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Émission 357 - Actes 24:22 - 25:10

Diffusé le 13 mai 2008 - ::

Chapitre 24

Versets 22-23

Si un jour je me retrouvais en prison de manière injuste, je crois bien que je me sentirais très très mal dans mes sandales. Mais il n'en est pas ainsi pour tout le monde. Le livre des Actes raconte, entre autres, l'histoire de l'apôtre Paul. Et bien sûr, après bien des péripéties, le voilà en prison. Mais pour lui, cette situation à première vue dramatique est une aubaine. En effet, elle lui donne l'opportunité d'annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ aux grands de son monde, dont le gouverneur de la province.

Versets 24-26

Je continue à lire dans le chapitre 24.

Quelques jours plus tard, Félix revint, accompagné de sa femme Drusille qui était juive. Il fit appeler Paul et il l'écouta parler de la foi en Jésus-Christ. Mais lorsque Paul en vint à ce qu'est la juste manière de vivre, à la maîtrise de soi et au jugement à venir, Félix prit peur et lui dit : — Pour aujourd'hui, cela suffit : tu peux te retirer. Quand j'en aurai le temps, je te ferai rappeler. Il nourrissait l'espoir que Paul lui donnerait de l'argent. C'est pourquoi il le faisait venir assez souvent pour s'entretenir avec lui (Actes 24.24-26).

Le gouverneur et sa femme ont dû faire un bref voyage, suite à quoi, lui tout au moins se montre intéressé par la foi chrétienne que lui expose son prisonnier. Seulement, voilà les trois thèmes que Paul aborde le mettent directement en cause et il éprouve un grand malaise ; il est semble-t-il convaincu de la noirceur de son âme et en a des sueurs froides. Quand Paul parle de la juste manière de vivre, il met son doigt sur l'injustice de Félix dans sa charge de gouverneur qu'il a obtenue en léchant les bottes de l'empereur et dans le but express de faire du fric par le biais de pots-de-vin. D'ailleurs, sa duplicité et sa convoitise sont rapportées par Luc qui nous précise bien qu'il avait l'intention de relâcher son prisonnier à condition de recevoir de lui des espèces sonnantes et trébuchantes, en échange.

Soit dit en passant, que la plupart des gouverneurs romains avaient pour but de s'enrichir, et aimaient beaucoup les pots-de-vin et autres compensations corrompues. Félix n'était pas pire que la moyenne des officiels de cette époque, ou de la nôtre. Mais il connaissait suffisamment la Loi de Moïse pour se savoir condamné par elle. D'ailleurs, c'est là le rôle principal des commandements de Dieu, celui de souligner mon incapacité à leur obéir. Mais l'apôtre Paul ne s'est pas contenté de mettre Félix en accusation, il lui a aussi dit que la vraie justice s'obtenait exclusivement par la foi en la personne de Jésus-Christ.

C'est là en effet le grand thème de Paul dans ses écrits du Nouveau Testament ; soit dit en passant que l'obtention de la justice par la foi fut aussi le fer de lance de ceux qui déclenchèrent le mouvement de la Réforme protestante au 15e siècle de notre ère.

Après la justice, Paul parle de tempérance. Il réprimande l'absence totale de maîtrise de soi du gouverneur qui est esclave de la domination débridée de ses passions et de la luxure. Drusille qu'on disait très belle et très libertine avait fait son affaire et c'est ainsi qu'elle devint sa troisième femme officielle. Elle non plus n'était pas une fille de bonne famille, bon chic bon genre ; son père, le roi Agrippa 1er , mit à mort l'apôtre Jacques ; son grand-oncle avait fait décapiter Jean-Baptiste et son grand-père avait fait massacrer tous les enfants de Bethléhem, essayant par là d'assassiner l'enfant Jésus ; un vrai nid de scorpions que ces gens-là. Auparavant, Drusille avait été l'épouse d'un certain Azizus, roi de la cité état d'Emesa sous domination romaine. Située en Syrie sur un des oléoducs, cette ville s'appelle aujourd'hui Homs. Bref, Félix l'avait fait enlever, ce qui est toute une histoire rocambolesque, mais qui en dit long sur ce couple peu recommandable.

Néanmoins, ils ont l'immense privilège d'entendre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ de la bouche du plus grand évangéliste de tous les temps. Dans sa grâce, Dieu leur donnait l'occasion de se repentir et leur ouvrait toutes grandes les portes de son royaume. L'apôtre était pour eux l'accomplissement d'une parole d'un Psaume que je cite :

C'est pourquoi, rois de la terre, montrez-vous intelligents, vous qui gouvernez le monde, laissez-vous donc avertir ! (Psaumes 2.10).

Ensuite, Paul discourt sur le thème du jugement. Il parle du moment où tous les hommes injustes de tous les temps seront appelés à la barre céleste des accusés pour rendre des comptes. Il en est question dans le dernier livre du Nouveau Testament. Je cite le passage :

Ensuite je vis un grand trône blanc et celui qui y était assis. Le ciel et la terre s'enfuirent loin de sa présence. Ils disparurent sans laisser de trace. Je vis les morts, les grands et les petits, comparaissant devant le trône. Des livres furent ouverts. On ouvrit aussi un autre livre : le livre de vie. Les morts furent jugés, chacun d'après ses actes, suivant ce qui était inscrit dans ces livres. La mer avait rendu ses naufragés, la mort et le royaume des morts avaient rendu ceux qu'ils détenaient. Et tous furent jugés, chacun conformément à ses actes. Puis la mort et le séjour des morts furent précipités dans l'étang de feu. Cet étang de feu, c'est la seconde mort. On y jeta aussi tous ceux dont le nom n'était pas inscrit dans le livre de vie (Apocalypse 20.11-15).

Paul s'exprime avec une telle conviction que le Romain, habituellement dur comme la pierre, commence à trembler comme une feuille devant ce pauvre prisonnier qui est pourtant totalement en son pouvoir. Alors, Félix ne veut plus entendre parler de jugement, car cela lui fait peur, il est trop remué dans ses tripes. Ces émotions sont trop fortes pour lui et il opte pour la politique de l'autruche qui enterre sa tête dans le sable. Il ne veut pas mettre sa vie en ordre devant Dieu, du moins pas dans l'immédiat. Certes, il peut fermer ses oreilles aux paroles de Paul, mais cela ne change rien à son problème et ne lui fera pas échapper au jugement.

Tout être humain est appelé à comparaître devant son créateur et aucune échappatoire n'est possible. Il y a bien des années, j'ai acheté une belle horloge de style colonial qui avait été fabriquée en Nouvelle-Angleterre. Quelque chose est écrit sur sa face, mais ce n'est pas le temps fuit en latin, non ! C'est une toute petite citation tirée d'un prophète de l'Ancien Testament et qui est autant incisive que brève. Il est écrit :

Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu ! (Amos 4.12).

Il y a bien des années, un fameux prédicateur de l'Évangile exerçait à Dallas dans le Texas. Il raconte un incident qui illustre l'attitude de Félix. Au jour de son 50e anniversaire, un de ses amis, avocat, mais non-croyants, vint lui rendre visite et lui dit :

Tu sais George, toi et moi sommes arrivés à Dallas en même temps. Tu étais un jeune prédicateur et moi je débutais tout juste comme avocat. Je dois avouer que lorsque je t'ai entendu pour les premières fois, je fus énormément touché par tes sermons. Très franchement, il y avait des nuits où je ne pouvais dormir. Mais les années ont passé, et le jour est venu où j'ai pu t'écouter avec plaisir, car tes messages ne me dérangeaient plus du tout, et pourtant tu es un prédicateur beaucoup plus puissant aujourd'hui.

Sur quoi l'avocat se mit à rire. Mais ce qu'il avait dit n'était pas drôle du tout et s'il avait été conscient du caractère tragique de sa situation, il aurait plutôt dû rire jaune. Au fil des années, il s'était endurci au point d'être devenu insensible à l'appel du Saint-Esprit et donc incapable de se repentir. C'est de toute évidence ce qui a dû arriver à Félix et à sa femme Drusille. Le Nouveau Testament nous met en garde à plusieurs reprises contre cette attitude laxiste qui consiste à attendre et à reporter à plus tard. Je cite un des passages :

C'est pourquoi, prenez à cœur ce que dit l'Esprit Saint : Aujourd'hui, si vous entendez la voix de Dieu, ne vous endurcissez pas, comme l'ont fait vos ancêtres lorsqu'ils se sont révoltés et qu'ils ont, dans le désert, voulu me forcer la main. C'est pourquoi, dans ma colère, j'ai fait ce serment : ils n'entreront pas dans mon repos ! Prenez donc bien garde, que personne parmi vous n'ait le cœur mauvais et incrédule au point de se détourner du Dieu vivant. Mais encouragez-vous les uns les autres afin qu'aucun d'entre vous ne se laisse tromper par le péché et ne s'endurcisse (Hébreux 3.7-8, 11-13).

Verset 27

Je finis ce chapitre.

Deux années s'écoulèrent ainsi ; après quoi, Félix fut remplacé par Porcius Festus. Mais, pour se ménager les bonnes grâces des Juifs, Félix laissa Paul en prison (Actes 24.27).

Afin de plaire aux Juifs, Félix laissa Paul croupir en prison. Ce que l'apôtre fit pendant ces deux ans ne nous est pas dit ; il y a des chances qu'il recevait beaucoup de monde et qu'il écrivait des lettres aux différentes Églises qu'il avait implantées ici et là dans les provinces romaines. De plus, il a sans aucun doute contribué à la rédaction du livre des Actes dont il est le principal acteur. Félix, quant à lui, fut rappelé par l'empereur durant l'automne de l'année 60 à cause de graves accusations qui pesaient contre sa façon de gouverner. En effet, lors d'un conflit qui opposait Juifs et païens, il mit le comble à sa cruauté légendaire en réglant le problème dans un immense bain de sang.

Ce fut la goutte d'eau proverbiale qui fit déborder le vase, et c'est ainsi qu'il fut remplacé par Porcius Festus. C'est vrai qu'en français, ce personnage a un nom aux consonances qui prêtent à sourire. Mais selon les écrits de l'historien juif Josèphe, dans son ensemble, il fut un fonctionnaire plus droit que la plupart des gouverneurs romains ; disons, moins tordu parce qu'à l'égard de Paul il ne se montra pas vraiment à la hauteur. Il mourut alors qu'il n'était que dans sa deuxième année de fonction.

Chapitre 25

Introduction

Nous voici rendus au chapitre 25 dans lequel c'est devant le nouveau gouverneur Porcius Festus que l'apôtre Paul va comparaître. Cette section est capitale parce que c'est ici que Paul en appelle à César, ce qui va donner la direction au reste du livre et montrer aussi dans quelles conditions l'apôtre se rendit à Rome. Jusqu'à présent, il a déjà dû s'expliquer devant les officiers romains à Jérusalem, puis devant le Grand-Conseil juif, et enfin devant Félix. Après Festus, il va encore passer devant le roi Agrippa puis ce sera au tour de l'empereur Néron. C'est de cette manière que se réalisera la prophétie que Jésus-Christ avait faite à son sujet et que je rappelle :

J’ai choisi cet homme pour me servir : il fera connaître qui je suis aux nations étrangères et à leurs rois (Actes 9.15).

Le Seigneur donnait ainsi à Paul l'occasion de témoigner de lui devant les plus grands dirigeants de l'Empire.

Versets 1-3

Je commence à lire.

Trois jours après avoir pris ses fonctions à la tête de la province, Festus se rendit de Césarée à Jérusalem. Les chefs des prêtres et les notables juifs se présentèrent devant lui pour porter plainte contre Paul. Ils lui demandèrent avec insistance, comme une faveur spéciale, de faire transférer l'accusé à Jérusalem. Ils avaient déjà fait leurs plans : sur le trajet, ils voulaient lui dresser une embuscade et le tuer (Actes 25.1-3).

Le nouveau gouverneur connaissait la nature explosive de Jérusalem agitée de soubresauts et de conflits qui n'en finissaient pas. Et puis il avait hérité du prisonnier Paul, une histoire qui traînait depuis deux ans maintenant et qu'il voudrait bien régler dans les plus brefs délais. Alors voulant tirer cette affaire au clair, il se rend sur place pour prendre la température de la ville et rencontrer les autorités religieuses qui derrière la scène tirent toutes les ficelles.

Dès leur première rencontre avec le nouveau gouverneur, les membres du Grand-Conseil portent violemment plainte contre Paul. Cette attitude montre à nouveau qu'ils voulaient se débarrasser de l'apôtre à tout prix. Mais sachant fort bien qu'ils n'avaient pas d'arguments valables à présenter contre lui, ils optent pour la manière forte et expéditive. Ils ont déjà mis sur pied un nouveau projet meurtrier.

Versets 4-7

Je continue.

Mais Festus leur répondit : — Paul est en prison à Césarée, et je ne vais pas tarder à retourner moi-même dans cette ville. Il y a parmi vous des hommes compétents : qu'ils m'y accompagnent, et si cet homme a commis quelque irrégularité, qu'ils portent plainte contre lui ! Festus ne resta pas plus de huit à dix jours à Jérusalem, puis il redescendit à Césarée. Le lendemain de son retour, il alla siéger au tribunal et y fit comparaître Paul. À peine celui-ci fut-il entré, que les Juifs venus de Jérusalem l'entourèrent et portèrent contre lui un grand nombre de graves accusations, mais ils ne pouvaient pas les prouver (Actes 25.4-7).

Les religieux sont déçus. Tout ce que leur promet Festus est d'ouvrir à nouveau le dossier de Paul, mais à Césarée, la capitale romaine de la province, et non pas à Jérusalem. Et voilà qu'a lieu le remake de la mauvaise scène qui avait marqué les procès antérieurs ; les Juifs lançaient à nouveau des accusations sérieuses, mais sans aucune preuve.

Versets 8-9

Je continue.

Paul, quant à lui, disait pour sa défense : — Je n'ai commis aucune faute ni contre la loi juive, ni contre le Temple, ni contre César. Mais Festus voulait se concilier la faveur des Juifs ; il demanda donc à Paul : — Acceptes-tu de retourner à Jérusalem pour y être jugé sur cette affaire sous ma présidence ? (Actes 25.8-9).

Festus ne voulait pas commencer sa nouvelle fonction en se mettant à dos les autorités juives, et puis il ne savait pas trop que faire avec cette histoire religieuse sur les bras. Alors, il opte pour un compromis et se propose d'envoyer Paul à Jérusalem pour un procès en bonne et due forme. C'était dans la capitale religieuse que se jugeaient les violations de la loi juive. Mais Paul étant Romain, Festus ne pouvait pas, sans son consentement, l'envoyer dans la forteresse de ses ennemis.

Versets 10-11

Je continue.

— Non, répliqua Paul, je me tiens ici devant le tribunal de l'empereur, et c'est devant ce tribunal que je dois être jugé. Quant aux Juifs, je ne leur ai fait aucun tort, tu as pu fort bien t'en rendre compte par toi-même. Si je suis coupable et si j'ai commis un crime passible de la peine de mort, je ne refuse pas de mourir. Mais si les accusations de ces gens-là sont sans aucun fondement, nul n'a le droit de me livrer entre leurs mains. J'en appelle à l'empereur ! (Actes 25.10-11).

Le disque est rayé. Paul croit faire un cauchemar. Il se rend compte qu'avec le nouveau gouverneur, il est encore et toujours dans le même guêpier. Qui sait si ce Festus n'allait pas lui aussi recevoir des pots-de-vin et autres dessous de table afin de fermer les yeux sur une injustice. Comme un homme averti en vaut deux, Paul ne se fait aucune illusion. Même s'il arrivait vivant à Jérusalem, la possibilité d'y subir un procès équitable était quasiment nulle.

Alors, il interpréta la suggestion de Festus d'aller à Jérusalem comme l'équivalent d'un arrêt de mort, car il savait fort bien que les membres du Grand-Conseil n'auraient de repos que lorsqu'ils l'auraient éliminé. Les religieux avaient déjà voulu l'assassiner une première fois deux ans plus tôt. Plus de 40 hommes avaient alors juré de lui faire la peau à force d'imprécations contre eux-mêmes. Paul avait toute raison de penser que cette bande de chacals essaierait encore une fois. De plus, les accusations portées contre lui étaient suffisamment graves pour lui valoir la peine de mort. Tout bien considéré, sa situation présente ne lui était plus favorable. Certes, il avait eu des occasions en or d'annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ tout autour de lui, et même à des personnages importants de l'empire. Dans une de ses lettres, il écrit :

Je tiens à ce que vous le sachiez : ce qui m'est arrivé a plutôt servi la cause de l'Évangile. En effet, toute la garde prétorienne et tous les autres savent que c'est parce que je sers le Christ que je suis en prison (Philippiens 1.12-13).

Mais maintenant, comme Paul avait épuisé ces opportunités, il se dit que ce n'était plus la peine de moisir plus longtemps au fond d'un cachot sans raison. Alors, ayant la conviction qu'il devait aller à Rome, il sauta sur cette occasion pour s'offrir une croisière en mer gratuite. Il allait entreprendre un voyage qui le conduirait dans la capitale de l'Empire aux frais de la princesse. En effet, selon la loi, chaque citoyen pouvait s'il le désirait en appeler à César lui-même et à la cour impériale. Ce droit était garanti dans toutes les provinces romaines ; il était essentiel pour être protégé des gouverneurs véreux.

Moi, je suis en admiration devant la grandeur d'âme de l'apôtre Paul. Son choix d'aller en prison ou d'en sortir ne reposait pas du tout sur ce qu'il pouvait considérer comme ses intérêts personnels, mais dépendait uniquement des opportunités qu'une telle situation lui offrait d'annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.