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Émission 314 - Juges 4:4 - 5:31

Diffusé le 13 mars 2008 - ::

Chapitre 4

Versets 4-7

Nous sommes à la veille d'une campagne militaire. Débora la prophétesse a sommé à un dénommé Baraq de prendre la tête des troupes et de délivrer Israël de ses oppresseurs. Ce personnage, dont on connaît peu de choses, était peut-être tranquillement occupé dans sa vigne et voilà qu'il reçoit une invitation pour aller au casse-pipes. Il veut bien s'y rendre, mais à une condition.

Versets 8-9

Je continue la lecture du chapitre 4 du livre des Juges.

Baraq répondit à Débora : Si tu m'accompagnes, j'irai ; mais si tu ne viens pas avec moi, je n'irai pas. Soit, lui répondit-elle, j'irai avec toi ; mais sache que ce n'est pas à toi que reviendra l'honneur de l'expédition que tu vas entreprendre, car c'est entre les mains d'une femme que l'Éternel livrera Sisera. Débora se mit donc en route pour se rendre avec Baraq à Qédech (Juges 4.8-9).

C'est cocasse. Baraq, un peu poltron, se cache dans les jupes d'une femme. Mais derrière les apparences se cachent d'autres réalités. Ce général malgré lui veut s'assurer du concours de l'Éternel dont Débora est le porte-parole, et ainsi également être en mesure de le consulter en cas de besoin. De plus, la présence de la prophétesse à ses côtés encouragera ses troupes à le suivre au combat. Ce n'est pas tout. Car même si ce Barak avait la peur au ventre, il a fait tout ce que Débora lui a ordonné. De plus, il fait partie des héros de la foi dont la liste est donnée dans le Nouveau Testament (Hébreux 11.32).

Versets 10-16

Je continue en compressant jusqu'à la fin du chapitre.

Celui-ci y convoqua les tribus de Zabulon et de Nephtali. Dix mille hommes le suivirent et Débora partit avec lui. Sisera fut informé que Baraq, fils d'Abinoam, était monté sur le mont Thabor. Il mobilisa toutes ses troupes et rassembla les neuf cents chars bardés de fer. Il achemina toute l'armée de Harocheth-Goïm vers le torrent du Qichôn. Alors Débora dit à Baraq : En avant ! C'est aujourd'hui que l'Éternel te donnera la victoire sur Sisera. Il marche lui-même devant toi. Baraq descendit du mont Thabor à la tête de ses dix mille hommes. Alors l'Éternel mit en déroute Sisera, ses chars et toutes ses troupes, par l'épée devant Baraq. Sisera lui-même abandonna son char et s'enfuit à pied. Mais Baraq poursuivit les chars et l'armée jusqu'à Harocheth-Goïm, et toutes les troupes de Sisera furent massacrées. Pas un homme n'échappa (Juges 4.10-16).

Des informations données dans le prochain chapitre permettent de comprendre comment la bataille décisive s'est passée. Un énorme orage providentiel a éclaté et la pluie torrentielle a gonflé le torrent de Qichôn qui est sorti de son lit et a inondé la plaine qui s'est transformée en marécage. Les chars de combat se sont alors embourbés et les Cananéens, pris de panique, se sont enfuis. Sisera, leur général, se sachant le point de mire de Baraq, prend lui aussi la fuite incognito. L'histoire n'est pas finie et se complique.

Verset 17

Je continue.

Sisera s'enfuit à pied jusqu'à la tente de Yaël, la femme de Héber, le Qénien, car la paix avait été conclue entre Yabîn roi cananéen de Hatsor et la famille de Héber (Juges 4.17).

Les Qéniens étaient traditionnellement alliés aux Israélites depuis l'époque de Moïse. Ils avaient suivi les Hébreux jusqu'en Canaan et avaient planté leurs tentes dans le sud du pays. Mais ce Héber avait émigré avec son clan dans le nord et s'était allié avec les Cananéens. Sa femme Yaël était tenue de respecter ce pacte. Le général Sisera se croyait donc en sécurité sous les tentes des Qéniens et surtout dans le quartier réservé aux femmes. Personne ne viendrait le chercher ici.

Versets 18-24

Je continue.

Yaël sortit à la rencontre de Sisera et lui dit : Entre, mon seigneur, retire-toi chez moi. Tu n'as rien à craindre ici. Il la suivit donc dans sa tente, et elle le recouvrit d'une couverture. Donne-moi, s'il te plaît, un peu d'eau à boire, lui dit-il, car j'ai soif. Elle ouvrit l'outre de lait, le fit boire et le recouvrit. Il ajouta : Va te poster à l'entrée de la tente, et si l'on vient te demander s'il y a quelqu'un ici, tu répondras : « Personne ! » Puis il s'endormit profondément car il était épuisé. Alors Yaël saisit un piquet de la tente, prit le marteau, se glissa doucement près de lui, et lui enfonça le piquet dans la tempe, et le piquet lui transperça la tête et se planta dans le sol, si bien qu'il mourut. Sur ces entrefaites survint Baraq poursuivant Sisera. Yaël sortit au-devant de lui et lui dit : Viens, je te montrerai l'homme que tu cherches. Il la suivit et vit Sisera mort, étendu sur le sol, la tempe transpercée du piquet. C'est ainsi que ce jour-là Dieu humilia Yabîn, le roi cananéen, devant les Israélites. Leur pression contre lui devint de plus en plus forte et ils finirent par l'éliminer (Juges 4.18-24).

Cet assassinat est une violation flagrante de la loi d'hospitalité, mais cette femme, qui est probablement israélite, reste fidèle à l'alliance ancienne des Qéniens avec son peuple. Son action, perpétrée au péril de sa vie, prouve qu'elle est aussi attachée à l'Éternel. Dieu passe avant son mari et ses accords de paix bidon. Cette défaite cananéenne fut telle qu'elle entraîna leur déclin au point où ils ne purent plus jamais menacer Israël.

Chapitre 5

Versets 1-5

Nous voici arrivés au chapitre 5, dont le thème est un hymne de triomphe. De tels cantiques datant entre le 15e et le 12e siècle av. J-C ont été retrouvés en Égypte et en Assyrie. Israël aimait commémorer ses victoires nationales par des chants. Débora l'a composé en tant que prophétesse, sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu. Je commence à lire en compressant.

En ce même jour, Débora chanta ce cantique avec Baraq, fils d'Abinoam : Bénissez l'Éternel : Voici qu'en Israël on a laissé flotter les chevelures, le peuple s'est offert pour le combat. Écoutez-moi, ô rois ! Prêtez l'oreille, ô princes ! Je veux chanter pour l'Éternel, je veux jouer de la musique en l'honneur du Dieu d'Israël. Ô Éternel, lorsque tu sortis de Séir, lorsque tu t'avanças depuis les champs d'Édom, la terre se mit à trembler et le ciel se fondit en eau : les nuées déversèrent une pluie abondante. Devant toi, Éternel, les montagnes ont vacillé, devant le Dieu du Sinaï, oui, devant l'Éternel, Dieu d'Israël (Juges 5.1-5).

Les paroles de cet hymne sont très simples, mais contiennent pas mal de symbolismes. Ainsi, la chevelure qui flotte au vent est un signe de consécration à l'Éternel. Le but du cantique est de rendre gloire à l'Éternel qui a donné la victoire à son peuple. C'est au travers des paroles de ce chant qu'on glane quelques informations regardant la bataille qui vient d'avoir lieu. Débora est une grande figure du livre des Juges, mais aussi la confirmation du déclin d'Israël. Car assurément, et qu'à nul ne déplaise, le ministère prophétique et de juge appartenait en priorité aux hommes. Mais lorsqu'ils ne se rendent pas accessibles à Dieu, alors il choisit une femme.

Versets 6-8

Je continue le texte.

Au temps de Chamgar, fils d'Anath, et au temps de Yaël, les routes étaient désertes, les voyageurs suivaient des sentiers détournés. Les villes d'Israël étaient abandonnées, la vie avait cessé. Alors, moi, Débora, je suis intervenue, je suis intervenue comme une mère pour Israël. Le peuple d'Israël s'est choisi d'autres dieux, et aussitôt, la guerre venait jusqu'à ses portes. Ils sont quarante mille soldats en Israël, mais pas un bouclier, pas une seule lance ! (Juges 5.6-8).

Les champs étaient à l'abandon parce que les habitants des villes de campagne dépourvues de murailles s'étaient enfuis pour chercher refuge derrière les remparts des cités fortifiées. C'est l'idolâtrie d'Israël qui était la cause de tant de malheurs. Tous les hommes israélites avaient caché leurs armes et ne cherchaient aucunement à se défendre contre les Cananéens qui venaient les narguer jusque devant les portes de leurs cités.

Versets 9-11

Je continue.

Mon cœur bat pour les chefs en Israël, ceux qui se sont offerts au sein du peuple pour le combat. Bénissez l'Éternel ! Vous tous qui chevauchez sur des ânesses blanches, vous qui êtes assis sur des tapis, et vous qui parcourez les chemins : pensez-y ! Écoutez comme ils chantent ceux qui font le partage de l'eau près des fontaines : ils chantent comment l'Éternel a fait justice, oui, comment il a fait justice par son gouvernement sur Israël, son peuple est descendu aux portes de la ville (Juges 5.9-11).

Débora rend grâce à Dieu pour les chefs et ceux parmi le peuple qui sont partis au combat. Toutes les composantes de la société, les hommes de guerre, les riches qui montent les ânesses blanches, les artisans qui sont assis sur des tapis et les pauvres qui se déplacent à pied sont invités à participer au chant de triomphe pour célébrer l'éclatante victoire que Dieu leur a accordée. À cette époque, les points d'eau étaient les lieux habituels de rassemblements et de la vie sociale. C'est là que les Israélites sont exhortés à se réjouir et entonner les louanges de l'Éternel pour ses bienfaits.

Versets 12-18

Je continue.

Debout ! Éveille-toi, Débora, interviens ! Debout, éveille-toi, entonne un chant de guerre ! Toi, Baraq, lève-toi, ramène tes captifs, ô fils d'Abinoam ! Voici qu'un faible reste a triomphé des grands, oui, le peuple de l'Éternel a maîtrisé pour moi les braves ! Ceux qui ont vaincu Amalec sont sortis d'Éphraïm. Benjamin t'a suivi, il est parmi tes troupes. De Makir sont venus ceux [de Manassé] qui ont commandé, et de Zabulon ceux qui tiennent le bâton de commandement. Les princes d'Issacar ont rejoint Débora, et toute sa tribu sur les pas de Baraq s'est précipitée dans la plaine. Dans les rangs de Ruben, on a délibéré et discuté sans fin. Pourquoi es-tu resté au milieu des enclos, écoutant bêler les troupeaux ? Dans les rangs de Ruben, on a délibéré et discuté sans fin ! Galaad est resté au-delà du Jourdain, et Dan n'a pas bougé d'auprès de ses vaisseaux. Aser est demeuré près du bord de la mer et il s'est cantonné auprès des ports paisibles. Zabulon est un peuple qui a bravé la mort, et Nephtali aussi, sur les hauteurs, dans la campagne (Juges 5.12-18).

Débora rend grâce à Dieu pour les tribus qui ont répondu à son appel en participant à l'effort de guerre. Elle en énumère six en tout. Elle s'adresse aussi aux quatre qui se firent remarquer par leur absence et qui auraient dû être de la partie : Ruben pour avoir trop tergiversé, et les tribus de Gad, Dan et Aser parce qu'elles ne se sentaient pas concernées. Les unes s'occupaient de leurs troupeaux et les autres faisaient du commerce. L'actuel port de Jaffa était dans le territoire de Dan.

Ces Israélites étaient indifférents à la nouvelle d'une campagne militaire imminente organisée par Débora la prophétesse contre leurs ennemis et ont refusé de se faire mobiliser. Juda et Siméon ne sont pas mentionnés soit parce que le sud était coupé du reste du pays par les Cananéens, soit parce qu'ils avaient déjà un autre chat à fouetter, étant aux prises avec les Philistins. Ceux-ci furent vaincus par le 3e juge-chef du nom de Chamgar.

Versets 19-22

Je continue.

Des rois ennemis vinrent et ils nous combattirent ; oui, ils nous combattirent, les rois de Canaan, à Taanak, tout près des eaux de Meguiddo ; mais ils n'ont emporté ni argent ni butin. Dans le ciel, même les étoiles ont pris part au combat ; du haut de leurs orbites, elles combattaient Sisera. Le torrent de Qichôn les a tous balayés, le torrent de Qichôn, celui des temps anciens. Marchons avec hardiesse ! Comme ils ont résonné, les sabots des chevaux qui martelaient le sol ! Au galop ! au galop ! Fuyez, puissants coursiers ! (Juges 5.19-22).

Les forces cananéennes étaient composées d'une confédération de rois de cités états qui étaient vassaux du suzerain Yabîn ; lui-même régnait sur la ville de Hatsor et son général était Sisera. Comme c'est l'Éternel qui avait ordonné cette guerre, il est intervenu de manière surnaturelle. Toutes les forces de la nature, en haut dans le ciel comme en bas sur terre, ont répondu à ses ordres, et se sont conjuguées pour balayer les Cananéens et tous leurs chars.

Versets 23-24

Je continue.

L'ange de l'Éternel dit : Maudissez Méroz ; maudissez, maudissez ses habitants : ils ne sont pas venus prêter main-forte à l'Éternel, prêter main-forte à l'Éternel au milieu de ses braves. Que Yaël soit bénie entre toutes les femmes, Yaël la femme de Héber le Qénien ! Oui, qu'elle soit bénie entre toutes les femmes qui vivent sous la tente (Juges 5.23-24).

S'exprimant au nom de l'Ange de l'Éternel, c'est-à-dire de Dieu lui-même, Débora maudit une ville par ailleurs inconnue, pour ne pas s'être dérangée et venir prêter main-forte aux combattants israélites. Dans les chapitres suivants, d'autres villes sont châtiées avec une grande sévérité pour des raisons similaires. La désertion, puisque c'est bien de cela qu’il s'agit, était passible de la peine capitale. Par contre, l'assassinat de Sisera par Yaël, la femme du Qénien, est loué. Son action, barbare à nos yeux, fait penser à un acte tout aussi brutal et pourtant bénéfique du temps de Moïse, il y a donc bien longtemps.

Tout le peuple était massé à l'entrée de la Terre promise et commença à fraterniser avec les habitants du coin ce qui leur était strictement interdit. Les Israélites organisèrent une immense partouze avec les filles moabites et madianites. C'est alors que le petit-fils du grand-prêtre Aaron s'était distingué aux yeux de Dieu. Je cite le passage.

À ce moment survint un Israélite amenant vers ses compatriotes une fille madianite, sous les yeux de Moïse et devant toute la communauté des Israélites qui pleuraient à l'entrée de la tente de la Rencontre. Voyant cela, Phinéas, fils d'Éléazar et petit-fils du prêtre Aaron, se leva du milieu de la communauté, saisit une lance et suivit cet Israélite jusque dans la partie arrière de sa tente. Là, il transperça tous les deux, l'homme et la femme, d'un coup en plein ventre. Et le fléau qui sévissait parmi les Israélites cessa. Mais il avait déjà fait vingt-quatre mille victimes. Alors l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Phinéas, fils d'Éléazar, petit-fils du prêtre Aaron, a détourné ma colère des Israélites, car il a pris vivement à cœur mes intérêts. C'est pourquoi, déclare-lui que je conclus avec lui une alliance de paix. Cette alliance lui garantira, à lui et à ses descendants, le sacerdoce à perpétuité, parce qu'il a pris vivement à cœur les intérêts de son Dieu, et qu'il a accompli un acte expiatoire pour les Israélites (Nombres 25.6-13).

En agissant comme elle l'a fait, cette femme Yaël a, elle aussi, pris à cœur les intérêts de Dieu, ce qui la place sous sa bénédiction. Elle s'est jointe à la guerre de l'Éternel contre les Cananéens. En effet, ceux-ci sont toujours sous l'interdit divin, même si Israël a désobéi en ne les chassant pas. En temps de trouble ou de guerre, le lustre brillant de la culture disparaît rapidement comme neige au soleil pour laisser place au tronc noueux du barbarisme.

Versets 28-30

Je continue plus loin.

Par la fenêtre, la mère du général Sisera guette au loin ; à travers le grillage, elle exhale sa plainte : pourquoi, pourquoi son char tarde-t-il à paraître ? Pourquoi n'entend-on pas le fracas de ses chars ? Sans cesse, elle répète ce qu'ont dit les plus sages des dames de sa suite : « Sans doute ont-ils trouvé un butin abondant et ils se le partagent : une fille ou deux filles pour chaque combattant ! Sisera, lui, reçoit des habits de couleur, des habits de couleur, deux vêtements brodés d'étoffe de couleur pour le cou du vainqueur ! » (Juges 5.28-30).

Comme à cette époque, tous les Grands étaient polygames, c'est la mère de Sisera qui incarne l'attente angoissée de son retour. L'excuse pathétique d'une de ses filles de compagnie contraste avec la réalité de la mort brutale qu'a subie ce chef cananéen. Le narrateur rappelle à quiconque serait pris de pitié pour les vaincus que s'ils en avaient eu l'occasion, ils auraient spolié Israël, sans parler du sort qui attendait les jeunes filles et que je ne vous décrirai pas.

Verset 31

Je finis ce chapitre.

Ô Éternel, que tous tes ennemis périssent de la sorte ! Et que tous ceux qui t'aiment soient comme le soleil quand, tout éclatant, il se lève ! Après cela, le pays fut en paix pendant quarante ans (Juges 5.31).

C'est ainsi que se termine l'histoire de Débora et qui s'étend sur deux chapitres. Le récit en prose des événements qui ont conduit à la délivrance d'Israël est suivi d'un hymne sous forme poétique. Cette longue histoire contraste vivement avec le seul verset qui décrit les actions de Chamgar, le chef juge dans le sud du pays qui a précédé ou qui était contemporain de Débora. Décidément, l'Éternel a vivement honoré cette prophétesse. Remarquez qu'il n'est pas rare que les Écritures célèbrent les louanges d'une femme. Même si elles sont rarement sur le devant de la scène comme Débora, il n'empêche que lorsqu'elles manifestent leur foi et leur fidélité à l'Éternel, elles reçoivent la louange et la reconnaissance qu'elles méritent.