Chapitre 11
Versets 36-38
Le chef Jephté dont j'ai parlé, est un personnage pittoresque et important dans l'histoire des Juges. Malheureusement, il a été victime de sa langue en faisant un vœu stupide, une promesse à Dieu, qu'il a certes tenue, mais qui lui a coûté ce qu'il avait de plus cher. Un passage des livres poétiques concernant les vœux dit ceci :
Ne te presse pas d'ouvrir la bouche et ne te laisse pas entraîner par ton cœur à formuler hâtivement des promesses en présence de Dieu, car Dieu est au ciel, et toi tu es sur la terre. Que tes paroles soient donc peu nombreuses. En effet, de même que les rêves naissent de la multitude des occupations, de même un flot abondant de paroles engendre des propos inconsidérés. Si tu as fait un vœu à Dieu, accomplis-le sans tarder, car les insensés déplaisent à Dieu. Ce que tu as promis, tiens-le. Il vaut mieux ne pas faire de vœu qu'en faire et ne pas s'en acquitter (Ecclésiaste 5.1-4).
Jephté, qui était né bâtard, n'a jamais eu de descendance. Or à cette époque, c'était une catastrophe que de disparaître sans laisser de traces, c'est-à-dire sans héritiers. Ce chef juge est très différent des précédents qui avaient des gosses, en veux-tu en voilà.
Versets 39-40
Je finis le chapitre 11.
À la fin des deux mois, elle revint auprès de son père, et il accomplit envers sa fille, qui était vierge, le vœu qu'il avait fait. C'est là l'origine de la coutume qui s'établit en Israël : chaque année les jeunes filles s'en vont pendant quatre jours pour célébrer la fille de Jephté, le Galaadite (Juges 11.39-40).
Cette histoire fut à l'origine d'une coutume locale suivie par les jeunes filles qui faisaient une retraite annuelle, en quelque sorte, pour honorer et célébrer la fille unique de Jephté qui n'a pas eu le droit de se marier.
Chapitre 12
Versets 1-3
Ceci nous conduit au chapitre 12 qui continue et finit l'histoire de Jephté, mais qui commence avec du déjà-vu sauf que ça se termine très mal. Je commence à lire.
Les hommes de la tribu d'Éphraïm se rassemblèrent, ils se rendirent à Tsaphon, et ils dirent à Jephté : Pourquoi es-tu allé combattre les Ammonites sans nous avoir appelés pour aller au combat avec toi ? Nous allons brûler ta maison sur toi. Jephté leur répondit : J'étais engagé, moi et mon peuple, dans un grand conflit avec les Ammonites et lorsque je vous ai appelés à l'aide, vous n'êtes pas venus à mon secours contre eux. Quand j'ai vu qu'il ne fallait pas compter sur vous, je suis allé seul combattre les Ammonites au risque de ma vie et l'Éternel m'a donné la victoire sur eux. Pourquoi donc venez-vous aujourd'hui m'attaquer ? (Juges 12.1-3).
Décidément, les hommes d'Éphraïm sont plutôt du genre belliqueux. Ils avaient déjà cherché des noises à Gédéon parce qu'ils n'avaient pas été invités d'entrée de jeu à la partie de chasse aux Madianites. C'est parce que cette tribu prétendait à la direction d'Israël qu'elle faisait un mauvais cas de jalousie maladive qui sera plus tard à l'origine de la scission du royaume d'Israël en deux après les règnes de David et de son fils Salomon.
Maintenant, ces hommes d'Éphraïm s'en prennent à Jephté pour les mêmes raisons. Ce dernier tente de régler ce conflit diplomatiquement comme il avait essayé de le faire avec les Ammonites. Il leur fait remarquer que ce sont eux qui ont choisi de ne pas venir. Ces renseignements n'apparaissent pas auparavant dans la narration, car seuls sont cités les territoires qui se sont joints à la bataille.
Versets 4-6
Je continue en compressant.
Puis Jephté mobilisa tous les hommes de Galaad et combattit ceux d'Éphraïm qui leur avaient dit : Vous, les gens de Galaad, vous n'êtes que des fuyards d'Éphraïm passés en Manassé. Les hommes de Galaad battirent ceux d'Éphraïm et leur coupèrent la retraite en occupant les gués du Jourdain menant à Éphraïm. Quand l'un des fuyards d'Éphraïm voulait traverser la rivière, les hommes de Galaad lui demandaient s'il venait d'Éphraïm. S'il répondait : « Non », ils lui ordonnaient de prononcer le mot Chibboleth. S'il disait : « Sibboleth », parce qu'il n'arrivait pas à le prononcer comme eux, ils le saisissaient et l'exécutaient près des gués du Jourdain. Quarante-deux mille hommes d'Éphraïm périrent en cette circonstance (Juges 12.4-6).
Et voilà une autre guerre civile qui coûte la vie à 42 000 hommes pour une de la fierté mal placée. Ce fut cher payé leur jalousie maladive. Les fuyards n'arrivaient pas à prononcer correctement le mot hébreu pour torrent. Ils trahissaient leur identité en répondant avec leur accent régional. En cette période des Juges, la condition des descendants d'Abraham était plus que lamentable. Ils se trouvaient au même niveau que toutes les autres populations de la région : idolâtrie à gogo et guerres incessantes pour défendre la petite gloire personnelle de quelques despotes.
Versets 7-10
Je continue.
Après avoir été chef en Israël pendant six ans, Jephté de Galaad mourut et fut enterré dans l'une des villes de Galaad. Après lui, Ibtsân de Bethléhem fut chef en Israël. Il eut trente fils et trente filles qu'il maria avec des filles et des fils étrangers. Après avoir dirigé Israël pendant sept ans, il mourut et fut enterré à Bethléhem (Juges 12.7-10).
Après avoir vaincu Éphraïm, Jephté devint juge jusqu'à sa mort. Suit alors un illustre inconnu, mais plutôt prolifique. Son souci égocentrique était d'étendre son influence en établissant des alliances par mariage avec des nobles hors de son clan, et de fonder ainsi une dynastie. Mais la magistrature de l'un et de l'autre fut relativement de courte durée. Leurs lieux d'ensevelissement sont mentionnés parce que cela se faisait en grande pompe, avec tout l'honneur qui était dû à leur rang.
Versets 11-15
Je continue jusqu'à la fin de ce chapitre.
Après lui, Élôn de la tribu de Zabulon fut chef en Israël pendant dix ans. À sa mort, il fut enterré à Ayalôn dans le territoire de Zabulon. Après lui, Abdôn, fils de Hillel, de Piratôn, fut chef en Israël pendant huit ans. Il eut quarante fils et trente petits-fils qui montaient soixante-dix ânons. Lorsqu'il mourut, il fut enterré à Piratôn sur la montagne des Amalécites dans le territoire d'Éphraïm (Juges 12.11-15).
Cet Abdôn est encore un homme à qui la richesse et le statut ont monté à la tête. Il multiplie le nombre de ses femmes qui lui donnent des fils, puis des petits-fils. Il y ajoute 70 ânons qui à l'époque étaient une monture digne d'un prince. Tout cela est fastidieux et présente assez peu d'intérêt. C'est justement cela qui est remarquable, la déroute spirituelle et l'insignifiance d'Israël qui se confond totalement avec le paysage idolâtre cananéen.
Depuis le chef juge Jephté, on constate un déclin net de l'état général d'Israël qui n'était déjà pas bien brillant. Ainsi, lors du cycle qui l'a fait intervenir, ce n'est pas l'Éternel qui l'a choisi comme libérateur, mais les notables des tribus situés à l'est du Jourdain. Ils furent obligés de se livrer à des tractations humiliantes avec un bâtard qu'ils avaient expulsé de leur communauté. Jephté a pris sa revanche en exigeant d'eux un chèque en blanc, le pouvoir politique. Ce n'est qu'à ce prix qu'il a consenti à conduire l'action militaire contre les Ammonites.
Néanmoins, l'Esprit de l'Éternel est venu sur lui et ce chef juge a montré des qualités certaines. Ainsi, il a commencé par négocier une paix sans compromission, ensuite il a conduit avec panache une campagne militaire victorieuse, et enfin il a respecté ses engagements envers l'Éternel. Cependant, c'est un individu bourru : son vœu empreint de superstition païenne ajouté à sa méconnaissance de la Loi l'a conduit dans une impasse. Après quoi, ses habitudes de hors-la-loi l'ont poussé à une guerre fratricide et sanglante contre la tribu d'Éphraïm. Après lui viennent trois juges qui sont tellement ternes et sans couleur spirituelle qu'ils ne méritent pas le titre de chef.
Chapitre 13
Verset 1
Tout cela nous conduit au chapitre 13 avec l'histoire de Samson qui a inspiré les cinéastes. Je commence à lire.
Les Israélites recommencèrent à faire ce que l'Éternel considère comme mal, et l'Éternel les livra au pouvoir des Philistins pendant quarante ans (Juges 13.1).
La spirale descendante et monotone d'Israël conduit à la septième apostasie. Elle ouvre la voie à une nouvelle et longue période d'oppression qui en gros couvre les 40 années de vie de Samson dont les 20 ans de son activité en tant que chef juge. Les Philistins venus de Crète étaient déjà présents sur les bords de la Méditerranée, au sud-est du pays, mais ils arrivèrent en masse aux environs des années 1200 av. J-C. Ils établirent alors une confédération de 5 villes.
Verset 2
Je continue.
À Tsorea vivait un homme de la tribu de Dan appelé Manoah. Sa femme était stérile et n'avait jamais pu avoir d'enfant (Juges 13.2).
Cette ville se trouve à 20 km à l'ouest de Jérusalem. À l'origine, elle avait été attribuée aux descendants de Dan. Cependant, la majorité d'entre eux était partie à la recherche d'une terre plus hospitalière dans le nord du pays. Après quoi, cette ville revint à Juda, mais sa population comprenait des membres des deux tribus.
Versets 3-5
Je continue.
Un jour, l'ange de l'Éternel apparut à cette femme et lui dit : Tu es stérile et tu n'as jamais eu d'enfant. Pourtant, tu vas être enceinte et tu donneras le jour à un fils. À partir de maintenant, prends bien garde de ne boire ni vin, ni autre boisson alcoolisée et de ne rien manger qui soit rituellement impur. Car tu vas être enceinte et tu mettras au monde un fils. Ce garçon sera consacré à Dieu dès le sein maternel : jamais il ne devra se couper les cheveux ou la barbe. C'est lui qui commencera à délivrer Israël des Philistins (Juges 13.3-5).
Il ne semble pas que cette fois-ci, les Israélites ont crié à l'Éternel pour être délivrés de leurs oppresseurs. L'expérience de leurs ancêtres en Égypte ne leur ayant pas suffi, ils étaient redevenus esclaves et s'en accommodaient plutôt bien. Pourtant, la situation était catastrophique. Les Philistins, nombreux, bien armés et organisés autour de leurs 5 princes, faisaient peser une lourde menace sur l'indépendance d'Israël.
Alors, c'est Dieu lui-même qui prend l'initiative en vue de la reconquête du Pays promis qu'Israël était en train de perdre. L'enfant à naître va faire l'objet d'une consécration à Dieu qui est inhabituelle. La mère est tenue d'observer les règles qui géraient le vœu de naziréat qui était en principe volontaire et pour une durée limitée. Il comportait plusieurs restrictions : la pureté rituelle, l'abstention d'alcool et de tout produit dérivé de la vigne, ne se couper aucun poil, et ne pas toucher de cadavres. La seule condition qui est spécifiquement mentionnée pour Samson est celle de ne pas couper ses cheveux et sa barbe durant toute sa vie.
Versets 6-25
Je continue plus loin jusqu'à la fin du chapitre.
La femme donna naissance à un fils et elle l'appela Samson. L'enfant grandit et l'Éternel le bénit. L'Esprit de l'Éternel commença à le pousser à l'action lorsqu'il était à Mahané-Dan entre Tsorea et Echtaol (Juges 13.24-25).
Cette naissance surnaturelle est l'accomplissement de la promesse faite par l'Éternel aux parents. Elle montre bien que c'est Dieu qui suscite ce libérateur exceptionnel à son peuple à cause de la gravité de la situation. Le nom Samson est tiré du mot pour soleil ; ce choix reflète la joie des parents privés jusque-là de toute descendance. Il va commencer son action de libérateur, non pas à la tête d'une armée, mais seul comme un champion de son peuple. L'Esprit de Dieu lui donnait une force surhumaine et le rendait invincible tant qu'il ne se coupait pas les cheveux. À côté de ça, c'était un grand dévergondé.
Chapitre 14
Versets 1-4
Nous voici arrivés au chapitre 14 qui continue le récit de Samson et décrit ses hauts faits qui, je le rappelle, sont exclusivement dus à la présence de l'Esprit de l'Éternel sur lui. La souveraineté divine va apparaître tout au long de la vie de cet homme qui n'avait rien de vertueux, tant s'en faut. Je commence à lire.
Un jour, Samson se rendit à Timna, il y remarqua une jeune fille philistine. À son retour, il raconta la chose à ses parents et leur dit : J'ai remarqué une femme parmi les Philistines et je voudrais que vous alliez la demander en mariage pour moi. Ses parents lui répondirent : Est-ce qu'il n'y a pas de jeune fille dans ta tribu ou dans les autres tribus de notre peuple, pour que tu ailles chercher une épouse chez ces Philistins incirconcis ? Mais Samson dit à son père : C'est elle que je juge bon de prendre, va la demander pour moi ! Ses parents ne savaient pas que cela était dirigé par l'Éternel, car il cherchait une occasion de conflit avec les Philistins. En effet, en ce temps-là, les Philistins dominaient sur Israël (Juges 14.1-4).
À cette époque, c'était le père de famille qui entreprenait la démarche de demande en mariage et parfois choisissait l'épouse. Cependant, les Philistins ayant adopté les dieux cananéens, une telle union n'était pas permise par la Loi de Moïse, d'où l'inquiétude des parents. Samson n'a pas fini de leur en faire voir de toutes les couleurs, des vertes et des pas mûres. En réalité, cette liaison normalement interdite est voulue par l'Éternel qui prépare un guet-apens en utilisant l'appétit sexuel de notre héros pour accomplir son objectif, celui d'affaiblir les Philistins.
Versets 5-7
Je continue.
Samson se rendit donc avec son père et sa mère à Timna. Quand ils arrivèrent près des vignobles de la ville, tout à coup un jeune lion marcha sur lui en rugissant. Alors l'Esprit de l'Éternel fondit sur lui et, les mains nues, Samson déchira le lion en deux, comme on le fait d'un chevreau. Il se garda de raconter la chose à ses parents. Ensuite, il alla faire sa déclaration à la femme qui lui plut beaucoup (Juges 14.5-7).
Avec Samson, il va y avoir des drôles d'histoires. Ses parents l'ont précédé pour aller faire les transactions de mariage. Il flâne en route quand un des nombreux lions qui vivaient en Palestine à cette époque a la très mauvaise idée d'attaquer Samson. Mal lui en a pris, car c'est là que se termina sa carrière de roi des animaux. Comme si rien ne s'était passé, Samson continue son chemin et va faire la connaissance de sa belle qu'il avait jusqu'à présent seulement aperçue.
Versets 8-9
Je continue.
Lorsqu'il revint, quelque temps après, pour l'épouser, il fit un détour pour aller voir le cadavre du lion, et voici qu'il trouva dans la carcasse un essaim d'abeilles et du miel. Il en prit dans ses mains et, tout en marchant, il en mangea. Lorsqu'il eut rejoint ses parents, il leur en offrit, sans leur indiquer qu'il avait recueilli ce miel dans le cadavre du lion (Juges 14.8-9).
À cette époque, le mariage se faisait en deux temps. Il y avait tout d'abord les tractations légales et monétaires qui scellaient l'alliance. Ensuite, environ un an plus tard, avaient lieu la cérémonie proprement dite et le début de la cohabitation des époux. C'est là que nous en sommes. Mais alors qu'il se rend chez sa dulcinée, il fait un détour pour voir les restes du lion qu'il avait coupé en deux. Sa chair avait été consommée par les charognards et il ne restait plus que les os blanchis par le soleil d'Orient. C'est à l'intérieur du squelette que s'était installé un essaim d'abeilles.
En effet, celles-ci ne s'établissent pas dans un cadavre en putréfaction. La conduite de Samson est difficile à comprendre. De temps en temps, il se met au service de Dieu qui se saisit de lui pour infliger une sévère défaite aux Philistins, les ennemis d'Israël. Mais à côté de ça, cet homme se comporte comme une brute sans foi ni loi. Invincible de naissance, il utilise ce don pour satisfaire ses passions. Bien sûr, il n'est pas le seul à utiliser son potentiel pour s'autosatisfaire. Tout le monde porte cette tare. En fait l'égoïsme, la convoitise, ce désir de s'élever en possédant, est la plaie de la race humaine. C'est sans aucun doute la raison pour laquelle Jésus a dit à ceux qui voulaient le suivre, et je le cite :
Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple (Luc 14.33).