Chapitre 27
Versets 41-44
De tout temps, voyager a comporté des risques. Aujourd'hui, sous nos tropiques, on pense surtout aux accidents de voiture ou encore aux terroristes. Mais jadis, les longues traversées en bateau comportaient un réel danger de naufrage. L'apôtre Paul qui avait coutume de braver la mort d'une manière ou d'une autre s'est également trouvé sur un bateau qui a coulé, et cela, à trois reprises comme il le dit lui-même. Je le cite :
Trois fois j'ai été battu de verges, une fois j'ai été lapidé, trois fois j'ai fait naufrage, j'ai passé un jour et une nuit dans l'abîme (2Corinthiens 11.25).
Le Nouveau Testament ne raconte qu'un seul de ces naufrages et c'est alors que l'apôtre est en route pour Rome en tant que prisonnier.
Chapitre 28
Versets 1-2
Je commence à lire le dernier chapitre du livre des Actes qui raconte la fin du voyage de Paul, depuis l'île de Malte sur laquelle ils ont échoué jusqu'à la capitale de l'Empire, sa destination finale.
Une fois hors de danger, nous avons appris que notre île s'appelait Malte. Les Barbares, qui ne parlaient pas le grec, nous ont témoigné une bienveillance peu ordinaire. Ils ont allumé un grand feu et nous ont tous accueillis à sa chaleur, car il s'était mis à pleuvoir et il faisait froid (Actes 28.1-2).
En 15 jours de tempête, les vents avaient fait dériver le navire à l'ouest de la Crète sur une distance de 950 km jusqu'à Malte. Cette île se trouve à 300 km de l'Afrique et à 95 km au sud de la Sicile dont elle dépendait alors administrativement. Grâce à ses bons ports et à sa centaine de kilomètres de côtes, Malte était un carrefour commercial. Sa position stratégique fut exploitée par les alliés durant la Seconde Guerre mondiale, qui en firent une base de sous-marins et un aéroport. Cette distinction valut à Malte de subir tout au début du conflit, des bombardements répétés et particulièrement violents par les Italiens et surtout la Luftwaffe nazie.
Le terme barbare ne signifiait nullement sauvage, mais s'appliquait simplement à quelqu'un qui ne parlait pas le grec et qui était donc considéré comme non-civilisé. Les timbres d'une langue inconnue leur faisaient penser aux sons : bar bar. C'est de là que vient ce mot. Après le naufrage, les passagers du bateau échoué avaient été rejetés par la mer sur une plage qui s'appelle aujourd'hui la baie de St-Paul. Ils furent très amicalement accueillis par les autochtones du pays qui étaient plutôt du genre hospitalier.
Versets 3-4
Je continue.
Paul avait ramassé une brassée de bois sec et il allait la jeter dans le feu quand la chaleur en a fait sortir une vipère qui s'est accrochée à sa main. En voyant l'animal suspendu à sa main, les habitants se disaient entre eux : — Pas de doute : cet homme est un criminel ! Il a pu échapper à la mer, mais la justice ne l'a pas laissé vivre ! (Actes 28.3-4).
Le temps était humide et les habitants avaient fait un immense brasier pour permettre à tous ces rescapés de se réchauffer. Puis le feu a commencé à baisser et c'est le grand apôtre Paul qui a pris l'initiative de l'alimenter. Décidément, il n'était pas du genre spectateur. Constamment en mouvement, il ne se considère pas trop digne pour accomplir des tâches habituellement réservées aux esclaves. Il va donc chercher du bois et c'est le drame.
Plusieurs autres textes suggèrent que Paul avait peut-être une maladie des yeux qui affectait sa vue. Cela expliquerait peut-être pourquoi il n'avait pas vu le serpent, encore que la peau d'une vipère peut facilement se confondre avec la couleur de l'écorce de bois. Quoi qu'il en soit, elle était ankylosée et léthargique à cause du froid. Une fois la vipère arrivée à proximité du brasier, la chaleur l'a réveillée de sa torpeur, et constatant qu'elle allait faire partie du bûcher, elle s'est rebiffée et a mordu l'apôtre. La réaction des barbares fut tout à fait conforme à leur croyance superstitieuse animiste selon laquelle le monde est divisé en bien et en mal.
C'est ou l'un, ou l'autre, et il n'y a pas de milieu. Pour eux, ce serpent est ici un instrument de la justice divine, chargé d'exécuter son verdict contre un malfaiteur. Au moins, ces païens avaient le sens du bien et du mal. En fait, Rome aussi ; elle prétendait administrer la justice de manière équitable. En réalité, les entorses étaient nombreuses ; par contre, l'Empire était bien connu pour sa brutalité. Soit dit en passant, le judaïsme aussi était plutôt du genre cruel. C'est essentiellement grâce à Jésus-Christ que sont venus la miséricorde et le pardon.
Versets 5-6
Je continue le texte.
Cependant, Paul avait, d'une secousse, jeté l'animal dans le feu et ne ressentait aucun mal. Tous s'attendaient à le voir enfler ou bien tomber subitement raide mort. Après une longue attente, voyant qu'il ne lui arrivait rien de fâcheux, ils ont changé d'avis et se sont mis à dire : — C'est un dieu (Actes 28.5-6).
C'est la deuxième fois qu'un incident similaire arrive, mais dans l'ordre inverse. La première fois, lors de son second voyage missionnaire, Paul et son compagnon Barnabas étaient arrivés dans la ville de Lystre (Actes 14.8-18), au sud de l'actuelle Turquie. Là, les habitants les prirent d'abord pour des dieux à cause des guérisons qu'ils effectuaient. Ils appelèrent l'un Mercure et l'autre Jupiter. Mais ensuite, la foule changea d'avis, les considéra comme des criminels et se retourna contre eux. C'est alors que Paul fut lapidé et laissé pour mort.
Les barbares de l'île de Malte ne sont pas aussi dangereux. Ce sont des non-violents, mais théologiquement tout autant dans l'erreur que les païens de Lystre. Ils s'attendaient à l'effet habituel dans pareil cas : voir la victime enfler sous l'effet du venin pour finalement s'écrouler raide morte. Eh bien, pas, cette fois ! Paul ne souffre pas des conséquences de cette morsure, ce qui est en soi un miracle et aussi l'accomplissement d'une prophétie que Jésus-Christ avait faite aux apôtres, juste avant de quitter cette terre. Je la cite :
Voici les signes miraculeux qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront des démons, ils parleront des langues nouvelles, ils saisiront des serpents venimeux, ou s'il leur arrive de boire un poison mortel, cela ne leur causera aucun mal. Ils imposeront les mains à des malades et ceux-ci seront guéris (Marc 16.17-18).
Versets 7-10
Je continue le texte.
Tout près de là se trouvait un domaine appartenant au premier personnage de l'île nommé Publius. Il nous a accueillis très aimablement et nous a offert l'hospitalité pendant trois jours. Or, son père était justement cloué au lit par la fièvre et la dysenterie. Paul s'est rendu à son chevet, a prié en lui imposant les mains, et l'a guéri. Après cela, tous les autres malades de l'île venaient le voir et ils étaient guéris, eux aussi. Cela nous a valu toutes sortes de marques d'honneur et, quand est venu le moment de reprendre la mer, on a pourvu à tous les besoins de notre voyage (Actes 28.7-10).
Publius était le gouverneur romain de l'île. Il devait donc prendre soin de l'officier Julius, et de ceux qui l'accompagnaient. Dans la souveraineté divine, son père était malade ce qui donna à Paul l'occasion d'exercer son don d'apôtre en effectuant beaucoup de guérisons qui lui servirent de tremplin pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Même si cela n'est pas explicitement mentionné, connaissant le feu sacré qui animait Paul, on peut en être certain. Ils sont restés environ trois mois sur l'île, c'est-à-dire jusqu'à la fin de la mauvaise saison pour la navigation. Suite à quoi, on leur a donné tout ce dont ils avaient besoin en signe de remerciement pour les guérisons et les voilà repartis. C'était quand même drôlement pratique de pouvoir voyager en compagnie de Paul ; ses dons miraculeux lui ouvraient toutes les portes.
Je suppose qu'aujourd'hui il serait accusé d'exercice illicite de la médecine et aurait beaucoup d'ennuis. Ce récit de la traversée de la Méditerranée de Jérusalem à l'île de Malte en direction de Rome est plutôt long. En effet, Luc n'est pas avare de détails parce que c'est un événement important de la vie de Paul, dont il a été le témoin. Le naufrage sur la côte Malte est le seul qui nous est rapporté par le Nouveau Testament. Mais on sait qu'au cours de ses nombreux voyages, l'apôtre en a connu d'autres. C'est lui-même qui le dit dans une de ses lettres où il passe en revue la vie qu'il a menée en tant que serviteur de Jésus-Christ. Je rappelle ce passage que j'ai déjà cité parce que je le trouve stupéfiant :
Trois fois, j'ai été fouetté, une fois lapidé, j'ai vécu trois naufrages, j'ai passé un jour et une nuit dans la mer. Souvent en voyage, j'ai été en danger au passage des fleuves, en danger dans des régions infestées de brigands, en danger à cause des Juifs, mes compatriotes, en danger à cause des païens, en danger dans les villes, en danger dans les contrées désertes, en danger sur la mer, en danger à cause des faux frères. J'ai connu bien des travaux et des peines, de nombreuses nuits blanches, la faim et la soif, de nombreux jeûnes, le froid et le manque d'habits (2Corinthiens 11.25-27).
Le récit de ce naufrage met l'accent sur la souveraineté de Dieu et sur le secours qu'il porte sans cesse à Paul. Et c'est grâce à l'apôtre que cette protection surnaturelle s'étend à tous ses compagnons de voyage. Certes, les obstacles furent nombreux et redoutables. Mais grâce à Dieu, le désir de Paul de se rendre à Rome, qui fut rendu possible par son appel à César, est sur le point de se réaliser.
Verset 11
Je continue le texte.
C'est seulement trois mois plus tard que nous sommes repartis à bord d'un bateau d'Alexandrie, à l'emblème de Castor et Pollux, qui avait passé l'hiver dans un port de l'île (Actes 28.11).
Nous sommes sans doute vers la fin février et peut-être même début mars. Le groupe va maintenant emprunter un autre céréalier qui avait fait escale à Malte pour y passer l'hiver. Castor et Pollux, qui sont l'emblème de ce bateau, font partie de la constellation des Gémeaux. Ce sont des dieux jumeaux de la mythologie grecque qui étaient censés protéger les marins. Luc nous donne ce détail pour contraster la foi chrétienne en la personne de Jésus-Christ avec la superstition païenne des gens de Malte, de Rome et d'Égypte.
Versets 12-14
Je continue.
Nous avons fait escale pendant trois jours à Syracuse. De là, nous avons longé la côte jusqu'à Reggio. Le lendemain, le vent du sud s'est levé et, en deux jours, nous avons gagné Pouzzoles. Dans cette ville, nous avons trouvé des frères qui nous ont invités à passer une semaine avec eux. Et c'est ainsi que nous sommes allés à Rome (Actes 28.12-14).
Luc traça soigneusement le voyage. Ils ont pris la mer en direction de la Sicile et ont abordé à Syracuse, la ville principale de l'île. Ensuite, ils ont fait escale à Reggio, un port de la côte sud-ouest, tout en bas sur l'orteil de l'Italie, et à une centaine de kilomètres de Syracuse. Là, ils semblent avoir attendu que le vent du midi se lève pour continuer leur voyage vers le nord. Puis ils ont passé par le détroit de Messine entre l'extrême sud-ouest de l'Italie et la Sicile.
Tous ces noms se trouvent sur une carte de l'actuelle Italie. C'est ainsi qu'ils parcourent environ 300 km jusqu'à Pouzzoles, dans la baie de Naples. Cette ville était un des deux ports italiens où les navires égyptiens déchargeaient leur cargaison de blé. Dans une des ses lettres, le philosophe écrivain Sénèque décrit les foules qui se rassemblaient sur la jetée de ce port lorsqu'un céréalier arrivait. De Naples, il ne restait plus à Paul que 245 km à parcourir avant d'arriver à Rome.
Mais avant d'entreprendre la dernière partie de ce très long et périlleux voyage, l'apôtre est chaleureusement reçu pendant une semaine par les chrétiens de la ville, ce qui est une situation quelque peu surprenante, car Paul est toujours un prisonnier. Il est vrai que Julius, l'officier romain, avait non seulement une entière confiance en lui, mais d'autre part c'est à lui qu'incombait la responsabilité de trouver hébergement et nourriture pour le groupe pendant tout le trajet. La croisière n'avait pas été de tout repos, mais au moins pour Paul elle se faisait bien aux frais de la Princesse. C'est l'empereur qui réglait toutes les notes de frais.
Quant à ces chrétiens de Naples, leur Église avait certainement été implantée par des Juifs qui étaient venus à Jérusalem lors de la Pentecôte lorsque le Saint-Esprit était descendu sur tous les apôtres. On se souvient alors que ce jour-là Pierre prêcha et beaucoup de Juifs se convertirent à Jésus-Christ. Ces nouveaux croyants étaient ensuite retournés chez eux avec la Bonne Nouvelle qu'ils diffusèrent en Italie dont Rome et Naples.
Verset 15
Je continue.
Les frères de cette ville, qui avaient eu de nos nouvelles, sont venus à notre rencontre jusqu'au Forum d'Appius et aux Trois-Tavernes. Quand Paul les a vus, il a remercié Dieu et a pris courage (Actes 28.15).
Au bout d'une semaine, ils sont partis tous en cœur, empruntant la Voie Appienne, la reine des grandes routes comme on l'appelait. Le mot grec qui est traduit par pris courage signifie encourager quelqu'un dans la détresse. C'était bien le cas de Paul. Les croyants de l'Église de Rome ont parcouru 70 km jusqu'à l'endroit qui s'appelle le Forum d'Appuis , pour venir à la rencontre du grand apôtre qu'ils connaissaient seulement par ouï-dire. Ils avaient probablement entendu parler de lui par des chrétiens asiatiques ou européens qui avaient émigré dans la cité impériale. Ceux-ci s'étaient préalablement convertis sous le ministère de Paul lorsqu'il avait traversé leur ville natale lors de ses précédents périples missionnaires.
On sait par exemple que le couple Aquilas et Priscille habitait Rome. Paul les avait rencontrés dans la ville de Corinthe, lors de son deuxième voyage. Un autre groupe de chrétiens attendait Paul au lieu dit les Trois-Tavernes , à une cinquantaine de kilomètres de Rome. Ces deux endroits se trouvent également dans la littérature séculière. Ils sont mentionnés par Horace et par Cicéron (Horace, Saturnales 1:5, 4 ; Cicéron, Lettres à Atticus 2:12).
En voyant ces chrétiens venus l'accueillir, Paul rend grâce à Dieu. Quand on se souvient qu'il voyageait en tant que prisonnier, et sans trop savoir ce qui l'attendait, on comprend le bonheur qu'il éprouve à goûter un peu de chaleur humaine. Ces rencontres lui ont remonté le moral. Alors qu'au début du livre des Actes, Dieu intervient miraculeusement à plusieurs reprises pour sortir les apôtres de prison, il n'agit plus ainsi à l'égard de Paul, ni de Pierre non plus d'ailleurs.
Dans sa souveraineté, l'Éternel fait comme bon lui semble et c'est ainsi que ces deux apôtres, Pierre et Paul, finiront exécutés par Rome à cause de leur foi en Jésus-Christ. Cependant, Dieu encourage quand même Paul tout au long de son périlleux voyage, soit par une vision, soit par la visite d'un ange, soit encore par des croyants chaleureux qui viennent à sa rencontre.
Verset 16
Je continue le texte.
Après notre arrivée à Rome, Paul fut autorisé à loger dans un appartement personnel, sous la garde d'un soldat (Actes 28.16).
La dernière partie du voyage s'est passée sans encombre. Arrivé à Rome, Paul fut livré au capitaine de la garde prétorienne qui était la garnison permanente de la ville impériale. En attendant leur procès, les prisonniers qui venaient des diverses provinces de l'Empire étaient soit mis en prison, soit parfois autorisés à louer une résidence, tout en étant sous la garde d'un soldat à qui ils étaient enchaînés. Paul eut ce privilège à cause des bonnes recommandations de l'officier Julius, du gouverneur Festus et du roi Agrippa.
Bien entendu, et en filigrane, c'est Dieu qui a tout dirigé depuis le commencement. Dans sa souveraineté, il avait décidé que Paul irait à Rome et aurait toute liberté de faire connaître la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à qui voudrait bien l'entendre. Ce ne sont pas les difficultés qui ont manqué à l'apôtre ; que de fois il a été en danger de mort et à deux doigts de périr de façon violente. Cependant, chaque fois le Seigneur est intervenu et l'a tiré d'affaire parce que sa tâche sur terre n'était pas encore terminée.
De même, quiconque choisirait de consacrer sa vie à Dieu à la manière de Paul peut s'attendre à une vie plutôt mouvementée, mais passionnante. Il n'aura pas le temps de s'ennuyer. De plus, il pourra également jouir de l'assurance que Dieu veillera sur lui. Bien sûr, cela ne lui épargnera pas les épreuves, Paul atteste de ce fait. Cependant si je vis en me confiant en Dieu, quoi qu'il m'arrive, je peux rester serein, car je suis certain que Dieu est présent à mes côtés.