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Émission 396 - 1Rois :1 - 1:28

Diffusé le 7 juillet 2008 - ::

Introduction

Introduction

Toutes les nations furent à un moment donné de leur histoire dirigées par un roi, un pharaon, ou un empereur, qui était le représentant d'une dynastie régnante. En France, on a coupé court à cette pratique à l'aide de la guillotine. Israël est un cas particulier parce qu'au tout début de son histoire c'était une théocratie, c'est-à-dire que l'Éternel Dieu lui-même en était le chef. Et puis éventuellement, l'état spirituel de ce peuple a dégénéré et les Hébreux ont voulu une royauté humaine. C'est ce qui est raconté dans deux livres, qui ont pour titre : Les Rois. À l'origine, ces deux ouvrages formaient ensemble le 2e tome d'une série de trois livres historiques de l'Ancien Testament : Samuel, les Rois et les Chroniques.

Les traducteurs de la Septante, c'est-à-dire la version grecque de l'Ancien Testament, ont divisé chacun de ces 3 ouvrages en deux parties pour aider le lecteur à s'y retrouver plus facilement. Dans la Septante donc, 1 et 2 Règnes sont les deux livres de Samuel, tandis que 3 et 4 Règnes sont les livres des Rois que je m'apprête à commenter. Ceux-ci sont ainsi nommés parce qu'ils rapportent les règnes des rois d'Israël et de Juda après David, et jusqu'à la destruction des deux royaumes. La coupure entre les 2 volumes est très arbitraire, puisqu'elle scinde le règne d'un roi et le cycle d'un prophète en deux.

Les histoires rapportées dans ces deux livres sont la continuation des récits de Samuel. Le premier relate la fin du règne de David en reprenant et achevant le récit mouvementé de sa succession et la venue au pouvoir de son fils Salomon. Le deuxième livre des Rois raconte l'histoire de la nation d'Israël scindée en deux royaumes : celui du Nord constitué de 10 tribus et celui de Juda situé au sud. L'auteur présente les règnes des rois d'Israël et de Juda en alternance. L'histoire des deux prophètes Élie et Élisée, qui ont exercé leur ministère dans le royaume du Nord, est également racontée en parallèle à celle des rois. La dernière partie du second livre relate les règnes des rois du royaume de Juda jusqu'à sa destruction, et se termine sur la notification du retour en grâce d'un de ses derniers rois, qui est alors en exil à Babylone.

Les livres des Rois couvrent la période qui va de 972 à 562 av. J-C. Les Rois ont été rédigés pendant l'exil et peut-être en même temps que les deux livres de Samuel comme un ensemble racontant l'histoire de la monarchie israélite, de son début avec le premier roi Saül jusqu'à la fin du royaume de Juda. L'auteur a utilisé des écrits antérieurs à l'exil et même inséré dans son œuvre des documents entiers, comme les récits concernant les deux prophètes Élie et Élisée, par exemple. C'est ce qui explique pourquoi on trouve certaines notes indiquant que tel ou tel état de fait a perduré jusqu'à ce jour , alors que ce n'était plus vrai au moment de l'exil. Certains prophètes jouèrent un rôle important à la cour des rois et ont constitué au fil des siècles une collection racontant l'histoire de la monarchie israélite qui s'appelle les archives royales . Le rédacteur final y a certainement puisé sa source première. On sait par exemple que les chapitres 18 à 20 du second livre des Rois ont été empruntés aux écrits du prophète Ésaïe.

Mais malgré l'utilisation de matériaux préexistants, l'auteur ne s'est pas contenté d'un simple travail d'édition. Il a élaboré une œuvre cohérente dans sa forme, ses thèmes, et sa théologie, qui répondait aux interrogations de ses contemporains. En effet, lorsque ces livres sont rédigés, les deux royaumes d'Israël ont été rayés de la carte. Or, les habitants de Juda croyaient que jamais l'Éternel ne laisserait l'ennemi détruire Jérusalem et son Temple. Et pourtant, malgré la promesse inconditionnelle faite par Dieu à David concernant sa dynastie, il n'y a plus de royaume. Bien que l'Éternel ait choisi Jérusalem pour y résider, elle est en ruines. La question que se posent les Israélites exilés est donc : Dieu a-t-il failli à ses promesses  ? L'auteur les rappelle à trois reprises, ces promesses, et chaque fois il écrit que leur accomplissement dépend de la fidélité des descendants de David à l'Éternel.

Toute l'histoire des rois des deux monarchies illustre la mise à exécution des sanctions prévues par la Loi en cas de désobéissance ; l'exil en particulier est la conséquence de l'infidélité persistante d'Israël à l'alliance que l'Éternel a conclue avec la nation. La situation catastrophique d'Israël avait été prédite par Moïse (Deutéronome 28.45-52).

Lorsque l'auteur fait une évaluation des rois de Juda, il utilise David comme modèle ; ceux, qui imitent sa conduite, sont approuvés et les autres, condamnés. L'auteur s'intéresse avant tout à la situation morale et religieuse des rois et du peuple pour expliquer le cours des événements, laissant la plupart du temps de côté les facteurs sociaux, économiques et politiques qui intéressent les historiens modernes. Par exemple, le long règne du roi Jéroboam II ne fait l'objet que d'une courte notice et est utilisé comme contre-exemple moral et religieux pour expliquer la destruction du royaume du Nord. Je cite ce passage :

Dès lors, les Israélites n'avaient cessé de se livrer à tous les péchés que Jéroboam lui-même avait commis ; ils ne les abandonnèrent pas jusqu'au jour où l'Éternel les bannit loin de lui comme il l'avait annoncé par tous ses serviteurs, les prophètes. Israël a été déporté loin de son pays, en Assyrie où il est resté jusqu'à ce jour (2Rois 17.22-23).

Par contre, les réformes religieuses entreprises dans le royaume de Juda par les rois Ézéchias et Josias retiennent longuement l'attention de l'auteur. De même, il s'étend sur les fautes graves de certains monarques et sur l'influence désastreuse qu'ils eurent en promulguant l'idolâtrie. Concernant le long règne du roi Manassé en Juda, l'auteur s'attache à montrer que ses crimes ont rendu l'exil inéluctable. Je cite le passage :

À cause du roi Manassé, roi de Juda, qui s'est rendu coupable de tous ces actes abominables, qui a même fait pire que tout ce qu'avaient fait avant lui les Amoréens et qui a entraîné le peuple de Juda dans le péché d'idolâtrie, voici ce que déclare l'Éternel, le Dieu d'Israël : « Je vais amener sur Jérusalem et sur Juda un malheur tel que tous ceux qui en entendront parler seront abasourdis. Je viderai la ville de ses habitants comme on nettoie un plat et qu'on le retourne à l'envers après l'avoir nettoyé. J'abandonnerai ce qui reste du peuple qui m'appartient et je le livrerai au pouvoir de ses ennemis qui le pilleront et le dépouilleront. » — Je chasserai aussi Juda loin de moi, comme j'ai chassé Israël, et je rejetterai cette ville, Jérusalem, que j'avais choisie, ainsi que le Temple où j'avais promis d'établir ma présence (2Rois 21.11-14 ; 23.27).

Le message essentiel des livres des Rois est la faillite complète du peuple de Dieu vis-à-vis de l'Éternel. C'est ce qui a entraîné la ruine des deux royaumes d'Israël tant celui du Nord que de Juda au sud. D'une manière plus générale, l'auteur enseigne l'incapacité de l'homme à se gouverner lui-même d'une manière qui soit droite aux yeux de Dieu. Il dresse un bilan de chacun des règnes israélites en fonction de la conduite que le roi aurait dû avoir par rapport à certaines lois de Moïse. En somme, les livres des Rois nous présentent la longue histoire de l'infidélité d'Israël à l'égard de l'Éternel, qui va en s'empirant au fil du temps.

La destruction des deux royaumes israélites est donc la conséquence et l'aboutissement logique de leurs péchés accumulés ; le peuple de Dieu en porte l'entière responsabilité. Cependant, tout espoir n'est pas perdu. L’auteur s'attache à rappeler comment Dieu s'est montré fidèle par le passé, entrevoyant ainsi la restauration future du royaume de David afin d'accomplir la promesse que l'Éternel lui avait faite. La fin de l'ouvrage mentionne le retour en grâce de Yehoyakîn, l'héritier du trône de David, survenu une quinzaine d'années après que Juda ait été emmené en captivité par Nabuchodonosor. Son successeur tire de sa prison le descendant de David, Yehoyakîn, et lui donne une place de choix à sa cour. C'est le présage du retour d'exil.

Pareillement, l'auteur rappelle souvent que l'Éternel a choisi Jérusalem parce qu'il s'attend à sa reconstruction future. Ce sont les Perses qui après avoir vaincu Babylone, autorisèrent les Israélites à retourner en Palestine et à reconstruire Jérusalem. Cependant, la promesse d'une dynastie à David trouve son accomplissement parfait en Jésus-Christ, l'héritier ultime du trône. La faillite d'Israël dans l'obéissance à la Loi qui est le thème principal du livre est la démonstration de la nécessité d'une meilleure alliance et d'un salut offert par grâce et reçu par la foi. Les livres des Rois font partie des Textes Sacrés dont le but est de nous conduire à Jésus-Christ.

Chapitre 1

Versets 1-4

Je commence à lire le premier chapitre du premier livre des Rois.

Le roi David était très âgé, on avait beau l'envelopper de couvertures, il n'arrivait plus à se réchauffer. Ses familiers lui proposèrent de lui rechercher une jeune fille vierge qui soit à son service et le soigne : — Elle dormira dans tes bras, lui dirent-ils, ainsi mon seigneur le roi se réchauffera. On chercha dans tout le territoire d'Israël une belle jeune fille et l'on trouva Abichag, la Sunamite, que l'on fit venir auprès du roi. Cette jeune fille était vraiment très belle. Elle prit soin du roi et se mit à son service. Mais le roi n'eut pas de relations conjugales avec elle (1Rois 1.1-4).

David était devenu roi à trente ans et avait régné quarante ans. On apprend plus loin qu'il était presque constamment alité. Vieillard et partiellement infirme, il ne lui reste guère de temps à vivre ; alors, une belle jeune fille dynamique et souriante à son service jour et nuit était exactement ce qu'il lui fallait pour l'égayer et lui réchauffer à la fois le cœur et le corps. C'était en fait la pratique médicale de l'époque et cela jusque dans le Moyen-Âge. Cette femme venait de la ville de Sunem, à 80 km au nord de Jérusalem.

Versets 5-6

Je continue.

À cette époque, Adoniya, fils de David et de Haggith, exprimait son ambition en prétendant : — C'est moi qui régnerai. Il se procura un char, des chevaux et cinquante hommes qui couraient devant son char. Jamais, sa vie durant, son père ne l'avait réprimandé ou ne lui avait dit : — Pourquoi fais-tu cela ? En outre, Adoniya était un très beau jeune homme et il était né après Absalom (1Rois 1.5-6).

Ce quatrième fils de David a environ 35 ans ; ses frères Absalom et Amnôn ont été tués ; quant à Kileab, le troisième fils, les livres de Samuel n'en parlent pas, ce qui laisse supposer qu'il est mort prématurément. Adoniya est un gosse pourri qui n'a jamais été discipliné par un père désengagé de l'éducation de ses enfants et qui lui passait tous ses caprices. Comme fils du roi, il fait comme bon lui semble, quand il veut. Ce blanc-bec présomptueux décide donc de s'imposer comme le successeur au trône sans consulter le roi. C'est la deuxième fois qu'un fils de David cherche à usurper le pouvoir.

Versets 7-8

Je continue en compressant.

Il entra en pourparlers avec le général Joab, fils de Tserouya, et avec le prêtre Abiatar, et ceux-ci se rallièrent à son parti. Par contre, ni le prêtre Tsadoq, ni Benayahou, fils de Yehoyada, ni le prophète Nathan, ni Chimeï, ni Réï, ni les soldats de la garde personnelle de David ne prirent son parti (1Rois 1.7-8).

Ça sent le complot à plein nez ; les hauts fonctionnaires du roi sont divisés. Joab était un soldat courageux et un excellent stratège. Il a toujours été loyal envers David, mais leurs relations s'étaient passablement détériorées. Arriviste jusqu'au bout des ongles, il voit dans cette coalition avec Adoniya une occasion en or de consolider sa place de commandant en chef de l'armée d'Israël. Benayahou commandait la garde personnelle du roi. Il était aussi le chef des mercenaires appelés les Kérétiens et les Pélétiens. Il sera nommé à la tête de l'armée par le roi Salomon.

Versets 9-14

Je continue en compressant.

Un jour, Adoniya offrit des sacrifices de moutons, de bœufs et de veaux engraissés près de la Pierre-qui-glisse, à côté de Eyn-Roguel. Il y invita tous ses frères, fils du roi, et tous les hommes importants de Juda qui étaient au service du roi. Mais il n'invita pas le prophète Nathan, ni Benayahou, ni les gardes personnels du roi, ni son demi-frère Salomon. Alors Nathan alla trouver Bath-Chéba, la mère de Salomon, et lui dit : — As-tu entendu qu'Adoniya fils de Haggith est en train de se faire proclamer roi sans que notre seigneur David le sache ? Eh bien ! Écoute : laisse-moi te donner un conseil qui pourra te sauver la vie ainsi qu'à ton fils Salomon. Va immédiatement trouver le roi David et demande-lui : « Ô roi, mon seigneur, ne m'as-tu pas promis avec serment que mon fils Salomon régnerait après toi et que c'est lui qui siégerait sur ton trône ? Alors pourquoi donc Adoniya est-il devenu roi ? » Puis Nathan ajouta : Pendant que tu parleras ainsi avec le roi, j'entrerai à mon tour et je compléterai ce que tu auras dit (1Rois 1.9-14).

Les tractations pour le pouvoir vont bon train. Nathan, un prophète influent à la cour de David connaît la volonté divine concernant Salomon. Alors, il prend les choses en main, car il faut agir vite et sortir le vieux roi sénile de sa torpeur. À cette époque, il était courant qu'un nouveau monarque élimine tous les prétendants légitimes au trône et leur famille pour s'assurer le pouvoir. Adoniya ne manquera pas de respecter la coutume et ce sera la grande purge ; Salomon, sa mère, Nathan et beaucoup d'autres passeront de vie à trépas sur ordre du nouveau roi.

Versets 15-27

Je continue en compressant.

Bath-Chéba se rendit dans la chambre du roi. Elle s'inclina jusqu'à terre et s'agenouilla devant le roi. — Mon seigneur, tu as promis à ta servante par un serment au nom de l'Éternel, ton Dieu, que ton fils Salomon régnerait après toi et qu'il siégerait sur ton trône. Voici maintenant qu'Adoniya s'est fait roi à l'insu de mon seigneur le roi. Pourtant, c'est vers le roi mon seigneur que tout Israël regarde pour que tu déclares à ton peuple qui succédera à mon seigneur le roi sur le trône. Pendant qu'elle parlait encore avec le roi, le prophète Nathan arriva. Il entra en présence du roi et se prosterna devant lui, le visage contre terre. Puis il dit : — Ô roi mon seigneur, est-ce toi qui as décidé qu'Adoniya régnerait après toi et qu'il siégerait sur ton trône ? Il a invité tous les fils du roi, les chefs de l'armée et le prêtre Abiatar. Ils sont en train de manger et de boire avec lui en criant : « Vive le roi Adoniya ! » Est-il possible qu'une telle chose se fasse par ordre de mon seigneur le roi sans que tu aies fait connaître à ton serviteur quel est celui qui succédera à mon seigneur le roi sur le trône ? (1Rois 1.15-27).

Bath-Chéba a compris l'urgence de la situation. Elle suit donc les conseils de Nathan qui arrive pour enfoncer le clou. Il est fort probable que la course d'action du prophète lui ait été dictée par l'Éternel qui avait déjà choisi Salomon comme successeur au trône. David se trouve maintenant placé au pied du mur. Il doit agir.

Versets 28-37

Je continue en compressant.

Le roi déclara à Bath-Chéba par serment : — Aussi vrai que l'Éternel qui m'a délivré de toutes les détresses est vivant, je te promets de réaliser aujourd'hui même la promesse que je t'ai faite avec serment au nom de l'Éternel, du Dieu d'Israël, lorsque je t'ai dit que ton fils Salomon régnerait après moi et qu'il siégerait sur mon trône à ma place. Puis le roi David ordonna : — Rassemblez tous mes serviteurs. Faites monter mon fils Salomon sur ma propre mule et conduisez-le à la source de Guihôn ! Là, le prêtre Tsadoq et le prophète Nathan lui conféreront l'onction pour l'établir roi sur Israël. Vous sonnerez du cor et vous crierez : « Vive le roi Salomon ! » Il viendra siéger sur mon trône et régnera à ma place, car c'est lui que j'ai choisi pour être le conducteur d'Israël et de Juda (1Rois 1.28-37).

David a retrouvé sa lucidité et va tenir la promesse qu'il a faite à Bath-Chéba de faire Salomon le prochain roi. Il convoque le chef des prêtres, le commandant de sa garde personnelle et le prophète Nathan. En faisant monter Salomon sur sa propre mule, David déclarait publiquement qu'il était son successeur désigné. L'onction, la sonnerie du cor, l'acclamation «  Vive le roi Salomon !  » faisaient partie du rituel d'intronisation. À partir du moment où il s'est assis sur le trône de David, il était le prochain roi.

L'expression «  Aussi vrai que l'Éternel est vivant !  » est très fréquente dans l'Ancien Testament. Elle apparaît d'ailleurs 14 fois dans les livres des Rois. C'est la formule habituelle du serment israélite qui invoque le nom sacré de Dieu et le prend pour témoin des paroles prononcées. David y intègre son expérience personnelle : l'Éternel l'a délivré de toutes les détresses, et il en a eu ! Quel témoignage de ce vieillard à la fin de sa vie ! Moi aussi, j'aimerais bien pouvoir dire la même chose lorsque je serais parvenu au soir de ma vie.