Chapitre 9
Verset 3
Selon l'enseignement des Écritures, le hasard n'existe pas. Est-ce vraiment possible ? Je sais bien que ce n'est pas facile à croire, et pourtant ! Des ânesses se sont égarées ; elles appartiennent à un homme qui envoie son fils à leur recherche. Or celui-ci arrive à proximité de la demeure du prophète Samuel. C'est donc par une coïncidence ordonnée par Dieu que celui qui sera le premier roi d'Israël va se trouver tête en tête avec le représentant de l'Éternel, le seul habilité à l'oindre roi.
Versets 5-10
Je continue à lire le texte du chapitre 9 du premier livre de Samuel.
Arrivés au territoire de Tsouph, Saül dit au serviteur qui l'accompagnait : — Viens, nous allons rentrer, sinon mon père va s'inquiéter à notre sujet sans plus penser aux ânesses. Le serviteur lui répondit : — Attends, il y a justement dans cette ville un homme de Dieu très considéré ; tout ce qu'il annonce arrive immanquablement. Allons le voir ! Peut-être nous indiquera-t-il par quel chemin continuer notre route. — D'accord, allons-y ! dit Saül. Mais qu'est-ce que nous apporterons à cet homme ? Nos provisions sont épuisées et nous n'avons aucun cadeau que nous puissions offrir à l'homme de Dieu. Il ne nous reste plus rien. Le serviteur lui répondit : — Il se trouve que j'ai encore sur moi une petite pièce d'argent, je la donnerai à l'homme de Dieu et il nous indiquera le chemin à prendre. Autrefois en Israël, quand on allait consulter Dieu, on disait : « Venez, allons chez le voyant, l'homme qui reçoit des révélations ! » C'était là le nom par lequel on désignait ceux qu'on appelle aujourd'hui des « prophètes ». Saül dit à son serviteur : — Tu as raison ! Allons-y ! Et ils se dirigèrent vers la ville où habitait l'homme de Dieu (1Samuel 9.5-10).
La coutume habituelle en Orient était de toujours offrir un cadeau, lorsqu'on allait voir quelqu'un, surtout si c'était pour lui demander une faveur. C'était souvent de la nourriture. Les serviteurs de l'Éternel recevaient fréquemment de tels présents qui contribuaient à leur entretien, car il faut bien vivre. Plus tard, attirés par la possibilité de gains faciles grâce au mensonge, les faux prophètes adapteront leur message aux désirs de leurs auditeurs généreux.
En rapportant leurs conduites vénales, les Écritures nous mettent en garde contre les politiciens véreux, qu'ils soient anciens ou modernes. Cela dit, le serviteur de Saül a exactement en poche une petite pièce d'argent de 3 g. En ce temps-là, on ne comptait pas la monnaie, mais on la pesait, car elle était uniquement constituée de métal noble. L'auteur nous donne ici une note linguistique intéressante qui indique que Samuel était considéré comme un voyant. Il recevait des révélations divines même dans des domaines très terre-à-terre comme celui de trouver des animaux perdus. Plus tard, les voyants auront d'abord à charge de proclamer la Parole de l'Éternel ; c'est pour cela qu'ils seront appelés prophètes. Samuel est lui aussi les deux à la fois.
Versets 11-14
Je continue le texte en compressant.
Ils croisèrent des jeunes filles qui en descendaient pour aller puiser de l'eau. Ils leur demandèrent : — L'homme qui reçoit des révélations est-il là ? — Oui, lui répondirent-elles, il vient d'arriver en ville car il y a aujourd'hui un sacrifice pour le peuple sur le haut-lieu. Vous allez le trouver avant qu'il ne monte sur le haut-lieu pour le repas ; car le peuple ne se mettra pas à table avant son arrivée, parce que c'est lui qui doit bénir le sacrifice. Ils montèrent donc à la ville. Au moment où ils y pénétrèrent par la porte, Samuel sortait dans leur direction pour monter au haut-lieu (1Samuel 9.11-14).
Saül et son serviteur arrivent dans la ville de Rama où ils croisent Samuel qui s'apprêtait à offrir un sacrifice à l'Éternel. Suite à la déchéance de la famille d'Éli et à la destruction de Silo par les Philistins, Israël n'avait plus de lieu de culte centralisé. C'est donc au sommet d'une colline qu'étaient érigés des autels et des bâtiments annexes dans lesquels étaient pris les repas suite aux sacrifices d'animaux.
Versets 15-21
Je continue le texte en compressant.
Or, la veille, l'Éternel avait fait cette révélation à Samuel : « Demain, à cette même heure, lui avait-il dit, je t'enverrai un homme du territoire de Benjamin, tu lui conféreras l'onction pour l'établir chef de mon peuple Israël. » Dès que Samuel aperçut Saül, l'Éternel l'avertit : — Voici l'homme dont je t'ai dit qu'il gouvernerait mon peuple. Saül aborda Samuel au milieu de la porte et lui demanda : — Peux-tu m'indiquer où est la maison de l'homme qui reçoit des révélations ? Samuel lui répondit : — C'est moi cet homme qui reçoit des révélations ! Passe devant moi et montons au haut-lieu. Quant aux ânesses disparues il y a trois jours, ne t'en inquiète plus ; elles sont retrouvées. D'ailleurs, à qui est réservé tout ce qu'il y a de précieux en Israël ? N'est-ce pas à toi et à toute ta famille ? Saül répliqua : — Que dis-tu là ? Ne suis-je pas un Benjaminite, de la plus petite des tribus d'Israël, et ma famille n'est-elle pas la moins importante de tous ceux de ma tribu ? Pourquoi parles-tu donc de cette manière ? (1Samuel 9.15-21).
Benjamin était le dernier des 12 fils de Jacob. La tribu avait été largement décimée comme je l'ai déjà expliqué. À la nouvelle qu'il sera roi, Saül est dans un état de choc. Il répond en faisant largement usage des conventions de langage de l'époque. Ses paroles ne traduisent pas la réalité, c'est seulement une façon de parler. En effet, sa famille qui possède des serviteurs et des ânes n'est pas la moindre parmi toutes celles de Benjamin.
Vues dans notre perspective occidentale, les paroles de Saül font penser à de la fausse humilité. Cependant, il est fort probable que ce jeune Benjaminite, tout au début de sa carrière, ait vraiment été un homme humble. Mais comme je l'ai déjà dit, il fait partie des personnages énigmatiques des Écritures. En désignant Saül, l'Éternel a répondu à la requête du peuple d'Israël et a choisi le roi qui était conforme à leurs désirs, mais pas au sien. Il faut bien garder à l'esprit que Saül ne répond pas aux exigences de Dieu, mais à celles des Israélites. L'Éternel leur a donc gracieusement accordé le genre d'homme qu'ils voulaient pour les diriger.
Versets 22-27
Je finis ce chapitre.
Samuel emmena Saül et son serviteur et les fit entrer dans la salle du festin. Il les installa à la place d'honneur au milieu d'une trentaine d'invités. Ensuite, il ordonna au cuisinier : — Sors pour lui le morceau de viande que je t'ai remis pour que tu le mettes de côté. Le cuisinier apporta le gigot et sa garniture et le déposa devant Saül pendant que Samuel lui dit : — Voici la part qui t'a été réservée. Sers-toi et mange, car, pour cette occasion, elle a été gardée exprès pour toi, lorsque j'ai invité le peuple. Ainsi Saül mangea avec Samuel ce jour-là. Puis ils redescendirent ensemble du haut-lieu à la ville, et Samuel s'entretint avec Saül sur la terrasse de sa maison. Le lendemain, au lever du jour, Samuel appela Saül sur la terrasse : — Mets-toi en route, et je prendrai congé de toi. Saül se leva et se mit en route. Il sortit en compagnie de Samuel. Quand ils arrivèrent à la limite de la ville, Samuel dit à Saül : — Ordonne à ton serviteur d'aller devant nous. Le serviteur s'éloigna. Maintenant, tiens-toi là et je te ferai savoir ce que Dieu a dit (1Samuel 9.22-27).
Samuel a placé Saül à la tête de tous les responsables régionaux qui participaient à ce repas sacrificiel communal. Non seulement il était assis à la place d'honneur, mais il reçut également le meilleur morceau de viande. Il était déjà traité comme un personnage important.
Chapitre 10
Versets 1-6
Le chapitre suivant poursuit le récit dans lequel Saül reçoit l'onction qui le sacre roi. Je commence à lire ce chapitre 10 en compressant.
Samuel prit le flacon d'huile qu'il avait emporté et en répandit le contenu sur la tête de Saül, puis il l'embrassa et dit : — Par cette onction, l'Éternel t'établit chef du peuple qui lui appartient. C'est toi qui le gouverneras, tu le sauveras des ennemis qui l'entourent. Et voici la preuve que c'est l'Éternel qui t'établit chef de son peuple par cette onction. Aujourd'hui, quand tu m'auras quitté, tu rencontreras deux hommes près du tombeau de Rachel, dans le territoire de Benjamin. Ils te diront : « Les ânesses que tu es allé rechercher ont été retrouvées. Maintenant, ton père ne se préoccupe plus à leur sujet, mais il s'inquiète de vous et se demande ce qu'il doit faire pour te retrouver. » En poursuivant ta route, lorsque tu arriveras au chêne de Thabor, tu rencontreras trois hommes montant à Béthel pour adorer Dieu. Ils te salueront et t'offriront deux pains. Tu les accepteras. Après cela, tu arriveras à Guibea-Élohim où tu rencontreras une confrérie de prophètes descendant du haut-lieu ; ils seront précédés de joueurs de luth, de tambourin, de flûte et de cithare. Ils seront dans un état de transe extatique. Alors, l'Esprit de l'Éternel tombera sur toi, tu deviendras tout exalté comme eux et tu seras changé en un autre homme (1Samuel 10.1-6).
Dans l'Ancien Testament, l'onction d'huile symbolisait la consécration d'un homme ou d'un objet au service de Dieu. C'est ainsi que Saül a reçu l'appel officiel divin à la royauté de la main de Samuel. Celui-ci prédit la suite des événements au nouveau roi, afin qu'il soit sûr de ne pas avoir rêvé.
C'est la première fois dans les Textes Sacrés qu'est mentionnée une confrérie de prophètes. En fait, ces hommes étaient des disciples de Samuel et pas prophètes dans le vrai sens du mot comme leur maître. Ils ne recevaient pas de révélations de l'Éternel, mais transmettaient au peuple l'enseignement que leur donnait Samuel. Ces hommes correspondent à ces religieux que l'Évangile appelle des scribes ou encore spécialistes de la Loi. Cela dit, quelques fois, l'Esprit de Dieu les saisissait, et ils entraient alors dans un état de transe en exhibant un comportement paranormal.
Versets 7-9
Je continue le texte.
Quand ces signes se seront réalisés pour toi, agis selon ce que tu trouveras à faire, car Dieu est avec toi ! Tu me précéderas à Guilgal où je te rejoindrai pour offrir des holocaustes et des sacrifices de communion. Tu m'attendras sept jours jusqu'à ce que je vienne te retrouver. Alors je te ferai savoir ce que tu dois faire. Saül quitta Samuel, et lorsqu'il se retourna pour reprendre la route, Dieu opéra une transformation en son être intérieur, et tous les signes annoncés se produisirent ce même jour (1Samuel 10.7-9).
En se saisissant de lui, l'Esprit de Dieu rendit un jeune homme inexpérimenté et ignorant capable d'assumer la direction du peuple d'Israël et d'accomplir sa mission. Mais ce n'était pas une transformation intérieure ; il ne s'agissait pas de la régénération dont parle le Nouveau Testament. La conduite ultérieure de Saül prouvera qu'il était un faux jeton, un homme méchant dégénéré. En attendant, tous les signes annoncés par Samuel se sont accomplis et Saül est entré en transe comme prévu, lorsqu'il s'est trouvé en compagnie de la confrérie de prophètes.
Versets 13-16
Je continue plus loin.
Lorsque Saül fut sorti de son état d'exaltation, il se rendit au haut-lieu. Son oncle lui demanda ainsi qu'à son serviteur : — Où donc êtes-vous allés ? — À la recherche des ânesses, dit-il. Comme nous ne les avons trouvées nulle part, nous sommes allés consulter Samuel. — Raconte-moi donc ce qu'il vous a dit, demanda l'oncle. Saül lui répondit : — Il nous a assuré que les ânesses étaient retrouvées. Mais il ne souffla mot de ce que Samuel avait dit au sujet de la royauté (1Samuel 10.13-16).
Ce récit qui a relaté le choix de Saül comme roi d'Israël s'attache à montrer comment Dieu, dans sa souveraineté, dirige les circonstances. Bien que réticent à l'instauration de la royauté, Samuel a obéi au commandement qu'il a reçu de l'Éternel ; il a conféré l'onction au jeune Saül jusque-là un illustre inconnu.
Versets 17-27
Je continue le texte en compressant.
Samuel convoqua le peuple auprès de l'Éternel à Mitspa. Il dit aux Israélites : — Voici ce que déclare l'Éternel, le Dieu d'Israël : « Je vous ai moi-même fait sortir d'Égypte et je vous ai libérés des Égyptiens et de tous les royaumes qui vous opprimaient. Et vous, aujourd'hui, vous avez rejeté votre Dieu, qui pourtant vous a délivrés de tous vos maux et de toutes vos détresses. Vous lui avez dit : Il faut que tu établisses un roi sur nous. Eh bien, puisqu'il en est ainsi, présentez-vous devant l'Éternel, par tribus et par familles. ». Finalement, ce fut Saül, fils de Qich, qui fut désigné ; On le chercha, mais on ne réussit pas à le trouver. Alors on interrogea de nouveau l'Éternel en demandant : — Y a-t-il encore quelqu'un qui soit venu ici ? Et l'Éternel répondit : — Oui, il se cache du côté des bagages. Ils coururent et le tirèrent de là pour le placer au milieu du peuple ; et voici qu'il dépassait tout le monde de la tête. Samuel dit à tout le peuple : — Voyez celui que l'Éternel a choisi ! Il n'a pas son pareil dans tout Israël. Tous l'acclamèrent aux cris de : — Vive le roi ! Samuel énuméra devant eux le droit concernant le roi, puis il le consigna par écrit dans un document qu'il déposa dans le sanctuaire devant l'Éternel. Après cela, il renvoya le peuple chacun chez soi (1Samuel 10.17-25).
Quelques semaines s'écoulent, puis Samuel convoque les Israélites à Mitspa. Cet endroit situé à 12 km au nord de Jérusalem était le lieu de rassemblement habituel des responsables du peuple. D'abord, il rappelle que leur désir d'avoir un roi est un rejet de l'Éternel. Ensuite, par tirage au sort et en procédant par élimination, il désigne la tribu de Benjamin, le clan de Matri, la famille de Qich, puis Saül lui-même. Cependant, ce jeune homme semble peu motivé ou effrayé par la perspective tout à fait inattendue d'accéder à la royauté.
En tout cas, le peuple, impressionné par la stature imposante de leur nouveau souverain, est en liesse ; les Israélites, se fiant aux apparences, sont sûrs d'avoir fait le bon choix. Samuel met les droits et devoirs du roi par écrit et dépose le document dans le sanctuaire de Dieu. En faisant cela, il voulait clairement distinguer l'exercice de la royauté en Israël de ce qui se passait chez les nations environnantes. Le roi n'aura pas tous les droits et ne devra pas faire quoi que ce soit qui aille à l'encontre de l'alliance du mont Sinaï. En tant que lieutenant de l'Éternel, le roi devra se soumettre au Dieu d'Israël.
Chapitre 11
Versets 1-2
Nous voici arrivés au chapitre 11 du 1er livre de Samuel qui raconte le début du règne de Saül. Je commence à lire.
Environ un mois plus tard, Nahach l'Ammonite vint mettre le siège devant Yabéch en Galaad. Les habitants de la ville dirent à Nahach : — Conclus une alliance avec nous et nous te serons assujettis. Nahach leur répondit : — Voilà à quelle condition je traiterai avec vous : je vous crèverai à tous l'œil droit. Ainsi je couvrirai de honte tout le peuple d'Israël (1Samuel 11.1-2).
Ce n'étaient pas des tendres à l'époque. Cela fait à peine un mois que Saül est sur le trône, et voilà qu'une partie de son royaume, certes éloignée, mais importante, est sous les coups de boutoir des Ammonites. Ces gens, qui habitaient sur la rive Est du Jourdain, étaient des cousins éloignés des Hébreux. Ils avaient déjà attaqué Israël dans le passé et avaient recommencé à montrer les dents depuis un certain temps. La ville de Yabéch en Galaad appartenait à la tribu de Manassé ; ses habitants avaient déjà été tous massacrés au temps des chefs juges, à l'exception de 400 jeunes filles. Celles-ci avaient alors été données aux guerriers rescapés de l'extermination de la tribu de Benjamin suite à une guerre civile particulièrement meurtrière. Ces pauvres gens de Yabéch n'habitent décidément pas au bon endroit.
Tout ça fait partie des événements particulièrement sordides qui composent l'histoire du peuple d'Israël. Notre histoire de France est du même gabarit. Lorsqu'on lit les atrocités épouvantables qui furent le lot de la campagne napoléonienne en Russie, pour ne citer qu'elle, en comparaison, les films d'horreur à la mode ressemblent plutôt à des comédies musicales.