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Diffusé le 24 mars 2008 - ::
Dans le livre des Juges nous est contée l'histoire saugrenue de Samson qui est aussi un récit épique. Cependant, il se termine très mal. Les ennemis d'Israël se sont saisis de ce mauvais héros, lui ont crevé les yeux, et maintenant il tourne une meule comme un animal de somme ; tout ça parce que dans son orgueil, il a méprisé le don extraordinaire que l'Éternel lui avait donné. C'est Dalida, sa maîtresse qui a eu raison de lui en vendant son secret pour une très forte somme d'argent.
On retrouve les deux penchants favoris de la race humaine : l'argent et le sexe. Samson n'a pas tiré la leçon de l'épisode du secret de l'énigme qu'il avait inventé, et que sa première femme l'avait forcé à révéler. Il avait déjà été trahi par elle une première fois, mais il n'en a tenu aucun compte, car il était devenu trop sûr de lui et arrogant. En effet, au fil du temps, il en était venu à se croire un super héros en lui-même. Il a voulu oublier que la source de son invincibilité lui venait de l'Éternel à condition qu'il ne lui désobéisse pas en coupant ses cheveux. Dalida a triomphé de la force surhumaine de Samson en le faisant parler alors qu'il était sous ses charmes. Mais en fin de compte, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même.
Je continue l'histoire dans le chapitre 16 du livre des Juges.
Après avoir été rasés, ses cheveux commencèrent à repousser. Les princes des Philistins s'assemblèrent pour offrir un sacrifice important à Dagôn leur dieu et pour se livrer aux réjouissances. Ils disaient : C'est notre Dieu qui a livré entre nos mains notre ennemi : Samson. Quand le peuple le vit, il loua son dieu en disant : C'est notre Dieu qui a livré entre nos mains notre ennemi qui ravageait notre pays et qui a fait tant de victimes parmi nous. Comme ils étaient en joie, ils s'écrièrent : Appelez Samson, qu'il nous divertisse ! Ils firent sortir Samson de la prison et il dut se livrer à des pitreries devant eux, puis ils le placèrent entre les colonnes du bâtiment. Alors Samson demanda au jeune homme qui le conduisait par la main : Guide-moi ! Fais-moi toucher les colonnes qui soutiennent l'édifice pour que je puisse m'y appuyer. Or, le bâtiment était rempli d'hommes et de femmes ; tous les princes des Philistins s'y trouvaient et, sur la terrasse, il y avait trois mille personnes environ, hommes et femmes, qui regardaient Samson les amuser (Juges 16.22-27).
Pour célébrer l'événement, les Philistins organisent une immense fête en l'honneur de leur dieu à qui ils attribuent leur victoire sur Samson. Ces réjouissances servent à faire oublier les pertes et l'humiliation subies à cause de leur ennemi maintenant enchaîné et hors d'état de nuire, qu'ils croient. Le héros aveugle est rabaissé au rang de bouffon, obligé de danser à l'accompagnement de la musique de ses maîtres tortionnaires et triomphants. Le temple reposait sur deux immenses colonnes. Samson se trouvait dans la partie centrale à ciel ouvert. C'était noir de monde.
Je continue.
Samson pria l'Éternel et dit : Seigneur Éternel ! Je te prie, interviens en ma faveur ! Rends-moi ma force, une dernière fois, ô Dieu, pour que je me venge en une fois des Philistins pour la perte de mes deux yeux ! Il toucha les deux colonnes centrales qui soutenaient l'édifice et s'arc-bouta contre elles, de la main droite contre l'une et de la main gauche contre l'autre. Puis il dit : Que je meure avec les Philistins ! Puis il poussa de toutes ses forces, et le bâtiment s'écroula sur les princes et sur toute la foule qui s'y trouvait. Ainsi il fit périr plus de monde par sa mort que de son vivant. Ses frères et tous les siens descendirent pour emporter son corps et pour l'ensevelir entre Tsorea et Echtaol dans le tombeau de Manoah, son père. Il avait été chef en Israël pendant vingt ans (Juges 16.28-31).
Suite à cette vengeance sanglante, les Philistins furent fortement affaiblis, car ils perdirent en un seul jour des centaines de chefs et notables, et peut-être même les 5 princes de leur confédération. Mais malgré cela, la vie de Samson fut une faillite. L'Éternel lui donna une force herculéenne afin de secouer le joug des ennemis d'Israël. Au lieu de cela, il voua son temps et son énergie à la vengeance personnelle et à la fréquentation de femmes philistines ; trois sont mentionnées et la dernière a réussi à le perdre. Malgré cela, et grâce à l'Éternel, Samson a perturbé la politique de domination en douceur des Philistins. Son dernier coup d'éclat va provoquer leur colère contre Juda, ce qui contraindra les Israélites enfin à réagir.
Nous voici arrivés à la dernière partie de ce livre, l'épilogue, qui va illustrer de façon très parlante l'apostasie religieuse, la décadence morale et l'anarchie sociale et politique, qui régnaient durant l'époque des Juges. Les événements qui y sont rapportés eurent lieu relativement tôt après la mort de Josué, probablement déjà sous la magistrature d’Otniel, le premier chef juge. Je commence à lire le chapitre 17.
Dans la région montagneuse d'Éphraïm vivait un homme nommé Mika. Il déclara à sa mère : Tu te souviens qu'on t'a volé onze cents pièces d'argent et que tu as maudit le voleur en ma présence. Eh bien, c'est moi qui ai pris cet argent, il est chez moi. Que mon fils soit béni de l'Éternel ! lui dit sa mère. Il rendit les onze cents pièces d'argent à sa mère qui dit : Je consacre cet argent à l'Éternel en faveur de mon fils pour en faire une statue et une idole en métal fondu. Je vais donc te le rendre. Le fils remit l'argent à sa mère, qui en préleva deux cents pièces pour les donner à un orfèvre. Celui-ci en fit une statue et une idole en métal fondu, qu'on plaça dans la maison de Mika. Ayant donc chez lui un lieu de culte, il fit faire une autre statue et des idoles domestiques, puis il établit prêtre l'un de ses fils (Juges 17.1-5).
La confession de cet homme et la restitution de l'argent volé semblent être motivées par la crainte de l'imprécation de sa mère. Elle prononce alors une bénédiction sur son fils, ce qui est censé annuler la malédiction précédente. Elle se propose aussi d'honorer l'Éternel d'une manière contraire à la Loi, ce qui reflète l'influence païenne des Cananéens. Ce Mika transforme sa demeure en une maison d'idoles et pour couronner le tout établit un de ses fils comme prêtre. Les idoles domestiques étaient des statuettes utilisées pour la divination.
Je continue.
En ce temps-là, il n'y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qu'il jugeait bon (Juges 17.6).
Cette phrase revient tel un refrain tout au long de ces derniers chapitres du livre. En l'absence d'une autorité humaine de surveillance, les Israélites agissaient selon leurs propres penchants au lieu de se conformer à la Loi. C'était leur façon de refuser la théocratie, l'autorité royale de l'Éternel sur eux.
Je continue jusqu'à la fin du chapitre.
Or, il y avait là un jeune lévite, originaire de Bethléhem en Juda, qui appartient à la tribu de Juda. Il résidait là. Il avait quitté Bethléhem pour aller s'établir là où il trouverait un domicile. En cours de route, il était arrivé dans la région montagneuse d'Éphraïm et jusqu'à la maison de Mika. D'où viens-tu ? lui demanda celui-ci. Je suis un lévite, répondit-il, de Bethléhem en Juda. Je suis en route pour m'établir là où je trouverai un endroit. Eh bien, lui dit Mika, reste donc chez moi. Tu me serviras de « père » et de prêtre, et je te donnerai dix pièces d'argent par an, en plus du vêtement et de la nourriture. Le lévite entra à son service. Il accepta de rester chez cet homme qui le traita comme l'un de ses fils. Mika établit le lévite dans sa charge, et le jeune homme devint donc son prêtre. Il logea dans sa propre maison. Mika dit : Maintenant, je suis certain que l'Éternel me fera du bien, puisque j'ai pu avoir un lévite pour prêtre (Juges 17.7-13).
La prêtrise ne pouvait s'exercer que dans le lieu du sanctuaire officiel, dans la ville de Silo, et seulement par les descendants d’Aaron, le frère de Moïse. Ce lévite est un imposteur. Il ne cherche même pas à s'établir dans une des villes prévues pour les siens et il est prêt à louer ses services au plus offrant. Bien qu'il ne remplisse pas les conditions imposées par la Loi, Mika est convaincu que son nouveau prêtre va lui garantir des bénédictions matérielles. Telle mère, tel fils. Tous deux ont fait preuve d'une totale inconscience en bafouant la Loi tout en utilisant le nom de l'Éternel, le Dieu de l'alliance et en l'associant à un culte idolâtre.
Nous voici maintenant arrivés au chapitre 18 avec l'histoire de la tribu de Dan. Je commence à lire.
En ce temps-là, il n'y avait pas de roi en Israël. La tribu de Dan cherchait un territoire pour s'y établir, car jusqu'à ce moment-là, elle n'avait pas obtenu de patrimoine parmi les autres tribus d'Israël (Juges 18.1).
En fait, les Danites avaient bien reçu un héritage, mais ne purent le conquérir à cause de leur manque de foi en l'Éternel. Ils avaient même été chassés du petit lopin de terre qu'ils occupaient, d'abord par les Amoréens puis par les Philistins. Ils habitaient maintenant avec les tribus de Benjamin et d'Éphraïm et cherchaient donc un nouveau territoire.
Je continue.
Les Danites envoyèrent donc cinq hommes d'entre eux, particulièrement courageux, de Tsorea et d'Echtaol, avec pour mission d'explorer et de reconnaître le pays. Ces cinq hommes arrivèrent dans la région montagneuse d'Éphraïm près de la maison de Mika, et y passèrent la nuit. Comme ils étaient tout près de la maison, ils remarquèrent l'accent du jeune lévite et allèrent le trouver pour lui demander : Qui t'a fait venir à cet endroit ? Qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi restes-tu ici ? Il leur dit tout ce que Mika faisait pour lui. Il me donne un salaire et je suis devenu son prêtre. Alors ils lui dirent : Consulte donc Dieu, nous t'en prions, pour que nous sachions si le voyage que nous avons entrepris réussira. Le prêtre leur répondit : Poursuivez tranquillement votre route ! L'Éternel approuve le voyage que vous faites (Juges 18.2-6).
Les lots primitifs de chaque tribu avaient été attribués sur le lieu du sanctuaire, dans la ville de Silo, par un tirage au sort dirigé par Dieu. Les espions cherchent chez Mika une confirmation analogue pour leur démarche personnelle. Ce Lévite imposteur ne peut évidemment pas invoquer l'Éternel, vu son usurpation de la prêtrise. Il a beau jeu de déclarer, conforme à la pensée de l'Éternel, une action entreprise par des hommes qui refusent la volonté divine déjà révélée. Mais comme tout le monde était superstitieux à cette époque, il peut bien leur raconter n'importe quoi et ils sont prêts à l'écouter.
Je continue en compressant.
Les cinq hommes se remirent en route et allèrent jusqu'à Laïch. Ils y trouvèrent une population, vivant en toute sécurité, tranquille et confiante. Les cinq hommes revinrent vers leur tribu où on leur demanda : Quelles sont les nouvelles ? Ils leur répondirent : Allons-y, marchons contre eux ! Car nous avons examiné le pays et il est excellent. Quoi ! Vous ne dites rien ! Ne lambinez pas ! Mettez-vous en route et allez le conquérir ! En arrivant là-bas, vous trouverez une population sans défiance et un pays spacieux et largement ouvert que Dieu a livré entre vos mains ; c'est une contrée où rien ne manque de ce que la terre peut produire (Juges 18.7-10).
Cette ville de Laïch est située à l'extrême nord-est de la Palestine, à la limite du territoire israélite. Cette population s'adonnait au commerce et se sentant en sécurité n'avait fait aucune préparation de défense militaire. C'est la recherche d'un succès facile et non la foi qui dicte la conduite des Danites.
Je continue en compressant cette histoire qui va aller en s'assombrissant au fur et à mesure du récit.
Alors six cents hommes de la tribu de Dan armés pour le combat parvinrent aux abords de la maison de Mika. Alors les cinq hommes qui étaient allés reconnaître la région de Laïch, dirent à leurs compagnons : Savez-vous qu'il y a dans l'une de ces maisons-là un vêtement sacerdotal, des statuettes sacrées, une statue et une idole en métal fondu ? Maintenant, vous savez ce que vous avez à faire ! Les cinq hommes qui étaient allés reconnaître le pays entrèrent et s'emparèrent des deux statues, des idoles domestiques et de l'idole en métal fondu. Le prêtre se tenait sur le seuil de la porte avec les six cents hommes armés, il leur demanda : Que faites-vous là ? Chut, pas un mot ! lui dirent-ils. Viens avec nous, tu seras notre « père » et notre prêtre ! Qu'est-ce qui vaut mieux pour toi ? Être prêtre de la famille d'un seul homme, ou prêtre d'une tribu et d'une famille en Israël ? Le prêtre fut très heureux de cette proposition. Il prit les statues et les idoles domestiques, et s'en alla avec cette troupe (Juges 18.11-20).
C'est pathétique. Les Danites volent donc les idoles de Mika et embarquent le pseudoprêtre qui appâté par le gain, et ayant sa vanité flattée vendrait sa propre mère. Il est en tout cas ravi de cet avancement de carrière. Mika va bien réagir en les poursuivant avec des voisins, mais devant la menace d'une troupe en armes, ils rebrousseront chemin sans trop insister.
Je continue plus loin en compressant jusqu'à la fin du chapitre.
C'est ainsi que les Danites enlevèrent ce que Mika avait fabriqué ainsi que son prêtre. Ensuite, ils allèrent attaquer Laïch et massacrèrent la population tranquille et vivant en sécurité qui s'y trouvait, puis ils mirent le feu à la ville. Les descendants de Dan rebâtirent la ville et s'y installèrent. Ils appelèrent la ville Dan, du nom de leur ancêtre Dan, le fils d'Israël. Ils érigèrent pour eux la statue sculptée et établirent Jonathan, fils de Guerchôm et petit-fils de Moïse, comme prêtre de la tribu des Danites. Ses descendants remplirent cet office jusqu'au temps où les gens de la région furent emmenés en captivité. Ils dressèrent donc pour eux la statue que Mika avait fabriquée, et elle y resta pendant tout le temps qu'il y eut un sanctuaire de Dieu à Silo (Juges 18.27-31).
Voilà l'histoire d'un massacre qui n'avait pas lieu d'être et qui, il faut bien le dire est révoltant. Toute une tribu accumule les fautes graves. Ces Danites ont non seulement abandonné le patrimoine que Dieu lui avait assigné, mais ils sont sanguinaires, et ils établissent en plus un culte tribal idolâtre avec un pseudoprêtre qu'ils ont récupéré en passant. La véritable identité du Lévite prêt à toutes les compromissions est finalement révélée. On découvre avec horreur qu'il s'agit du petit-fils même de Moïse. Il ne se sent pas du tout gêné de violer les commandements de l'Éternel promulgués par son grand-père.
Le texte met en parallèle le faux sanctuaire de la tribu de Dan avec le légitime qui est dans la ville de Silo. Décidément, lorsqu'ils seront punis par l'Éternel, les Danites n'auront que ce qu'ils méritent, car ils ne valent pas un sou de plus que les Cananéens. Cet épisode lamentable depuis Mika jusqu'aux Danites révèle la déchéance religieuse d'Israël, qui se produisit dès la deuxième génération après Moïse. C'est lui qui en tant que porte-parole de l'Éternel avait donné la Loi dont les commandements :
Tu n'auras pas d'autre dieu que moi. Tu ne te feras pas d'idole ni de représentation quelconque de ce qui se trouve en haut dans le ciel, ici-bas sur la terre, ou dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant de telles idoles et tu ne leur rendras pas de culte, car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu qui ne tolère aucun rival : je punis les fils pour la faute de leur père, jusqu'à la troisième, voire la quatrième génération de ceux qui me haïssent (Exode 20.3-5).
Le peuple de Dieu est à tel point imprégné de superstitions païennes qu'il y associe le nom de l'Éternel, ce qui lui vaudra toutes les malédictions prévues par la Loi de Moïse, dont la déportation et la captivité. La situation s'est tellement dégradée qu'Israël ne peut plus se passer d'une autorité forte capable de mettre fin à ces abus qui sapent les bases de sa vie sociale et religieuse.
Voyez-vous, la moralité compte. Sans foi, on devient sans loi ; l'une est à la base de l'autre. De nos jours, dans les pays démocratiques, les autorités ont fort à faire avec les délinquants petits et grands. On a tout essayé, de la bienveillance qui excuse tout à la répression, mais rien n'y fait. Tant que les législateurs refuseront de comprendre qu'il leur faut adjoindre la foi à la loi, ce problème dit de société ne disparaîtra pas.