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Diffusé le 11 mars 2008 - ::
La caractéristique principale du livre des Juges est exprimée par cette parole :
En ce temps-là, il n'y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qu'il jugeait bon (Juges 17.6 ; 21.25).
Cette affirmation traduit une période d'affaiblissement à la fois spirituel, politique et militaire de la nation d'Israël. Au début de son livre, le prophète Ésaïe décrit les trois étapes qui sont à l'origine de la chute des nations : premièrement l'apostasie spirituelle, qui est normalement suivie par la décadence morale ; celle-ci amène alors l'anarchie politique et le déclin économique.
Le Général Douglas Mac Arthur, commandant suprême des forces alliées du Pacifique, a dit ceci : Il n'y a pas d'exemple historique d'une nation sujette à la déchéance morale qui n'ait pas été suivie d'une dégradation politique et économique. Soit il y a eu un réveil spirituel qui a triomphé de la décadence morale, soit la détérioration progressive a débouché sur un désastre national. L'intégrité du peuple de Dieu ne tenait qu'à un fil à cause de la dégradation de ses mœurs.
En fait, les Israélites firent encore pire que les Cananéens. On connaît la suite : déportations, diaspora, Jérusalem rasé, l'antisémitisme endémique jusqu'aux pogroms et les camps d'extermination. Le jugement de l'Éternel sur son peuple fut terrible. Et moi, dans tout ça ? Hébreux, bien un texte du Nouveau Testament, nous dit ceci :
Prenez donc garde : ne refusez pas d'écouter celui qui vous parle. Les Israélites qui ont refusé d'écouter celui qui les avertissait sur la terre, n'ont pas échappé au châtiment. À combien plus forte raison en sera-t-il de même pour nous, si nous nous détournons de celui qui nous parle du haut des cieux (Hébreux 12.25)
C'est par les Écritures que Dieu parle. Mais est-ce que je prête vraiment attention ? Le livre des Juges est l'histoire d'un nombre de chefs juges choisis par l'Éternel pour délivrer la partie de son peuple du joug de la servitude que Dieu lui a imposé pour le punir de son idolâtrie. Mais avec le temps, les choses empiraient progressivement et les dirigeants successifs eux-mêmes manifestaient des travers de plus en plus grossiers. La déchéance morale et spirituelle était quasi perpétuelle.
Si on ajoute à ce problème les difficultés et l'influence néfaste causées par le maintien d'une forte présence cananéenne en Palestine, et la fragmentation de la nation qui ayant rejeté le culte de l'Éternel n'a pas d'autres liens pour les unifier, on peut se demander si la nation d'Israël ne va pas simplement être rayée de la carte. Cette situation lamentable appelait un régime politique plus à même de mettre un terme à la décadence, à la pression des ennemis d'Israël, d'achever la conquête du pays, de réaliser l'unité du peuple et de le conduire sur une voie d'obéissance à l'Éternel.
Vers la fin du livre, l'auteur répète à quatre reprises : À cette époque, il n'y avait pas de roi en Israël, comme pour dire : Voilà pourquoi de telles catastrophes arrivèrent ! Indirectement donc, l'auteur favorise la monarchie. Plusieurs chefs juges, malgré des défauts grossiers, font partie des héros de la foi. J'ai déjà cité Samson. En effet, mus par l'Esprit de Dieu, et grâce à leur action à des moments critiques de l'histoire d'Israël, ces hommes ont empêché Israël de faire naufrage, de disparaître à jamais et d'annuler ainsi le plan divin. En libérant le peuple de Dieu de ses ennemis, ces juges-chefs annonçaient le grand libérateur, Jésus-Christ.
Il est cependant entendu qu'il les surpasse infiniment ; déjà, par sa vie d'obéissance parfaite à Dieu son Père, mais aussi par l'ampleur de ses victoires. D'une part à la croix, il a triomphé à la fois sur le péché et contre Satan. D'autre part, à la fin des temps, lors de la dernière bataille d'Harmaguédon, il vaincra une fois pour toutes tous les ennemis du peuple de Dieu.
Je commence maintenant à lire le premier chapitre du livre des Juges.
Après la mort de Josué, les Israélites consultèrent l'Éternel pour savoir quelle tribu devait aller la première attaquer les Cananéens. L'Éternel répondit : C'est Juda qui ira la première : je livre le pays en son pouvoir. Alors les hommes de Juda dirent à ceux de Siméon, frère de Juda : Venez avec nous à la conquête du territoire qui nous a été attribué. Nous combattrons ensemble les Cananéens. Ensuite, nous vous aiderons également à conquérir le territoire qui vous est échu. Les gens de Siméon se joignirent donc à eux (Juges 1.1-3).
Cette conquête qui s'annonce fait penser à une partie de chasse, et pourtant c'est bien d'une campagne militaire qu'il s'agit. C'était par l'intermédiaire de l'ourim et du toummim, des objets cultuels qu'utilisait le grand-prêtre, que les Israélites consultaient l'Éternel. Après leur installation sous Josué, la suite des conquêtes incombait aux tribus individuelles. Chacune était supposée capable de se débrouiller seule avec l'aide de Dieu. De plus, Juda était la plus puissante et n'aurait donc pas dû avoir recours à l'aide de ses frères. Cependant, ces deux tribus étaient très liées. Le territoire de Siméon au sud était enclavé dans celui de Juda ; et leur ancêtre fondateur avait la même mère, Léa, la première femme de Jacob. Cela explique leur coopération et leur alliance militaire qui permettront d'assurer en partie du moins la conquête du territoire revenant à Juda d'abord, puis celui de Siméon ensuite.
Je continue en compressant.
Et Juda se mit en campagne. L'Éternel leur donna la victoire sur les Cananéens et les Phéréziens. Ils battirent dix mille hommes. En effet, ils tombèrent là sur le roi Adoni-Bézeq et l'attaquèrent. Il s'enfuit, mais ils le poursuivirent, s'emparèrent de lui et lui coupèrent les pouces des mains et des pieds. Adoni-Bézeq s'exclama : Soixante-dix rois, dont on avait coupé les pouces des mains et des pieds, ramassaient les miettes qui tombaient sous ma table. Dieu m'a rendu ce que j'ai fait. On l'emmena à Jérusalem et c'est là qu'il mourut (Juges 1.4-7).
Les Cananéens habitaient la plaine dans des villes fortifiées situées sur les routes commerciales. Les Phéréziens étaient les populations rurales. En gros, c'est un peu comme à l'époque féodale, avec le château fort d'un côté et des serfs qui occupent des chaumières de l'autre. Les 70 rois aux pouces coupés désignent les chefs de cités états du sud de Canaan conquis par le despote Adoni-Bézeq. Il était plutôt du genre cruel, cependant cette pratique avait aussi un objectif militaire. En effet, sans pouce, on ne peut être chef, car incapable de tenir une arme ou de conduire une armée. Quoi qu'il en soit, les Israélites lui rendent la pareille. Humilié à son tour, il reconnaît la juste application de la loi du talion : œil pour œil, dent pour dent.
Je continue en compressant.
Les hommes de Juda attaquèrent Jérusalem et s'en emparèrent. Ensuite, ils partirent combattre les Cananéens qui occupaient la région montagneuse, le Néguev et la plaine côtière (Juges 1.8-9).
C'est la partie sud-ouest non fortifiée de Jérusalem qui fut conquise par Juda, mais la ville principale était une citadelle fortifiée pratiquement imprenable. Néanmoins, cette action neutralisa les habitants qui restaient et qui auraient pu secourir leurs compatriotes en proie aux attaques israélites. La campagne militaire de Juda est extensive et vise l'ensemble de son territoire. Elle inclut la région montagneuse, une épine dorsale s'étendant du nord au sud ; le Néguev, au sud formé d'un haut plateau aujourd'hui partiellement cultivable lorsque les pluies hivernales ont été abondantes ; et en troisième lieu, la plaine côtière, une contrée vallonnée reliant le plateau à la plaine maritime.
Le texte continue avec des noms de villes et de peuplades conquises par Juda, et dont l'histoire a déjà été racontée dans le livre de Josué que j'ai traité. La ville d'Hébron, située à 30 km au sud de Jérusalem, tomba. Elle deviendra la capitale du royaume sous le règne de David. Et puis une anecdote nous est racontée. Caleb, l'un des deux espions, et Josué furent les seuls de la génération sortie d'Égypte qui entrèrent en Terre promise. Il reçut Hébron en héritage, mais décida de conquérir Debir, qui signifie la ville des livres. Alors, il offrit comme récompense sa fille Aksa à qui prendrait la ville d'Hébron. Et ce fut Otniel, son jeune frère ou son neveu, qui prit à la fois la ville et Aksa comme butin de guerre. Elle reçut une propriété en dot de son père ainsi que des sources d'eau, car la région est particulièrement aride. Otniel est un personnage important, car il deviendra le premier juge.
La famille de Caleb était issue d'un clan auquel Moïse s'était lié par mariage et qui avait rejoint les Israélites après leur sortie d'Égypte. Cette ville de Debir était le centre culturel des Cananéens et se trouve à mi-chemin entre la mer Morte et la côte méditerranéenne. Ces détails historiques et géographiques sont un peu fastidieux, mais ils donnent de la chair au texte et du poids à sa véracité. La campagne militaire se poursuit avec des conquêtes au bénéfice des deux tribus alliées. Les villes du sud et de la plaine maritime du sud-ouest sont également conquises.
Je continue plus loin.
Les hommes de Juda se joignirent à ceux de Siméon, frère de Juda, pour battre les Cananéens qui habitaient Tsephath, ils en exterminèrent la population et détruisirent entièrement la ville, pour la vouer à l'Éternel, et on lui donna le nom de Horma. Les gens de Juda s'emparèrent également de Gaza, d'Askalon et d'Ékron ainsi que des territoires voisins de ces villes (Juges 1.17-18).
Tsephath, tout au sud, était consacrée aux divinités païennes dont le culte était effroyable. Selon l'ordre reçu de l'Éternel, certaines villes devaient être vouées à l'interdit, c'est-à-dire, réduites en cendres parce qu'il fallait purifier le pays de toutes les pratiques qui offensaient le Dieu saint. Les trois autres villes furent vaincues, mais les habitants épargnés et les Israélites ne les occupèrent pas. Elles se trouvent dans la plaine maritime du sud-ouest et faisaient partie du pays des Philistins, gens originaires de Crête. Jusque-là, on peut dresser un bilan positif des progrès réalisés au sud. Cette première étape a plutôt bien commencé. L'Éternel fut consulté, ses instructions suivies, et son rôle dans la victoire reconnu.
Je continue en compressant.
L'Éternel lui-même était avec eux, et c'est ainsi que les hommes de Juda purent conquérir la région montagneuse. Ils ne réussirent pas à déposséder les habitants de la vallée, car ceux-ci disposaient de chars de combat bardés de fer. Les descendants de Benjamin ne dépossédèrent pas les Yebousiens qui habitaient Jérusalem ; ceux-ci y vivent encore aujourd'hui avec les Benjaminites (Juges 1.19-21).
Juda a eu peur des chars de fer des habitants de la vallée, et Benjamin a renoncé à déloger les habitants d'une forteresse qui constitue pourtant un verrou entre le sud et le nord. Voici déjà quelques ombres au tableau. D'ailleurs, dans le chapitre suivant, l'Ange de l'Éternel va reprocher à toutes les tribus d'Israël leur manque de foi parce qu'elles se sont dérobées devant leur devoir qui était d'expulser les Cananéens du pays.
Je continue en compressant.
Les descendants de Joseph partirent de leur côté attaquer Béthel et l'Éternel fut avec eux (Juges 1.22).
Comme Juda et Siméon, les deux tribus descendantes de Joseph s'allient militairement. Ne pouvant tolérer une présence hostile sur leur frontière sud, ils prennent la ville de Béthel pourtant allouée à Benjamin.
Je passe sur des détails saugrenus et pittoresques, et je continue plus loin où les choses commencent à se gâter.
Les hommes de Manassé ne dépossédèrent pas les habitants de (Juges 1.27).
Suit alors une liste de forteresses s'étendant d'est en ouest et séparant les tribus du centre de celles du nord.
Je continue.
Ils ne dépossédèrent pas non plus les habitants des localités qui dépendaient de ces villes. Les Cananéens continuèrent donc à se maintenir dans cette région. Lorsque les Israélites furent devenus plus forts, ils leur imposèrent des corvées, mais ils ne les dépossédèrent pas (Juges 1.27-28).
D'abord et par manque de foi en Dieu, les descendants de Manassé sont en échec. Ensuite, lorsqu'ils sont finalement d'attaque, ils exploitent les Cananéens au lieu de les chasser. C'était de la désobéissance pure et dure aux ordres de l'Éternel.
Le texte continue avec la même litanie :
Les gens d'Éphraïm ne dépossédèrent pas les Cananéens établis à… Ceux de Zabulon ne dépossédèrent pas non plus les habitants de… les Cananéens habitèrent donc au milieu des gens de Zabulon qui leur imposèrent des corvées (Juges 1.29-30).
Les Israélites de Manassé, Éphraïm, et Zabulon imposent des travaux forcés aux Cananéens. Ils se contentent de tirer un profit mercantile de leur domination ultérieure au lieu de les chasser.
Je continue.
Les gens d'Aser ne dépossédèrent pas les habitants de (Juges 1.31).
Suit alors une liste de villes qui constituera plus tard la Phénicie. Elles vont jusque dans la banlieue sud de l'actuelle Beyrouth.
Je continue.
Les descendants d'Aser s'établirent donc au milieu des Cananéens qui occupaient le pays, car ils ne les dépossédèrent pas. Les gens de Nephtali ne dépossédèrent pas les habitants de (Juges 1.32-33).
Suivent des noms de ville .
Ils s'installèrent au milieu des Cananéens qui habitaient le pays et ils soumirent à des corvées les habitants de ces deux villes (Juges 1.33).
Cet échec d'Aser coupe Israël de la Méditerranée. Les autres ports étaient dans le sud, entre les mains des Philistins. Aser et Nephtali font pire que les tribus précédentes, puisqu’eux ils s'installent carrément au milieu des Cananéens tout en les exploitant.
Je continue avec une situation qui se dégrade encore.
Les Amoréens refoulèrent les Danites dans la région montagneuse et les empêchèrent de descendre dans la vallée. Les Amoréens continuèrent donc à se maintenir à… [suivent des noms de ville], mais les descendants de Joseph furent de plus en plus puissants et leur imposèrent des corvées (Juges 1.34-35).
La tribu de Dan finira par renoncer à son territoire et émigrera en masse dans ce qui est aujourd'hui l'extrême nord d'Israël. Une des villes mentionnées était un centre de culte solaire et aurait dû être réduite en poussière. Les descendants de Joseph étaient plus forts, mais en bons commerçants, ils ont préféré exploiter les habitants de toutes les villes qui revenaient aux Danites, plutôt que de les conquérir. Quelle tragédie que cette liste de défaites !
Ce premier chapitre se termine sur une longue litanie d'échecs dus au manque de foi et à la paresse des Israélites qui se satisfont de cohabiter avec les Cananéens. Le déclin de la foi et de la fidélité du peuple de Dieu s'est dessiné très tôt dans leur histoire. Une tribu, celle de Dan, touche même le fond puisqu'elle est chassée de son héritage. Les Cananéens s'accrochent au pays que l'Éternel voulait purifier de toute idolâtrie. On voit se dessiner de grands problèmes à l'horizon à cause de la perte de la côte phénicienne, la présence des peuplades païennes partout, et la subsistance de lieux d'idolâtrie.
Le narrateur met en évidence la nature inachevée de la conquête et en fait ressortir les amères conséquences. Ainsi, après un début qui s'est à peu près bien passé dans le sud, c'est la glissade ; des nuages sombres s'accumulent. La situation spirituelle des Israélites s'aggrave de jour en jour, que ce soient ceux du centre ou du nord du pays. Et pourtant, quel élan d'enthousiasme n'avaient-ils pas montré lorsque Josué les avait mis au défi de servir l'Éternel de tout leur cœur ! Mais il va vite apparaître que ces paroles furent dites en l'air, un peu trop vite. Il est en effet facile de parler, de promettre et d'affirmer, mais quand il s'agit d'agir en fonction de ce qu'on a dit, c'est une tout autre affaire, surtout dans le domaine spirituel.
Israël va maintenant commencer sa descente aux enfers pour ainsi dire. Mais avant que je ne jette la pierre aux Israélites, selon l'expression, je ferais sans doute bien de me regarder dans la glace et de sonder mon cœur, mes motivations et mes comportements.