alexandrinus du 5e siècle, incluent tous la seconde épître de Pierre.

Enfin, Jérôme (346-420) inclut 2Pierre dans la Vulgate latine, cette traduction bien connue de la Bible. Personnellement il accepte l’authenticité de cette lettre, mais il dit aussi que plusieurs mettent toujours en doute la paternité de Pierre à cause surtout de la différence de style entre les deux épîtres.

À n’en pas douter, l’objection la plus sérieuse contre Pierre auteur de cette seconde épître tient dans le langage qui est très différent de la première épître. C’est d’ailleurs Jérôme qui met le mieux en évidence le problème, mais comme il l’explique lui-même, cette dissemblance peut facilement être attribuée aux deux secrétaires différents que Pierre a utilisés pour l’aider à écrire ses deux épîtres. On sait que c’est Silas aussi appelé Sylvain qui rédige la première (1Pierre 5.12), par contre on ignore l’identité de la plume pour la seconde épître. De plus, il faut prendre en compte que pour chaque épître, les thèmes abordés et les objectifs recherchés par l’apôtre ne sont pas du tout les mêmes. La première épître de Pierre est écrite dans le but de consoler ceux qui sont persécutés et la seconde, afin de mettre en garde les croyants contre les faux frères. En conséquence, les différences de style n’ont rien de surprenant par rapport à ce qu’on aurait pu attendre.

Cela dit, les deux épîtres de Pierre ont aussi des points communs. Peut-être que vous commencez à trouver tout ça un peu fastidieux, mais de temps en temps il est utile d’aller dans les détails.

Comme je l’ai dit, les deux épîtres donnent des enseignements différents. Pourtant, dans chacune d’entre elles, Pierre mentionne la parole prophétique de Dieu qui est révélée dans l’Ancien Testament (1Pierre 1.10-12 et 2Pierre 1.19-21), la nouvelle naissance (1Pierre 1.23 et 2Pierre 1.4 ; LSG), l’élection souveraine des croyants (1Pierre 1.2 et 2Pierre 1.10), la nécessité de vivre dans la sainteté (1Pierre 2.11, 12 et 2Pierre 1.5-7), le jugement de l’immoralité (comparez 1Pierre 4.2-5 et 2Pierre 2.10-22), la seconde venue de Jésus-Christ (comparez 1Pierre 4.7, 13 et 2Pierre 3.4), le châtiment des impies (comparez 1Pierre 4.5, 17 et 2Pierre 3.7) et la seigneurie du Christ (1Pierre 1.3 ; 3.15 et 2Pierre 1.8, 11, 14, 16 ; 2.20 ; 3.18).

Quand on considère le vocabulaire, en grec les deux lettres ont la même salutation très inhabituelle qui est :

Que la grâce et la paix vous soient données en abondance (ou abondamment accordées ; 1Pierre 1.2 ; 2Pierre 1.2).

Deuxièmement, dans le Nouveau Testament, l’un des mots pour « vertu » n’apparaît qu’une seule fois dans toutes les épîtres de l’apôtre Paul, mais il est employé trois fois par Pierre, une fois dans sa première lettre et deux fois dans la seconde (Philippiens 4.8 ; 1Pierre 2.9 ; 2Pierre 1.3 ; 1.5). Ce n’est sans doute pas une preuve irréfutable, mais presque.

Troisièmement, Pierre est le seul auteur du Nouveau Testament à utiliser, et dans chacune de ses épîtres, un mot (apotheis) qui veut dire « enlever, se débarrasser de ». Dans la première, il dit littéralement que le baptême ne permet pas de « se débarrasser de la souillure de la chair » (1Pierre 3.21 ; SER) ; certaines versions ont « enlever, laver, purifier ». Dans la seconde épître et en parlant de sa mort prochaine, Pierre dit littéralement :

Sachant que bientôt est l’enlèvement de ma tente comme notre Seigneur Jésus-Christ me l’a signifié (2Pierre 1.14).

Certaines versions utilisent les verbes « abandonner, quitter, partir ».

Quatrièmement, dans sa première épître et pour décrire l’excellence morale de Jésus, Pierre dit qu’il est « un agneau sans défaut et sans tache », deux seuls mots en grec (1Pierre 1.19 ; LSG). Dans sa seconde épître, il reprend les mêmes deux mots et les applique aux croyants pour les inciter à l’excellence morale à la lumière du retour du Christ (2Pierre 3.14). Ce n’est pas tout. Toujours dans la seconde épître, quand Pierre condamne les imposteurs religieux, il reprend encore ces deux mots, mais enlève le préfixe « sans » et dit littéralement qu’ils sont « défauts et taches » (2Pierre 2.13 ; SER). Certaines versions ont « tarés, souillés, flétris, salis, déshonorés ».

On trouve aussi des similarités de vocabulaire entre la seconde épître de Pierre et ses sermons que nous rapporte le livre des Actes. Par exemple, la même expression « salaire de l’iniquité » diversement traduite selon les versions (injustice, crime, etc.) ne se trouve que dans la bouche de Pierre (Actes 1.18 ; 2Pierre 2.13, 15). Bon j’arrête parce que ça commence à devenir longuet, mais il y a d’autres exemples qui montrent que le Simon Pierre du livre des Actes est bien l’auteur de la seconde épître qui porte son nom.

Comme cette lettre a été écrite peu de temps avant la mort de l’apôtre, exécuté par Néron, et que ce despote est mort en l’an 68, la date de sa rédaction se situe aux alentours des années 64 à 68. Pierre se trouve alors à Rome dans un cachot quelconque où il s’attend à être exécuté (2Pierre 1.13-15). Mais comme il peut recevoir des visiteurs qui lui apportent à manger, il apprend l’existence des faux frères et la menace qu’ils font peser sur les assemblées chrétiennes. Étant à la fois un pasteur soucieux des brebis et un champion de l’orthodoxie théologique, Pierre adresse cette supplication finale et passionnée à ces croyants d’origine juive et païenne, à qui il a déjà écrit et qui sont dispersés dans les diverses provinces romaines du Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie (1Pierre 1.1).

On peut aussi dire que cette seconde épître de Pierre est son « chant du cygne », tout comme la seconde épître à Timothée l’est pour l’apôtre Paul, et il existe un certain nombre de similarités entre leurs auteurs. Tous deux envisagent leur départ de cette terre avec une très grande sérénité. Paul écrit :

En ce qui me concerne, je suis près d’offrir ma vie comme une libation pour Dieu. Le moment de mon départ est arrivé. J’ai combattu le bon combat. J’ai achevé ma course. J’ai gardé la foi. Le prix de la victoire, c’est-à-dire une justice éternelle, est déjà préparé pour moi (2Timothée 4.6-8).

Tous deux cherchent à ancrer les croyants dans la réalité des faits historiques et dans la vérité de l’enseignement des Écritures. Les faits qui parlent d’eux-mêmes et la Parole de Dieu sont les seules défenses des croyants contre l’apostasie religieuse et les imposteurs qui ne manquent pas de s’introduire dans les assemblées chrétiennes. Ce qui est arrivé dans l’histoire et ce que Dieu dit constituent les fondations sur lesquelles reposent la foi du croyant et nourrissent son espérance en une nouvelle terre où la justice habitera (2Pierre 3.13). L’Église doit donc s’opposer à l’erreur qui l’assaille de l’intérieur ainsi qu’aux attaques qu’un monde incrédule et méchant lance contre elle.

Dans sa première épître, Pierre écrit dans le but de consoler et d’instruire les croyants qui doivent faire face à la menace extérieure de la persécution. Dans sa seconde, il aborde la menace encore plus redoutable des faux enseignants qui s’infiltrent dans l’Église. Il avertit les croyants de rester vigilants afin de pouvoir discerner leurs mensonges. Sa description frappante et pénétrante des hérétiques peut se comparer à celle de Jude. Cependant, c’est Pierre qui écrit le premier parce qu’il emploie le futur dans sa description des faux frères (2Pierre 2.1-3 ; 3.3), alors que Jude utilise un temps de verbe qui montre que les apostats sont déjà bien implantés dans les assemblées chrétiennes (Jude 4).

Dans cette seconde épître, Pierre décrit également les caractéristiques des croyants mûrs, et les incite à faire tous leurs efforts pour croître dans la grâce et dans la connaissance afin d’atteindre la pleine maturité.

La substantifique moelle de cette seconde épître se trouve dans le dernier verset où Pierre écrit :

Progressez sans cesse dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ (2Pierre 3.18).

Plus que tout autre écrit du Nouveau Testament, la seconde épître de Pierre exhorte ses lecteurs à une connaissance personnelle et intime de Dieu, ce qui est somme toute le véritable but de la vie. Et si vous vous demandez quel est l’ultime objectif de l’homme sur terre, c’est de glorifier Dieu.