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Diffusé le 14 mars 2008 - ::
Je commence à lire.
Les Israélites firent de nouveau ce que l'Éternel considère comme mal, de sorte que l'Éternel les livra au pouvoir des Madianites pendant sept ans. L'oppression des Madianites fut si dure que les Israélites s'aménagèrent des abris dans les cavernes, les grottes et les endroits escarpés des montagnes (Juges 6.1-2).
Bien sûr, le cycle commence comme d'habitude par l'idolâtrie des Israélites. C'est une vieille rengaine et on a la fâcheuse impression que le disque est raillé. Les Madianites étaient un peuple de nomades qui avaient pour ancêtre Abraham par sa seconde femme. Ils étaient des ennemis séculaires d'Israël. Avant sa mort, Moïse reçut l'ordre de l'Éternel de les punir et ils furent alors décimés. Mais cela faisait plus de 2 siècles de cela et les voilà qui refont surface plus hargneux que jamais. Ils apparaissent toujours en cheville avec un autre peuple ; cette fois-ci, c'est avec les Amalécites.
Eux, ce sont des cousins proches d'Israël, mais aussi leurs ennemis jurés. Ils avaient attaqué l'arrière-garde du peuple alors qu'il venait tout juste de sortir d'Égypte. Ils s'étaient récemment allié au roi moabite Églôn qui fut tué par le juge-chef Éhoud dont j'ai parlé. Au fil des siècles, ils ont subi plusieurs défaites cuisantes aux mains des Israélites et furent finalement exterminés par Saül, le premier roi d'Israël.
Je continue.
Chaque fois que les Israélites avaient ensemencé leurs champs, les Madianites venaient les attaquer avec les Amalécites et d'autres tribus nomades de l'Orient. Ils établissaient leur campement dans le pays et détruisaient les récoltes jusqu'aux abords de Gaza. Ils ne laissaient aux Israélites ni vivres, ni moutons, ni bœufs, ni ânes. En effet, ils arrivaient en grand nombre, comme des sauterelles, avec leurs troupeaux et leurs tentes. Eux et leurs chameaux étaient innombrables, et ils envahissaient le pays pour le ravager. Les Israélites furent réduits à une grande misère par les Madianites et ils implorèrent l'Éternel (Juges 6.3-6).
Ces deux peuples alliés étaient nombreux et voraces. Chaque fois qu'il y avait une récolte en vue, ils arrivaient en bandes de maraudeurs et pillaient tout ce qu'ils trouvaient, y compris le bétail. Les Israélites étaient faibles à cause de leur idolâtrie et ne pouvaient donc se défendre. Périodiquement, ils devaient abandonner leurs bourgades situées dans la plaine pour se réfugier dans les montagnes. Leur vie était rude. Comme ces pillards utilisaient des chameaux, ils pouvaient parcourir 150 km par jour, ce qui les rendait d'autant plus redoutables.
Dans leur détresse, les Israélites se souviennent du Dieu de leurs pères et l'implorent selon le cycle habituel. Cependant, ils ne font même plus le lien entre leur détresse et l'abandon de l'Éternel. Il faudra qu'un prophète vienne leur mettre les points sur les « I ».
Je continue.
Lorsque les Israélites implorèrent l'Éternel à cause des Madianites, il leur envoya un prophète qui leur dit : Voici ce que déclare l'Éternel, le Dieu d'Israël : « C'est moi qui vous ai fait sortir d'Égypte, de ce pays où vous étiez réduits à l'esclavage. Je vous ai délivrés des Égyptiens et de tous ceux qui vous opprimaient : je les ai chassés devant vous et je vous ai donné leur pays. Je vous ai dit : Je suis l'Éternel votre Dieu ; ne vénérez pas les dieux des Amoréens dont vous habitez le pays. Mais vous ne m'avez pas écouté » (Juges 6.7-10).
Ce message est similaire à celui de l'Ange de l'Éternel au début du livre après que toutes les tribus aient désobéi aux ordres de Dieu. Les Israélites préféraient asservir les Cananéens à des fins mercantiles plutôt que de les chasser. Dans la foulée, ils ont aussi commencé à adopter leurs coutumes idolâtres.
Je continue le texte.
L'ange de l'Éternel vint s'asseoir sous le chêne qui se trouvait à Ophra dans la propriété de Joas, un homme de la famille d'Abiézer. Gédéon, un fils de Joas, était en train de battre le blé dans le pressoir à raisin pour le cacher des Madianites. L'ange de l'Éternel lui apparut et dit : L'Éternel est avec toi, vaillant guerrier ! (Juges 6.11-12).
Le pressoir utilisé par Gédéon était une cave creusée dans le sol pour fouler le raisin ; il s'en sert pour battre un peu de blé en cachette des maraudeurs. Cette forme de battage était employée pour de faibles quantités. D'habitude, ce travail était fait à l'aide de bœufs et une herse sur une aire en altitude afin de profiter du vent qui emportait la balle. Mais ici, les Israélites ont peu à battre à cause des incursions des Madianites. L'Ange de l'Éternel apparaît sous la forme d'un pèlerin de passage qui vient rendre visite à Gédéon.
En le qualifiant de vaillant guerrier, il se moque un peu de lui, car il était planqué sous terre pour se cacher des Madianites. Mais en même temps, l'Ange est sérieux et annonce la raison de sa visite. Il prophétise la délivrance que Dieu va accorder à son peuple sous la direction de Gédéon. Ce dernier était de la tribu de Manassé qui vivait dans une plaine fertile aux pieds des montagnes. Ce sont apparemment ces Israélites qui étaient la cible privilégiée des pilleurs de récoltes.
Je continue.
Gédéon lui répondit : De grâce, mon seigneur, si l'Éternel est avec nous, pourquoi tant de malheurs s'abattent-ils sur nous ? Où sont donc tous ces prodiges que nos pères nous ont racontés en nous disant que l'Éternel nous a fait sortir d'Égypte ? En réalité, l'Éternel nous a abandonnés et nous a livrés au pouvoir des Madianites. Alors l'Éternel se tourna vers lui et dit : Va avec cette force que tu as, et délivre Israël des Madianites. N'est-ce pas moi qui t'envoie ? (Juges 6.13-14).
Ne te moque pas de moi, lui répond Gédéon, je n'ai pas le cœur à plaisanter parce que l'Éternel nous a abandonnés. Là, il se trompe complètement, car ce sont les Israélites qui ont dédaigné leur Dieu en l'offensant par leur idolâtrie, et pas le contraire. Cependant, il est tout aussi vrai que l'Éternel n'accordait plus sa bénédiction à son peuple, mais il ne l'avait pas délaissé pour autant ; la preuve il vient chercher Gédéon pour les délivrer. L'Ange révèle alors son autorité divine en ordonnant à Gédéon de passer à l'action. Cet incident fait penser à Moïse lorsque l'Éternel lui était apparu dans le buisson ardent et lui avait dit :
Va donc maintenant : je t'envoie vers le pharaon, pour que tu fasses sortir d'Égypte les Israélites, mon peuple (Exode 3.10).
Je continue.
Mais Gédéon répliqua : De grâce, mon Seigneur ! Avec quoi pourrais-je délivrer Israël ? Ma famille est peu importante dans la tribu de Manassé, et moi je suis le plus jeune des fils de mon père. L'Éternel lui répondit : Je serai avec toi, c'est pourquoi tu battras les Madianites tous ensemble (Juges 6.15-16).
Gédéon a froid dans le dos à la pensée d'attaquer les Madianites ; ses genoux jouent des castagnettes. Il est sûr qu'il signera son arrêt de mort. Il faut se mettre à sa place. Alors, il répond quelque chose comme ça : Je n’en crois pas mes oreilles. Il n'est pas possible que tu sois en train de me demander une chose pareille. Nous vivons dans la peur et devons nous cacher. Notre tribu n'a rien de remarquable, ma famille est insignifiante et je suis le plus petit de tous. Tu t'es trompé, car tu as choisi le plus petit galet de la plage en venant t'adresser à moi.
Néanmoins, on sent de l'hésitation chez Gédéon. Par son vocabulaire en hébreu, il commence à prendre conscience de la nature extraordinaire de son visiteur. Mais comme Moïse en son temps, il cherche des excuses pour ne pas se retrouver en guerre contre un ennemi supérieur. On peut se demander pourquoi l'Éternel a choisi Moïse ou Gédéon qui ne demandaient rien à personne et qui n'avaient surtout pas envie de se battre. Dans le Nouveau Testament, l'apôtre Paul fait état d'un grand principe divin. Dieu ne choisit pas en fonction de critères humains. Il n'a que faire de ceux qui se croient forts ou talentueux. Je cite le passage :
Considérez donc votre situation, frères : qui êtes-vous, vous que Dieu a appelés à lui ? On ne trouve parmi vous que peu de sages selon les critères humains, peu de personnalités influentes, peu de membres de la haute société ! Non ! Dieu a choisi ce que le monde considère comme une folie pour confondre celles qui se prétendent sages, et il a choisi ce qui est faible pour couvrir de honte les puissants. Dieu a porté son choix sur ce qui n'a aucune noblesse et que le monde méprise, sur ce qui est considéré comme insignifiant, pour réduire à néant ce que le monde estime important. Ainsi, aucune créature ne pourra se vanter devant Dieu (1Corinthiens 1.26-29).
C'est en raison de leur insignifiance que la plupart des prophètes et des personnages bibliques de haute stature furent choisis par l'Éternel. Ceci est vrai aussi bien dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament. Les apôtres, par exemple, ont cheminé pendant 3 ans avec Jésus ; ils l'ont vu à l'œuvre jour et nuit, mais n'ont jamais compris sa mission. Pierre, leur porte-parole, se mettait dans des situations impossibles parce qu'il parlait toujours avant de réfléchir. Quant à ceux que Dieu a choisis alors qu'ils se croyaient les maîtres du monde ou qui avaient une position privilégiée, ils ont dû passer par des épreuves terribles et humiliantes avant que le Seigneur ne les utilise à son service.
Ce fut le cas de Moïse élevé à la cour de pharaon, et de Saul de Tarse qui devint le grand apôtre Paul. C'est vrai que ce dernier comme tant d'autres fut exécuté sur l'ordre de l'empereur Néron. Selon toute apparence, ce despote avait gagné. Mais l'histoire a rendu son jugement. On appelle son fils Paul et son chien Néron. Nous aurons l'occasion de rencontrer un à un, tous ces grands hommes au fil des pages des Textes Sacrés.
Je continue le texte.
Gédéon lui dit : Eh bien, si réellement tu m'accordes ta faveur, prouve-moi par un signe que c'est bien toi qui me parles. Ne t'éloigne pas d'ici, je te prie, avant que je sois revenu vers toi avec une offrande que je te présenterai. J'attendrai ton retour, lui dit-il. Gédéon rentra chez lui, apprêta un jeune chevreau et prépara des pains sans levain avec trente kilos de farine. Il mit la viande dans une corbeille et le jus dans un pot, puis il apporta le tout à l'ange de Dieu qui se tenait sous le chêne et le lui offrit. L'ange de Dieu lui dit : Prends la viande et les pains sans levain et dépose-les sur ce rocher, puis verse le jus par-dessus. Gédéon obéit. L'ange de l'Éternel avança le bout du bâton qu'il tenait en main et en toucha la viande et les pains sans levain. Une flamme jaillit du rocher et consuma la viande et les pains sans levain. Puis l'ange de l'Éternel disparut à ses yeux (Juges 6.17-21).
Gédéon n'est pas encore sûr de l'origine exacte de cet homme, alors il demande à voir sa carte d'identité. Moïse avait également bénéficié de preuves tangibles de la présence et de la puissance de l'Éternel. Il veut des preuves. Mais en attendant, et selon les règles d'hospitalité orientale, il prépare un festin. On constate que malgré les temps difficiles qui sévissent Gédéon s'en tire plutôt bien, car la quantité de victuailles qu'il apprête est impressionnante. Cependant, il ne s'attendait pas à ce que son hôte transforme son offrande en holocauste. Mais c'est là le signe qu'il demandait, car ce brasier est la preuve que Dieu est à l'œuvre et présent aux côtés de Gédéon.
Je continue.
À ce moment, Gédéon reconnut que c'était l'ange de l'Éternel et il s'écria : Malheur à moi, Seigneur Éternel ! Car j'ai vu l'ange de l'Éternel face à face. Mais l'Éternel lui dit : Rassure-toi, n'aie pas peur, tu ne mourras pas. Gédéon construisit à cet endroit un autel à l'Éternel et il l'appela « L'Éternel assure la paix ». Cet autel existe encore aujourd'hui à Ophra, un village du groupe familial d'Abiézer (Juges 6.22-24).
Il est vrai qu'on ne peut voir Dieu et vivre ; l'Éternel avait dit à Moïse :
Tu ne pourras pas voir ma face, car nul homme ne peut me voir et demeurer en vie (Exode 33.20).
Cependant, ce brave Gédéon n'a pas l'air de connaître l'histoire de ses ancêtres fondateurs d'Israël. En effet, Abraham avait lui aussi vu l'Ange de l'Éternel sous forme humaine, et Jacob avait même lutté contre lui pour ensuite affirmer :
J'ai vu Dieu face à face et j'ai eu la vie sauve (Genèse 32.31).
C'est la manifestation du Créateur dans sa gloire que l'homme ne peut voir, mais une simple représentation visible ne dévoile rien de sa personne. Cela dit, Dieu rassure quand même Gédéon qui décidément ne s'attendait pas à une journée aussi chargée d'émotions fortes. Le texte ne précise pas la méthode par laquelle l'Éternel s'adressait à Gédéon.
Je continue.
La nuit suivante, l'Éternel dit à Gédéon : Prends le jeune taureau de ton père et le second, celui de sept ans. Démolis l'autel de Baal qui est à ton père et abats le poteau sacré qui est dressé à côté. Puis tu bâtiras un autel bien aménagé à l'Éternel ton Dieu au sommet de cette colline. Tu prendras le second taureau et tu l'offriras en holocauste, en utilisant comme combustible le bois du poteau sacré que tu auras abattu. Gédéon prit dix hommes parmi ses serviteurs et fit ce que l'Éternel lui avait demandé, mais comme il n'osait pas agir en plein jour par crainte de sa famille et des habitants du village, il opéra de nuit (Juges 6.25-27).
La mission de Gédéon commence par l'exécution d'un ordre auquel Israël avait désobéi, celle de détruire les formidables structures qui constituaient les autels consacrés aux idoles cananéennes. C'était une entreprise colossale, et c'est pour ça qu'il a besoin de 10 serviteurs pour l'aider. Le texte mentionne bien que Gédéon avait la peur au ventre. Il se sentait très mal dans ses souliers alors qu'il démolissait l'autel du village. Cependant, il faut aussi noter que malgré sa frayeur il a obéi, de nuit certes, mais obéi quand même. De plus, de jour, les villageois se seraient interposés essayant avec violence de l'empêcher d'effectuer ce travail. La situation aurait alors mal tourné et immanquablement conduit à une confrontation meurtrière avec l'intervention probable de l'Éternel et la mort de tous les idolâtres israélites, y compris la famille de Gédéon.
La déchéance spirituelle avait contaminé tout le monde, même ses proches, le village et la majorité d'Israël. Les deux principales divinités cananéennes étaient Astarté, déesse de la fécondité et de la guerre, et son mari Baal, le maître des orages qui assurent les pluies nécessaires aux récoltes. Ces deux idoles étaient censées assurer la fertilité du sol, des bêtes et des hommes en réponse à des rites comme la prostitution sacrée, l'homosexualité, la bestialité, l'automutilation ainsi que des sacrifices humains. Le poteau sacré est le symbole de la déesse de la mer Achéra, une des dames de compagnie d'Astarté, pourrait-on presque dire.
Une fois la démolition accomplie, Gédéon doit aussi construire un autel bien aménagé, c'est-à-dire avec des pierres comme base et du bois posé dessus. Tous ces matériaux seront fournis par les restes de l'ouvrage consacré aux faux dieux. Le taureau qui était engraissé depuis 7 ans et réservé pour l'idole Baal devient un holocauste offert à l'Éternel. Gédéon s'inscrit dans la pure lignée de Moïse et de Josué, des hommes qui démontrèrent leur foi en s'appuyant sur l'Éternel. Il dénonce et s'attaque de front à une idolâtrie des plus grossières à laquelle s'adonnait Israël, une véritable honte. Son courage fut sans limites, simplement parce qu'il mit sa confiance en Dieu.